De nombreux développeurs de jeux du monde entier sont fascinés par le cadre post-apocalyptique. Mais les bâtiments délabrés, les carcasses de voitures rouillées et le thème du désert sur les ruines de la civilisation occupent une place toute particulière dans l’âme russe.

L’effondrement de l’URSS a été, à bien des égards, une expérience similaire à l’apocalypse nucléaire, si bien que de nombreux utilisateurs d’ordinateurs post-soviétiques ont pris un goût particulier pour la série Fallout, sortie à la fin des années 90, au moment où la Russie commençait à renaître de ses cendres. Il n’est donc pas étonnant que certains de ceux qui ont grandi avec Fallout aient essayé de recréer l’expérience.

ATOM RPG n’est pas seulement une de ces tentatives. C’est pratiquement une réplique de la licence Fallout composée des deux premiers épisodes. Bien sûr, avec quelques ajustements au système de progression (juste assez pour éviter les poursuites judiciaires) et sa propre histoire, basée sur la culture, le folklore et l’humour russes.

Un jeu indépendant post-apocalyptique

Ok, si vous n’êtes pas (pour une raison inexplicable) familiers avec le(s) Fallout(s) original(aux), voici l’essentiel : vous vous promenez dans une vaste région désertique post-guerre nucléaire, entrez dans des colonies et rencontrez des gens au hasard sur la carte mondiale. En fonction des compétences de votre personnage, vous pouvez régler vos différends de manière pacifique par le biais de choix de dialogue ou de manière violente par le biais de combats au tour par tour.

Il existe également quelques activités supplémentaires, comme le vol à la tire ou la réparation/le fonctionnement de machines. Évidemment, la probabilité de réussite dépend des compétences correspondantes. Dans certains cas, vous pouvez faire appel aux membres de votre groupe pour vous aider (ce sont alors leurs compétences qui déterminent le succès).

Quant au combat, il est assez simple. Vous, vos ennemis et vos alliés agissent à tour de rôle (la séquence dépend de la Dextérité de chacun). Et pendant votre tour, vous pouvez tout faire tant que vous avez suffisamment de points d’action (la quantité de PA dépend également de la Dextérité). Je dois ajouter que les développeurs d’ATOM ont fait un choix quelque peu controversé en permettant de manipuler et d’utiliser tous les objets de l’inventaire sans dépenser de PA du tout, mais ouvrir l’inventaire à chaque fois coûte 4 PA – un montant plutôt significatif.

Vous pouvez donner des ordres aux membres de votre groupe en combat, mais ils sont assez limités. Vous pouvez les appeler à se mettre à l’abri ou à battre en retraite, leur indiquer une cible ou une position spécifique sur le champ de bataille, mais pas moyen de leur faire utiliser une certaine arme. À moins qu’avant le combat vous ne leur enleviez toutes leurs armes et armures sauf une, ils choisiront ce qu’ils utilisent et ce qu’ils portent. Et ne donnez jamais de grenades à vos compagnons. JAMAIS.


Contrairement aux Fallout(s) originaux, Atom possède un système d’artisanat. C’est également assez simple : vous placez des objets dans quatre emplacements (chaque emplacement peut contenir plusieurs objets d’un même type) et appuyez sur un bouton pour les combiner. Si vous avez une compétence suffisamment élevée et que les objets dans les emplacements peuvent être combinés, vous avez une chance de fabriquer un autre objet. Oui, vous n’avez pas vraiment besoin de recettes et de plans, ils sont juste là à titre d’information.

La progression n’a rien de spécial non plus. Hé, tu comprends ? Pas grave. Pratiquement chaque éternuement vous donne des points d’expérience. Et après avoir atteint le niveau suivant, vous pouvez augmenter vos compétences (le nombre de points de compétence à investir dépend de l’intelligence) et acquérir certains avantages, qui sont disposés dans un bel “arbre à avantages”. Cependant, les avantages nécessitent leurs propres points et leur coût augmente progressivement. Ainsi, en fin de partie, vous ne pourrez obtenir un nouvel avantage qu’une fois tous les quelques niveaux.

