Consortium. Ce nom vous dit-il quelque chose ? C’est normal, c’est le titre du jeu financé sur Kickstarter il y a de cela quelques mois. On nous promettait une aventure qu’on n’oublierait pas de sitôt et à mon avis, le pari est plutôt réussi, mais pas dans le bon sens.

Quel dommage. Consortium est si près d’être un grand titre. Si proche et pourtant loin des attentes que l’on nous promettait lors de sa campagne sur Kickstarter. Malgré un financement réussi, le résultat laisse à désirer. Pourtant, le concept est bien trouvé, le scénario est un savant mélange de genres, entre Cluedo et Code Quantum, tout cela nous faisait saliver de plaisir. Mais le plaisir s’arrêtera à ce long écoulement de bave. Dans la lignée de jeux comme Alpha Protocol ou The Last Express, Consortium fait partie de ceux qui ont loupé le coche et crient pour une deuxième chance de briller.

A l’aventure compagnon …

Le principe : de la même manière que dans Code Quantum, votre esprit est transféré dans un autre corps, à la différence près que le corps que vous allez posséder se trouve dans un univers parallèle, dans un avenir pas trop lointain. Vous entrez dans le corps d’un homme dénommé Bishop 6, membre d’une unité spéciale qui règle les conflits internationaux en jouant à un « jeu » appelé Consortium. Cela permet d’éviter les conflits mondiaux entre les nations. Et le lieu où toute votre aventure va se dérouler se situe à bord d’un appareil volant de dernière génération, appelé le Zenlil .

La véritable aventure, cependant, est sans surprise. Après votre réveil, vous assistez à un meurtre commis à bord du Zenlil. Et vous allez être chargé d’enquêter et de résoudre cette affaire avant que cela n’entraîne de graves conséquences sur les rapports avec les organisations mondiales. À cela, il va falloir rajouter la gestion de l’équipage et des crises de chacun, bref une vraie nourrice sur ce foutu raffiot. Chaque choix que vous ferez dans le jeu apportera son lot de conséquences, plus ou moins bonnes. Et là vous vous dites : « GENIAL !»

Il y a toujours un « mais ».

Oui, sur le papier cela a l’air génial, mais dans la réalité, c’est autre chose. En effet, le jeu n’offre aucun temps de répit. Exclusivement en anglais, les dialogues du jeu s’affichent dans des menus défilants. À aucun moment on ne peut revenir sur la conversation pour voir ce que le PNJ vous a dit au début de son monologue. Pire encore, chaque fois qu’un PNJ vous parle, des choix de réponses apparaissent, vous laissant plusieurs façons de répondre et cela, dans un temps limité (30 secondes pour faire son choix). C’est chouette, surtout quand on ne sait pas ce que le PNJ vient de nous dire….

Vous pourrez ainsi entrer dans des situations de combat tout feu tout flamme en laissant une traînée de cadavres, ou bien éviter des conflits en négociant avec l’équipage et ses ennemis. Il n’y a pas de mauvaises façons de jouer, simplement des choix à faire. De nombreux secrets, indices et détails de l’histoire seront là pour vous aider ou vous mettre sur une fausse piste. Mais attention, car en plus d’être un enquêteur hors pair, vous serez également un écolo.

En effet vous serez paré d’une armure technologiquement très poussée qui se répare en recyclant diverses choses. Les indices peuvent donc aussi être recyclés. Ce n’est pas mignon ? Un vrai piège à con pour ceux qui ne font pas attention.  Vous pouvez ainsi détruire les uniques preuves qui vous permettront d’appréhender un suspect.

Hormis cette absurdité, Zenlil est un lieu plein de vie, même si le jeu est entièrement scénarisé. Les personnages sont toujours en train de vaquer à leurs occupations, à se déplacer plutôt que d’être collés à leurs sièges, et de nouvelles catastrophes ne sont pas nécessairement au rendez-vous. Tout cela dépendra de vos choix. Les décisions présentées ne sont pas morales, mais elles sont importantes. Dans un espace restreint comme le Zenlil, garder des choses intimes ou les révéler peut très vite faire basculer cette charmante utopie dans un enfer des plus dantesques.

Idéalement, les choses pourraient finir ici, avec une salve d’applaudissements pour donner quelque chose de vraiment ambitieux et nouveau. Certes, le jeu mériterait une tape dans le dos. Malheureusement, aussi intelligent que soit Consortium sur ​​le plan conceptuel, de nombreux détails ne vont cesser de faire glisser, à plusieurs reprises, le jeu vers le bas.

Sous le capot…

Graphiquement, on ne peut pas dire que le jeu soit immonde, mais il n’est pas très beau non plus. On pourrait excuser ce détail pour un studio indépendant, mais pas en ayant reçu une source de revenus conséquente issue d’un système participatif, comme Kickstarter. Ainsi le jeu paraît lisse, sans textures, loin, très loin d’un Morrowind. Les expressions faciales des personnages sont figées, comme si les PNJ avaient reçu une intense dose de Botox. Mais tout ne s’arrête pas à ce malheureux détail. 

