Vous trouverez ci-dessous une lettre d’excuse d’un certain Call of the Tenebrae à son illustre aîné Two Worlds 2. Celle-ci a été oubliée pendant des millénaires, mais notre travail de recherche archéologique a enfin payé ses fruits. Nous allons découvrir ce qui s’est passé dans la tête des développeurs de Reality Pump et des éditeurs de Topware Interactive.

Cher Two Worlds 2, je ne suis pas du genre à m’apitoyer sur mon sort ou bien à me poser des questions existentielles. Pourtant, la situation dans laquelle je me trouve est tout à fait sans précédent. Pourquoi suis-je en vie ? Pourquoi a-t-on décidé de te ressusciter pour engendrer la chose que je suis devenu ? Toutes ces questions resteront certainement sans réponses, mais si je me permets de t’écrire cette lettre, c’est pour te supplier de ne pas réitérer cette douloureuse expérience. Au fait, tu me permets de te tutoyer ? Nous somme de la même famille après tout. Pour mieux te faire comprendre toute ma détresse, je vais jeter un regard en arrière lorsque tu étais encore fringuant et plein de vie, une époque que je ne connaîtrai certainement jamais.


Tu as vu le jour en 2010 dans la plus grande joie et la bonne humeur après un premier épisode ayant pourtant subi les affres de la comparaison avec un certain The Elder Scrolls IV : Oblivion. Il est vrai que tu es rentré au moment de ta sortie en concurrence avec un autre étalon du genre, je parle bien évidemment d’Arcania : Gothic 4, mais les joueurs fanatiques de cette série ont eu rapidement raison de lui. Tu as donc eu le champ libre, une autoroute sur laquelle t’exprimer et t’épanouir. Malheureusement, tu n’as pas su totalement profiter de l’instant présent à cause de tes doublages catastrophiques et de tes nombreux bugs. Malgré tout, ton gameplay n’était pas déplaisant et tu avais tout de même su proposer des choses très agréables comme un système de magie efficace, des quêtes très potables et un monde où il faisait bon se promener.

J’en suis conscient, tu aimes aller jusqu’au bout des choses et tu as essayé d’extirper tous les points positifs de ta personnes pour mettre au monde un add-on du nom de Pirates of the Flying Fortress. Cette fois-ci, tu avais pris soin de travailler ton doublage, de proposer une aventure bien plus dynamique dans des décors particulièrement jolis, tout en n’oubliant pas une durée de vie plus qu’honnête. L’histoire aurait pu s’arrêter ici, laissant chez les joueurs un souvenir agréable de Two Worlds 2 qui, malgré ses défauts plus qu’évidents, avait marqué l’histoire du RPG en monde ouvert. Malheureusement, la réalité en a voulu autrement – et maintenant, je suis ici.


Au cours de l’année 2016, les développeurs de chez Reality Pump ainsi que son éditeur Topware Interactive ont refait surface pour m’annoncer et m’identifier comme tout nouveau DLC faisant suite à Pirates of the Flying Fortress, ayant pourtant vu le jour en 2011. Pourquoi ai-je mérité un tel acharnement ? Pourquoi ? Une année plus tard, aujourd’hui au moment où j’écris cette sinistre lettre, j’ai vu le jour dans un état déplorable. Bien évidemment, les promesses étaient alléchantes puisqu’il était question d’un moteur graphique grandement amélioré ainsi que de l’ajout de petites choses comme de nouvelles tactiques de combat et j’en passe, mais en réalité je ne suis qu’une engeance difforme essayant de ressembler à une extension en bonne et due forme. Il est cependant vrai que ma quête principale n’est pas du tout déplaisante ; je vais prendre quelques lignes pour te la raconter.

Au commencement, il y a le héros, et cette chère Dar-pha déjà présente dans Two Worlds 2. Elle ne le sera pourtant pas longtemps puisque, quelques minutes après une cinématique laborieuse et particulièrement moche, elle disparaît. Chemin faisant, le héros découvre l’existence d’une antique confrérie portant le nom de Tenebrae, laquelle est à l’origine de manipulations génétiques ainsi que de voyages dans le temps. Ces manipulations ont donné naissance à des hommes-rats, mais ce n’est pas non plus tout à fait clair et je préfère laisser les joueurs les plus courageux découvrir ça d’eux-même.

