The Witcher 3 : Next Gen Edition

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    The Witcher 3 next gen afficheHD

    Quelle est votre relation avec The Witcher ?

    En voilà une question qu’elle est conne, se met à penser Marcheur, là, couché sur le divan, alors qu’il déteste les divans, et qu’il a refusé d’enlever ses grolles pleines de boue, ce qui le contraint à respectueusement laisser ses pieds hors du cuir, les pattes à l’air, en suspension, ce qui tire sur ces tendo…

    … Bon, finalement, la question est moins conne que de décrire ce qui traverse l’esprit en double, triple, quadruple tâche de notre rédacteur.
    « Ma relation avec The Witchouze ? Bordel, mais qu’il est drôle ce Marcheur. Bah… J’adore le premier même si avec du recul c’était ni fait ni à faire, le 2 est un étron poussif et purulent et le 3 est… » 

    Il pause, l’analyste l’observe, avec sa paire de lunettes subtilement marquée sur une des branches de l’effigie de Geralt de Riv, le loup. L’analyste attend, car de la chute dépend la suite de cette critique : 

    « Ok.

    — Quoi ?! L’espace d’un instant, l’homme sandwich qui sert d’analyste est si surpris que la fermeture éclair de sa veste s’entrouvre, et l’on découvre le logo de CD Projekt Red sur son tee-shirt, logo qu’il cache bien vite, l’air gêné, en remontant le zip. Humm, continuez ?

    — Non mais vraiment, je l’ai acheté à sa sortie avec le passe de saison…

    — … Vous n’étiez pas obligé de franciser ça…

    — … Et passée la claque technique, le soin dans les animations, l’écriture et les dialogues, je me suis dit que c’était à nouveau un jeu très médiocre comme CD Project sait les faire. Et qu’au final, c’est pas parce que je partage l’obsession pour les Rousses du studio et que j’aime bien l’atmosphère de la série, que je la trouve particulièrement bonne. » 

    L’analyste prend ses lunettes et les retire, l’air nerveux, passant sur les branches un vigoureux coup de tee-shirt pour les nettoyer, s’appliquant particulièrement sur le logo.

    Quand il repose les lunettes sur son nez, il souffle un grand coup, et demande : 

    « Quoi d’autre ?

    — Le gameplay est nuuuuuuul. Putain, mais contrôler Geralt est un pur supplice! La caméra est trop proche en intérieur, elle cogne partout, les coups ont pas d’impact, ça flotte, les hitbox sont approximatives, le système de progression est lent et on sent à peine le personnage devenir plus puissant… puis bordel, cette structure de quête : blabla aller tuer monstre : renifler odeur du cul du monstre jusqu’à le trouver, le battre, il sait parler, dilemme moral, retour au dealer de quête pour soit avoir tuer le monstre sans poser de questions, ou lui dire “Je n’ai pas pu le faire parce que nanana la morale”. Putain, toute cette gageure pour enfin finir une histoire qui n’a aucun intérêt et dont la résolution n’apporte aucune satisfaction alors que c’était teasé maladroitement depuis le premier ?! Putain moi je l’ai fait le premier ! On sautait n’importe quelle femelle grâce aux phéromones de Geralt de Riv, ou parce que CD Projekt était une bande de chauds lapins qui attendaient la moindre occasion pour modéliser des nibards…

    — … Vous vous égarez.
    — Mais non que je m’égare pas ! L’identité de The Witcher, c’était des combats nuls, de l’alchimie, des rousses à sauter, des vieilles qui te disent “Oiseau de Mauvais Augure !” des environnements magnifiques et une délicieuse ambiance féérique crépusculaire sur fond de récit politique avec un sous texte sur le vivre ensemble ! Mais on voit très bien ce qui a motivé les joueurs à l’époque : c’était le putain de dilemme Triss ou Chani !

    — Je pense que vous projetez…

    — Mais tout le monde sait que Chani était mieux ! Elle n’était pas manipulatrice comme l’autre rouquine à poil bouclé ! » 

    L’analyste acquiesce silencieusement, humecte ses lèvres, et semble se remémorer le premier The Witcher… le fait est que comme 95% des fans de la saga, il n’a fait que le 3, et comme les fans de Skyrim, ne s’est jamais demandé pourquoi il y avait un “3” après The Witcher, ni un “5” après The Elder Scrolls.

