Eh bléh srah ! Eh bléh srah !
— Enlève les billets que t’as dans la gueule, Roger !
— Rah si gré brél… Eh les gars !
— Quoi ?
— On fait quoi maintenant ?”

Au QG d’Atlus, compagnie possédé par le groupe Sega-Sammy, c’est calme actuellement. La compagnie ramasse régulièrement le fruit de leur dernier hit : Persona V Royal, et sont actuellement en train de développer Shin Megami Tensai V pour Switch, mais ça, c’est dans un autre département, ici, dans ce coin où Roger et ses trois potes squattent, on attend avec impatience de débugguer Persona VI tout en nageant dans la maille amassée sur le précédent opus.

Samir, le premier pote de Roger qui retire encore les billets qu’il machouillait précédemment, finit par répondre nonchalamment à l’intéressé :
« Boarf, j’sais pas trop, t’en penses quoi Raïan ?
— Bah pas plus que toi Samir, faudrait voir avec Sonic. » 

A l’évocation de son nom, l’échnidé bleu arrive dans la pièce, et dans le sillage de son passage et l’inertie de son mouvement, il soulève les monticules de liasses qui souillent les bureaux de l’équipe C …
« Non ! On est l’équipe E narrateur à la con ! »…
… Pardon, E donc. L’échnidé est encore chaud de son second passage au cinéma, ultra rentable lui aussi, pour un film qui dans un monde juste aurait été traité comme la merde d’exploitation qu’il est, mais nous sommes dans un monde où le fan service et la politique de service aux clients à remplacer l’art.

En parlant de fan service d’ailleurs, Sonic est passé au self, et il pue la bière et le whisky, comme tout nouveau riche, il a monté en gamme dans sa consommation d’alcool :

« Ouais les mecs !? » 

Sa voix est fluette et agaçante, cet éternel ado attardé qui n’a à son actif que quelques jeux légendaires et une quirielle de projets merdiques sur lesquels il était bourré, énerve tout le monde, mais c’est lui la plus grande gagneuse de Sega, alors il est le patron.

« Bah on s’emmerde. On sait pas quoi foutre. » 

La déclaration de Roger est validée par ses pairs. Sonic, chancelant car ivre, s’accroche comme il peut à un bureau, et son regard s’arrête sur la 3DS de Samir qui est en veille.

Curieux et de toute façon maître des lieux, Sonic ouvre le clapet de la console sous le regard méfiant de Samir, qui craint la réaction du hérisson si il découvre sa rom hackée de Sonic 2 où Sonic a été remplacé par Mario.
Mais le patron, lui, découvre à quel jeu Samir était en train de jouer sur ses heures de travail.

Shin Megami Tensai : Soul Hackers.

« C’est quoi ça ? » 

Demande alors le hérisson en tournant la 3DS vers Samir. D’abord soulagé que sa rom hackée n’ait pas été découvert, ce dernier voit l’écran titre du RPG d’Atlus, puis répond à son supérieur echnidé :

« Bah c’est Soul Hackers. Enfin, ça c’est le portage 3DS.

— C’est rentable ça ?
— Vaguement. » 

Roger qui a répondu en haussant les épaules, n’en sait en vérité rien. Il prend une liasse de billets, puis compte chacune des coupures, obsessionnellement, comme tous les jours. Sonic le regarde faire, l’échnidé pense alors à toutes les bonnes bouteilles de Whiskys qu’il pourrait se payer avec cette liasse. Puis il a une idée de génie !

Tout cet argent dans cette pièce, ça pourrait financer une suite !

« Vous allez plus glander longtemps, faites une suite à Soul Hackers, et que ça saute !
— Mais chef, vous êtes bourré ! » 

L’impertinence fort pertinente de Samir agace le hérisson qui saisit son employé par le col et l’approche de lui :

« Ouais j’suis bourré, et alors !? Pour la peine, vous ferez un portage PC !
— Ah non !
— Ah si ! Et Xbox Series !
— Ah encore moins !
— Plus encore ! Xbox One !
— Mais il a vrillé le patron ! » 

Sonic relâche son employé et s’en va en chancelant, passe un appel à un directeur de projet impliqué sur la franchise Shin Megami Tensai, et avant même que l’intéressé ne dise « Alo ? » Il lui hurle dessus : 

« Faites moi Soul Hackers 2 ! Sortez le partout, sauf sur Switch !
— O… Ok boss, mais pourquoi pas sur Switch ?

