Il a coulé beaucoup d’eau sous les ponts depuis que Microprose, paix à son âme, a édité la licence UFO : Enemy Unknown pour la première fois en 1994. Son concept, ses principes de gameplay et son aspect hybride entre gestion et combat au tour par tour, avaient alors fait fureur auprès des gamers. C’est en partie pour ce côté culte qu’ RPG France s’est intéressé de près à cette sortie, et vous propose aujourd’hui un test un peu en marge de la ligne purement RPG du site.

C’est le 12 octobre 2012 précisément, que 2K Games a édité le “reboot” de ce jeu de stratégie/tactique au tour par tour mythique, dont le développement a été confié aux équipes de FIRAXIS, que l’on connait surtout pour l’excellente série Sid Meier’s Civilization ou encore Sid Meier’s Pirates. Que penser d’ Xcom : Enemy Unknown, qui reprend, presque 17 ans après, les mêmes ficelles et événements se déroulant dans la licence originale UFO : Enemy Unknown ? Le verdict tient dans ces quelques lignes…

Money is power and power is money

Face a une menace extraterrestre grandissante et aux échecs des interventions militaires traditionnelles, plusieurs pays dans le monde décident de créer une agence spéciale pour lutter contre l’invasion extraterrestre. C’est ainsi qu’ est né Xcom, à la fois poste de surveillance mondiale et force d’intervention militaire spéciale, mais aussi centre de recherches et de production de technologies extraterrestres. Il appartient à Xcom, sans pression aucune, de sauver le monde et peut être même l’univers.

Tout commence par un premier crash d’OVNI, qui sera pour vous l’occasion d’un premier contact avec les envahisseurs et leur technologie redoutable. De retour de cette mission, qui fait office de didactitiel, le consortium XCOM vous confie alors les commandes de sa base, dont il vous reviendra le choix du continent d’implantation. C’est de là que vous allez devoir gérer et organiser la résistance armée face aux assauts des forces extraterrestres hostiles.

La partie gestion du jeu s’organise autour des fondamentaux indispensables au développement du projet XCOM, à savoir la politique, l’argent, la recherche technologique, le développement des installations, le recrutement et la formation de troupes d’élite, ainsi que la surveillance mondiale des activités extraterrestres via le déploiement de bases aériennes et le lancement de satellites.

Le nerf de la guerre, c’est l’argent, et pour en avoir il faut que les pays financeurs de l’agence XCOM soient satisfaits. Ce contexte géopolitique vous conduira inévitablement à faire des choix, en privilégiant la surveillance et les interventions armées vers les pays les plus enclins à financer gracieusement vos actions. Attention cependant, les moyens que sont prêt à vous concéder tel ou tel pays se comptent en argent sonnant et trébuchant, mais également en avantages offerts en terme de capacité de production ou de crédits de recherche. Un indice de panique, propre à chacun des seize pays inscrits au départ dans le projet XCOM, indique si vos actions sont efficaces sur la sécurité nationale.

Si cet indice passe au rouge, vous prenez le risque que  le pays concerné quitte le programme XCOM, emportant avec lui sa participation, et vous privant d’éventuels déploiements de base aérienne. Si la moitié des pays quittent le programme Xcom, c’est la fin, le game over, la loose en clair.


Cette pression amicale des pays vous sera d’ailleurs souvent rappelée par le boss mystérieux de ce consortium international, qui de sa voix douce et feutrée vous lancera un petit “n’oubliez pas, nous vous observons”.

En plus de vos actions militaires sur le terrain, le soutien matériel et humain apporté par les différents pays est autant  conditionné par leur niveau de couverture satellitaire que par la présence de flottes aériennes d’intervention Xcom sur leur sol. Toutefois, lancer un satellite ne se fait pas comme cela, et nécessite au préalable de disposer de terminaux de liaison dans votre base, qui nécessiteront eux-mêmes une quantité suffisante d’énergie pour fonctionner, et donc la construction de générateurs. Bref, nous sommes bien dans un jeu de gestion ou tout est imbriqué et ou le calendrier joue un rôle important, puisque chacune de vos actions, de la plus simple à la plus ambitieuse, prendra un certain temps à se réaliser. Pour l’exemple, fabriquer et déployer un nouveau satellite devra se prévoir une vingtaine de jours à l’avance. A l’inverse, disséquer un cadavre d’extraterrestre ne prendra que deux jours à vos équipes de recherche.

Tout cela est bien représenté, par une vue en coupe des installations de votre base, et se gère via des menus plutôt simples et faciles à prendre en main, surtout à la manette.

