Etrian Odyssey II HD

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    Dans la continuité du test publié au début du mois de Juin, je continue ma pérégrination dans la trilogie remastérisée d’Etrian Odyssey. Place cette fois-ci au deuxième opus, qui pourrait à lui seul créer l’évènement puisque c’est la toute première fois qu’il est disponible en Europe. Distribué uniquement au Japon et aux États-Unis lors de sa sortie en 2008 sur Nintendo DS, il n’aura pu faire le bonheur que des happy few qui s’adonnaient à l’import sur le vieux continent. Une raison suffisante en soi pour courir à sa découverte !

    Je lisais il y a quelques semaines le test captivant de Retro sur Ultima Underworld II. Outre le plaisir de la rencontre avec un jeu que je n’ai pas eu l’occasion d’explorer, ce sont ses mots d’introduction qui m’auront particulièrement questionné. Comment créer une suite à la hauteur de sa toute première œuvre ? Faut-il rebattre entièrement les cartes au risque de déplaire ? Ou au contraire, s’inscrire dans la pérennité de ses réussites passées au risque d’ennuyer ? Ultima Underworld II faisait le choix de la sécurité, mais parvenait au passage à améliorer la formule de base, ce qui constitue un coup de maître. Etrian Odyssey II (EO II) aurait-il bénéficié des sages enseignements de ses pères ?

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    Les différentes classes du jeu ont toujours un design du tonnerre !

    Chat échaudé

    Si vous avez eu la gentillesse d’avoir lu mon premier test, vous aurez peut-être encore en tête les principales forces et faiblesses du titre. Au risque de me répéter, je dirais que j’avais globalement passé un très bon moment sur mes dix premières heures de jeu. La courbe de progression me semblait jubilatoire, tout comme la recherche des synergies au sein du groupe. Je notais combien la maîtrise d’un titre aussi ardu exige du joueur qu’il se tempère et prenne le temps de planifier et de réfléchir. Je constatais cependant une répétitivité des combats et de longues phases de farm. Je déplorais aussi un menuing trop présent et une absence de tutoriels pour comprendre certaines mécaniques clés du jeu.

     » Sous ses airs faussement simplifiés, EO II se montre rageusement redoutable.

    Au premier contact, tout semble familier. EO II réemploie les mêmes menus de navigation, les range dans le même ordre et en varie simplement le contenu. De la même façon que notre guilde d’aventuriers – qu’il est d’ailleurs possible d’importer depuis une sauvegarde précédente – nous entrons certes dans une nouvelle ville, mais du même univers. Un étrange sentiment de fierté nous réchauffe le coeur, comme à l’aube d’une nouvelle épopée à laquelle nous sommes déjà préparés. Les néophytes quant à eux pourront se rassurer : les interfaces sont plus claires, les arbres de compétences retracés et les objets de quêtes marqués d’une icône dans l’inventaire.

    Je me déplace alors dans cet écosystème en joueur vaniteux de mes gloires passées. Pourtant, subsistent en moi les blessures mortelles du premier labyrinthe. C’est presque inconsciemment que je mesure mes pas et que je jauge mes forces. Je me réjouis de voir que tout est à sa place – toujours 5 personnages par groupe et 3 compétences de base, un donjon à tracer et des ennemis puissants – mais je me méfie des changements qui jalonnent ma route. Le diable se cache dans les détails, et ma perte avec lui. Malgré cela, les nouvelles classes disponibles – Ronin dès le départ, Pistolero (armes à feu élémentaires) et Mage Guerrier (Sorts à distance ou attaque au CàC) – et mes connaissances du gameplay suffisent à dissiper mes angoisses et me font bomber le torse face à l’adversité. Fou que j’étais.

    Jouer sur Steam Deck : un choix très judicieux ! Si vous êtes l’heureux possesseur d’une de ces merveilleuses machines, vous serez ravis d’apprendre que l’expérience de jeu y est encore plus satisfaisante. La console de Steam se rapproche en effet de la DS originelle dans ses contrôles et sa prise en main, et les séances de farming sont beaucoup plus satisfaisantes en mode portable. Si vous hésitiez encore à vous lancer, c’est certainement le meilleur moment pour le faire, puisque des soldes records ont lieu en ce moment même sur le matériel. Ce petit bijou passe sous la barre des 400€, profitant au passage d’une réduction de 20% sur le modèle de base.

    L’eau ça brûle !

    Pendant plusieurs heures, je me dis que toutes les difficultés d’EO II sont derrière moi, et j’ai même l’impression que ce nouveau titre sera plus simple que le premier ! Les deux premiers niveaux du jeu s’enchaînent avec une aisance étonnante. Je cartographie d’une main légère, dégomme les monstres sur mon chemin et je viens à bout du premier gros mob (que l’on nomme FOE dans cet univers) sans une égratignure. Je passe les escaliers qui montent au prochain étage. Et là, c’est le drame !

