Le saviez-vous ? Abouni, notre ancien collègue et néanmoins ami, c’est un peu un Bounty à l’envers : blanc dehors et noir dedans. La comparaison vaut ce qu’elle vaut, elle me permet de le saluer (hé dude !) et d’aborder ce test avec gourmandise. Hmm… Quelle meilleure mise en bouche en effet que la douceur de la noix de coco, du reggae et du tour par tour ? Ça ouvre l’appétit, n’est-ce pas ? Mais vais-je vous gonfler tout au long de ce test avec mes parallèles chocolatés ou n’est-ce qu’une pirouette pour introduire le RPG King’s Bounty : The Legend de Katauri Interactive avec le talent (et la modestie) qu’on me connaît ?
King’s Bounty, le goût du paradis
Si, d’emblée, vous trouvez de nombreux points communs entre King’s Bounty The Legend et la série des Heroes Of Might & Magic, c’est normal, tout va bien. Ils ont le même géniteur (Jon Van Caneghem) et proposent des expériences ludiques similaires. D’ailleurs, King’s Bounty (l’original) a en quelque sorte donné naissance à HOMM dont le succès a permis de ressortir un nouveau King’s Bounty (The Legend, donc) qui se positionne en outsider.
Dans les deux jeux, le monde est une sorte de grand plateau sur lequel on déplace son personnage tel un pion et où on combat des monstres belliqueux dans des phases stratégiques au tour par tour. A la différence (férence !!!) que dans King’s Bounty The Legend, les déplacements sont font en temps réel et que vous n’avez pas de ressources et de château à gérer. Est-ce que ça en fait un jeu plus simple et accessible pour autant ? Pas franchement non. Ce sont plutôt deux cousins germains qui assoient leur univers et leur gameplay respectifs avec une base commune.


Nappage et enrobage
Dans King’s Bounty The Legend, vous incarnez un valeureux héros chevauchant son destrier à travers le monde d’Endoria. Au service du roi Mark, vous devrez déjouer des complots, libérer des princesses, embrasser des grenouilles, aider des brigands pour chasser des pirates, jouer les entremetteurs auprès d’un dragon… Difficile de s’ennuyer tellement les quêtes du jeu vous amènent dans des situations tantôt farfelues et franchement drôles, tantôt graves et plus sérieuses. Et c’est bien là ce qui m’a le plus agréablement surpris dans ce RPG : la liberté de ton de la narration ne laisse jamais indifférent.
King’s Bounty parodie bon nombre de contes et légendes mais ne sombre à aucun moment dans la facilité d’écriture bas de gamme ou dans le déjà vu. Cependant, le jeu fait parfois dans le traditionnel avec des quêtes moins fouillées. Pas inintéressantes mais évidemment plus classiques. Cette balance entre humour et tradition permet un équilibre bienvenu qui évite la lassitude et dénote un certain sens du rythme narratif. Le seul reproche que je pourrais faire au scénario du jeu est son absence de trame principale vraiment passionnante : je me suis plus délecté des quêtes annexes que du fil conducteur qui se déroule en dents de scie.


Cet exercice de jonglerie entre tradition et second degré se retrouve également dans la partie visuelle du jeu. Les proportions fantaisistes sur la carte du monde ou le coup de crayon de certaines unités tendent vers une certaine idée de la dérision. Votre héros a parfois la moustache à hauteur de toiture et les ours sont aussi petits que des nains. Je ne vous parle pas du nez que ces pauvres bougres d’épéistes se payent au milieu du visage. Des chaudrons à cachous. Levez les boucliers les gars, ça va pleuvoir du grumeau nasal !
Le plus bluffant au final, c’est que tout est parfaitement cohérent : il n’y a pas de vraies fautes de goût en terme de design. Qu’il s’agisse des unités, des différentes cartes du monde ou des détails de l’univers, on nage en pleine magie. Comme dans tout conte de fée qui se respecte, on croise une multitude de lieux communs : dragons dans leur cave, nains avides de pierres précieuses, amanites tue-mouches aux coins des sentiers, chaumières isolées en proie aux loups-garous…
Mais l’alchimie fonctionne toujours merveilleusement car l’originalité guette à chaque coin de quête, l’humour est présent par touches bien senties et les graphismes colorés (ils ont bien vieilli, si si) emportent l’adhésion. Quant à la partie musicale, c’est tout simplement génial : les thèmes sont passionnés, leurs sonorités collent idéalement aux zones visitées et les bruitages font le boulot. J’ai retrouvé une vraie âme de gosse en jouant à King’s Bounty The Legend, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise… Ah, je suis peut-être fleur bleue, mais je suis aussi un fin stratège.
Un jeu fondant gourmand
Et la stratégie dans King’s Bounty The Legend, ça ne rigole pas (sauf avec les épéistes). On ne fonce pas sur le premier ennemi croisé comme un forcené qui court la baguette au vent. Au départ, vous devrez choisir la classe de votre avatar : guerrier, paladin (pour vous, les gonzesses) ou mage. Chacune de ces classes dispose d’arbres de talent assez proches mais étudiés pour coller au mieux au gameplay choisi. Ainsi, le guerrier se concentre sur l’attaque, le mage sur son livre de sorts et le paladin bouffe un peu à tous les râteliers. Les trois caractéristiques de base (attaque, défense et intelligence) évoluent au gré des prises de niveau et du stuff acheté, et sont d’une importance cruciale. Faire du mage un spécialiste de l’attaque ne sert pas à grand-chose bien que cela soit possible. Comme jouer un paladin : ça ne sert à rien mais c’est possible. Pour ma part, j’ai fait un mage très intelligent pour coller au mieux à qui je suis dans la réalité. Un personnage qui me ressemble si vous préférez.

– Vous vouliez dire dans la grotte Merlin?
– Non, non, c’était bien sa glotte, je vous assure. »

Pour faire le tour du proprio rapidement : trois classes, des arbres de talent, un inventaire (sommaire mais présent), une jauge de mana et de rage, un livre de sorts et des emplacements pour son armée. La mana, on passe si vous le voulez bien. La rage en revanche amène un aspect intéressant. A chaque début de combat, votre jauge est vide et se remplit petit à petit. Dès que vous recevez un coup sur la caboche ou que vous collez une trempe à un ennemi, votre jauge augmente. Cette jauge est associée à quatre « esprits » qui viennent vous porter main forte en combat : un golem, un lézard, une dame de glace et la Mort.
Chaque esprit dispose de quatre sorts qui peuvent être upgradés si vous faites appel à eux. Envie d’un mur volcanique, d’une boule de glace (à la pistache) ou d’un glaviot acide ? Pas de problème, utilisez votre rage et répandez la fureur sur le champ de bataille. Ces esprits ne sont pas des dieux mais peuvent faire la différence sur un combat. Les dégâts directs sont rarement les plus efficaces mais les sorts de protection ou de blocage peuvent faire pencher la balance.


Le tatami du jeu, une grille hexagonale, oppose votre équipe (cinq unités) à votre ennemi (parfois plus de cinq unités, tricheurs) dans un système au tour par tour qui a fait ses preuves par le passé. Pas de grosses surprises à ce niveau-là si vous êtes habitués du genre. Les unités que vous pouvez enrôler sont très variées (épéistes, serpents géants, ours, nains, pirates, barbares, yeux maléfiques…) et disposent de particularités qu’il convient d’étudier afin d’obtenir l’équipe la plus performante possible. Attention également aux malus : des morts-vivants dans la même équipe que des humains vous pénaliseront (à moins de débloquer le talent qui permet d’annuler ce malus). L’inverse est possible aussi : vous obtiendrez des bonus en formant un groupe homogène.
Au milieu de ce réjouissant tableau, on pourrait croire que j’ai tout aimé dans ce jeu. Eh bien en fait oui. Il y a quelques détails qui fâchent mais qui n’entachent jamais le plaisir de jeu. Je pense notamment au besoin de faire de longs allers-retours pour regonfler son armée (pour peu que l’on souhaite continuer avec les mêmes troupes) ou au besoin de nettoyer certaines zones pour avancer sereinement dans l’aventure. La rejouabilité est quasi nulle mais le voyage se vit comme un aller simple donc rien de rédhibitoire. Arrêtez, arrêtez, je vous vois venir armés de vos confiseries choco-coco : vous pouvez me torturer jusqu’au bout, non, je ne trouve pas grand-chose à redire à ce jeu auquel j’ai joué comme un môme. Pas la peine.
King’s Bounty The Legend, c’est le jeu qui m’a permis de faire se rencontrer le gamin et l’adulte qui vivent en moi. Féerique mais bourrée de second degré, l’aventure est un petit délice qui se déguste tranquillement. Efficace dans ses mécaniques de jeu, vraiment rôleplay quand il s’agit de résoudre certaines quêtes (gare aux surprises) et enivrant, ce RPG en a assez sous le capot pour plaire aux néophytes et aux joueurs chevronnés. Un jeu qui s’apprécie pleinement sur la durée (belle durée de vie au passage), même si vous jouez paladin. Disponible régulièrement à petit prix sur la toile, vous n’avez que peu de chances de vous louper à moins que vous soyez médicalement allergique au tour par tour et aux jeux de qualité. Hélas, ça arrive, parfois. Et non, tout le monde n’a pas autant de goût que moi.
+ Univers féerique unique
+ Quêtes très bien écrites
+ Evolution du héros prenante
+ Durée de vie
+ Patte artistique