Engagez-vous qu’ils disaient… Engagez-vous…

La gestion des troupes est assez basique, et se fait via votre caserne et votre centre de formation. Il vous sera ainsi possible de vous payer de nouvelles recrues, d’améliorer les temps de récupération des soldats blessés après un combat, ou encore de maximiser l’expérience acquise lors des missions. Cette expérience vous permettra évidemment de faire évoluer les recrues vers des grades plus importants. A chaque nouveau grade atteint, un choix de compétences, binaire la plupart du temps, s’offrira à vous pour permettre à vos soldats de réaliser des actions spéciales lors des combats. Chaque classe, qu’il s’agisse des snipers, commandos, sapeurs ou grenadiers, ont bien entendu des compétences spécifiques. Ainsi, les sapeurs pourront par exemple devenir soit de “super soigneurs”, soit des soutiens hors pair pour le camouflage par fumigation. L’éditeur de personnages vous offre également la possibilité de changer l’apparence du visage de vos unités ainsi que leur petit nom.

L’équipement dont disposent vos troupes, selectionnable pour chaque soldat en fonction de sa classe, est en début de partie plutôt sommaire. Cependant, c’est au fil des missions, et grâce aux éléments extraterrestres récupérés sur le terrain des opérations, que vous pourrez soumettre de nouveaux projets à vos laboratoires de recherches. Vous obtiendrez donc à terme la possibilité de produire de nouveau joujoux via votre centre d’ingénierie, des équipements bien plus performants. Et quelle joie de réussir à capturer vivant un alien afin de le livrer aux griffes de vos meilleurs scientifiques !

Les missions, obtenues soit par l’intermédiaire du conseil d’Xcom, soit par l’observation satellite de notre chère planète bleue, sont de plusieurs types, mais malheureusement peu variés. Votre mission vous emmènera par exemple à exécuter des “missions du conseil”, dans lesquelles il s’agira le plus souvent de récupérer un VIP perdu au milieu du champ de bataille. Mais vous aurez la plupart du temps des objectifs plus basiques, consistant à éradiquer une menace extraterrestre ça ou là, parfois agrémentés de quelques civils à sauver du chaos.


Au delà de l’aspect gestion évoqué plus haut, et maintenant que vous avez fait le choix de vos soldats et de leur équipement, il est temps de défourailler de l’extraterrestre ! Mais attention cependant au choix de la composition de votre escouade, car deux facteurs majeurs sont à prendre en compte : la classe des soldats pour composer une équipe homogène, mais aussi leur grade afin de disposer à la fois de vétérans expérimentés, mais aussi de petits bleus qu’il faut former.

Si vous négligez d’incorporer de nouveaux venus dans votre équipe, à chaque soldat mort, vous allez pleurer, car cela signifie le remplacer avec une recrue inexpérimentée. Notez d’ailleurs au passage qu’il est parfois douloureux de voir tomber son meilleur élément, car vous aurez passé du temps à le chouchouter, mine de rien…

Votre section de combat, composée au maximum de six unités, agit au tour par tour. Pour chaque soldat, vous pourrez : soit vous déplacer deux fois, soit vous déplacer et exécuter une action de combat (tirer, recharger, soigner, rester en vigilance…), soit choisir directement une action de combat sans vous déplacer au préalable.

Répétez cela pour chacune de vos unités, et c’est au tour de l’adversaire de se mouvoir. Notez bien qu’il est possible de passer d’une unité à l’autre entre chaque action, et que vous pouvez donc dans un premier temps déplacer tous vos soldats, puis revenir sur chacun d’eux pour effectuer leurs actions de combat ou prolonger leurs déplacements.

Sur le théâtre des opérations, le brouillard de guerre est de rigueur pour tous les espaces qui n’entrent pas dans le champ visuel de votre équipe, et les extraterrestres seront parfois débusqués au dernier moment, avec un petit effet de surprise. Si vous avez alors mal évalué la situation, cela peut s’avérer fatal pour la mission. Placer un sniper sur les hauteurs d’un bâtiment s’avère, dans ce cas précis, être un bon avantage.

La possibilité pour le joueur d’utiliser une action pour mettre des soldats en mode “vigilance” constitue une option tactique importante. Elle permet de faire en sorte que lorsque l’adversaire se déplace, le ou les soldats restés en “vigilance” ripostent immédiatement, sans attendre leur tour de jeu,  par un tir réflexe. Les tirs de suppressions, dont le but est d’obliger l’adversaire à se terrer dans sa cachette, sont aussi au rendez-vous, au même titre que les tirs de “débusquement” qui comme leur nom l’indique ont la fonction inverse.

Le bestiaire est assez varié et oscille entre extraterrestres de chair et entités bio-mécaniques et mécaniques, sans jamais chercher à innover réellement dans la direction artistique. De façon générale, l’aspect générique d’Xcom : Enemy Unknown est d’ailleurs l’un des principaux reproches que l’on pourrait lui faire, entre des extraterrestres un peu “Men in Black” sur les bords et des soldats très “Space Marines” sans saveur. Le moteur graphique ne sert d’ailleurs pas très bien le jeu, mais le tout est plutôt bien fini malgré quelques petits soucis de caméra.

