Les jeux finlandais sont suffisamment rares pour qu’on en parle. Et si en plus ils ont l’air originaux, il y a de quoi éveiller la curiosité. La mienne en tout cas. Instant Kingdom est un jeune studio, PME familiale composée de Ville et Anne Mönkkönen, aidés ponctuellement par des indépendants talentueux comme Gareth Meek (musique) et Johanna Sunstrom (character design). Driftmoon est leur premier “gros” jeu, développé depuis 2009, après cinq jeux, notamment Notrium, un jeu de survie, en vue de dessus, très estimé par les joueurs et riche en mods. Driftmoon est quant à lui un RPG-aventure situé dans un monde original, à mi-chemin du merveilleux et du steam punk avec des touches d’heroic fantasy. Le cocktail aventure/RPG fonctionne-t-il ici ? 

Il était une fois…

D’abord, vous choisissez un nom masculin et le niveau de difficulté, ayant une influence sur les combats avec des ennemis plus ou moins résistants et dont la santé se recharge ou non, ainsi que le nombre de points d’expérience lors de votre première montée en niveau. C’est tout ce que vous aurez à choisir. Bien. Tout commence par la lecture d’un mot de votre père qui mentionne une gemme et une expérience qui a mal tourné, puis c’est votre mère qui, énergiquement, vous pousse dans le puit du village pour vous sauver la vie sans que vous compreniez quoi que ce soit. A votre réveil, vous découvrez un passage secret et commence alors votre aventure. Sans entrer dans les détails et déflorer le scénario rempli de surprises, je vous dirais simplement que les habitants du village ont tous été pétrifiés, au sens propre. Vous allez donc enquêter pour comprendre et régler le problème.

En chemin, vous pourrez être aidé par des PNJ humains ou animaux doués de la parole, notamment Fizz, une sorte de luciole très courageuse et très utile, vous vous en doutez. Ne refusez pas leur aide, elle pourra s’avérer précieuse ! Chacun a sa compétence et sa personnalité. Les phases de dialogues, forts spirituels d’ailleurs, sont nombreuses et très riches, avec des choix multiples, certains ayant une influence sur le déroulement du jeu, et vos compagnons d’aventure n’hésitent pas à donner leur avis. On notera aussi des clins d’oeil discrets réservés par exemple aux amis Canadiens ou aux fans de Hergé…

Ce jeu est comme un conte de fées, sans viser nécessairement un public d’enfants. En fait, il est pour tout le monde. Pas de grande violence, pas de scène choquante. L’action demande des réflexes et de la réflexion, mais le jeu est toujours amusant, divertissant et se joue en mode détente. Vous alternerez exploration, combat et petites énigmes, de type puzzle le plus souvent, pas trop difficiles. Il faudra garder l’oeil bien ouvert pour ne pas laisser passer tel ou tel objet, mais rien n’est sans solution et dans le pire des cas, le forum officiel fournit toutes les réponses aux éventuels désespérés.

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 Une quête à vol d’oiseau ?

Ce qui a surpris et rebuté nombre de joueurs, c’est le choix de la vue de dessus. Non non, ne partez pas, les développeurs ont implémenté la possibilité, via les touches Page haut et Page bas, de faire légèrement pivoter la vue pour un rendu légèrement plus isométrique, bien que tout ait été fait en 3D, mais une 3D discrète. Le décors regorge de détails et de secrets à découvrir. Libre à vous de soulever chaque pierre à la recherche de matière première ou des précieuses plumes magiques. L’animation est fluide et le jeu semble tourner sans bug sur la plupart des configurations, même les plus modestes.

On sent que le long beta test de plusieurs années a porté ses fruits. Le jeu a été peaufiné à l’extrême. Le passage d’un niveau à l’autre se fait, à l’entrée et/ou à la sortie de chaque niveau, par l’intermédiaire d’une carte du monde, pas trop vaste, mais bien remplie. On clique sur l’icône libre du niveau où l’on veut aller et on s’y retrouve immédiatement, après un très court temps de chargement. Dans chaque niveau, on a bien sûr accès à une carte qui se révèle au fur et à mesure, avec les lieux clés épinglés. Cliquer dessus permet un déplacement instantané. A noter qu’il n’est pas toujours nécessaire de faire les quêtes dans un ordre précis, même si la quête principale est scriptée, et on peut revenir dans les lieux déjà visités pour bien les fouiller.

La musique, enfin, rappelle celle des films pour enfants, avec des clochettes et des Pizzicatti. C’est charmant mais pour ceux que cela agacerait, on peut toujours en baisser le volume ou la couper. Personnellement, j’ai bien aimé ce côté “magie de Noël” assumé. Ça reste dans le ton sans jamais être tonitruant. On est en Finlande, pas aux Etats-Unis.

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Le choix de l’aventure

Les options sont limitées au minimum : taille du texte, vitesse de défilement de celui-ci, options sonores et réattribution des touches. Mais c’est suffisant. En jeu, vous pouvez aussi régler à tout moment la difficulté des combats en temps réel en choisissant parmi quatre niveaux. Vous pourrez ainsi vous concentrer davantage sur l’aventure ou ajouter du challenge si vous aimez utiliser votre esprit tactique. 

Aventure, aventure, tu n’as que ce mot là à la bouche ! Et le jeu de rôle, là dedans ?!

Le jeu de rôle, outre les dialogues à choix multiples, se présente dans l’interface, avec la jauge rouge de santé et la bleue de mana, l’inventaire par cases – un objet par case, quelle que soit sa taille et trois onglets : un pour les objets, un pour les messages et un pour l’artisanat – et le système d’artisanat pour les potions. On récolte ou on achète des ingrédients, on trouve les recettes et on fabrique nos précieuses potions. Le loot d’armes étant plutôt parcimonieux, on fera attention à ne rien vendre par erreur. Détail intéressant, la faim est gérée, comme dans un rogue-like bien traditionnel. Mais elle est peu pénalisante.

