Les développeurs allemands de Deck 13 sont avant tout connus pour leurs jeux d’aventures en point’n’click. La série Ankh ou le jeu Jack Keane ont connu un succès d’estime mérité grâce à des graphismes cartoon réussis et un humour omniprésent. Aujourd’hui, Deck 13 s’attaque aux RPG avec Venetica. Le style est toujours le même, mais l’humour a laissé la place à une intrigue plus sombre au cœur de la cité des Doges. Scénario mature et style “cartoonesque” feront-ils bon ménage ?

La jeune fille et la mort.

Avant de poursuivre votre lecture, je vous conseille de mettre une musique douce et mélancolique en fond sonore. C’est bon ? OK, c’est parti alors. Il était une fois, une belle jeune fille qui vivait dans un village au sommet d’une montagne. Son nom était Scarlett. La damoiselle était orpheline et avait été élevée par sa vieille tante moche mais sympa. Comme elle était très belle, elle avait un amoureux avec une grosse… épée, du nom de Bénédict. Un jour, durant une fête de village très ennuyeuse, des assassins attaquèrent la bourgade. Ils brûlèrent tout le village et s’en prirent à Scarlett.

Bénédict, son doux chevalier servant, s’interposa et y perdit la vie. Il rendit son dernier souffle dans les bras de sa belle, lui jurant d’être toujours à ses côtés. La jeune femme, noyée par le chagrin, sombra dans l’inconscience. Elle se réveilla dans un autre monde : le monde nébuleux de la mort. Cette dernière était justement là, à l’attendre. La Mort s’adressa à Scarlett en ces mots: « Scarlett ! Je suis ton père… Je vais t’aider à te venger de ceux qui t’ont fait du mal en te donnant certains pouvoirs des morts. » Scartlett jura alors de se venger des vils marauds ayant eu l’audace de détruire son beau village de San Pasquale, et surtout d’avoir ôté la vie de son bien-aimé.

Sa soif de justice la mènera jusqu’à Venise afin de déjouer les plans machiavéliques du vilain Doge et de son maître maléfique : Victor.


A présent vous pouvez couper la musique. Alors, ça donne envie hein ? Comment ça, non ? Bon il faut bien reconnaître que le pitch de départ sent bon la mièvrerie. J’avoue également qu’au bout d’une heure j’en avais plein les bottes. Toutefois je n’allais pas faire un test sur une heure de jeu, vous méritez mieux (sauf toi qui te cure le nez devant ton écran). En bref, j’ai persévéré et finalement, j’ai bien fait. Voyons cela plus en détail. Venetica se présente sous la forme d’un RPG tout ce qu’il y a de plus basique. Vous démarrez donc l’aventure dans un petit village, puis le scénario vous conduira à Venise et même en Afrique. Vous combattez en temps réel un bestiaire pas très étoffé et gagnez de l’expérience.

Cette dernière vous permettra d’allouer des points dans diverses catégories comme la force ou la constitution. Vous gagnerez également des points d’apprentissage vous permettant de développer les capacités de Scarlett auprès d’entraîneurs selon deux écoles différentes : le combat et la magie. La jeune Scarlett ayant tous les attraits d’une femme “Barbara Gourde”, mais sans le charisme d’une Lara Croft ou plus récemment d’une Miranda (voir Mass Effect 2), on s’attendait au pire. Malgré tout, la belle sait manier plusieurs types d’armes, allant de l’épée au couple lance / bouclier, en passant par le marteau de guerre. Certains ennemis sont d’ailleurs plus vulnérables face à certaines d’entre elles, ce qui donne un côté stratégique plaisant aux combats.

Le jeu est assez linéaire, il faut bien l’avouer, surtout au début. Vous ferez de nombreux aller-retour entre le village et une mine de cuivre non loin de là. Vous rencontrerez au passage nesto et Don, deux cousins, qui vous apprendront le crochetage de serrures. Ces messieurs vous montreront une combinaison de couleurs qu’il faudra ensuite reproduire afin d’ouvrir coffres ou portes. Le système est original mais devient vite lassant car trop facile et extrêmement répétitif. L’aventure prend toute son ampleur lorsqu’on arrive à Venise. L’effet “couloir” du début laisse place à plus d’espace et à un semblant de liberté. La ville est divisée en cinq quartiers qui représentent chacun un niveau.

