Arkane est un studio français un peu particulier. S’il est très reconnu et apprécié des amateurs de jeux d’aventure et de RPG, il n’a en réalité produit que deux véritables jeux en 13 années d’existence. Il y a une dizaine d’années sortait en effet un certain Arx Fatalis. Véritable hybride entre jeu d’aventure, d’action et de rôle, le premier bébé du studio s’inspirait de références aussi renommées que Thief, Ultima Underworld, ou Deus Ex, et a réussi l’exploit d’arriver à la hauteur de ses modèles.

Petit studio au demeurant, Arkane devra durant cette dernière décennie abandonner certains projets prometteurs tels que le FPS The Crossing, à la croisée entre solo et multijoueur, ou encore le spin of de Half-Life² dénommé Return to Ravenholm. Pourtant, et fort heureusement, un second projet, paru en 2006, arriva à son terme. Cette fois-ci, il s’agit d’un FPS/RPG médiéval-fantastique nommé Dark Messiah of Might and Magic, excusez du peu. 6 ans après sa sortie, RPG France vous propose de redécouvrir ce titre, et de voir ce qu’il en reste aujourd’hui, dans un paysage vidéo-ludique surpeuplé.

A la Source de toute chose

Dark Messiah of Might And Magic se présente comme un FPS/RPG avec un zeste d’infiltration. Un choix peu surprenant quand on connaît le passé du studio et ses diverses influences. Pourtant, en lançant le jeu, la première chose qui vient à l’esprit n’est autre que Half-Life², à condition d’y avoir goûté. Outre son moteur graphique – le Source Engine de Valve – qu’il partage avec Half-Life², l’histoire de Dark Messiah of Might and Magic est divisée en chapitres.

Ceux-ci sont assez linéaires et séparés par des chargements décidément trop présents, comme dans le jeu culte mettant en scène Gordon Freeman. Ajoutez à ça la vue FPS, et on se croirait presque dans un mod du dit Half-Life². Mais ce serait une erreur de juger Dark Messiah of Might and Magic ainsi, car s’il n’est pas réellement un RPG, il est pourtant bien plus qu’un “simple” FPS.

 Le jeu est sous-titré “of Might And Magic”. Pourtant, la parenté avec les derniers jeux estampillés Might & Magic, que sont les Heroes, n’est pas visible au premier coup d’oeil. Les développeurs d’Arkane ont en effet choisi un style radicalement différent des jeux de stratégies. Oubliez les couleurs flashies et les graphismes cartoon, ici, c’est de la fantasy adulte, avec des tripes, du sang et des la(r)mes ! Néanmoins, les noms des créatures, des lieux, le background d’Ashan et même certains personnages font références à l’univers des derniers Might & Magic et notamment à Heroes V.

Pour autant, et si ces références sont plaisantes, le jeu est tout à fait jouable sans avoir mis les pieds dans cet univers au préalable. Concrètement, vous incarnez Sareth, un apprenti mage qui vient de finir ses classes auprès de son maître, le renommé Phenrig. Sareth souhaite partir à l’aventure, dans l’espoir d’avoir un peu d’action et de voir d’autres frimousses que celle de son vieux maître barbu et grisonnant. Il est très vite embarqué dans une sombre quête liée à des Nécromanciens, une prophétie annonçant le retour d’un messie du mal, et un tas d’autres joyeusetés qui seront un prétexte à la baston.

Car si Dark Messiah of Might and Magic se présente comme un FPS/RPG, il faut savoir que c’est clairement sa partie FPS qui est la plus développée et peut-être la plus réussie, notamment grâce aux composantes RPG du jeu, vous suivez ? 
 

It’s time to kick ass

Qui dit Might & Magic dit Fantasy. Ici, point de fusils d’assaut et autre pistolets blasters. La première force de Dark Messiah (je m’autorise à ne pas écrire son nom entier dans la suite de ce test) réside dans ses combats résolument différents des autres FPS. Le jeu fait en effet la part belle aux armes de corps à corps pour défaire ses ennemis, allant de l’épée aux dagues, en passant par la hache ou le bâton. Pour rappeler un peu le contexte “historique” de la sortie du jeu, sachez que celui-ci est paru quelques mois après un certain Oblivion.

