Si vous me connaissez suffisamment bien : vous savez que ma relation avec Pillars of Eternity a été assez tumultueuse. Pour tout dire, j’ai participé au financement du titre et j’ai donc pu y jouer à la sortie en mars 2015, et le désamour fut bien brutal. J’ai en effet trouvé que Pillars of Eternity, loin d’être un successeur spirituel modernisant Baldur’s Gate, n’en était finalement qu’une traduction presque littérale dans le ressenti comme dans la forme. Au lieu de rassembler, j’ai bien l’impression que Pillars of Eternity a créé un schisme, dans lequel je me suis longtemps – presque cinq ans – situé dans le camp de ceux qui ne pouvaient le voir en peinture.

Mais les choses changent, et j’ai pu finir le jeu récemment, dans de tout autres conditions, avec un nouvel état d’esprit. Le jeu n’a pas tant bougé, bien que des corrections bien senties y aient été apportées, mais moi j’ai pas mal changé. De quoi – peut être – reconsidérer le titre et surtout son extension, sujet du jour, qui s’illustre comme étant de loin meilleure que le jeu de base, même si pour l’apprécier à sa juste valeur, il va falloir accepter quelques états de fait…

Pillars of Eternity sous la neige 

Je ne reviendrai pas sur le jeu de base : ses qualités et ses défauts ayant déjà été évalués par quelqu’un d’autre sur ce site même, même si mes conclusions auraient été bien plus partagées. White March, plus qu’un supplément de contenu, c’est l’occasion de retoucher un peu le jeu de base, en intégrant un niveau maximum désormais porté à 16, repoussant de 4 niveaux la précédente limite. Cette nouvelle limite, permet entre autre chose de profiter du contenu massif du jeu de base et désormais enrichi de quelques nouvelles quêtes et zones intégrées au pays du Dyrwood. Mais elle permet surtout de faire de White March une extension qui peut proposer des affrontements de très haut niveau, tout en s’insérant dans la progression générale du titre comme un contenu de niveau moyen (6 environ).

C’est aussi l’occasion pour Obsidian d’introduire 3 nouveaux personnages, relativement bien croqués et surtout : intégrés de manière assez organique dans le récit de base de Pillars of Eternity. Ils ne souffrent pas de symdrôme de greffe, on sent qu’ils ont été réfléchis pour interagir avec des personnages divers, ainsi, ils répondent aux autres compagnons, réagissent à des moments opportuns et ne tombent pas dans le gadget. Ce qui porte le nombre de compagnons “écrits” à 11, enrichissant significativement le casting.
 


Bien sûr : à nouveaux niveaux, nouvelles compétences venant enrichir la personnalisation et la spécialisation de toutes les classes. Des ajouts qui – couplés avec les nouveaux équipements souvent très efficaces – permettent à votre groupe de vite devenir une véritable machine à tuer, ce qui ne surprendra personne : l’équilibrage et Obsidian, ça fait deux. Fort heureusement, à opposer à nos personnages, on trouve des rencontres particulièrement solides en termes de difficulté, et surtout en termes de nombre d’opposants simultannés.

Sans devenir épique : les affrontements de White March prennent une autre dimension et s’avèrent plus agréables à mener que dans le jeu de base, d’autant que l’introduction des “comportements” des compagnons, permet de dynamiser le gameplay et réduire l’obligation à micro-gérer tous nos personnages.

Une première partie un peu poussive 

Tout cela est surtout vrai dans la seconde partie de l’extension. Malheureusement : pourtant riche de nombreuses quêtes secondaires et de plus de nouvelles zones, la première partie de l’extension ronronne et n’offre que peu d’exotisme, hormis le visuel troquant le marron et le vert du jeu de base à du blanc. J’ai personnellement trouvé la première partie de l’extension sans grand intérêt, avec des enjeux peu travaillés et finalement, on a le sentiment d’avoir une nouvelle région qui introduit juste plus de contenu, avec quelques quêtes secondaires heureusement solides.