— Parce qu’on est concurrent ! Tu vas pas sortir un jeu Sega sur une console Nintendo quand même ?
— Mais boss, ça fait vingt ans qu’on a quitté le marché des consoles et… » 

Sonic jette alors le téléphone contre un mur, les éclats de l’appareil déchire quelques billets, et le hérisson, encore sous le coup de l’énervement, s’en va en fonçant, ratant de peu la porte, il enfonce le mur et laisse la trace de son sillage dans ce dernier.

Roger, Samir et Raïan le savent, avec l’argent dans la pièce, il y a de quoi faire un jeu 3DS, mais pas un gros jeu console. Comment allaient-ils faire, ces glandus ?

« Bah comme d’hab’, on va faire un projet scolaire en exploitant à fond ce que les autres ont réalisé dans la boîte ! » 

Et comme d’habitude, Roger avait eu le dernier mot sur la production du titre.

Quittons nos amis de chez Sega-Atlus et les introductions débilement longues et pas du tout fantasmées pour désormais nous intéresser au produit fini : Soul Hackers 2, Dungeon-RPG sorti le 26 août 2022 en Occident sur toutes les consoles actuelles sauf la Switch donc, est le second volet du spin off de la série Shin Megami Tensai : Soul Hackers. En tant que suite, on peut se demander s’il s’agit d’un opus connecté au précédent, et pour rassurer l’essentiel des joueurs : non, vous pouvez largement jouer à Soul Hackers 2 sans même connaître le contexte du premier.

Toute la gestation du projet demeure d’ailleurs un mystère pour moi, le premier opus n’étant -ni particulièrement apprécié-, ni particulièrement célèbre ou même rentable, l’idée de lui offrir une suite multi support sauf sur la machine sur laquelle il se vendrait logiquement le mieux, est un mystère absolu pour moi. Enfin, ça ressemble bien à une décision d’Atlus cela dit, l’éditeur-développeur ayant toujours eu la capacité de combattre la logique jusqu’au bout de son absurde raisonnement.

Envers et contre tout, c’est donc sur Xbox Series X et en version boîte que j’ai fait l’acquisition du titre. Au programme ? Un logo de démarrage affichant fièrement le moteur ayant permis la réalisation du titre : Unity. Youhou, un AA développé sous Unity, ça sent très, très bon tout ça.

Et les premières minutes font taire mon cynisme, malgré une mise en scène à l’économie et des environnements sommaires, les modélisations des monstres et personnages s’avèrent soignés et si le tout manque d’animations poussées, l’expressivité des protagonistes par le biais de profils habilement travaillés fait mouche et on s’attache assez vite à l’ensemble, aidé par une version anglaise solide dont l’impact est malheureusement amoindri par des sous titres français souvent assez malhabiles.

Visuellement, le jeu s’en sort pas si mal sur le plan esthétique grâce à une riche et cohérente palette de couleurs que l’on sent inspirée d’un certain Persona V. Les menus ne sont pas en reste avec une stylisation qui les rendent agréables à découvrir et parcourir. Heureusement d’ailleurs, car les menus feront l’objet de nombreuses heures d’affichage afin que vous optimisiez les compétences et l’équipements de vos personnages, étape cruciale pour préparer les nombreux affrontements.

Affrontements dis-je ? Ils seront en effet le cœur un peu trop battant de l’expérience. Au tour par tour et reposant sur un habile système de résistance et de fragilité, vous aurez à piocher dans vos compétences et faire des essais sur chaque ennemi pour découvrir les failles adverses. Plus vous exploiterez de failles au cours d’un tour où vous contrôlerez jusqu’à quatre protagonistes, plus vous ferez monter une jauge de combo démoniaque qui fera déferler sur vos ennemis une attaque de fin de tour particulièrement dévastatrice.