Le jeu comporte de nombreux bugs. Presque autant que le nombre de pas que vous faites dans une journée. Et ce n’est pas peu dire. En effet, d’une partie à l’autre, les bugs n’apparaîtront pas aux mêmes endroits et dans les mêmes contextes. Ainsi, il est déconseillé de parler à un PNJ qui marche seul dans un couloir étroit. Ce dernier risquant de ne plus bouger et de bloquer l’accès à une partie importante de l’avion, ce qui vous empêchera d’avancer dans l’une de vos quêtes.

Ne parlons même pas des bugs audios lorsque des PNJ vous parlent. Il suffit de tourner la tête dans la mauvaise direction pour que certains mots disparaissent de votre audition. Nous passerons sur le fait que tous ces gentils PNJ portent des pyjamas bleus comme combinaisons et que chacun d’eux est déshumanisé au possible en remplaçant leurs vrais noms (si, si ils ont de vrais noms) par des pseudonymes tout pourris qui semblent sortis tout droit d’une vieille série B à deux euros le DVD. Pourtant chaque personnage de l’appareil possède sa propre personnalité et son propre caractère … Alors pourquoi ne pas les appeler par leurs prénoms ?   

C’est l’heure de la frite ?

Une lourde question que nous allons soulever maintenant est celle des combats. Il n’y en a pour ainsi dire pratiquement aucun. Si vous parvenez à trois affrontements armés dans tout le jeu, vous aurez été veinard. Parce que oui Monsieur ! Des combats il n’y en a pas dans ce jeu. Alors pour palier à cela, on vous offre un joli simulateur de combats possédant vingt-et-un niveaux différents. Chaque niveau vous permettant d’apprendre un mouvement particulier de combat, comme frapper avec ses poings, recharger, changer d’armes, etc …  Mais que vient foutre un simulateur de combat dans un jeu où il n’y a pas de combat ? 

Pourtant, les développeurs ont poussé le truc assez loin, puisqu’on a le droit à un système d’endommagement et de gravité des blessures. Alors c’est gentil, mignon tout plein, mais ce n’est pas dans ce jeu que vous risquez de mourir… L’action n’est pas vraiment au rendez-vous, alors ce système ne vous servira pas à grand-chose. On va donc passer le plus clair de son temps à attendre que les esprits s’échauffent pour ensuite venir, tel le messie, apaiser nos ouailles.

Pour aller plus loin, on peut même parler de l’intrigue. Si le scénario de base tient la route, l’intrigue en elle-même ne fait que se construire autour d’un point culminant qui ne viendra jamais, et tout ceci pour terminer sur une fin qui ressemblera à un vrai pétard mouillé et qui donnera pour seule réaction : “Attendez, c’est tout ?”.  Un bon gros What The Fuck dans votre tête. Vous avez perdu votre cerveau pendant ce jeu ? Non, ne vous inquiétez pas. Il suffit de regarder vos pieds pour vous rendre compte qu’il s’est juste liquéfié par votre nez et a fait splotch sur vos baskets. 

Comment ? J’ai oublié de parler de la durée de vie du jeu ? Seulement trois, voire quatre heures de jeu intensives si on se focalise sur la quête principale. Mais malgré tous ses défauts, on est obligé d’admettre que Consortium offre une nouvelle approche du RPG, ou du moins qu’il essaye. C’est louable, mais cela ne suffira pas à faire prendre la mayonnaise. On pourra passer un peu plus de temps dans le jeu pour découvrir quelques secrets cachés, ce qui rallongera le temps de jeu d’une à deux heures grand maximum.

On ne peut pas dire que Consortium soit foncièrement mauvais, mais il ne fait pas partie de ces jeux qui apportent une grande évolution au style du RPG. C’est une tentative courageuse de la part des développeurs de vouloir sortir des sentiers battus, mais le jeu nous laissera sur notre faim. On est bien loin d’un Oblivion, Skyrim ou d’un Mass effect et cela pourra en faire crier plus d’un. Mais c’est une expérience, plus ou moins douloureuse, à tester et à se rappeler en tenant compte de la quantité d’efforts et de tentatives d’innovation apportées par l’équipe de Consortium. 

+ De belles idées rafraichissantes
+ Des choix qui ont un réel impact sur l’histoire
+ Des PNJ très travaillés sur leur personnalité

Note RPG 2 sur 5
Note testeur 05 sur 10

– De nombreux bugs très agaçants
– Qualité graphique pas très engageante
– Très peu d’action
– Une intrigue de mauvaise série B

Roliste avant tout, et joueur de RPG jeu vidéo quand c'est possible. Ancien rédacteur de tests et d'articles sur les jeux de rôles papier. Ancien président de RPG France
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments