N’hésitez surtout pas à prendre au pied de la lettre ce sous-titre enchanteur, ajouté après la sacrée mise à jour 1.7, “Enhanced Edition”. Après plusieurs ajouts de la communauté Gothic 3 jamais reconnus par l’éditeur, JoWooD, ce dernier se rattrape en officialisant tout ça ainsi qu’en rajoutant du contenu maison. Délivré de ses nombreux bugs majeurs, Gothic 3 est enfin jouable comme il se doit, et c’est pour notre plus grand plaisir.

Rédemption

Un jour naquit Oblivion. Adulé par les critiques et les joueurs, amateurs ou pas de jeux de rôle PC, il fut un peu le signe d’une nouvelle ère d’un genre qui commençait à sérieusement manquer d’air frais. Avec une barre placée si haut, difficile pour quelconque concurrent d’espérer égaler et encore moins surpasser le maître, un peu comme les myriades de MMORPG qui aujourd’hui tentent de bouter World of Warcraft hors de son trône.

Mais Gothic 3 a voulu relever ce défi. Pourtant, la version “pré-1.7”, aussi riche qu’elle pouvait l’être, péchait beaucoup de par ses sempiternels bugs à l’image de la saga Gothic toute entière, à savoir d’interminables saccades voire des freezes de plusieurs secondes, même sur les PC les plus puissants. Heureusement, l’éponge est passée avec cette Enhanced Edition – “Version Améliorée”, et c’est la richesse première du jeu que nous allons juger.

Lok’Tar

L’histoire se déroule après les deux premiers volets, et nous incarnons toujours ce héros sans nom dans un univers médiéval-fantastique. Après avoir vaincu le Dormeur, une infâme créature, il se retrouve enterré et ne doit sa survie qu’à un mystérieux mage du nom de Xardas, qu’il n’aura de cesse de rechercher tout au long de ce troisième opus.

Accostant à Myrtana, la région centrale du monde de Gothic 3 située entre le Nordmar au Nord et le Varant au Sud, et accompagné de quelques frères d’armes rencontrés lors des précédents Gothic, le héros est plongé in medias res dans la guerre opposant Humains et Orcs, alors qu’il débarque dans un village d’esclaves Morras – nom donné aux Humains par les Orcs. La bataille vous oblige alors à prendre parti avec votre race, mais elle sera bien la dernière. Car là est la force de Gothic 3 : vous aidez et tuez qui vous souhaitez. Rien ne vous empêchera plus tard de vous mettre entièrement au service des Orcs.

D’ailleurs, la libération de ce premier village nommé Ardéa compte peu : comme la libération de ce premier village est imposée, elle ne comptera donc pas comme un réel choix de votre part, même si elle vous fera gagner quelques points de réputation envers les rebelles.

Il faudra d’ailleurs faire très attention à ces différentes réputations, d’abord envers les rebelles (des Humains au service du roi Rhobar, réfugié dans son château assiégé par les Orcs, protégé par un bouclier magique) et les Orcs, ensuite envers d’autres peuples plus ou moins neutres, comme les Hashishins. Le joueur doit jouer la carte de la prudence et ne pas tomber dans le piège des libérations excessives de cités.

En effet, si le héros a une réputation jugée trop élevée avec les rebelles, les chefs orcs de chaque cité, que l’on peut rencontrer après avoir durement acquis la confiance des habitants de ladite cité, attaqueront à vue. Puis, si cette réputation augmente davantage, ce seront tous les Orcs que l’on se mettra à dos. Adieu donc les quêtes, l’or et l’expérience qu’ils auraient pu offrir. Une conséquence qui n’est pas ou peu expliquée et qu’il aurait mieux valu connaître le plus tôt possible, à moins bien sûr d’avoir une réelle volonté d’exterminer au plus tôt la faction adverse.

Les réputations sont donc très importantes, influençant en outre les relations, mais aussi les achats. Pas question pour un marchand de vendre telle armure à un mercenaire qui n’a pas une réputation assez élevée envers son clan.

Garçon, une potion !

En plus des armures en “kit” – buste, bras, pantalon ensemble, sans possibilité d’acheter un par un les composants, sauf le casque – pouvant être acquises, il existe pléthore d’objets à conserver dans son inventaire, sans limite de quantité et de poids (pratique mais sacrilège du point de vue du réalisme). Armes bien sûr, mais aussi pendentifs, boucliers, anneaux, parchemins, potions, plantes servant à concocter des potions, éléments de quêtes et d’innombrables objets récupérés un peu partout, servant parfois aussi à accomplir des quêtes, mais pouvant également être vendus ou encore servir à fabriquer des armes.