Démoniaque ? Oui, ennemis dans un premier temps, alliés une fois que vous les aurez domptés, les compétences de vos personnages qui sont autant d’invocateurs de démons, dépendront des démons avec lesquels vous aurez pactisé. Ainsi, vous aurez tôt fait de cumuler une petite dizaine de compagnons qui vous proposeront leurs talents pour défaire leurs congénères hostiles. Ce système de compétences dépendantes des démons permet de facilement changer les capacités de vos héros et de plus facilement réorienter leurs spécialisations au cours d’une aventure relativement longue (un minimum de vingt-cinq heures sera demandé aux pressés, plutôt quarante pour ceux qui voudront accomplir les quêtes annexes, et encore vingt heures de plus pour les obsédés du défi).

Si les combats, tactiques et dynamiques se couplent parfaitement avec un système d’évolution souple et complet, ils ne permettent pas par contre de mettre en relief une exploration plutôt sommaire : les niveaux sont des dédales de corridor vaguement labyrinthiques dans lesquels vous ferez des découvertes finalement peu satisfaisantes. Aussi, visuellement, les niveaux s’avèrent d’une pauvreté extrême, rappelant les pires heures des Dungeon-RPG de la PS Vita et si j’ose dire, même de la PSP. C’est visuellement très sommaire et ça ne tourne d’ailleurs pas si bien que ça, même sur nos machines flambants neuves.

Ce constat s’assombrit encore quand on ajoute à cela la pauvreté des quêtes secondaires et la redondance des structures des niveaux. Soul Hackers 2 repose pourtant sur de solides arguments pour faire valoir son aventure : avec des héros attachants et une écriture solide ainsi que de très belles compositions, il aurait pu se hisser dans de bien plus hautes sphères en soignant ses environnements et son contenu il est vrai un brin indigeste.

Ces hautes sphères que Soul Hackers 2 atteint sur certains aspects et se refusent sur d’autres, viennent certainement de ses limites budgétaires qui l’empêchent de parvenir à pleinement s’accomplir. C’est d’autant plus dommage qu’à la fin de l’aventure, j’ai eu ce sentiment d’avoir passé un bon moment qui aurait pu avec quelques mois de travail de plus, devenir sinon excellent au moins recommandable pour quiconque, n’étant moi-même pas féru du genre. Reste un titre solide, mais finalement peu attachant à cause de sa redondance, mais qui sera un encas intéressant une fois qu’il aura atteint son juste prix : la trentaine d’euros. Pour son retour, la série Soul Hackers 2 semble davantage être revenue pour être un jeu de passage entre deux Shin Megami Tensai important, et je pense que ses personnages comme son récit méritaient tous deux mieux. Au moins, il aura été un point d’introduction très sympathique pour un nouveau venu comme moi dans l’univers d’Atlus, et c’est ainsi que je le recommande : si les centaines d’heures d’un Persona IV ou V vous effraie, la trentaine que vous passerez auprès de Soul Hackers 2 sera bien plus accueillante.

Puis bon, c’était quand même une belle excuse pour écrire une sacrée intro de merde. C’est clairement pas perdu !

Ancien rédacteur des sites disparus "Loutrage" et "RPG France", refuse le chômage technique, écrivain impulsif capable de gratter huit articles en deux jours puis partir en jachère pendant trois mois.Obsessionnel, il aurait écrit plus de cinq fois sur KOTOR II et se justifierait probablement de le refaire à nouveau pour faire l'éloge du titre...
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Zemymy

Waow ! Ta plume est toujours aussi agréable à lire Marcheur ! Merci pour ce nouveau test.

Killpower

Houla, si la patronne dit que c’est agréable… On ne va pas la contredire. 😉

Non sans plaisanterie, l’introduction délirante pourra déstabiliser certains lecteurs, mais il suffit de passer au test pour comprendre où tu veux en venir et le tout est totalement sympathique. J’aime ce délire rôlistique. Bravo.

Quant au jeu ? Pas pour moi.