La fiche de personnage contient trois onglets elle aussi : compétences, qui se remplit au fur et à mesure, talents, avec un arbre de… talents et les statistiques avec les attributs. Je n’ai pas compris la nécessité de la distinction entre compétences et talents, mais cela ne gène en tout cas en rien la jouabilité. On compte cinq attributs : force, dextérité, agilité, constitution et intelligence. Du très classique.

Pour ce qui est des talents, il y a cinq branches verticales à cet arbre : combat au corps à corps, combat à distance, défense, magie et compétences passives. En tout, cela fait 18 talents. C’est peu et c’est là la grosse limite du jeu en termes rôlistiques. A voir si cela n’est pas rédhibitoire pour les rôlistes purs et durs. Je pense que oui. Pour ma part, comme j’aime des jeux de genre différent, cela ne m’a pas gêné le moins du monde.

Détail original : vous obtenez des points de mana en ramassant des plumes magiques qui doivent rester dans votre inventaire. Cela n’est pas indispensable, mais peut aider si vous utilisez fréquemment votre mana, que ce soit par des sorts ou des coups spéciaux. Cette chasse aux plumes, aux matières premières et autres aliments rajoute de l’intérêt à l’exploration.

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La partie dure une quinzaine d’heures, ce qui est pas mal pour un jeu d’aventure sans temps mort et peut-être un peu courte pour un RPG, mais moi, cela m’a suffi. L’expérience n’était ni trop longue, ni trop courte. Pour ce qui est de la rejouabilité, elle est présente, mais pas aussi développée que dans un bon hack’n slash où l’on expérimente de nouveaux builds ou dans un jeu à fins multiples, mais il est toujours possible de recommencer une partie en difficulté supérieure et en privilégiant d’autres aspects du développent du personnage.

Pour ma part, je vois ce bon jeu comme un tout aussi bon film, car le scénario ménage de nombreuses surprises. Je préfère attendre avant d’enchaîner sur une deuxième partie d’avoir un peu oublié. La magie, ça se ménage. Toutefois, la présence d’une menu mod permet de recommencer des parties complètement différentes. Le jeu vient de sortir, donc les mods ne sont pas encore très nombreux, mais avec le temps, nul doute que la communauté sera aussi active, sinon plus, que pour Notrium. Et là, la durée de vie augmentera singulièrement. 

La magie opère-t-elle ?

J’ai traversé le jeu sans m’ennuyer un instant et souvent je me surprenais à sourire ingénument devant mon écran au détour d’une surprise scénaristique ou d’une réplique comique d’un de mes compagnons. Un scénario réussi peut radicalement changer l’impression laissée par un jeu. Avec une histoire bateau, ce jeu m’aurait vite lassé, mais là, j’ai vraiment le sentiment d’avoir vécu une joyeuse aventure, sans mièvrerie qui plus est, ce qui est à souligner.

Pour acquérir cette petite merveille, vous n’avez que l’embarras du choix : le site des développeursGOGGamersgate ou encore Greenman Gaming ou Desura pour 11,99 dollars jusqu’au 5 mars 2013, puis 14,99. A noter que si vous achetez le jeu sur le site d’Instant Kingdom, 15 % des bénéfices seront reversés à la Croix Rouge.

On l’aura compris depuis déjà quelques temps pour ceux qui suivent mes interventions sur le forum, je suis enthousiasmé par ce jeu qui est un vrai coup de coeur personnel. Du début à la fin, l’émerveillement ne faiblit pas. Pour la note, les amateurs de RPG aventure peuvent ajouter un point et les rôlistes intégristes lui en enlever 3. Je lui aurais aussi mis 9 sur un site généraliste, mais sur un site spécialisé en RPG comme le nôtre, compte tenu de ses limites rôlistiques, je m’en tiendrai à un 8. 
Si vous êtes un rôliste pur et dur, ce jeu n’est probablement pas fait pour vous. Mais si vous aimez vous ouvrir à des approches vidéo-ludiques différentes, ce jeu se doit de faire partie de votre collection. Il vous fera passer de merveilleux moments. Et retrouver de temps en temps son âme d’enfant, cela fait du bien.

+ avec des dialogues savoureux pleins d’humour
+ Les personnages attachants
+ Le level design bien pensé
+ La musique guillerette très cinéma
+ La moddabilité

Note RPG 3 sur 5
Note testeur 08 sur 10

– Seulement en anglais.
– L’arbre de compétences très succinct

La vision de Killpower :
Depuis la preview, Driftmoon a vraiment évolué dans le bon sens. Avec une jouabilité à la “Avencast“, une caméra de 3/4 qui permet de changer de cette vue de dessus rigide, ce jeu m’a plu pour son côté frais de goût et aussi ses PJ décalés. Driftmoon est plus un jeu d’aventure qu’un RPG, mais j’espère que la communauté rôlistique saura aussi produire de bons mods car il y a moyen. En tout cas, je me suis bien amusé avec.
07/10

Vieux gamer ayant connu les premiers jeux vidéos (Pong, Asteroids...), amateur de hack'n slash, de JDR en général, de shoot them up, de beat them all et de jeux de baston, mais aussi de jeux de puzzle (et de vrais puzzles en carton), amoureux du français et du japonais, expatrié vivant au Japon traducteur amateur de l'anglais (les quatre jeux de Soldak Entertainment notamment) et du japonais... Que dire d'autre... Ah oui ! Ecrivain ! Lisez mes livres. On les trouve en Kindle sur Amazon et ici.
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