Disponible sur pc et sur consoles pour la modeste somme de 7 euros, Faery : Legends of Avalon est un mini-rpg dématérialisé, qui se déroule dans un univers de conte de fées. Développé par Spiders, anciennement Monte Cristo Multimédia, le studio parisien à l’origine de Silverfall, et édité par Focus Home Interactive, ce petit RPG “made in France” se destine avant tout aux casual gamers, qui souhaiteraient s’initier au genre dans de bonnes conditions. Voyons donc si le jeu tient ses promesses…

La fantasy est un genre très vaste, regroupant diverses tendances. La plupart des rpg se concentre sur la high fantasy, qui met en scène batailles et complots interraciaux, dans un univers fantastique indépendant au notre, avec beaucoup de sang, de sexe et de violence. Mais rares sont ceux qui s’intéressent à la low fantasy, où le “petit peuple” composé de fées, gnomes et korrigans  évolue dans un univers merveilleux parallèle au notre. Il faut dire que si cette approche est moins en vogue outre-atlantique, elle est en revanche très présente en France. Les amateurs du folklore breton ou des dessins de Civiello, Gestin, Monge (qui a conçu le design du jeu et dont voici une illustration ci-dessous), Ledroit, Graffet etc, sans oublier les lecteurs de Pratchett, sauront de quoi je parle. Or c’est précisément ce filon plutôt “franchouillard” que Faery a décidé d’exploiter !


L’intrigue du jeu se déroule en effet dans Féerie, le royaume magique qui régit tous les contes de fées. Le coeur de ce royaume est l’île d’Avalon, qui est alimentée par une multitude d’univers magiques, via des mirroirs. Hélas, au fil des siècles, les humains ont renié peu à peu la magie et la Féerie s’estompe, la plupart des mirroirs étant brisés. Après un pannel correct de personnification (sexe, coupe de cheveux, tatouages, couleur des yeux, de la peau…), vous démarrez  alors votre périple en tant qu’être-fée, sur la légendaire île d’Avalon. Le roi-fée Obéron vous a en effet tiré de votre hibernation car l’heure est grave : les trois derniers univers magiques alimentant Avalon et donc toute la Féerie sont menacés par un mal étrange. Vous devez alors vous mettre en quête de ces univers et les restaurer.

Il faudra avant cela, prendre en main les commandes du jeu et réunir deux compagnons (vous en trouverez d’autres dans les autres mondes). C’est l’occasion pour vous d’explorer la magnifique île d’Avalon, qui sert plus ou moins de didacticiel, de rencontrer de nombreux PNJ, “les Féeriques”, et de faire un tas de quêtes secondaires. Ce didacticiel vous occupera deux à trois bonnes heures. Ajoutez le triple pour chacun des trois autres univers et vous obtenez une durée de vie d’une bonne dizaine d’heures, ce qui est correct pour un mini-jeu. Pour les plus sceptiques, rassurez-vous, la fin du jeu en cliffhanger annonce sans doute une suite ou au moins des dlcs, d’autant plus qu’il reste de nombreux autres miroirs inconnus… Quant aux univers, ils sont de taille très modeste mais bien fournis, on arrive même à se perdre ! Si l’intrigue peut enfin vous sembler classique et bon enfant, elle est plus mature qu’elle n’en a l’air. Elle vous révélera de fait un royaume en déclin, où planent un crépuscule mélancolique et une certaine rancoeur envers les humains incrédules…


La première chose qui frappe au début de votre aventure, c’est immédiatement l’originalité de l’univers proposé. Etre-fée, vous mesurez une dizaine de centimètres et devez voler pour vous déplacer. En résulte un voltigé grisant parmi les herbes hautes, les feuilles d’arbre ou au-dessus des vagues… Vous rencontrerez alors sur votre chemin divers gnomes, pixies, sirènes tout droit sortis des contes de fées qu’on vous lisiez dans votre enfance. Et les ennemis ne seront le plus souvent que des animaux plus gros que vous ou des Féeriques corrompus car nul n’est foncièrement mauvais en Féerie, juste perverti et guérissable.

Le design du jeu a d’ailleurs été confié à l’artiste Jean-Baptiste Monge qui a réussi à donner un cachet merveilleux et unique au jeu. Ajoutez à cela la technique du cell shading et vous obtenez un univers incroyablement magnifique. Au programme : l’île d’Avalon et sa plage bien “bretonne”, l’arbre majestueux Yggdrasil, un vaisseau pirate fantôme en pleine nuit et une cité orientale construite sur le dos d’un scarabée géant. Il faut le croire pour le voir ! Imaginez lors d’un détour de vol, croiser une minuscule chaumière perchée sur une branche, avec devant, un vieux gnome fumant sa pipe… charmant, non ?


Vous l’avez compris, l’univers et le design sont les principales qualités de ce RPG. Mais qu’en est-il justement de la composante RPG ? Ce qu’on peut dire, c’est que Spiders n’a pas négligé cette dimension. Tout d’abord les développeurs ont repris le système de dialogue controversé “Bioware” avec des paraphrases pour vos réponses: en bleu amical, en blanc neutre, en rouge agressif. Selon vos choix, les PNJ et vos compagnons gagneront ou perdront de l’estime. Les PNJ qui vous aiment bien seront plus enclins à vous répondre et à vous récompenser tandis que vos compagnons apprendront de nouveaux sorts. Inversement, soyez malpoli et l’on vous répondra avec rancune sans vous récompenser.