Mutation en cours, je répète, mutation en cours…

Nous assistons ici à une mutation transgénique d’une licence majeure du monde videoludique, mal nécessaire ou supplice hérétique, chacun en jugera. Ce que l’on peut cependant objectiver concernant Xcom : Enemy Unknown,  c’est la qualité globale du titre et sa capacité à accrocher le joueur à son clavier ou à sa manette. Et là dessus, très honnêtement, on ne peut que constater que s’il n’est pas parfait, il est addictif et prenant. Le challenge est quant à lui au rendez-vous dès que l’on pousse un peu la difficulté, le mode “impossible” porte d’ailleurs assez bien son nom.

La durée de vie, difficile à évaluer puisque dépendante de votre façon de jouer et du niveau de difficulté choisi, est très correcte pour ce type de jeu. Comptez entre 20 et 30 heures de jeu. Sachez d’ailleurs à ce propos qu’il y a peu de chance que ce soit le “scénario” qui vous tienne en haleine jusqu’au bout, mais plutôt le plaisir de jeu en lui-même, en clair : ne vous attendez pas à être scotché à votre siège par des révélations terribles ou quelque chose dans ce goût là, cela n’arrivera pas.

Le mode multijoueurs, uniquement constitué d’un mode joueur contre joueur, ne constitue pas l’essentiel du jeu, mais saura faire varier un peu le gameplay de base, puisqu’il permet de contrôler des unités extraterrestres. Dans ce mode, chaque joueur dispose en début de partie d’un nombre de points à dépenser pour déployer ses troupes et leur équipement. Ce nombre de points dépend de votre niveau “online”. Ensuite, sur des maps nombreuses et tirées du mode solo, votre seul objectif sera d’éradiquer les effectifs adverses. Un mode pas assez varié pour être très attractif, mais suffisamment fun pour prolonger encore un peu l’expérience de jeu.

Compte tenu de son aspect très accessible, Xcom : Enemy Unknown fait inévitablement penser à Tom Clancy’s EndWar ou encore R.U.S.E, même si ce ne sont pas des jeux en tour par tour. Cependant, malgré son emballage encore une fois très générique, Xcom : Enemy Unknown leur est supérieur sur bien des plans. Sans réel concurrent sur consoles, contrairement au support PC qui foisonne de titres du genre, Xcom : Enemy Unknown mérite une belle place dans la ludothèque de nos machines de salon, trop rarement orientée vers des titres de stratégie et de gestion de cette qualité.

Toujours à mi-chemin entre stratégie/tactique au tour par tour et gestion, Xcom : Enemy Unknown porte fièrement les couleurs de son ancêtre UFO : Enemy Unknown.
Avec toute la maladresse et la dose de trahison qui pèse sur le reboot d’une licence mythique du jeu vidéo, FIRAXIS a su faire de Xcom : Enemy Unknown un jeu captivant et facile d’accès, gratifiant par son système d’évolution et de gestion. Aussi froid qu’efficace, Xcom : Enemy Unknown est sans aucun doute la nouvelle référence du genre sur consoles, loin devant n’importe quel autre titre adapté sur machines de salon next gen. Que dire de plus, il faut l’essayer !

+ Mécaniques de jeux éprouvées
+ Du oldschool avec un emballage newschool
+ Les menus bien conçus
+ Sauver le monde… ou pas
+ Missions nombreuses…

Note RPG 1 sur 5
Note testeur 09 sur 10

– Quelques bugs
– Graphismes perfectibles
– Une seule base à gérer
– Gestion finalement trop simplifiée

La vision d’Etienne Navarre :
XCOM
est une vraie surprise et une réussite complète. Des limbes du développement “hell” aux craintes de voir débouler un FPS lambda, on se retrouve avec un jeu de gestion-tactique qui fait énormément de bien aux joueurs blasés que nous sommes.
XCOM propose une bonne ambiance SF très agréable à observer mais dont la mise en scène et la réalisation auraient pu se permettre plus d’audace. Des graphismes sympathiques et plutôt bien foutus (de loin) tendent à lui donner une identité qui jongle entre modernisme et rétro avec style.
Mais le coeur du jeu, le gameplay, est au final très réussi. On pourra lui reprocher une simplicité parfois décevante (gestion des soldats aléatoire et limitée, zones de guerre trop similaires, action répétitive, aspects RPG sous-employés) mais le plaisir de jeu est là ! La difficulté dosable réussit à rendre certains affrontements extrêmement délicats et on pleure à voir ses soldats préférés périr sous le feu ennemi suite à une petite erreur tactique. Et on lève un poing serré au ciel en cas de victoire.
XCOM est bel et bien le jeu tactique de qualité que l’on attendait. Au mieux pouvons-nous espérer une suite plus hardcore et plus RPG mais ne boudons pas notre plaisir : XCOM est un jeu extraordinaire qui vous tiendra occuper de très longues heures.
08/10

Ancien rédacteur de RPGFrance.
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