Enfin le voilà ! Arcania-Gothic 4 ? Non, le test polémique qui risque de brûler la rétine de certains et d’en conforter d’autres dans leur position. Je me suis porté volontaire pour la rédaction de ce test pour la bonne et simple raison que je ne suis pas un fanboy de la série Gothic. Le titre de Jowood est  avant tout un jeu, et non pas le énième numéro d’une série, ce n’est donc pas comme cela que je l’ai abordé.

Petites aventures entre amis.

Avant d’aborder les critiques concernant Arcania, attardons-nous un peu sur son scénario.  Vous êtes un berger du nom de… Bah on ne sait pas en fait. Vous êtes donc le berger sans nom. Cela ne vous rappelle rien ? Ce brave berger vit sur l’île de Feschir à quelques encablures du royaume de Myrtana. Entre quelques fromages de biquettes, et quelques parties de jambes en l’air avec son amour secret, ce dernier fait de drôles de cauchemars dans lesquels il se retrouve dans la peau de Rhobar III, roi de Myrtana. Un jour, après une sieste agitée, il est convoqué par le chef du village assez énervé d’avoir découvert que vous troussiez allègrement sa fille chérie. Ce dernier vous met donc à l’épreuve afin que vous lui prouviez votre capacité à épouser la dite donzelle.

Après quelques quêtes aussi ridicules et déjà vues que tuer quelques rat-taupes ou quelques cerfs, il vous demande de débarrasser l’île d’un contrebandier nommé Diego. Tiens, il me dit quelque chose lui… Ce fameux Diego n’est autre  que votre mentor et entraîneur, car il n’y a pas que les chèvres dans la vie de notre berger. Bien sûr, ce taquin de Diego va lui aussi vous donner quelques quêtes. L’une de ces quêtes vous éloignera de votre village, et, hélas vous ne pourrez que constater sa destruction à votre retour. Adieu le mariage avec Fleurette la brebis, et les promenades avec Ivy la fille bronzée du chef, à moins que ce soit l’inverse… Enfin bref. Ravagé de chagrin et ivre de vengeance, vous accompagnez Diego sur une autre île plus proche du continent, et enfin l’aventure commence réellement.


Je ne développerai pas plus sur le scénario. Sachez  toutefois que vous croiserez de nombreuses connaissances issues de la série Gothic, et que Rhobar III ne vous sera pas inconnu. Vous serez également amené à rencontrer un increvable et récurrent magicien qui semble toujours tirer les ficelles de l’intrigue. Scénaristiquement parlant, le début de l’aventure n’a rien de transcendant et correspond en grande partie à la démo disponible.

Ensuite, il faut bien avouer que les choses s’améliorent et que l’ensemble devient beaucoup plus intéressant, nous donnant toujours l’envie d’avancer et d’en savoir plus. Certes on joue encore le vengeur solitaire ou l’élu, ce qui permettra aux grands enfants que nous sommes de vivre une belle histoire, en se disant que même si on ne se sent pas exceptionnel, on peut changer le monde et devenir quelqu’un. Le héros de jeu vidéo nous donne encore une belle leçon. Dans la vraie vie, il y a le Loto et l’Euro-million pour ça.

Gothic or not Gothic ?

Coupons court tout de suite à toutes vos interrogations,  Arcania est-il le Gothic 4 tant attendu par les fans de la série ? Non, mais… Pourquoi mais ? D’un point de vue scénaristique, je dirais qu’il est la suite directe du troisième opus. Par contre pour ce qui est des mécaniques de jeu, c’est une tout autre histoire.

Arcania est-il le RPG pour les nuls tant décrié ? En fait, on pourrait le croire vu la simplicité du titre aussi bien au niveau des combats que de la fiche de personnage. Même le mini-jeu de crochetage est sans doute le plus ridicule jamais vu. Des serrures défilent, et il suffit de cliquer au bon moment. Consternant…

En effet, Arcania-Gothic 4 est à mille lieux de la série éponyme. L’approche RPG du titre n’a plus rien à voir avec ce qu’on a connu dans les opus précédents. Ici le côté RPG est réduit à sa plus simple expression. Vous pouvez toujours acheter ou trouver des recettes, et créer des objets allant de l’épée à deux mains à l’entrecôte grillée. Toutefois pour cuire cette fameuse entrecôte il vous fallait un feu, aujourd’hui, grâce aux progrès de la science, elle grille dans la paume de votre main au fin fond d’une grotte glauque et humide.

Un simple clic de souris et c’est fait. Les puristes vont crier au scandale. Autre exemple, avant, pour extraire des minerais de la roche, il fallait avoir une pioche et apprendre à l’utiliser (oui le héros sans nom était benêt parfois). Maintenant c’est fini, plus d’apprentissage,  plus de maîtres à trouver, ni même d’outils adéquats, le berger sans nom, lui, est plus polyvalent qu’un couteau suisse.

Cela ne plaira pas à tout le monde, c’est certain. Côté inventaire, pas de souci non plus, il est illimité. La fiche de personnage a également pris une claque derrière les étiquettes. Elle se réduit à sa plus simple expression. A chaque niveau gagné, car il reste quand même l’expérience, on gagne trois points de compétence à placer sur quoi à votre avis ? Force. Dextérité. Mana. Perdu ! C’est courage, furtivité, précision, et quelques pouvoirs magiques. En fait chacun de ces éléments en entraîne d’autres. Le courage vous rend plus fort et améliore votre puissance de frappe, la précision améliore votre visée et votre mana (sic!) par exemple.