Il y a même possibilité de débloquer des romances avec certains compagnons (uniquement du sexe opposé cela dit). Il faudra d’ailleurs régulièrement retourner parler aux PNJ et à vos compagnons pour faire progresser l’aventure. Outre les dialogues, vous aurez bien souvent pour chaque quête un choix certes limité mais présent entre deux voies: pacifique ou belliqueuse. La première consiste à trouver une alternative  pour vos ennemis potentiels (cadeaux, aide, mensonge…), la seconde à se battre. Sachez que les deux alternatives se valent en terme d’expérience et qu’il vaut donc mieux être pacifique pour pouvoir débloquer plus de quêtes et d’items. Enfin, le dénouement final vous forcera à choisir entre deux camps définis au fur et à mesure du jeu. Du grand classique donc, mais plus que bienvenu dans un mini-jeu. La rejouablité est cependant très faible, puisqu’opter pour les combats ou être agressif s’avère souvent contre-productif.


Concernant l’évolution de votre personnage, le jeu est ici moins novateur et peu efficace. Pour chaque niveau, vous gagnez une petite quantité de points de vie et un point de compétence. Ces points permettent d’investir dans des métamorphoses débloquant de nouvelles capacités. Vous pourrez alors également améliorer de nouveau ces capacités, ce qui augmentera la taille des métamorphoses respectives. Par exemple: les ailes de libellule vous donneront la capacité de jeter une boule de feu et elles grandiront si vous augmentez cette capacité. Si le concept s’avère intéressant, il l’est moins en pratique. Les investissements sont effet irréversibles et certaines métamorphoses comme la queue de scorpion ne sont pas franchement jolies. O

n risque vite alors de ressembler à rien et de ne plus pouvoir changer. Un objet magique pour réinitialiser tout ça aurait été bien pensé ! Dommage. Quant à l’équipement, les développeurs ont  eu la bonne idée de ne proposer que des sets dont les différentes pièces se trouvent dans des coffres ou font office de récompense de quêtes. Seulement voilà, les skins sont quasi identiques, seule la couleur change selon que votre set améliore par exemple votre magie du feu ou votre magie de l’eau. Pour les armes, vous aurez par ailleurs obligatoirement un arc pour les garçons, une baguette pour les filles. Mouais, bof ! L’évolution de votre personnage reste donc beaucoup trop limitée, mais bon, soyons tolérants, c’est un mini-jeu aussi… Enfin sachez que vous ne pourrez ni choisir les capacités ni l’équipement de vos compagnons: un choix drastique mais compréhensible pour un casual rpg.


Et le système de combat dans tout ça ? J’y viens ! J’ai choisi d’en parler en dernier car justement ce système est plutôt moyen et surtout secondaire. On retrouve pourtant ici le bon vieux tour par tour avec attaques de base, sorts offensifs ou défensifs, changement de position et utilisation d’objets ainsi que les classiques caractéristiques (attaque, esquive, PV, résistances). Chaque action vous coûte entre un et trois points d’action. Vous pourrez donc enchaîner trois attaques coûtant chacune un point lors de votre tour ou opter pour une attaque plus coûteuse. Si le retour au système old school plaira aux puristes, il est cependant mal exploité. La faute à des sorts qui font peu de dégâts et des créatures bourrées de points de vie. En résultent des combats souvent trop longs et ennuyeux, qu’on évitera le plus possible. C’est franchement dommage ! Seuls les boss proposent des combats un peu plus dynamiques.

A noter cependant que la difficulté du jeu est ajustable. Il faudrait voir ce que les combats donnent justement en difficile mais si ça rajoute juste plus de points de vie aux ennemis, ce n’est pas la peine ! De plus, le fait de ne pas pouvoir bidouiller directement ses caractéristiques et de dépendre des métamorphoses et de l’équipement trouvé au petit bonheur la chance, atténue grandement le côté stratégique des combats. On se contentera au mieux d’ajuster son groupe selon les rencontres et de prendre par exemple un compagnon spécialisé en feu pour bourriner un ennemi sensible au feu… Enfin les animations des attaques sont souvent identiques et de réalisation moyenne. Bref, les combats, s’ils restent corrects, sont la chose la moins réussie du jeu. Heureusement, on pourra souvent les éviter !

Un dernier mot enfin concernant la bande son. Sachez d’emblée qu’il n’y a pas de doublage pour les voix, c’est souvent le cas pour les mini-jeux au budget modeste. Quant aux musiques, il y a grosso modo un thème par univers et un thème de combat. Ces musiques sont de bonne facture mais sans plus, et hélas bien trop discrètes pour enchanter durablement nos oreilles. Les sons sont également souvent trop discrets.

Pour conclure, Faery: Legends of Avalon est un mini-RPG, bourré de talent et de créativité, qui se laisse dévorer et qui ravira les casual gamers. Il plaira également aux amateurs de contes de fée ou aux habitués de la high fantasy qui veulent changer un peu d’air. A l’inverse, il rebutera sans doute les puristes ou les frustrés de sang et de violence. Si l’intrigue est bien écrite, le design une véritable claque artistique et l’univers un vrai régal, l’évolution de votre personnage est néanmoins trop simpliste, le système de combat trop mou et la bande-son trop discrète.

Seulement pour 7 euros, on pardonnera volontiers ces erreurs souvent dues à un manque de budget, tant l’univers du jeu est enchanteur. On souhaite d’ailleurs une franche réussite à Spiders, ce petit studio français bien prometteur. Nul doute que du succès du jeu dépendront une suite et des DLC…

+ Un design enchanteur
+ Des personnages attachants
+ Un gameplay old school
+ On se déplace en volant !

Note testeur 08 sur 10

– Des combats un peu mous
– Evolution trop simpliste du personnage
– Bande-son trop discrète

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