C’est vraiment à partir de la seconde partie de l’extension qu’on trouve des lieux plus travaillés, des enjeux beaucoup plus épiques, des personnages plus intéressants et – il faut le dire – un final vraiment explosif, dans le sens où on ressent enfin la dimension centrale de notre rôle en tant que protagoniste d’une grande histoire. Les choix s’y font plus cornéliens, les événements plus poignants et une mise en scène – même si toujours assez succincte – plus réussie. On retrouvera aussi et surtout, des musiques de Justin Bell qui arrêtent d’être étouffées par les bruitages et parviennent à donner un souffle nouveau aux confrontations.


On notera aussi que l’extension offre aux joueurs des occasions plus nombreuses d’éviter les affrontements, même si on sent encore que sur Pillars of Eternity, plane d’avantage l’ombre d’Icewind Dale que celle de Baldur’s Gate en matière de rythme général. D’ailleurs, le contexte de cette extension est l’occasion là encore de rendre hommage à Icewind Dale, ce qui fera toujours plaisir aux anciens, aux vieux, aux décrépis, aux vétérans, à ceux à qui on ne l’a fait pas et qui joueront à Pillars en mode de difficulté maximale avec un seul personnage dans le groupe, le tout sans jamais équiper le moindre objet…

… Est-ce que cette personne existe seulement ? En ce cas, elle a tout mon respect pour son abnégation.

Généreuse et bien équilibrée 

Ce qui frappe avec le contenu qu’Obsidian a créé, c’est à quel point le studio a eu à coeur de faire une extension qui s’adresse à un peu tout le monde. L’introduction de contenu de fin de jeu enrichit la proposition d’origine et permet à chacun de trouver à faire dans les ajouts. On notera surtout que les efforts du studio ont aussi permis d’enfin donner à Pillars of Eternity un certain souffle épique qui faisait assez terriblement défaut au jeu de base, ce qui était très paradoxal pour un jeu qui se revendiquait de Baldur’s Gate. D’autant que cette fois, on sent nos choix bien plus importants sur le déroulement que dans l’aventure principale.


On écumera la douzaine de nouvelles zones et toutes les quêtes en environ vingt heures. De quoi justifier une nouvelle partie afin de profiter comme il se doit de tous ces ajouts. Cette extension est de base incluse dans la version console du jeu et permet au titre de corriger quelques ratés dans la progression sur seulement douze niveaux qui finissaient par vite frustrer, car en faisant des quêtes secondaires, on arrivait vite limité par la montée en puissance.

Sans être parfaitement homogène : White March s’avère au global plus satisfaisant que le jeu de base et permet d’étendre significativement l’aventure Pillars of Eternity. Une écriture plus directe, plus drôle et des enjeux plus épiques donnent un nouveau souffle à l’aventure et le scénario ne fait pas défaut à ce contenu.

On pourra regretter une première partie un peu poussive, mais les ajouts dans leur ensemble justifient largement l’investissement et permettent à l’aventure principale d’être plus satisfaisante. Si vous trouviez que Pillars of Eternity manquait encore de souffle et était trop plat, White March permet de relever un peu le goût de l’ensemble, rendant le tout plus intéressant, à défaut d’être pleinement passionnant.

  • + Enfin un nouvel environnement
  • + Un contenu globalement solide
  • + Des compagnons bien intégrés
  • + Une écriture renouvelée, des choix plus impactants
  • + Un final épique et poignant
Note RPG 4 sur 5
Note testeur 07 sur 10

– Malgré tout, manque encore de folie
– La première partie de l’extension est en deçà de la seconde
– Peu de nouvelles zones au final
– Encore un peu trop de combats

Ancien rédacteur des sites disparus "Loutrage" et "RPG France", refuse le chômage technique, écrivain impulsif capable de gratter huit articles en deux jours puis partir en jachère pendant trois mois.Obsessionnel, il aurait écrit plus de cinq fois sur KOTOR II et se justifierait probablement de le refaire à nouveau pour faire l'éloge du titre...
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