Il y a un peu plus d’un an, le développeur Cyanide nous proposait un certain “Confrontation“, un jeu à l’univers atypique mêlant jeu de rôle et stratégie en temps réel. Le studio remet le couvert avec Aarklash Legacy. Ce dernier se déroule dans le même univers que Confrontation et nous propose de suivre les aventures de huit personnages dans une quête rythmée par des combats aux petits oignons.

Arc Clash ?

Le jeu débute en vous mettant dans la peau de quatre guerriers, appartenant à l’ordre des Wheel Swords (les épées de la roue), un ordre au service de ceux que l’on nomme les Goldmongers. Au départ en simple mission pour votre chef, la situation tourne au vinaigre lorsque l’ensemble de la caste des barons vous pourchasse afin de vous exterminer. Vous apprendrez rapidement que, sur décret royal, l’ordre des Wheel Swords a été dissous, et que ses membres devront être arrêtés puis pendus. Votre petit groupe, appelé Quorr, décide de fuir pour rejoindre leurs maîtres et tenter de comprendre comment la situation a pu dégénérer ainsi du jour au lendemain. 


Votre petit groupe sera rapidement rejoint par d’autres personnages, tous appartenant aux Wheel Swords. A la manière des MMO, chaque personnage pourra être affilié à une catégorie parmi tank/heal/dps comme on dit dans le jargon. Pour ceux qui parlent français, disons que l’on peut catégoriser les personnages en trois types distincts : les tanks ont pour rôle d’attirer l’attention des ennemis et d’encaisser les dégâts, pendant que les DPS attaquent les ennemis et que le heal se charge du soutien en lançant des sorts de soins, augmentent la défense, etc. (les buffs comme on dit chez nous, ou les boeufs, je ne sais plus).

A partir de l’acte 2, vous aurez donc un total de huit personnages : deux pour le tank, deux pour le soutien et quatre pour l’attaque. Le jeu vous invite bien entendu à composer un groupe le plus équilibré possible, mais libre à vous de le composer comme vous le souhaitez. Néanmoins, Aaarklash Legacy a la bonne idée de vous pousser à tester tous les personnages. En effet, alors que vous recrutez les derniers membres, vos Wheel Swords prendront la décision de se diviser en deux groupes de quatre, vous permettant de bien assimiler les particularités de chacun, afin de pouvoir plus tard composer le groupe qui vous correspond le mieux.

Les personnages sont d’ailleurs tous différents, de part leurs compétences, mais aussi par leur apparence et leur personnalité. Prenons par exemple Denzil, aux allures de gnome, à mi-chemin entre le vagabond et le gentleman à l’humour discret que tout oppose à Wendaroo, la louve mi-grognon mi-grognard à la soif de sang. Régulièrement, votre aventure sera ponctuée de dialogues au service d’une intrigue efficace.


Notons d’ailleurs que les doublages, uniquement en Anglais, sont de très bonne qualité concernant le jeu d’acteur, même si certaines répliques ont parfois quelques soucis de volume, mais rien de très gênant. L’ensemble des textes du jeu est par contre bien en français. Heureusement pour un jeu développé chez nous ! Ce n’est d’ailleurs pas plus mal, car les mécaniques d’Aarklash Legacy sont suffisamment complexes pour mériter d’être expliquées dans la langue de Molière.

Les gars scient ?

Le jeu propose un système de combat en temps réel avec pause active : un principe bien connu des joueurs de Baldur’s Gate ou Dragon Age. Pour ceux qui ne connaissent pas, vous dirigez donc vos quatre personnages en même temps, avec la possibilité de leur donner des ordres variés (à savoir : attaquer, se déplacer ou attendre), en plus de pouvoir utiliser leurs compétences, propres à chaque personnage. La pause active vous permet de mettre le combat en pause, puis de donner tranquillement vos ordres à vos personnages, qui les exécuteront une fois la pause désactivée.

Le jeu permet, via le menu des options, de définir des conditions de mise en pause automatique, comme par exemple : lorsque des ennemis vous engagent, lorsqu’un allié n’a plus de points de vie, etc. Un élément très pratique pour anticiper les situations les plus critiques où il vous faudra (très) bien réfléchir avant d’agir.

Le système de combat est très exigeant. Je dois vous avouer que si j’apprécie ce système, c’est aussi l’un de ceux où je suis le plus mauvais. Néanmoins, Aarklash Legacy propose quelque chose que j’ai énormément apprécié : la possibilité de définir une liste d’actions à effectué à la suite. J’ai toujours reproché à ce système d’être un espèce de tour par tour manuel où le joueur se voit obliger d’enclencher la pause à la fin de chaque action afin de pouvoir maîtriser un minimum les combats. Avec le système de liste d’Aarklash Legacy, vous pourrez par exemple ordonner à votre magicienne de paralyser un premier ennemi, puis de soigner un allié, puis de lancer un sort de foudre sur un ennemi et ce dans cette ordre précis sans avoir à quitter la pause active.


