Le jeu de plateau porté sur le PC a le vent en poupe en ce moment. Après une adaptation solo de Talisman sur PC qui verra apparaître une version multi le mois prochain, voici qu’arrive Chainsaw Warrior, un jeu de plateau de 1987, méconnu en France. Sortie de la gamme des jeux de Games Workshop, sachez que Chainsaw Warrior se joue uniquement seul, soit sur un portable, soit maintenant sur PC pour moins de 5€. Et comme sur Steam on lui donne des caractéristiques deRPG, il paraît évident que RPG France allait vous proposer un test.  

Chainsaw Warrior vous demande d’incarner un GI Joe modifié qui doit combattre le Warp ; une entité maléfique qui veut détruire New York. Du coup, il vous reste une heure pour trouver et vaincre la bête qui est affublée d’une armée de zombis, de mutants et de morts-vivants..  

Quand Duke croise Ash

 Ce pitch nous étant expliqué dans une BD animée fleurant bon les années 90 tout comme le design du jeu avec des illustrations d’époque. On laisse tomber les bouts de cartons vieux de plus de 30 ans et on s’intéresse à la version numérique du jeu. Autant vous le dire tout de suite, à l’instar de Talisman, on se retrouve vraiment devant un jeu de plateau qui se résume à un écran fixe sur lequel toute l’action va se passer. Pas de 3D ni d’effets si on excepte les dés à six faces qui vont voltiger devant vos yeux. Encore plus pauvre que Talisman au niveau animations, le jeu reste techniquement très simple, voire trop avec tout de même une résolution en HD. Pas de traduction dans notre langue non plus, ce qui pourra causer des soucis de compréhension, mais surtout d’immersion.

Rien de pire que d’essayer de comprendre un texte en plein coeur de l’action. Même si le jeu n’est pas écrit dans un anglais soutenu, on est tout de même dans un univers futuriste post-apo qui demande de comprendre un minimum ce que se passe. On commence par la création de son personnage qui consiste simplement à jeter un nombre de dés à six faces dépendant de la difficulté choisie auparavant. On lancera trois dés à six faces et on prendra le meilleur en mode facile, deux dés à six faces en mode normal, ou un dé à six faces en mode dur qui correspond à la difficulté du jeu de plateau de 1987. 

Après le tirage aléatoire des caractéristiques (endurance, points de vie, corps à corps, rapidité, attaque à distance, tir à distance), vous aurez à tirer tout aussi hasardement une compétence de comportement (plus fort, plus agile, infiltrateur ….) qui vous permettra certaines options durant la partie. Enfin on jettera les dés pour définir la quantité d’équipement (dont la tronçonneuse du titre) que l’on pourra posséder au début de la partie sur un maximum de 13 objets portés. A noter qu’en mode plus difficile, les cartes équipement se tirent face cachée.   

60 minutes chrono

 Ensuite un paquet de 108 cartes virtuelles est mélangé, coupé en deux et on place le boss “Warp” dans la seconde moitié du paquet. Le premier paquet de 54 cartes faces cachées est posé sur la table virtuelle devant vos yeux et l’aventure commence. Avec votre GI, Vous allez passer de bâtiment en bâtiment, pour essayer de trouver l’ennemi suprême. A chaque retournement de carte, qui correspond à un tour, il se passe 30 secondes durant lesquelles vous allez agir en fonction de ce que dit la carte. Au bout de 30 minutes (temps dans la partie), le soleil laisse place aux ténèbres et la partie devient plus difficile avec des malus supplémentaires ou des bonus pour les vilains pas beaux. 

Il s’agit pour vous d’aller le plus vite possible dans le second paquet pour trouver Warp et l’éliminer avec soit le laser lance, soit la veste implosive (qui vous tue en même temps, mais vous avez réussi la mission) avant le temps imparti sinon c’est le game over. Outre le temps limité, on peut aussi mourir lors d’un combat contre un vilain si vos points de vie tombent à zéro, mais aussi à cause des radiations subies ou l’empoisonnement dues à des pièges ou des morsures. Il suffit alors que l’un de ses deux facteurs dépassent votre valeur d’endurance et c’est le game over.A chaque rencontre, si vous souhaitez utiliser votre arme à distance avec munitions limitées, vous allez jeter deux dés en fonction de vos réflexes pour savoir si vous avez eu le temps de tirer avant que le monstre soit au contact.

Dans ce cas, on passe directement au corps à corps. L’adversaire jette deux dés et vous de même, chacun cumulant vos valeurs de corps à corps, le plus fort l’emportant. Si c’est votre adversaire qui gagne, vous perdez un point de vie et vous devez refaire un tour de combat, donc perdre 30 secondes supplémentaires. Si vous gagnez, il est tué et on passe à la carte suivante ou on attend. Dans certains cas, on pourra fuir, voire éviter certaines créatures grâce aux compétences de départ. On trouve aussi du matériel, le moyen de recharger ses armes à feu ou encore de se soigner.  

Qui se farcit l’oie ? 