Les Elder Srolls qui sont depuis des années le porte-étendard des RPG fantasy en vue subjective proposent des combats qui, s’ils ne sont pas déplaisants, montrent tout de même beaucoup de faiblesses, notamment dans leur rigidité et leur manque de punch. Dark Messiah lui, fait tout l’inverse de son soit-disant “adversaire” Oblivion. La physique des coups est exemplaire, les dégâts sont d’ailleurs localisés. Selon l’arme employée et l’orientation prise par la lame, vous aurez accès à une panoplie de coups vaste et surtout crédible. Les combats profitent du moteur de Valve utilisé ici à merveille, bien mieux que dans Sin Episode ou, dans une moindre mesure, Vampire Bloodline.

Si Half-Life 2 est connu pour ses graphismes et son ambiance, il est aussi réputé pour son moteur physique, dont a hérité Dark Messiah. Comme dans un certain Duke Nukem, Sareth pourra asséner de violents coup de pieds directement dans le torse de ses ennemis, mais aussi pourquoi pas dans un tonneau, une chaise ou une table, dans le but de la projeter devant lui. Il peut également se saisir d’objets soit avec ses mains soit via un sort de télékinésie – disponible sous certaines conditions – dans le but de les envoyer à la figure de ses assaillants. Enfin, les développeurs ont eu l’excellente idée de parsemer dans les niveaux des éléments de décors soit destructibles soit dangereux pour les personnages, ennemis comme alliés. Un feu qui crépite ou un mur hérissé de piques sont autant d’éléments mis à disposition du joueur pour l’aider à trucider des hordes d’ennemis. S’il est un FPS linéaire, ce qui peu poser problème aux amateurs de RPG, il dispose néanmoins d’un level design aux petits oignons qui assure une très grande rejouabilité et un vaste panel de possibilités.

On pourra parfois se dire qu’il est un peu étrange d’avoir des grilles en fer forgé hérissées de piques en plein milieu d’une cité médiévale, mais on oublie très vite ces détails tant on savoure le massacre proposé. Oui, ce jeu est avant tout un jeu de violence, un gros défouloir qui fait du bien après une journée de boulot, et y jouer procure un plaisir assez viscéral. Loin de moi l’idée de faire la nounou ringarde, mais le 18+ apposé sur la boite n’est pas là pour rien et je conseille clairement ce jeu à un public averti. Les démembrements sont monnaies courantes, et les derniers niveaux du jeu sont extrêmement glauques.

La réalisation graphique y est d’ailleurs pour quelque chose, puisque le jeu était à sa sortie une tuerie graphique – dans tous les sens du terme – exploitant à merveille le Source Engine. Aujourd’hui, si le jeu a vieilli notamment au niveau des textures qui sont peu détaillées, il reste très plaisant à parcourir, et à l’avantage de proposer une campagne solo variée et assez “old school” de part sa difficulté (quand on dépasse le mode normal), loin des FPS pop corn.

Vous l’aurez compris, Dark Messiah est un excellent FPS et surtout très atypique … mais quid du RPG ? Comme je le disais un peu plus haut, une des forces de Dark Messiah, peut-être sa plus grande, c’est d’être un jeu véritablement à la croisée de plusieurs genres. La partie RPG du titre se résume à un gain d’expérience qui se fera tout au long du jeu après avoir accompli certains objectifs. Peu sont secondaires – le jeu est vraiment construit comme un FPS dans la lignée de Half-Life – mais en les réussissant, vous aurez ainsi accès à différentes compétences réparties dans 3 arbres. Cette progression mesurée assure une difficulté assez constante, et surtout une très grande rejouabilité.

(S)areth moi si tu peux 

Le premier arbre est dédié aux techniques de combats et à la maîtrise des armes. Vous pourrez par exemple apprendre de nouveaux coups, débloquer l’utilisation du bouclier et améliorer votre expertise du tir à l’arc, d’encochage de flèches” ou en débloquant un zoom nommé oeil du faucon. Enfin, vous pourrez débloquer une seconde jauge d’adrénaline. Plus vous combattrez, plus votre jauge s’emplira. Une jauge pleine vous permettra de déclencher un coup critique avec l’arme ou le sortilège que vous avez en main. A ce sujet, il faut savoir que le second arbre permet d’améliorer sa maîtrise de la magie. 

Dark Messiah propose un éventail de sorts assez varié pour un jeu d’action. Le premier, disponible par défaut, est une sorte de vision nocturne. Mais rassurez-vous, jouer un mage peut se révéler bien plus excitant. Déclencher la foudre ou faire brûler ses ennemis sera dans vos cordes. Le souffle de glace pourra geler un adversaire ou créer des plaques de verglas amenant votre ennemi à se retrouver les 4 fers en l’air, marrade garantie. Enfin, le dernier arbre un peu fourre-tout n’est pas à négliger.

On y retrouve surtout des compétences passives comme l’Endurance, ou l’Affinité Magique – qui augmente votre jauge de magie – mais également des compétences propre au jeu furtif. Il est en effet parfois possible de jouer à la manière d’un Garett tout droit sorti de Thief, et certains trésors scellés ne seront accessibles qu’avec la compétence de cambriolage. Au final, on se retrouve avec un personnage très configurable, et surtout, cette variété offerte n’est pas superficielle.

Le nombre de points de compétences que vous obtiendrez au cours de votre aventure ne vous permettra pas de tout débloquer, ainsi, il faudra faire des choix. Créer un guerrier complet, un archer d’élite, un mage de bataille, ou mélanger le tout pour aboutir à un personnage plus polyvalent seront tant de possibilités qui vous inciteront à relancer l’aventure. Il faut dire qu’après plusieurs parties, vous finirez par connaître les niveaux par coeur, mais pour autant, le plaisir de joueur reste intact car la variété des combats, des approches possibles, et leur qualité globale font du jeu une référence encore aujourd’hui.

Même Skyrim, sorti cinq années après Dark Messiah, ne le dépasse pas en ce qui concerne la maîtrise des combat. La qualité du gameplay vient de son peaufinage assez complet. Peu de FPS proposent autant de possibilités. Magicka avant l’heure, Dark Messiah vous propose de combiner les éléments pour accentuer l’effet de vos sorts. Les dégâts de foudre seront décuplés par l’eau, un choc thermique entre un ennemi congelé et une boule de feu le fera exploser en milles éclats. Ces pouvoirs ne sont pas sans rappeler les plasmides de Bioshock, et il est certain que le titre d’Arkane fut une de leurs sources d’inspiration.

Dans un autre registre, approcher une flèche d’une torche l’embrasera, et vous pourrez ainsi mettre le feu à certaines structures en bois, ou flaques d’huile : le souci porté au détail est assez remarquable et surtout, il est au service du gameplay.

Les FPS ne sont pas réputés pour leurs scénarios recherchés, même s’il y a de jolies exceptions, notamment dans des jeux hybrides comme Deus Ex ou System ShockDark Messiah lui, ne batifole clairement pas dans la même cour. Les dialogues du jeu sont quasiment tous prédéfinis et, si la mise en scène est couplée à une narration sympathique, on ne peut pas dire que la trame soit complexe. Pour autant, on ressent un réel effort pour proposer quelque chose qui implique le joueur dans l’histoire.

Les aboutissants du scénario, s’ils ne sont pas très originaux, sont néanmoins multiples, et le joueur aura ainsi quelques choix à faire, pouvant amener à plusieurs conclusions et même à un changement de gameplay vers la fin du jeu. C’est peut-être vague, mais en dévoiler plus risque de gâcher le plaisir de la découverte. Toujours est-il que le scénario de Dark Messiah est plaisant à suivre, notamment grâce à sa galerie de personnages. Sareth sera, dès le début du jeu, aidé par une femme un peu mystérieuse prénommée Xana.

Présente dans l’esprit du héros, elle guide le joueur et commente régulièrement sa progression de manière assez cocasse, pimentant ainsi la progression, surtout en comparaison d’un Half-Life ou d’un Bioshock où incarner un héros muet rend le joueur un peu seul. Enfin le bestiaire ennemi n’est pas en reste avec des gobelins complètement crétins, de fiers orcs plus vrais que nature et d’autres surprises de taille un peu moins conventionnelle. 

L’obscur ou le messie ?

Avant de conclure, arrêtons-nous un peu sur la réalisation du titre. Si le jeu propose une ribambelle de méthodes pour arriver a vos fins, la jouabilité est très intuitive. La maniabilité au couple clavier-souris est aisée, et à son meilleur dans les combats. En revanche, la vue à la première personne n’est pas toujours la plus adaptée quand il s’agit de phases de plateforme, heureusement assez peu présentes. La navigation dans l’inventaire est aisée, ce qui est un grand plus car vous aurez accès à un galerie d’armes, d’armures et de parchemins très variée.

Il sera même possible de forger quelques armes, et plusieurs types de potions pourront vous sortir du pétrin le moment venu. D’ailleurs, comme tout bon jeu PC, une barre de raccourcis est visible en bas de l’écran. Les touches 1 à 9 du clavier peuvent ainsi être assignées à divers sorts, armes ou objets, facilitant ainsi les changements. L’IA se situe quant à elle dans la moyenne. Suffisante pour rendre les combats intéressants, elles animent les ennemis de réactions diverses, allant de l’assaut groupé à la fuite pure et simple en cas d’échec.

L’une des autres forces de Dark Messiah vient de sa bande-son. Sans parler des doublages français plus que corrects, mais variables selon les personnages, c’est surtout au niveau des bruitages que Dark Messiah enchante. L’ambiance sonore est épurée de toute musique. Dans le feu de l’action, ce choix est probant puisque les combats gagnent en intensité. Les bruits de pas, les lames qui sifflent, tout est fait pour immerger le joueur. De même les sons d’ambiance ne sont pas en reste.

Au final, Dark Messiah of Might and Magic brille presque toujours autant qu’à sa sortie. Il ravira les amateurs de FPS originaux, au gameplay raffiné avec des combats intenses tout droit sortis d’un roman de Robert E Howard ou de David Gemmell. Il plaira également aux rôlistes qui ne sont pas contre un jeu d’action plus profond que de coutume, puisqu’il pioche allègrement de leur genre favori. Il ne faudra certes pas s’attendre à un jeu aussi complexe et profond qu’Arx Fatalis, mais le travail effectué permet de faire perdurer le jeu en tant que valeur sûre, rien que pour l’originalité de son gameplay. Un bon moyen de patienter jusqu’à la sortie de Dishonored en somme.

+ Le corps à corps (le coup de tatane !)
+ La réalisation sublime il y a 6 ans, correcte aujourd’hui
+ Les combats ultra nerveux et variés
+ L’ambiance fantasy, pas banal pour un FPS
+ Les compétences qui influencent le reste du gameplay

Note RPG 1 sur 5
Note testeur 08 sur 10

– Pas toujours stable
– Pas forcément court, mais on aurait aimé un jeu plus long
– La linéarité inhérente à la structure en niveaux
– Le combat final pas terrible en comparaison du reste
– Les chargements nombreux

– Pas un RPG

L’avis de Caldanath :
Dark Messiah of Might and Magic, en voilà un nom à rallonge pour un RPG. Et pourtant, malgré son titre en octosyllabe, on m’a longtemps vanté ses mérites. Le terme “FPS mâtiné de RPG” revenant le plus souvent, ainsi que les retours sur le gameplay des combats. Enhardi, je me suis mis à la recherche de ce titre, prenant par la même occasion connaissance de ses développeurs lyonnais (et réveillant ma fibre patriotique).

Et que dire ? Et bien, je pense que nous avons effectivement le gameplay à la 1ére personne le mieux élaboré que j’ai eu l’occasion de voir. Une souplesse du personnage déroutante, couplée au maniement de l’épée et du coup de pied nous offrent déjà de bons moments de fun vidéoludique. Et si on nous donne l’occasion d’une rejouabilité par la voie de l’assassin furtif et du mage aux sorts combinatoires, alors que demander de plus ?

Un scénario peut-être ? Il est vrai qu’il a beau être un peu cliché, on se laisse porter par l’histoire, tout ceci n’étant au final qu’un prétexte pour trancher dans le vif du sujet. On y trouve même quelques choix pour influencer sur la fin, bien que cela reste minime. Les décors restent magnifiques malgré le temps qui passe. Avec toutefois des temps de chargement fréquents dûs au moteur Source prêté par cette bonne vieille Valve.

Ce jeu est une pure source de fun de bout en bout, un défouloir narratif. Je n’ai jamais autant aimé décapiter des gens (NB: Ne pas sortir cette phrase de son contexte, sinon vous allez me voir au JT).
08/10

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