Car il existe plusieurs compétences intéressantes dans Gothic 3, appelées aussi arts. La chasse vous permet, en plus de devenir un bon archer, de dépecer les animaux et de leur enlever crocs, griffes et langues se revendant à bon prix. On peut également conserver ces butins pour fabriquer des armes grâce à la forge, sans toutefois pouvoir créer sa propre armure. L’alchimie, très utile, se fournit parmi un nombre incalculable de plantes nécessaires à la confection de potions, temporaires ou permanentes, ou sert par exemple à fabriquer des flèches acérées.

Vous pourrez également apprendre les ficelles du métier de voleur, vous orienter vers le combat à l’épée ou l’art d’être un puissant mage, ainsi que quelques compétences diverses comme l’acrobatie, la résistance au poison et aux maladies, la résistance au froid, etc..

Depuis la grosse mise à jour 1.7, il existe également une possibilité de jouer le jeu de rôle à fond, c’est-à-dire que si l’on s’oriente vers la magie, on reste un magicien, vers le combat, on demeure combattant, ce mode étant appelé “Alternative Balancing” (n’influant pas sur les trois modes de difficulté facile, moyen ou difficile, même si activer cette option rend forcément le jeu plus ardu). Sans cela, le héros finit par se spécialiser en tout au fil du jeu, ce qui n’est pas forcément au goût des puristes du genre.

Lupus ? Quid ?

Quelle que soit la voie que le joueur choisit, il devra affronter bon nombre d’ennemis durant ses aventures. Parmi les peuples que l’on peut combattre selon le parti que l’on préfère défendre, on trouve des rebelles humains et des Orcs, mais également des mercenaires humains travaillant pour le compte des Orcs, ou bien encore le peuple nomade des Hassissins, ainsi que différents clans du Nordmar. Outre ces espèces intelligentes, on rencontrera loups, gobelins, écorcheurs, sangliers, bêtes de l’ombre, trolls, les terribles ogres, ainsi que des bestioles inoffensives comme les lièvres, les poulets ou les porcs.

Mais voilà un point où le jeu pèche énormément : le combat au corps à corps. En effet, il suffit souvent de coincer un ennemi et de cliquer compulsivement sur sa souris pour parvenir à l’occire à coups d’épée plus ou moins puissants et rapides. Si cela peut s’avérer pratique, ce système est complètement inabouti. Car si la chance tourne, il suffira à un pauvre loup de quelques morsures répétées pour tuer le héros, alors que ce dernier vient d’assassiner une vingtaine d’Orcs à la suite.

Les combats se rattrapent un peu grâce au tir à l’arc et aux lancers de sorts, mais là encore, le premier n’est pas suffisant et l’incantation des magies prend parfois un temps trop précieux alors qu’une hache s’abat sur le héros. Aussi, les sorts sont assez peu efficaces face à un grand nombre d’ennemis. Un bien grand mal donc pour un jeu où combattre est une des principales activités.

On peut constater les dégâts en prêtant attention à trois barres en bas à droite de l’écran : une rouge pour la “force vitale” (les points de vie), une bleue pour le mana et enfin une jaunâtre pour l’endurance. Cette dernière est déterminante pour frapper plus efficacement ou encore pour courir (une compétence permet d’ailleurs de courir deux fois plus longtemps). On peut également, en dehors des combats, passer en mode furtif ; rien de bien impressionnant si ce n’est que le héros fléchit les genoux et fait mine d’avancer prudemment. Pratique pour assommer voire tuer par derrière, ou bien s’approcher sans bruit des animaux sauvages, si toutefois l’on possède les compétences requises.

Dans tous les cas, si le joueur tue automatiquement les monstres ou les ennemis dont le nom s’affiche en rouge, il devra faire l’acte de tuer les gens avec qui il est neutre ou amical. Mettre KO un adversaire de ce type ne suffit pas à le tuer, il faut presser le clic droit puis le clic gauche pour l’achever lorsqu’il est à terre. Si ses amis ou collègues assistent au meurtre, leur nom s’affichera alors en rouge et seront ainsi automatiquement tués et non simplement assommés.