Cette quête est donc très plaisante à suivre, mais elle s’y prend souvent très mal en usant plus que de raison de miroirs magiques permettant au joueur de découvrir des scènes du passé pour en apprendre plus sur les tenants et aboutissants des nouveaux personnages principaux de l’histoire. Je possède donc une bonne écriture et quelques livres agréables à lire, et mes quêtes secondaires pourraient suffire à faire de ma personne une chose enviable, mais ce n’est pas le cas.

Je suis en effet très moche – plus moche que toi, cher Two Worlds 2. La modélisation de mes personnages est dans la majorité des cas immonde, et mes environnements ne possèdent aucun charme. Pire encore, ils finissent pas être déprimants au possible, donnant l’envie au joueur de les traverser à toutes jambes au lieu de les explorer. Mes donjons ne sont guère mieux, et les dizaines d’ennemis rencontrés au hasard à l’intérieur relèvent de l’irrationnel. Encore une fois, le joueur préférera traverser ces donjons en vitesse jusqu’au point de la quête puisque les combats n’apportent ici aucune sensation grisante. Mon level design est donc raté, les ennemis ridicules malgré quelques boss ne proposant toutefois aucune particularité. Mes environnements sont hideux, ma map est d’une taille acceptable mais vide, et ma durée de vie n’excède pas les 7 heures. Que me reste-t-il ?


Eh bien, rien du tout, et peut-être pire encore. Je n’ai pas en effet parlé de mes bugs. Le son de mes cinématiques a souvent tendance à disparaître, tout comme mes doublages. D’ailleurs, je suis totalement en anglais contrairement à toi et ton premier add-on qui profitiez d’une localisation française complète. Il est également possible de tomber sur des environnements aux fraises proposant par exemple des étendues d’eau flottant dans les airs comme par magie. Je pourrais également parler de la boutique en ligne qui a fait son apparition, permettant au joueur d’acheter des ressources comme du bois pour le craft à 0,99€ ou bien des packs permettant de débloquer toutes les compétences d’une classe à un prix un peu plus élevé.

Alors oui, Reality Pump n’a pas eu les moyens techniques et financiers pour développer un nouveau DLC à la hauteur de l’espérance des joueurs, mais pourquoi sortir une telle chose ? Je ne trouverai jamais la réponse.

Ton descendant,

Call of the Tenebrae.

POST-SCRIPTUM : Ton superbe système de magie à base de cartes a heureusement été conservé. Les joueurs pourront donc invoquer une multitude de créatures en même temps, de quoi donc les laisser se battre à leur place dans ces donjons pouvant sembler sans fin.

Two Worlds 2 : Call of the Tenebrae est un mauvais DLC et un mauvais stand-alone, puisqu’il est également vendu comme tel. Même s’il est possible d’admirer ici et là la volonté des développeurs de bien faire, le manque consternant de moyens fait de cet opus une engeance n’ayant quasiment aucun sens. Pire encore, il vient détruire le peu de bonnes choses que le jeu original avait su graver dans le marbre au fil des années. Nous avons plus affaire ici à une sorte de mod réalisé avec les moyens du bord qu’à un vrai DLC.

Son incapacité à proposer un level design correct rendant l’exploration totalement déplaisante, sa faculté à ne pas savoir mettre en place dans les donjons des groupes d’ennemis de façon intelligente, ses nombreux bugs sortant le joueur de ce monde pourtant intéressant, font de Call of the Tenebrae une extension très désagréable à jouer. Heureusement, son histoire pourra vous tenir en haleine pendant les sept petites heures de jeu, si tout du moins vous faites l’impasse sur une première partie poussive et une narration bien trop facile et artificielle à base de souvenirs. Il ne reste plus qu’à espérer que la seconde extension prévue pour la fin de cette année soit tout simplement meilleure.

+ Le système de magie (déjà présent dans TW2)
+ L’écriture qui s’en tire honorablement

Note RPG 3 sur 5
Note testeur 03 sur 10

– Des bugs audio et d’affichage
– Des graphismes ratés
– Des environnements tristes à mourir
– Une narration beaucoup trop artificielle
– Le trop grand nombre d’ennemis

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