Les attributs principaux sont la Force, Dextérité, Endurance, Intelligence, Attention, Personnalité et Chance. Vous ne pouvez les augmenter que dans quelques cas particuliers. C’est-à-dire qu’il existe un certain nombre d’objets qui les augmentent temporairement, et certains états négatifs (comme la faim ou la gueule de bois) les réduisent aussi temporairement.

Il y a donc bien un élément de survie dans le jeu. Vous devez chercher de la nourriture pour vous remplir la panse, acquérir des trousses de secours et d’autres choses (l’alcool réduit en fait l’empoisonnement par radiation). Bien que cela ne puisse être qu’un réel problème au début du jeu, plus tard, vous trouverez différents moyens de vous approvisionner en fonction de vos compétences : chasse, commerce, vol. Heureusement, les membres de votre groupe peuvent se débrouiller seuls. Oui, les Russes sont des gens robustes.

Retour en URSS

L’histoire se déroule en effet dans une région russe aux alentours de l’année 2005. La région est apparemment assez éloignée des grandes villes puisque c’est seulement 20 ans après la troisième guerre mondiale, mais les radiations ne sont pas un souci majeur. En fait, s’il n’y avait pas quelques mutants et pillards, il n’y aurait pas vraiment de grande différence avec les régions reculées de la fin de l’URSS ou du début de la Russie. Hé hé, avez-vous compris la blague ?

Si non, tant pis. Atom RPG est rempli à ras bord de blagues, de moments hilarants et de références à la culture russe (et à la culture pop non-russe aussi). Presque tous les personnages que vous rencontrez peuvent vous offrir un long récit drôle, effrayant ou même philosophique (ou pas si long, comme vous le découvrirez parfois plus tard). Mais les épisodes qui vous feront rire ou sourire sont très courants.

Et ne vous méprenez pas, j’ai apprécié la plupart des blagues. Après tout, Fallout (surtout le deuxième) avait aussi son lot d’humour – une occasion de jouer dans un film porno (dans Atom RPG, c’est aussi possible), la rencontre avec Brain, le rat mutant géant, ou le départ du Tardis. Mais il s’agissait de cas rares, voire d’easter eggs, que vous auriez probablement manqués de toute façon. Lorsque, dans Atom RPG, vous rencontrez un type du futur ridiculement habillé (ou du moins prétendant l’être – cela reste un mystère) qui vous demande de faire en sorte qu’un certain couple se déchire pour que leur fils ne devienne pas un dictateur, ou qu’un libraire vous demande de vous occuper du culte des bouffeurs de livres en les attirant avec une collection complète des œuvres de Lénine – cela se passe directement de commentaires. Et des rencontres comme celles-ci vous font penser que les développeurs en ont peut-être un peu trop fait.


Il est intéressant de noter que la quête principale est plutôt sérieuse et que l’histoire est solidement écrite. Comme dans Fallout, vous venez d’une bunker souterraine, chargée d’une mission spéciale. Cependant, à la différence du Vault 13, votre bunker n’est pas dirigé par des “milksops” qui vivent dans une bulle. Atom est une organisation militaire dont le but est non seulement de préserver les valeurs de l’URSS, mais aussi de reconstruire le pays après la dévastation nucléaire. En fait, au cours de votre voyage, vous rencontrerez quelques autres agents d’Atom et vous aurez même l’occasion de trouver un emplacement pour un nouvel avant-poste.

Votre mission personnelle est d’enquêter sur le bunker 317 et d’apprendre ce qui s’est passé avec le général Morozov et son expédition là-bas. Et, bien sûr, au cours de ce processus, vous apprendrez l’existence d’une nouvelle menace pour l’humanité qui pourrait potentiellement anéantir le reste des survivants. À moins que vous ne l’arrêtiez, bien sûr.