Si personne ne voit rien, le héros aura plus de chances de passer inaperçu. Dans une cité, il se verra néanmoins apostropher par un garde, de même que pour le vol. Entrer dans les habitations devant les citoyens n’est pas vu d’un bon oeil, et prendre sans vergogne le contenu d’un coffre devant son propriétaire vous mènera à des duels non mortels (mais vous y perdrez de l’argent si vous tombez).

A défaut de femmes, de jolies musiques

Il existe d’ailleurs de nombreux PNJs, parmi lesquels les indispensables donneurs de quêtes. A ce propos, et surtout depuis la mise à jour 1.7, les dialogues oraux sont mieux traduits et de très bonne facture à l’écoute, les doublages français sont réussis même si deux ou trois voix supplémentaires n’auraient pas été du luxe. En revanche, un élément que beaucoup de joueurs auront remarqué : il n’y a quasiment aucune femme dans le jeu.

On peut en apercevoir deux ou trois, rebelles ou esclaves, mais c’est vraiment histoire de dire que ce n’est ni Innos, ni Béliar, ni Adanos, les trois dieux vénérés, qui accouchent des hommes peuplant ces terres. Aucune femme ne donnant de quêtes donc, et en réalité, aucune femme d’une quelconque importance, une faute de goût importante pour un jeu de cette trempe.

A défaut de femmes, ce sont néanmoins de bien jolies mélodies qui accompagneront le joueur. Toutes orchestrées, ces musiques sont proprement somptueuses, d’une qualité rarement entendue pour un jeu vidéo, car si les jeux sur consoles s’en sortent bien pour la plupart, notamment pour le genre du RPG, les OST des jeux PC, il faut l’avouer, marquent moins les esprits.

Mélodie conquérante lors des combats, oppressante dans les vastes contrées enneigées du Nordmar, paisible dans les villages, victorieuse lorsqu’une cité est libérée, mystérieuse dans les grottes… Les instruments sont variés et les notes sonnent toujours juste pour un résultat magistral. C’est réellement l’élément du jeu qui ne souffre d’aucun défaut. Car même si le scénario n’est pas de la même facture que la jouabilité, il n’en demeure pas très original non plus : une guerre Humains/Orcs, un roi assiégé, des mages du feu, un héros sans nom, aussi nommé le Décideur ou l’Elu, à la recherche de celui qui semble tirer toutes les ficelles, Xardas…

En ce qui concernent les graphismes, ils ne sont pas parfaits avec quelques traits parfois grossiers et des PNJs assez peu variés (surtout quand il n’y a que des hommes…), mais si l’on pousse les options au maximum sur un solide PC, le tout reste un réel plaisir pour les yeux. Peu d’aliasing constaté, de beaux et variés paysages : vastes déserts, vivantes forêts contrastant avec l’opacité de l’horizon du Nordmar.

Les personnages, même s’ils n’ont pas beaucoup d’expressions faciales, arrivent néanmoins à exprimer leur sentiment avec des gestes et des attitudes lorsqu’ils parlent, en plus d’un doublage très bien nuancé. On retrouve beaucoup moins le côté robotique des PNJs d’Oblivion, pour sûr. Se déroulant en temps réel, on pourra admirer la journée dans son ensemble, de l’aube au crépuscule, la nuit noire étant d’ailleurs bien pratique pour tuer ou voler à l’abri des regards.

Malgré ses défauts et quelques bugs mineurs persistants, force est de constater que Gothic 3 est un bon jeu, certes inférieur à son concurrent direct, Oblivion, mais doté d’un univers riche et prenant qui sans être totalement captivant, a le mérite d’offrir une enivrante liberté.

+ Un monde ouvert
+ Un très bon scénario
+ Variété des environnements
+ Gestion du temps réel
+ Musiques somptueuses

Note RPG 4 sur 5
Note testeur 08 sur 10

– Toujours des bugs persistants
– Graphismes perfectibles
– Pas de femme

La vision de Killpower :
La saga Gothic est beaucoup plus “simulation” que la série des Elder Scroll penchant du côté “arcade”. Les développeurs sont des fanatiques du RPG et sont restés fidèles au PC. Gothic 3 est le plus grand, le plus riche, le plus immersif de la série, mais aussi le plus catastrophique à cause de sa sortie précipitée. Grâce aux fans et à cette version améliorée, il offre une expérience de jeu unique qui mérite d’être tenté une fois dans sa vie avec à la clé une centaine d’heures de plaisir. Ce n’est vraiment que du bonheur.
10/10

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