    Les petits ajustements opérés par l’équipe de développement, l’équilibrage des classes, la rareté de certains objets autrefois facilement accessibles via la boutique : tout vient à manquer et la difficulté revient avec la violence d’un coup de fouet ! Sous ses airs faussement simplifiés, EO II se montre rageusement redoutable. D’une main caressante, il vous offre des classes gonflées en stat pour rouler sur les débuts de jeu, une compétence de boost gonflée à bloc par personnage et une compétence de soin ridiculement accessible contre une pincée de mana. De l’autre main, il vous poignarde en nerfant sévèrement l’alchimiste (anciennement la classe la plus efficace du jeu à coût réduit)et en ne vous donnant plus aucun point d’expérience quand vous achevez un gros monstre.

    Que sommes nous, pauvres hères, sinon le jouet des équilibrages ? Un seul nerf nous touche, et tout est transformé ! Car c’est fatalement à un autre jeu que vous allez ici apprendre à jouer. EO II incarne le renouveau dans la continuité, une créature au visage changeant qu’il vous faudra dompter. Je ne l’ai pas compris tout de suite, malgré les précautions prises par le titre et les messages d’avertissement. Dans le premier opus, le but plus ou moins affirmé était d’engranger assez de puissance en farmant les niveaux pour être en mesure de vaincre les FOE. On ressortait de ces affrontements un peu tremblants, salement amochés mais récompensés par une dose conséquente d’xp et de loot. Mais les cartes ont été rebattues, et l’heure de l’esquive a sonnée.

    L’art de passer entre les gouttes

    Il n’est plus question de foncer frontalement dans le tas, d’espérer une victoire facile ou un hasard heureux. Vous étiez le chasseur, vous êtes le chassé. Le paradigme s’est brutalement inversé, vous forçant à vous adapter et à vous réinventer. Les FOE ont repris possession de leur forêt, et vous n’êtes pas de taille. Alors, mesurez vos pas, anticipez leurs mouvements et glissez vous dans leurs failles de déplacement. La guerre ouverte s’est muée en une danse feutrée pour votre survie. La discrétion et la furtivité seront désormais vos nouveaux maîtres.

    Heureusement, à partir du moment où vous en aurez pris conscience, tout concoure à aller dans ce sens. Vous verrez alors d’un œil nouveau les objets de soutien vendus à la boutique. Jamais les précieux fils d’Ariane n’auront été aussi chéris ! Synonymes de sortie immédiate du dédale, ils vous sauveront souvent la mise, mais vous ramèneront illico au village. Une solution qui pourrait être viable, puisque des points de téléportation (pôles géomagnétiques) apparaissent bien plus tôt dans l’aventure, mais qui a ses limites. C’est pourquoi des petits carillons bien pratiques font leur apparition. Cloches d’attraction ou de sommeil, ces objets peuvent rapidement vous sortir d’une situation délicate en attirant ou en endormant un FOE à proximité. Une alternative envisageable pour éviter de rebrousser chemin à deux doigts de l’objectif visé.

    De même, certaines missions qui vous seront confiées à la taverne locale vous incitent à prendre la tangente face au danger. Missions de transport d’objet fragile, de sauvetage ou de farm de monstres sur plusieurs jours virtuels, elles requerront de votre part beaucoup de pondération au risque d’échouer à les remplir. Ces quêtes feront appel à votre humilité et vous mettrons sur la voie de la sagesse. Comme dans le précédent opus, Etrian Odyssey ne se révèle pas un simple dungeon crawler comme il en existe tant sur le marché. C’est un manifeste de la sobriété et de l’exigence envers soi-même et envers le monde qui nous entoure.

    Plus que jamais, Etrian Odyssey II effile votre épée pour frapper en plein coeur de votre objectif. Pas de digressions, pas de fioritures, seule prime l’efficacité. Renouveau dans la continuité de son premier volet, vous y retrouverez tout ce qui fait le sel de la saga tout en évoluant face à une menace nouvelle. Les cartes du gameplay sont rebattues avec intelligence, vous obligeant à vous adapter et à revoir toutes les connaissances acquises dans l’adversité et la douleur au cours du premier jeu.

    + Belle durée de vie estimée entre 50 et 60 heures selon votre style de jeu.

    + Interface clarifiée.
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    Jeu très agréable sur Steam Deck.
    + Toutes les forces de son premier opus.
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    Sentiment de menace omniprésent dès le début du jeu. + Des équilibrages qui renouvellent le gameplay du jeu
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    Note testeur 08 sur 10

    – Répétitivité des combats et longues phases de farming.
    – Toujours pas de tutoriel pour les outils avancés de la cartographie
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    3 Commentaires
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    L'archiviste

    Merci Furvent de ce retour sur ce second opus. En fin de compte cette trilogie vaut son pesant de pièces d’or alors.

    L'archiviste

    Alors j’ai hâte de te lire.