    Bref, l’analyste n’est pas un vieux réac’ de merde, aigris et nostalgique et porté sur les rousses. Alors que Marcheur avait les trois premiers défauts cités, et la seule qualité qui le rendait vaguement fréquentable, c’est en effet d’avoir un penchant pour ces créatures à la chevelure flamboyante.

    Toujours est-il, qu’aujourd’hui, le sujet c’était la version nouvelle génération de Witcher 3, et il fallait que l’analyste introduise le sujet : 

    « J’imagine que vous avez une console de nouvelle génération ?

    — Oui.

    — Vous avez donc essayé la version nouvelle génération de The Witcher 3 ?

    — Oui.

    — Alors ?

    — C’est plus fin, les textures sont plus détaillées, le ray tracing c’est pas très beau et ça pompe toutes les ressources dont le précieux 60 FPS, et The Witcher 3 est toujours un jeu très médiocre.

    — C’est tout ? L’analyste est plus que déçu ! Il a connu l’auteur plus expansif, voire Logorrhéique… Serait-il malade ? L’arthrose peut-être ? Ce qui serait sensé, parce que la personne qui est couchée sur le divan est aussi celle qui écrit ces lignes… pas plus à dire ?

    — Y a une nouvelle quête.

    — Vous l’avez faite ?

    — Non. Comme elle est inspirée de la série télé et que je la trouve inintéressante, tant et si bien que j’ai refusé de zieuter le machin dès que la musique “Toss a coin to your Witcher” a fait le tour en boucle des réseaux sociaux. Non je voulais juste à nouveau profiter du peu que ce titre a à offrir.

    — Et ?

    — Toujours la même chose – là, le jeune homme soupire, se redresse, et s’assoit sur le divan, l’air grave – cette subtile impression d’être un être stigmatisé dans un univers dont la magie repose sur le terrain que l’homme ne peut prendre sur la nature, ce terrain gardé par des créatures mythiques, légendaires. Les conflits des hommes qui s’imposent à nous dès que l’on se fritte à la politique prennent une place trop lourde et anxiogène face à la simplicité de la vie dans la campagne, dans les forêts, dans les montagnes. Quant à dos de cette saleté de Ablette, on arpente les sentiers escarpés des collines de Velen, et qu’on découvre au hasard d’un détour, un point d’eau, cerclés d’arbres en fleur, le corps gisant d’un soldat, dont le sang se mêle à la surface autrement immaculée de l’eau, et que sur la berge une créature se repaît paisiblement d’un autre soldat qui a eu l’indécence de passer sur son territoire. Quand on traverse cet endroit, et que l’on regarde la créature depuis l’autre rive, et que l’on sait que l’on pourrait partir l’occire pour rendre justice, mais que nous nous y refusons parce qu’au final, ce que nous préférons de ce monde, c’est quand les hommes se tiennent loin de lui. » 

    C’est un long silence qui plane après la tirade de Marcheur. Ce dernier, particulièrement fier d’avoir sorti en freestyle parfait un truc qui pourrait impressionner des minettes dans leur adolescence tardive, attend la réaction de l’analyste, qui ne se fait pas aussi attendre qu’il l’aurait voulu : 

    « Vous êtes juste Misanthrope.

    — C’est à peu près ça.

    — Donc vous vous reconnaissez dans Geralt de Riv ?

    — Non. Enfin avant si, maintenant j’ai fait le tour, y a plus de mystère, plus de fascination, moi aussi j’ai de la barbe et des muscles et je sais qu’il faut faire ce qu’il faut pour protéger les siens face à d’autres cercles sociaux qui pour défendre leurs intérêts peuvent mettre en danger les vôtres.

    — Vous aussi vous décapitez des brigands ?

    — Non, mon boulot dans la vraie vie, c’est d’entendre des gens qui tournent en boucle sur leurs obsessions qui leurs servent à justifier leur manque de courage face aux changements qui s’imposent.

    — On fait le même boulot je crois.

    — Peut-être.

    — Et donc, vous êtes quand même revenu sur The Witcher 3, malgré tout ce que vous lui reprochez… pourquoi ?

    — Parce qu’il a un atome crochu avec une franchise qui me manque terriblement.