Tout comme dans Fallout, vous êtes libre d’aller n’importe où sans ordre prédéterminé. Il suffit de stocker suffisamment de provisions et d’être prêt à faire des rencontres. Vous pouvez vous ranger du côté de différentes factions, rassembler des compagnons ou rester seul. Vous pouvez vous mêler à la lutte pour le pouvoir politique ou simplement tuer tout le monde pour de l’expérience et atteindre directement votre cible. Comme bonne chose on peut dire que contrairement à Fallout, Atom RPG n’a pas de restrictions de temps particulières sur la quête principale. Par contre, certaines quêtes secondaires en ont cependant.

Pas assez de points de compétence

Malheureusement, toutes les décisions de conception des développeurs n’ont pas été bien pensées. Comme je l’ai mentionné, les glissements entre les parties sérieuses de l’histoire et les quêtes secondaires comiques peuvent vous empêcher de ressentir une atmosphère cohérente du jeu post-apocalyptique. Mais c’est subjectif.

Un problème plus important est le déséquilibre dans la construction des personnages. Par exemple, la compétence “arts martiaux” est totalement inutile, car les armes de mêlée font plus de dégâts, et se battre à mains nues ne présente aucun avantage. Les armes à distance sont de toute façon supérieurement plus puissantes.

Certaines compétences, comme la technologie ou le bricolage, ne sont appliquées qu’à quelques endroits. Alors que d’autres, comme le social ou le troc, ont leur utilité sur une base régulière, mais il y a un certain seuil au-delà duquel l’investissement est un gaspillage de points. Et il en va de même pour les attributs, la personnalité est certainement nécessaire pour persuader de nombreux personnages, mais il n’est pas nécessaire de la rendre très élevée car certains objets vous donnent un coup de pouce temporaire.


Pour être juste, ce genre de nuances est une bonne chose pour les RPG en général et les développeurs devraient être félicités pour avoir fait tant de quêtes différentes avec différentes façons d’atteindre les objectifs. Le problème est qu’il n’y a aucun moyen de savoir tout cela à l’avance (à moins de lire un guide) et la seule façon de corriger votre erreur d’évolution est de recommencer une nouvelle partie.

Il existe quelques bugs mineurs et des erreurs de traduction. Ils ne font pas tant planter le jeu, mais entraînent des conséquences inattendues, vous obligeant soit à recharger, soit à jouer avec des résultats incorrects. Cependant, il y a encore un espoir que les développeurs les réparent car ils sont assez réactifs.

Dans l’ensemble, Atom RPG est l’un des jeux qui misent le plus sur la nostalgie. Si vous êtes un fan de Fallout (le jeu original bien sûr), vous devriez absolument essayer Atom RPG. Vous y trouverez des quêtes non linéaires intéressantes, des personnages hauts en couleur, une ambiance de désert post-apocalyptique – tout ce dont vous vous souvenez dans votre jeu préféré et que vous voulez revivre.

Vous y trouverez également des décisions de game design bizarres, des armes et des compétences déséquilibrées, une traduction parfois bâclée et un peu de grind – tout ce dont vous vous souvenez de votre jeu préféré et que vous préférez surement/peut être laisser dans le passé.

Traduction du test du rédacteur loothunter sur Turn Based Lovers publié le 24 janvier 2019. Avec l’aimable autorisation du site.

La vision de Killpower :
Il est vrai qu’Atom RPG a réveillé en moi la fibre nostalgique du mythique Fallout. Passé, les premières heures, on sent qu’il manque des choses ou que nous nous sommes trompés dans nos choix d’évolution et on a envie de recommencer, mais le gameplay est solide et propose une belle aventure qui m’a pris au bas mot 50 heures. Alors on fait fi des problèmes, et on avance en tiquant parfois. Mais c’est une belle aventure quand même avec tout ce qu’elle comporte de défauts.
07/10.

ViaAtom TPG
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