Vous savez ainsi que le personnage à de quoi s’occuper pendant plusieurs secondes, vous laissant tout le temps d’apprécier la bataille qui se déroule sous vos yeux et de vous occuper de vos autres personnages. Par ailleurs, le jeu permet de mettre en attente les actions. Par exemple, si votre magicienne n’a plus de mana au moment de lancer son troisième sort, elle attaquera le premier ennemi à portée, tant qu’elle n’aura pas assez de mana, puis lancera le sort d’elle-même dès qu’elle en sera capable. Il vous est bien entendu possible d’annuler un ordre temps qu’il est en attente, au cas où la situation venait à évoluer différemment.

Chaque combat prend alors une tournure très stratégique. Fier et sûr de moi, j’attaque gentiment le jeu en difficulté “normale”, mais j’ai  plusieurs fois pris la décision de repasser en “facile” tant je trouvais certains affrontements ardus. Est-ce une force ou une faiblesse ? Je pense que ce sera à chacun d’en décider. Pour ma part, j’aurais tendance à favoriser une difficulté élevée, même si j’ai, à plusieurs reprises, ragé contre l’IA de mes adversaires. 

Certains combats vous obligent à affronter des groupes d’ennemis deux à trois fois plus nombreux que vous, avec des ennemis qui se régénèrent, des ennemis qui soignent tous les autres, des ennemis qui désactivent vos compétences les plus puissantes, et j’en passe ! Je ne vous parle même pas des fois où, en plein combat, un nouveau groupe d’ennemis surgit dans votre dos ! Chaque victoire se savoure dans Aarklash Legacy !

Heureusement, certains éléments de gameplay vous aideront dans vos victoires. Tout d’abord, vous pouvez pour chaque ennemi consulter les statistiques de ses défenses physiques et magiques, utile pour savoir quel type d’attaque favoriser. Vous aurez également accès aux sorts ennemis et aux effets qui s’appliquent sur lui actuellement, encore une fois très pratique pour localiser quel adversaire abattre en premier. Autre point à savoir : votre tank attirera très facilement l’attention. Si les deux personnages concernés possèdent chacun une compétence pour attirer ses adversaire (l’aggro, comme dirait l’autre), le simple fait d’attaquer un ennemi suffira souvent à garder son attention pendant tout le combat, même si un autre personnage le pilonne de sorts et de coups de couteau dans le dos.

Tous Wheel Swords !

Vous l’aurez compris, l’essentiel du jeu est basé sur les combats. Ainsi, l’évolution de vos personnages à son importance. Pour adapter les statistiques de vos personnages aux rôles auxquels vous les destinez en combat, il vous faudra les équiper des différents bijoux que vous trouverez. Le système d’équipement ne permet de gérer que des bijoux. Ici, pas d’armures, d’armes ou de boucliers. Chaque personnage pourra s’équiper d’un anneau, d’une amulette, d’une boucle et d’un collier. Les effets seront par contre très variés : régénération de mana, augmentation des défenses magiques, physiques, des soins reçus, etc. Ajoutons à cela différentes raretés d’objet, à la manière des hack’n slash, vous serez souvent amené à réévaluer l’ensemble de votre équipement pour optimiser au mieux les stats de votre groupe. Concernant tous les objets que vous ne souhaitez pas équiper, le jeu ne propose pas de système de marchands, mais vous permet de les recycler. Au bout d’un certain nombre d’objets standards ou magiques recyclés, vous en obtenez alors un de niveau légendaire. Un système intéressant, et vous prendrez rapidement le réflexe du recyclage.

Qui dit RPG, dit arbres de compétences ! Chaque personnage possède son propre arbre : quatre compétences que vous pourrez améliorer manuellement à partir du niveau 5. Pour chaque compétence, vous pourrez à un moment choisir parmi deux variantes. Parfois la variation est assez minime, comme le fait d’infliger l’état “aveugle” au lieu de l’état “silence”. D’autres fois il s’agira d’une compétence totalement différente, pratique lorsque celle de base ne vous plait pas. De même, la dernière évolution de chaque compétence vous permettra de choisir une évolution plutôt qu’une autre. A noter que vous pouvez, quand vous le souhaitez, réinitialiser l’arbre de compétences d’un personnage pour redistribuer les points acquis différemment.


Tout cela peut paraître un peu sommaire, mais n’oubliez que vous aurez au total huit personnages à gérer, mais si vous n’en utiliserez globalement que quatre. Finalement le système fonctionne bien et ne semble ni trop complexe, ni trop simpliste.