    — Qui est ?

    Fable, pardi, évidemment.

    — La féerie noire, c’est ça ?

    — C’est ça. mais pour parler plus de The Witcher, je peux vous parler de The Switcher.

    — The Switcher ? Qu’est-ce ?

    — C’est The Witcher 3 sur Switch. The Switcher.

    — Vous êtes très drôle. Et c’est comment The Switcher ?

    — Le même jeu, en plus flou, en portable, et fondamentalement moins énergivore sans le moindre compromis de contenu. Largement plus impressionnant que toutes les versions de The Witcher 3 qui existent, donc.

    — Donc vous conseillez The Switcher plutôt que la version nouvelle génération de The Witcher 3 ?

    — Je conseille rien du tout, si je vous conseille de jouer à un truc en ce moment, c’est plutôt à deux autres jeux dont je vais parler incessamment sous peu. Parce que The Witcher 3, très franchement, ça ne vieillit pas si bien, l’écriture est toujours bonne, c’est toujours beau, mais qu’est-ce que c’est nul à jouer.

    — Donc tout ça, c’était une pub pour deux futures critiques… et c’est tout ?

    Bah oui ! Achetez The Witcher 3 sur PC, PS4, Xbox One, Xbox Series ou PS5, vous aurez les améliorations gratuites ! C’est une putain de mise à jour -généreuse au demeurant- glorifiée ! Qu’est-ce qu’on en a à branler de The Witchouze 3 : Vachement plus complète édition avec du Ray Tracing pour sublimer la flotte et les reflets ! Sur ce, je vous retrouve dans quelques semaines / mois, pour qu’on parle enfin de jeux intéressants ! Parce que Pas Dark Souls IV (Elden Ring pour les intimes) et The Witcher 3 édition “s’il vous plaît, achetez notre jeu qu’on a déjà vendu à quarante millions d’exemplaires au cours des sept dernières années” c’est carrément moins trépidant que : 
    Un jeu d’aventure / RPG textuel sur un peintre au XVIème siècle.
    Un jeu où on incarne une chasseresse / Sorcière inspirée du mythe de Baba Yaga aux accents de Fantaisie Nordique Sylvestre !

    — Oui, en gros, vous êtes en train de nous dire que vous êtes devenu un gros hipster quoi.
    — Parfaitement ! » 

    Sur ce dernier mot, Marcheur bondit sur le divan, ses bottes crottées les premières, et piétine le cuir jusqu’à ce que l’analyste homme sandwich CD Project s’évanouisse.

    Alors que l’analyste bave, la face contre terre, Marcheur s’en va glorieusement de la pièce, se demandant comment il peut conclure une telle fraude littéraire. Comme ça.

    Note RPG 5 sur 5
    Note testeur 07 sur 10
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    4 Commentaires
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    Zemymy

    Quelle prose ! Merci Marcheur pour cette analyse éclairée.

    ilyon

    Ah, The Witcher 2. Avec du recul, je pense que c’est le jeu sur lequel ils ont le plus bossé l’Histoire avec un grand H. Ce sentiment d’être le pion ultime de la politique est unique dans un jeu vidéo, et est la raison majeure de mon non rejet du 2.
    Personnellement, The Witcher restera une bonne trilogie de jeu dans mon histoire du JV… parce que je connaissais les livres avant que ce soit tendance, soit… avant, bien avant 2007. Mais j’avoue que The Witcher 3, le jour où j’ai fini le jeu et ses extensions, je l’ai désinstallé, mon instinct m’a inspiré que chercher à approfondir serait une erreur. Et puis j’en ai marre de ces comédies graphiques RTX DLSS FSR TRESSFX++++++.
    J’ai par contre refait le 1 au moins 3 fois.
    Hâte des prochains tests: j’ai découvert le titre du premier (je suppose), je suis en train de le faire, le deuxième par contre, je ne sais pas.

    Elric

    Ben quoi, on peut flasher sur les rouquines, non? Mais comme on n’échappe pas à la destinée – bon sang, Yen pourquoi t’as eu l’idée d’invoquer un djinn et moi comme un c…. Donc bye Triss et Chani et je terminerai ma vie avec Yennefer et c’est long la vie d’un sorceleur pfff …. fait ch…..!