Ce niveau comporte plusieurs quêtes plus ou moins intéressantes et se concrétise par un boss, l’un des généraux de Victor. Vous rencontrerez de nombreux personnages avec qui faire la causette et pourrez explorer la ville des catacombes jusqu’aux toits. Rien de bien original au final, l’ensemble est agréable mais sans plus.

La mort vous va si bien … Quoique ….

Venetica est donc un RPG moyen mais plaisant. Toutefois là où le titre a du mal à convaincre, c’est sur un plan plus technique et artistique. Les développeurs ont fait le choix de conserver le style cartoon qui collait très bien à leurs titres précédents, mais ils ont également laissé tomber l’humour qui caractérisait un titre comme Ankh (leur seul autre titre auquel j’ai joué, je l’avoue). Résultat, on se retrouve avec une intrigue plus ou moins mature affublée de graphismes enfantins.

Certains apprécieront peut-être le mélange des genres, mais personnellement je ne suis pas client. La réalisation est, qui plus est, en demi-teinte. Certaines textures sont magnifiques, tandis que d’autres sont grossières ou clignotent, et le HDR utilisé à outrance ne cache pas la pauvreté de l’ensemble. Le level design souffre du même problème en fonction des quartiers visités. Les rues sont vides et manquent de vie. Certaines bonnes idées sont toutefois présentes avec le cycle jour / nuit qui fait que les commerces sont fermés la nuit et que les rues sont moins sûres. Mais l’ensemble reste modeste et ne serve pas l’intrigue, dommage.


Autre point noir, les animations. Si le personnage principal et les ennemis ne s’en sortent pas trop mal, les PNJ ont une animation indigne d’un jeu de 2010, en voir un courir frise le désastre par exemple. Côté son, même topo : si certains thèmes musicaux sont agréables, les sons d’ambiance se font trop discrets, les rues sont nimbées de silence hormis quelques grincements de bois ou murmures. Difficile d’imaginer le marché vénitien sans bruit de foule et éclat de voix.

Pour l’immersion c’est un peu raté. Le doublage français est, dans l’ensemble, de qualité et sauve un peu les meubles. Quelques bugs de collision pendant les combats ou d’affichage sont également à déplorer, ainsi que quelques freeze, mais cela n’empiète pas trop sur le plaisir de jeu. L’optimisation du titre aurait aussi mérité plus d’attention, car de nombreuses chutes de framerate se font sentir. Si cela n’avait pas d’incidence avec la machine de test, une config plus légère pourrait accuser le coup. En bref la liste de défauts est hélas assez longue et cela me peine de l’avouer.

Je dis que cela me peine car malgré tout cela, on sent qu’il y a du travail derrière et, mine de rien, après un début laborieux, j’ai pris plaisir à suivre l’aventures de la petite Scarlett jusqu’à son dénouement final après dix-huit heures de jeu. La durée de vie est donc correcte, par contre une fois fini on n’a pas envie de s’y remettre. Certes durant le jeu, on peut rejoindre une guilde, sur les trois présentes en ville, qui a ses propres quêtes; mais je n’ai pas envie de recommencer pour les connaître. De plus certains dialogues laissent penser que l’on peut influencer certains tournants de l’aventure, mais encore une fois cela ne pousse pas à refaire le jeu.

En conclusion, je dirais que le jeu a pas mal de défauts. Les animations sont bancales, les graphismes sont inégaux, l’ambiance sonore est plate, et le scénario ne casse pas des briques. Bref on pourrait dire que c’est un mauvais jeu. Bah non, je ne le dirais pas car malgré tous ses défauts, le jeu est agréable à prendre en main et se promener dans Venise nous change un peu des RPG médiévaux ou futuristes de ces derniers mois.
Le titre est sans doute davantage destiné à de jeunes joueurs ou à des débutants en RPG, toutefois j’y ai pris du plaisir. Dans un style un peu identique à un Divinity II, Venetica n’arrive pas à convaincre face au titre de Larian, et c’est dommage car le potentiel est là. Une démo jouable existe, n’hésitez pas à l’essayer avant d’acheter. Sans doute un coup d’essai pour Deck 13, espérons une suite qui évitera les écueils du premier.

+ Assez addictif malgré ses défauts.
+ Environnement sortants des standards habituels.
+ Durée de vie correcte.
+ Quelques bons passages.

Note testeur 06 sur 10

– RPG moyen à tous les niveaux.
– Mise en scène un peu fade.
– A réserver aux débutants.
– Trop linéaire.

Ancien rédacteur en chef de RPG France
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