C’est extrêmement déroutant au début, et surtout très minimaliste pour un titre RPG, mais finalement on s’y fait. Les combats de leur côté n’ont pas beaucoup changés et  avoir un bon timing est toujours de rigueur. Toutefois l’utilisation du bouclier est devenue parfaitement obsolète car on ne peut l’utiliser qu’en statique. Le moindre mouvement, bouclier levé, se traduit par une roulade. Résultat on se concentrera sur les armes à deux mains, certes plus lentes mais surtout plus puissantes. Tactiquement on y a quand même perdu, et les roulades en armures lourdes sont un peu ridicules.

Que reste-t-il de ces beaux jours, que reste-t-il des mots d’amour…

Bah oui que reste-t-il ? Eh bien tout le reste. Des dialogues qui certes ne resteront pas dans les annales des jeux vidéo, mais assez intéressants pour qu’on ne les zappe pas à chaque fois. Parfois, le scénario nous donne le choix entre plusieurs solutions pour accomplir une quête. Une aire de jeu assez vaste, même si ce n’est pas de l’open world car chaque zone a ses propres limites. Bref, il reste un jeu plaisant à jouer quoiqu’on en dise, plus proche toutefois du hack’n’slash que du RPG traditionnel.


Techniquement, Arcania tient toutes ses promesses ou presque. Les graphistes ont fait du joli boulot. L’ensemble est très agréable à l’œil, et de nombreux détails comme les changements climatiques sont vraiment bien foutus. Voir les arbres plier sous le vent, et l’environnement prendre un effet mouillé sous la pluie est vraiment sympa. Les textures vont du magnifique, l’écorce des arbres, au très moyen, certains rochers. Les effets de lumières sont pas mal dans l’ensemble, même si le cycle jour/nuit nous offre des levées de soleil assez… psychédéliques je dirais.

Attention : une bonne configuration est toutefois nécessaire. Comme dit plus haut, l’aventure se déroule dans différents secteurs d’une île. Heureusement chaque secteur est différent et offre des environnements travaillés, allant des marécages à la jungle en passant par des zones désertiques ou enneigées. On est loin d’un open world à la Two Worlds ou Oblivion, on s’approche plus d’un Divinity 2 par exemple.

Par contre, niveau souterrains, on a souvent l’impression de se cogner les mêmes. Toutefois, ce défaut est souvent récurrent à ce type de jeu. Quelques points noirs malgré tout. Je n’ai pas rencontré de bug majeur, en revanche votre personnage a souvent tendance à rester coincé contre ou sur des rochers, et sur la durée, cela devient parfois irritant. Une autre chose m’a choqué visuellement. La végétation disparaît devant le personnage. L’effet n’est pas très agréable. Je me dis que c’est pour améliorer la visibilité. Or durant les combats,  quand on a le plus besoin de visibilité, ce n’est plus le cas, et les combats dans les buissons deviennent un peu galère.

Autre point, les PNJ ont tous choppé la “clonite aïgue”, et en 2010 on peut s’attendre à mieux de la part des développeurs. Côté son, les musiques font dans la discrétion, rien d’exceptionnel mais pas désagréable non plus. Le doublage quant à lui est assez particulier, le bon côtoie l’exécrable.  Ceux d’entre vous qui se sont essayé à la démo doivent se souvenir du doublage catastrophique de Lyrca la sorcière. Bizarrement la première partie du jeu, qui correspond à la démo, est assez mauvais. Ensuite tout devient plus écoutable. A croire que le doublage a été fait en deux fois. La démo, puis le reste du titre.

Alors cet Arcania, bon ou mauvais ? Pour ma part, je dirais que c’est un bon jeu à réserver aux débutants dans le genre, et c’est comme cela que je l’ai pris, mais par contre c’est un mauvais Gothic. Toutefois je nuancerai ce dernier point. Si les mécaniques de jeu et la gestion du personnage étaient pour vous les points forts de la série, alors effectivement pour vous ce Gothic 4 sera mauvais, et je vous conseille de retourner sur Risen.

Par contre si vous voulez suivre le scénario de la série, et savoir ce que deviennent le héros sans nom et ses compagnons, alors vous apprécierez Arcania. Je n’ai pas la prétention d’être un grand connaisseur de la série. J’ai fait le troisième opus, qui de son temps a été décrié pour ses nombreux défauts, mais qui aujourd’hui est considéré comme un bon épisode de la série Gothic. L’histoire et les fans décideront de l’avenir d’Arcania. Pour moi, pauvre mortel, je l’ai pris pour ce qu’il est, un divertissement, et en cela j’y ai trouvé mon compte et du plaisir. N’est-ce pas juste ce qu’on lui demandait ?

+ Environnements relativement réussis.
+ Scénario agréable.

Note RPG 2 sur 5
Note testeur 07 sur 10

– Trop linéaire.
– Durée de vie assez courte finalement.
– Mauvais doublage FR.
– RPG minimaliste à réserver aux débutants.

La vision de Megamat :
Pour moi, Arcania est un très bon jeu, avec ses défauts, mais aussi ses nombreuses qualités. Côté défauts, la redondance des PNJ, toujours les mêmes gueules ça lasse à la fin, et pas mal de passages bloqués (rochers, barrières) et bien sûr un ensemble fort linéaire. Mais côté qualités, les graphismes, les effets météo, l’action, la musique. Les voix françaises sont de bonne facture, pas extra, mais pas nulles non plus. Bref, on dit au revoir Gothic et bonjour Arcania, qui fait une belle fin pour Gothic ou une transition pour une future licence, l’avenir nous le dira, les fans aussi !
06/10

Ancien rédacteur en chef de RPG France
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