 Le jeu étant tout aléatoire, il n’y a aucune stratégie possible et si certains le considèrent comme un roguelike, je le prendrai plutôt pour un jeu de l’oie n’ayant aucun choix primordial sur la partie, excepté l’équipement. Du coup, le jeu peut être très difficile si les dés sont contre vous, ou très facile s’ils sont avec vous. Dans tous les cas, en mode dur, vous allez en baver et le manque d’interactivité et de choix bravera, pour la plupart d’entre nous, notre volonté à poursuivre. Certains se plaignaient de l’aléatoire dans Talisman, mais là, on atteint des sommets. Les situations nous sont proposées directement (car toute la partie déplacement est négligée) et, même si d’une partie à l’autre les cartes événements pourront être différentes, on est plus dans un rôle passif, qu’actif car tout est prémâché. Pas la peine de compter ou de réfléchir, il suffit d’appuyer sur les icônes au choix. On sent bien la pression monter au fur et à mesure de l’avancée dans le paquet de cartes mais, comme notre réussite n’est pas dépendante de nous, ce stress retombe comme un soufflet mal cuit. Le design général est propre, même si on regrettera la musique difficilement supportable au delà de cinq minutes.Quant aux bruitages, ils sont peu nombreux mais assez efficaces pour symboliser le bruit des armes lors de l’élimination d’une créature poussant un dernier râle.Vous passerez en moyenne 20 minutes sur une partie, sachant qu’elles pourront vous prendre entre 5 et 30 minutes selon vos taux de réussite aux dés. 

Une trop fidèle adaptation 

Chainsaw Warrior est un portage fidèle et bien retranscrit du jeu d’origine mais qui manque de fait totalement d’originalité, voire d’interactivité. Outre la version officielle, les développeurs auraient du nous proposer une vision plus libre de ce jeu de plateau dont les mécanismes trop simples sont vieux de 30 ans. Depuis, le “jeu à l’Allemande” est passé par là et les jeux tout aléatoires sont tombés en désuétude. Dépoussiérage et amélioration stratégique ne lui auraient pas fait de mal.

Peut-être que Games Workshop n’a pas laissé cette liberté aux développeurs et c’est bien dommage. Je me souviens encore de Risk 2 qui offrait deux versions différentes dont une tout à fait adaptée au support PC. Du coup, si beaucoup le considère comme un roguelike, je préfère amplement tous les roguelike qui proposent des animations 2D/3D aussi minimes soient-elles, mais au moins qui s’agitent. Chaque carte vous donne pourtant un petit texte vous mettant en condition mais, rien à faire, je n’arrive pas à rentrer dedans. 

Quant à la durée de vie du jeu, en 25 minutes vous aurez battu Warp dans un des 3 modes de difficulté. Autrement dit, le jeu peut être plié en moins d’1H30. Il faut espérer que cela vous prenne plus de temps et que vous y reveniez souvent pour le rentabiliser, malgré la répétitivité.  

Attention, si Chainsaw Warrior a un avis négatif, ce n’est pas tant qu’il ne retransmet pas parfaitement l’aventure que l’on pouvait attendre du jeu de plateau en solo, c’est tout simplement que cette adaptation fidèle m’a laissé de marbre, avec peu de marge de manœuvre et d’interactivité. L’aléatoire gère tout. N’ayant pas connu ce jeu au format papier, la fibre nostalgique n’agit pas sur moi, comme cela peut être le cas avec Talisman.

Nul doute que les fans apprécieront. Si vous vous ennuyez, ou pour remplacer votre solitaire, entre deux stations de métro sur votre portable, pourquoi pas ? Mais sur PC, il y a tellement de jeux à 5€, voire moins, qui vous proposeront tellement plus qu’un jeu de plateau adapté… Quant à la partie RPG, je cherche encore. 

+ Jeu de plateau avec une fidèle adaptation
+ Design bien retranscrit
+ L’aléatoire… 

Note RPG 2 sur 5
Note testeur 03 sur 10

– Musique
– Anglais only
– Lancer des dés, lancer des dés, what else ?
– Durée de vie (?)
– … l’aléatoire

La vision de Skoelpadda :
Non, Chainsaw Warrior n’est pas un bon jeu. C’est redondant, linéaire et très vite ennuyeux. Loin de sa branlante catégorisation Steam, j’y ai vu un 1000 Bornes solo à l’intérêt tout au plus douteux, résumé en un contre-la-montre stérile dont le schéma, partie après partie, sera inévitablement identique.
Le concept n’est pas mauvais, loin s’en faut, c’est probablement très rigolo à jouer avec de vraies cartes et j’aurais bien du mal à ne pas avouer un certain plaisir à jouer à une adaptation littérale de jeu de plateau qui remplacerait mon absence d’amis par une IA joviale et sadique, mais Chainsaw Warrior n’est définitivement pas fait pour se jouer sur un PC. Là où Talisman arrivait à être réellement amusant, on a ici un jeu trop vite trop limité, à l’interactivité réduite au minimum et ne présentant aucune variation de gameplay, on y clique à l’infini comme dans un QTE géant, répétant ad nauseam la même action. Cinq euros, c’est peu, mais pour du non-jeu, ça reste très cher.
01/10

Administrateur de RPG jeux vidéo. Très vieux Joueur depuis le siècle dernier. Testeur et rédacteur depuis 1999 de RPG, même les pires. Relecteur de traductions de nombreux RPG vidéo. Ancien président de RPGFrance, et ancien rédacteur de Dagon's Lair.
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments