dimanche, mai 29, 2022

Note du testeur sur 10

Dishonored
8

TEST – Dishonored

Ce test a été écrit et publié à l’origine le 22 Octobre 2012 sur le site RPGFrance par son auteur Batman the Blind. Avec son aimable autorisation.

Sorti début Octobre, Dishonored était attendu par nombre de joueurs et ce pour plusieurs raisons. D’abord parce que les trailers et informations sur le jeu étaient des plus alléchants, mais aussi parce que les développeurs du jeu ne sont autres qu’Arkane Studios, à qui l’ont doit déjà les excellents Arx Fatalis et Dark Messiah of Might and Magic. Appartenant désormais à BethesdaArkane Studios nous propose à nouveau un jeu atypique qui en a déjà convaincu plus d’un.

Déshonoré dès l’arrivée

L’histoire débute alors que vous revenez de mission pour l’impératrice. Vous incarnez Corvo Attano, le protecteur de l’impératrice Kaldwyn. Vous venez d’arriver dans la cité de Dunwall, et vous ramenez des nouvelles des îles environnantes. Envoyé pour enquêter sur l’épidémie de peste qui ravage le royaume, vous n’avez hélas rien trouvé et venez faire votre rapport à votre souveraine. Mais à peine l’avez-vous rejointe que des assassins surgissent. Vous défendez l’impératrice tant bien que mal, mais celle-ci se fait tuer sous vos yeux. Tout se passe alors très vite, les assassins disparaissent, kidnappant la jeune Emily, la fille de l’impératrice. La garde arrive, et vous voilà accusé d’un meurtre que vous n’avez pas commis, condamné à mort, vous voilà déshonoré.

Après avoir passé six mois en prison, vous êtes contacté par de mystérieux individus la veille de votre exécution. Ceux-ci vous aident à vous échapper et déclarent connaître la vérité. Ils vous savent innocent, connaissent le responsable du complot et souhaitent démanteler ce dernier. Bien entendu, vous serez la pièce maîtresse de leurs plans, et vous devrez mener à bien les missions qu’ils vous confieront pour retrouver Emily Kaldwyn et les responsables du meurtre de sa mère.

Le scénario de Dishonored, à défaut d’être original, reste diablement efficace. Le joueur est happé dans l’action. L’intégralité du jeu se passant à la première personne, l’immersion est immédiate. On retrouve là la marque de fabrique d’Arkane Studios depuis Arx Fatalis. L’histoire progressera sans véritables surprises, certes avec quelques rebondissements, mais malgré tout prévisibles. Pourtant, si l’intrigue reste classique, le tout fonctionne bien et vous pousse à vouloir avancer dans l’aventure pour déjouer ce complot et arriver au bout de l’histoire.

Vous évoluerez dans un univers plutôt original avec un background très travaillé. On sent une véritable influence steampunk que ce soit dans les décors ou les costumes des personnages. Pour vous donner un exemple : l’essentiel des technologies présentes dans le jeu se base sur l’huile de baleine raffinée, qui reste la première source d’énergie utilisée dans la ville de Dunwall.

Un soupçon de RPG

A la croisée des genres entre FPS, infiltration et RPG, Dishonored ne sera pas sans rappeler un certain Deus Ex Human Revolution. Pourtant, les deux jeux possèdent quelques différences. Leur univers diffèrent bien sûr : cyberpunk d’un côté, steampunk de l’autre. Les interactions avec les personnages sont également moins poussée dans Dishonored. Notons tout d’abord que votre personnage ne parle pas, encore une fois pour renforcer l’immersion du joueur. Il faudra vous contenter d’écouter votre interlocuteur et dans les rares cas où un choix s’offrira à vous, il s’agira généralement d’accepter ou non une quête. Mais heureusement, Dishonored parvient à tirer son épingle du jeu sur d’autres points.

La liberté laissée au joueur prend ici une place de choix. Le level design est toujours pensé pour vous offrir plusieurs alternatives possibles. On penchera généralement pour l’alternative la moins risquée, mais essayer d’autres passages peut vous permettre de découvrir des objets utiles ou même des PNJ vous confiant des quêtes annexes. Si celles-ci restent toujours facultatives, elle pourront avoir un impact sur votre quête principale. Prenons un exemple : généralement, votre mission consistera à assassiner un personnage influant pour le compte de vos alliés. A chaque fois, il existera une alternative pour neutraliser votre cible sans la tuer, alternative que l’on découvrira généralement en complétant une quête annexe. 

Le système de quête et de progression dans le jeu est d’ailleurs très bien pensé. Libre à vous d’utiliser les marqueurs de quêtes vous indiquant la direction à suivre, mais vous pouvez également les désactiver. L’intégralité de l’affichage est d’ailleurs personnalisable, vous permettant de masquer jusqu’à votre curseur de visée et vos barres de vie et de magie pour une immersion totale. Sans marqueur de quête, le jeu reste alors tout à fait jouable, puisque les dialogues sont suffisamment riches en informations pour vous permettre de deviner la marche à suivre. Des indices de missions seront également stockés dans votre journal. Mieux encore, vous pourrez découvrir des plans du lieu où vous vous trouvez pour vous aider dans votre progression. 

Outre les quêtes, Dishonored emprunte également aux RPG un système de pouvoirs que l’on peut acheter à l’aide de runes. Ces pouvoirs sont un don de l’Outsider, un personnage mystique que l’on rencontrera à intervalles réguliers. Le premier d’entre eux, “Clignement”, est débloqué lors de votre première rencontre avec l’Outsider. Ce pouvoir vous permet de vous téléporter sur de courtes distances, un atout de choix pour un assassin qui sera amené à se faufiler au plus près de ses futures victimes. Par la suite, il vous faudra trouver des runes dans le jeu et les dépenser pour améliorer vos pouvoirs ou en débloquer de nouveaux, pour une dizaine de pouvoir au total. La majorité de ces pouvoirs ne sont pas réellement offensifs, mais ils vous serviront à prendre l’avantage sur vos adversaires. L’un d’entre eux vous permettra par exemple de voir les êtres vivants à travers les murs, un autre de ralentir le temps, etc.

Notez par contre que vous personnage n’accumulera pas de niveaux ou de points d’expérience. Seules les runes que vous récupérerez permettront de faire évoluer vos pouvoirs.

Maître Corvo sur un immeuble perché

En plus d’améliorer vos pouvoirs, vous pourrez personnaliser votre équipement, permettant par exemple à votre pistolet de tirer des balles explosives, ou d’améliorer la précision et la portée de votre arbalète. Pour ce faire, il vous suffira d’aller parler à Piero Joplin, un personnage que l’on vous présentera au début de l’aventure lors de votre arrivée au Hound Pits, un quartier abandonné qui vous servira de camp de base ainsi qu’à vos alliés. Vous découvrirez également durant le jeu des plans pour des améliorations que vous pourrez alors donner à Piero pour que celui-ci les fabrique moyennant finance.

Le jeu propose également un système d’objets appelés “Charme d’os” que vous pouvez équiper pour profiter de bonus particuliers, comme la possibilité d’attaquer plus rapidement, ou pour être moins affecté par les dégâts de certains types d’ennemis. Les charmes et les runes sont d’ailleurs détectables à l’aide d’un objet particulier, un coeur mystique qui vous révélera leur emplacement, que vous pouvez au choix utiliser ou non.

Bien sûr, rien ne vous oblige à utiliser vos pouvoirs, vos charmes d’os ou à améliorer vos armes. C’est là tout le génie de Dishonored : le jeu ne vous force pas à jouer de tel ou tel façons pour progresser, vous adaptez le jeu à votre façon de jouer et non l’inverse.

Libre à vous d’user et d’abuser de vos pouvoirs pour rester discret, ou de foncer dans le tas, armes aux poings. Le jeu n’offre aucune barrière, tant et si bien que le challenge n’est présent que si vous vous l’imposez. Le jeu dispose d’ailleurs de plusieurs niveaux de difficulté, les plus aguerris d’entre vous pourrons dès lors commencer le jeu en mode difficile. Chaque type de joueur y trouvera son compte, et le plaisir sera toujours au rendez-vous et c’est bien tout ce qui importe au final. Notons d’ailleurs pour les chasseurs de succès que le jeu en propose un nombre intéressant et pas toujours simples à débloquer.

S’il vous appartient le choix de rester discret durant vos missions, on remarque malgré tout que Dishonored a été pensé comme un jeu d’infiltration. Vous pouvez donc vous accroupir pour vous dissimuler dans l’ombre et surprendre vos ennemis par derrière. Encore une fois, vous avez le choix entre les tuer ou les assommer.

Notez que si vous souhaitez finir le jeu sans tuer un seul personnage, c’est tout à fait possible, mais il faudra vous montrer extrêmement méticuleux. Jeter un ennemi inconscient à l’eau le tuera, et si vous laissez un corps à la portée des rats, les rongeurs pourraient venir le dévorer jusqu’à l’os.

Vous pourrez également tuer vos adversaires de loin à l’aide de votre arbalète, ou en combat singulier, avec votre pistolet ou votre sabre. Les combats au corps à corps sont d’ailleurs extrêmement courts, on a tôt fait d’être tué par son adversaire et il vous faudra faire preuve de réflexes pour parer les coups de celui-ci et être le plus rapide à frapper, un coup bien placer après un contre pouvant tuer votre adversaire instantanément.

Bien entendu, les corps des ennemis neutralisés pourront alerter les soldats encore debout, il vous faudra les dissimuler pour éviter que la garde ne se mette à votre recherche. Outre les offensives directes, vous aurez également la possibilité de nuire à vos ennemis en posant des pièges ou en piratant des systèmes. Ici pas de mini-jeu particulier, il vous suffira d’avoir l’objet nécessaire dans votre inventaire pour retourner un portail électrique contre vos ennemis et les voir griller s’ils s’en approchent d’un peu trop près.

Toujours dans l’optique de rester le plus discret possible, vous pourrez attirer l’attention des ennemis en lançant des objets au loin, et vous faufiler de toit en toit tel Ezio Auditore dans les rues de Florence. Bien entendu, certains passages se déroulent dans les bâtiments, où il faudra toujours ruser pour rester le plus discret possible.

Avec toutes ces possibilités de gameplay qui vous sont offertes, autant vous dire que le jeu jouit d’une excellente rejouabilité. Vous aurez également différentes manières de compléter vos quêtes, par exemple en aidant un personnage plutôt qu’un autre, vous permettant lors d’une partie ultérieure de tester des choix différents. Le jeu propose une douzaine de missions. Terminer le jeu une première fois ne vous prendra que 10 à 15 heures selon votre manière de jouer, mais ce sera pour mieux vous pousser à recommencer une partie pour tester des approches différentes. Si cela pourrait vous sembler court, l’avantage est que vous ne serez pas rebuté à l’idée de finir le jeu une seconde, voire une troisième fois.

Votre attention citoyen de Dunwall

Qu’on se le dise tout de suite, le moteur graphique du jeu n’est pas exceptionnel et d’expérience, je peux vous affirmer que la configuration minimale donnée par l’éditeur sur PC est clairement surévaluée.  Le jeu présentera régulièrement des textures baveuses,  et l’aspect cartoon, bien que plaisant, semble servir de cache misère. Les éclairages sont malheureusement inégaux, dommage pour un jeu d’infiltration où l’ombre et la lumière peuvent avoir tant d’importance. Sur les personnages, les effets de lumière peuvent être très convaincants, tandis que les bouteilles posées sur le comptoir à quelques mètres de là ne disposent d’aucune ombre portée.

Pourtant, Dishonored jouit d’une direction artistique excellente, et si sur la technique le rendu pèche un peu, le reste est tout à fait charmant. L’esthétique globale du jeu est très homogène et réussie, renforçant l’immersion dans ce monde imaginaire et pourtant si cohérent. On prendra plaisir à s’arrêter quelques instants pour observer la vue sur le berge de la belle cité de Dunwall en déclin.

Les personnages sont également très réussis, on s’attachera à certains, on en repoussera d’autres, mais chacun aura sa petite histoire et, pourquoi pas, sa petite quête annexe à nous confier. Les doublages sont également très réussis. Le jeu est intégralement traduit, on reconnaîtra d’ailleurs quelque voix connues du monde du doublage français et c’est d’autant plus rassurant pour un jeu dont le studio de développement est né sur notre territoire.

L’ambiance musicale du titre se fera assez discrète tout au long de votre partie, mais ce sera pour mieux profiter des conversation que vous pourrez entendre au détour d’une ruelle ou des annonces faites dans les haut-parleurs disséminés dans la ville. 

Dishonored se présente comme un hybride, un savant mélange des plus réussis entre RPG, FPS et jeu d’infiltration. Si vous êtes amateur de ces trois genres, le jeu devrait vous combler à merveille. La faible durée d’une partie est compensée par l’excellente rejouabilité du titre. On prend un véritable plaisir à arpenter les rues de Dunwall, enquêtant sur le meurtre de l’impératrice et assassinant les conspirateurs. Si la technique n’est pas excellente, la direction artistique offre une véritable personnalité au dernier jeu d’Arkane Studios, dans la lignée de ses prédécesseurs. Plaisant et immersif, Dishonored est assurément un très bon cru de cette année 2012.

+ Gameplay varié
+ Prise en main intuitive
+ Excellente rejouabilité
+ Ambiance réussie

Note RPG 1 sur 5

– Scénario classique
– Moteur graphique assez standard
– Faible durée d’une partie ?

L’avis d’Andariel : Dishonored avait suscité une attention toute particulière et on avait tôt fait de voir en lui le saint Graal vidéoludique de l’année. Arkane a d’ailleurs bien alimenté le buzz en revendiquant une rencontre des deux mastodontes que sont Deus Ex et Bioshock. Au final, devant tant de promesses, force est de constater qu’on est assez loin du résultat escompté.

La plus grande force du jeu réside dans son univers steampunk empruntant aussi bien à un Herman Melville qu’à un Jules Verne. Un contexte victorien tout autant dystopique qu’il n’est atypique rappelant V Pour Vendetta. Aussi, son aspect esthétique de haute volée et son ambiance qui n’en est alors que plus singulière. On regrettera cependant le character design bien moins réussi entre traits tellement exagérés qu’ils en deviennent caricaturaux et personnages manquants de charisme, surtout l’Outsider et son allure de chanteur de Jpop.

Derrière ses allures avant-gardistes, notre Déshonoré de Balzac ne tarde pas à afficher ses limites. D’abord techniquement, quand, à côté de ses textures souvent baveuses, il enfonce le clou avec du clipping et des bugs de collisions nombreux. Mais ce qui lui porte autant préjudice est de loin son IA bébête : les ennemis se tirent dans le dos sans broncher, ils tombent allègrement des corniches, ils vous aperçoivent à peine quand vous êtes perchés en hauteur… D’autres fois, ils vous repèreront de loin, parfois même quand vous êtes planqué derrière un obstacle, et communiqueront par télépathie…

L’aspect infiltration du titre en devient dès lors très approximatif, surtout qu’il est dénué de la gestion de lumière d’un Thief. Mais ceci est sans compter le côté assez rébarbatif de l’approche furtive, surtout avec un aspect non létal se limitant à étrangler les ennemis par derrière ou alors à utiliser les fléchettes anesthésiantes. Il y a bien les pouvoirs surnaturels pour y mettre du piment, mais on aura vite fait d’en faire le tour, tant ils se débloquent rapidement. L’aspect Action a le mérite d’être jouissif, cependant il se révélera tout aussi limité sur la longueur avec son arsenal cruellement réduit et qui n’offre pas matière à varier les plaisirs…

Le côté RPG déçoit lui aussi, ou c’est plutôt son absence qui déçoit, à part le maigre arbre de compétences et les pauvres choix de dialogues. Il se paye même le luxe d’être incohérent avec une pseudo-gestion d’inventaire convertissant ce que vous looterez en argent. Serait-ce encore l’effet de cette révolutionnaire huile de baleine dans votre besace ? Côté scénario, on sera tout aussi déçus. On a affaire à la trame bancale de la quête de vengeance qui tourne autour du ” Vas dormir. Demain on t’envoie assassiner quelqu’un d’autre” et se risque même à faire l’un des twists les plus prévisibles de l’année !

Bref, pour un jeu vendu une cinquantaine d’euros et disposant d’une quinzaine d’heures de durée de vie, on ne peut s’empêcher d’y voir la désillusion. Bon, une déception peut-être, mais ses atouts sont finalement à saluer, tant il offre une expérience dépaysante. Pas mémorable pour un sou, mais dépaysante. 7/10

L’avis de Etienne Navarre : Dishonored m’a grandement déçu sur bien des points : graphismes ratés, durée de vie faiblarde, gameplay long à se mettre en place, IA moyenne, gestion de l’infiltration datée, personnalisation fade, narration impersonnelle et réalisation en dents de scie. Les premières heures ont même été catastrophiques. L’introduction calamiteuse loupe complètement le coche de la dramatisation et la quête de l’honneur perdu devient sans saveur et déshumanisée alors qu’il y avait la possibilité d’en faire une vraie tragédie grecque. Moi qui m’attendait à incarner un héros torturé et vengeur, en proie à une colère infinie et avide de laver son nom, je me suis retrouvé face à un héros muet, que l’on ne voit jamais (le choix de la vue à la première personne complète me surprend encore). Enfin, ses mécaniques datées (gestion de la lumière, du bruit…) donnent l’impression que le jeu a des années de retard.

Mais le sel qui fait de Dishonored un bon jeu reste son gameplay. Quel plaisir de traverser ces niveaux en totale liberté ! Le level design est inventif, permissif et pousse à prendre son temps pour jouir de chaque opportunité. Le jeu ne manque pas de solutions et de possibilités pour remplir chaque mission. C’est cette souplesse, couplée à un design prodigieux qui sauvent Dishonored des limbes dans lesquelles j’allais l’envoyer. Doté d’un univers unique et soigné, il est nécessaire de saluer le travail des artistes qui réussissent à se démarquer en offrant au jeu un visage singulier.

Au final, Dishonored enchante comme il agace, il éblouit comme il déplaît, il réussit comme il se plante. 7/10

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