Outre les combats, le jeu ne se diversifie pas énormément. L’exploration, bien que sommaire, est néanmoins récompensée. A plusieurs reprises, j’ai découvert avec un certain plaisir un petit coffre caché ici où là, parfois sans surveillance, parfois garder par une armée d’ennemis. Vous rencontrerez régulièrement des énigmes à résoudre, certaines amusantes d’autres moins, et quelques unes particulièrement frustrantes malheureusement. Le problème de ces puzzles, c’est qu’il n’est pas toujours évident de comprendre ce que l’on attend de nous pour les résoudre. Et rien n’est pire pour le plaisir de jeu, que la frustration de ne pas comprendre ce qu’il faut faire. Bien entendu, il fallait des éléments pour rythmer le jeu avec autre chose que des combats, qui gardent malgré tout un côté très répétitif. Mais le jeu aurait sans doute gagné à proposer un genre de village avec marchands et forge, à la manière d’un hack’n slash, là où les casse-têtes ne sont pas toujours les bienvenus.


A côté de cela, le jeu propose une direction artistique très plaisante. Visuellement agréable, l’ambiance n’est pas sans rappeler un certain Diablo 3. La bande son est peu variée mais efficace et techniquement le jeu est fluide, sans bugs ni crash. Je ne vous cache pas que mon collègue Andariel a subit quelques freezes de son côté, mais sur le bat-ordinateur, aucun souci technique à signaler !

Aarklash Legacy s’inspire de différents genres pour nous proposer un jeu original et efficace. La pause active vous rappellera Dragon Age, le quatuor de personnages est digne des MMO, les compétences uniques de chacun ne seront pas sans rappeler les MOBA tel que League of Legend, le tout avec une bonne narration et un plaisir de jeu quasi constant. Seul l’aspect répétitif du soft et les puzzles pas toujours bien goupillés viennent entacher un peu le tableau. Néanmoins, le système de combats très tactique et plutôt bien équilibré vient redorer le blason. Si vous êtes adepte du genre, je vous recommande fortement Aarklash Legacy, car ses bastons sont d’une qualité rarement égalée.

+ Un système de combat efficace
+ Direction artistique réussie
+ Personnages variés et attachants
+ Combats corsés…

Note RPG 2 sur 5
Note testeur 07 sur 10

– Répétitif
– Puzzles parfois frustrants

… Peut-être un peu trop corsés ?


La vision d’Andariel :
Aarklash Legacy c’est le petit frenchie de derrière les fagots qui fait office d’outsider de la saison. Furtivement annoncé à peine quelques semaines avant sa sortie, cette suite officieuse du dépitant Confrontation située dans l’univers du fameux jeu de figurines de Rackham, n’a pas l’air d’être le “tent-pole” sur lequel Cyanide a tout misé. Pourtant il tente un jet d’attaque pour un coup bas dans le dos, tout en arborant un sourire narquois tel un bon vieux Denzil. Et il faut croire que depuis son Game of Thrones RPG, Cyanide réussit assez ses lancers de dés, sans que ce soit vraiment des coups critiques.

Pour schématiser, disons que Aarklash Legacy c’est un peu un Icewind Dale épuré et “MMORPGisé”. Épuré parce que c’est en gros une succession de combats dans un level design linéaire qui ne s’encombre pas des à-côtés des RPG. Il en résulte irrémédiablement une certaine répétitivité, d’autant plus que le jeu gère mal le rythme en ayant l’idée saugrenue d’abuser de puzzles aussi forcés qu’intrusifs… Il est marqué par les MMO, puisqu’on y retrouve un challenge qui met au défi les notions de placement des membres du groupe, l’étude des patterns des boss, la gestion de l’aggro, la synergie des compétences et tout ce tralala. Mais des mécanismes qui se rabattent sur un panel de compétences et une customisation franchement limités. Pourtant, je me suis surpris à voir que j’étais happé par la consistance des combats et cramponné au jeu par ma rage de vaincre. Au final, je prenais tout bonnement mon pied dans un curieux mélange de poussées d’adrénaline, de sueurs tièdes et de phéromones de hardcore gaming. En gros, ça schlinguait grave.

C’est incontestablement un bond en avant par rapport à Confrontation : il se révèle techniquement plus abouti (graphismes, interface, IA et pathfinding revus à la hausse, quoique pas irréprochables) et met en scène un scénario plus intéressant et des personnages plus marqués (bien que cela ne vole pas bien haut). Même si on regrette cette fois l’absence du codex et de la relative variété des situations de Confrontation. Cependant, au prix où il est vendu, il reste un titre honnêtement recommandable pour les junkies de la pause active.

07/10

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