– Quelques allers-retours longuets
– Les tarins humains
– Jouer paladin (sérieux…)
La vision de Dagon :
(Ce test a été écrit et publié sur le site Dagon’s Lair. Avec l’aimable autorisation de son auteur).
King’s Bounty: the Legend, est le remake du jeu à l’origine de la célèbre série Heroes of Might & Magic. A la différence de ce dernier, ici nous n’aurons pas de gestion de ville, mais plutôt celle d’un héro unique qui parcourt le monde par monts et par vaux, accomplissant les quêtes du roi, ainsi que celles disséminées dans le monde.
On est ici beaucoup plus proche du jeu de rôle que du genre stratégique, contrairement à la série qu’il a inspiré.
Dès le début du jeu, le joueur aura droit entre trois classes de personnages, le guerrier, le paladin ou le mage. Chacune des classes aura accès à trois arbres de compétences, la puissance, l’esprit ou la magie. Le choix de compétences aura un coût en runes spécifiques à chaque arbre, Ces runes sont disséminées dans le monde, mais également attribuées au personnage à chaque montée de niveau. Le choix de l’une des classes n’empêchera pas le personnage de progresser dans les autres arbres de compétences, mais le nombre de runes reçue pour chacun des arbres à chaque niveau dépendra de la classe du personnage.
Au niveau des caractéristiques et des combats, le jeu est assez similaire à Heroes of Might & Magic. On a une valeur d’attaque et de défense du héro qui sera appliquée en tant que bonus à l’ensemble de son armée, des points d’intelligence qui détermineront la mana du personnage pour les sorts et des points de commandement qui détermineront le nombre d’unités possible à engager dans son armée en fonction de leur puissance. Les unités, des mercenaires, seront disponibles dans les chateaux, mais aussi en rase-campagne, à certains endroits, en fonction des quêtes accomplies.
Le système de combat en soi est l’aspect qui reste le plus traditionnel. Un terrain de combat hexagonal, des unités empilées, une gestion au tour par tour de chaque unité, quelques pouvoirs propres à chaque unité et un appui par les sorts du joueur. A cela il faut rajouter la possibilité d’utiliser une boite magique trouvée dès les premières heures du jeu, permettant d’invoquer 4 démons aux pouvoirs redoutables pendant les combats. C’est du très classique, mais du bien fait.
L’utilisation intelligente des unités fera partie intégrante de la stratégie de développement et d’exploration du joueur. Il faudra embaucher les unités adaptées à l’exploration projetée. Errer dans les marais au milieu des morts-vivants serait une erreur sans profiter des formidables compétences que des unités de prêtres ou d’inquisiteurs possèdent contre ce type de monstres. Par contre, inutile d’avoir des loups au pouvoir de peur, celui-ci n’ayant d’effet que sur les humains.
Croire que ce jeu est un pur clone de Heroes serait une une erreur. Si son gameplay est similaire au niveau du système de combat, son auteur a su dégager un caractère qui lui est propre.
Tout d’abord, au niveau de l’exploration, les déplacements se feront en temps réel, la découverte de la carte se fera progressivement, et les monstres errants s’y déplacent en temps réel. Il sera donc tout à fait possible d’échapper à quelques combats en contournant les monstres.
D’autre part, le monde dans lequel évoluera le personnage est vraiment attachant. Les dialogues sont bien sentis et l’humour y est omniprésent. Moultes références y figurent, telle la femme du brigand transformée en goule par un anneau maléfique, qu’elle définit comme « son précieeuuuux ». Il appartiendra au joueur de décider s’il ne serait pas plus intéressant de la prendre dans son équipe, afin de la transformer à volonté entre humaine ou goule, en fonction des bonus de combats souhaités. Il sera même possible d’épouser la dame, afin de voir quel sera, je cite, « le résultat neuf mois plus tard ». D’autres moments cocasses seront aussi présents, telle que la négociation avec un dragon pour pouvoir lui arracher un croc…
Autre exemple d’originalité, les objets magiques à « libérer » de l’emprise de gardiens. Afin d’utiliser certains objets magiques ou de détruire certains objets maudits, le personnage devra en combattre les gardiens dans un monde parallèle. C’est de l’inédit.
Visuellement le jeu est vraiment beau. C’est fin, coloré, mignon, et les graphismes pourtant en 3D font plutôt penser à des dessins. L’exploration de la carte offre un vrai plaisir, et le joueur aura tendance à perdre complètement la notion du temps, en prolongeant les sessions de jeu à des heures tardives, avec le syndrome « je m’arrête, après la prochaine grotte à explorer, après le prochain combat, après le coffre que je viens d’apercevoir derrière le rideau d’arbres, etc…
Au niveau des reproches, on regrettera d’abord le manque de variété des musiques de combat, et d’exploration pourtant magnifiques, mais trop répétitives car trop peu nombreuses, mais également l’absence d’un bouton de résolution automatique et rapide des combats pour éviter des affrontements trop déséquilibrés en faveur du joueur, et de ce fait rébarbatifs.
Au final on est en présence d’un jeu de rôle/stratégie extrêmement sympathique, à la finition exemplaire. Encore un jeu qui, sans déclencher des passions extrêmes, reste très addictif et restera longtemps présent sur votre disque dur.
Graphismes & sons : 4/5 – Combats : 3/5 – Scénario : 3/5 – Jouabilité (fun) : 5/5
07.5/10


