Ce test a été écrit par skoeldpadda et publié à l’origine sur le site RPGFrance.

Note de l'auteur
09/10
Note RPG
04/10

Sword of the Stars : The Pit – Gold Edition

Depuis la sortie de sa démo à l’hiver 2012, la popularité de Sword of the Stars : The Pit n’a fait qu’augmenter. C’est pas moi qui le dit, c’est le communiqué de presse de Kerberos qui accompagne la sortie de cette Gold Edition. The Pit, je l’avais testé en mars dernier, il m’avait plu, mais il était cher, déséquilibré et avait quelques soucis d’ergonomie. Sa Gold Edition, sorte de GOTY savamment déguisée, comporte le DLC Mindgames, des bonus et des ajustements par paquets de seize… Pour en faire un meilleur jeu ?

Oui

Carrément. Sans détour et le plus simplement du monde : oui. Ce n’était pas bien compliqué non plus. The Pit était, comme je viens de le dire, un jeu fort attachant mais terriblement mal maîtrisé. En huit mois, les canadiens, spécialisés dans la stratégie, ont eu le temps de lire les trouzaines de retours que le net ne s’est pas gêné pour offrir et, manifestement, pris le temps de repenser et de mieux comprendre les mécanismes de leur roguelike. Un peu trop roots, aléatoire à en devenir absurde, The Pit était un Roguelike plus encore qu’il fut un roguelike, avec tout ce que les 80’s avaient d’injuste et de perfectible.

Les patches s’étaient enchaînés suite à sa sortie, destinés à ajuster le moteur de jeu, à calmer le number god (c’est comme ça qu’on appelle l’algorithme qui gère l’aléatoire dans le jargon du genre) et à réévaluer les caractéristiques des personnages, jouables comme adverses. Bien sûr, le jeu n’a fondamentalement pas changé et, à moins de l’avoir un minimum pratiqué, la plupart des changements sont quasi imperceptibles. Pourtant, il est indéniable que le jeu est plus clair, plus fluide. L’habitué sentira la différence et le néophyte n’aura plus aucun soucis pour plonger dans ce petit monde coloré. De nombreuses indications auparavant cachées ont par exemple fait leur apparition sur le HUD, comme un compteur d’actions par tour. L’ergonomie a reçu un grand coup de polish.

La navigation dans les menus a été repensée et, miracle de la science, le support manette ajouté. Si ce dernier point vous semble étrange, surtout venant de moi et parlant d’un roguelike, il vous faut savoir (ou vous rappeler, si vous avez lu mon test initial) que The Pit, par bien des aspects, ressemble à un twin-stick shooter au tour par tour et que son gameplay, dès la version 1.0, semblait avoir été pensé pour se jouer au pad. C’est désormais possible et, pour ne rien vous cacher, c’est infiniment plus agréable.

Parmi les éclaircissements bienvenus, l’utilité des capacités et des compétences des personnages est désormais limpide. Ingénierie pour craquer des ordinateurs, mécanique pour forcer des coffres, on finissait dans la version d’origine par comprendre tout ça à l’usage. Cette fois, c’est écrit, plus personne ne peut se tromper.

Et la baston, c’est comment ?

Maintenant que la partie technique est réglée, il me faut vous préciser une chose : le mot que j’utilise le plus dans ce test, c’est « et ». Et des « et », la Gold Edition en est pleine. Le mot d’ordre a manifestement été de pousser tous les potards à onze et de se lâcher question possibilités de jeu, monstres tordus et loot de l’extrême.
Par exemple, depuis le DLC Mindgames, toutes les classes ont désormais des pouvoirs psioniques. Ceux-ci s’apparentent aux sorts de jeux de rôle fantasy et sont accessibles par n’importe lequel de vos personnages. Un skill tree commun aux (maintenant) sept classes du jeu, dont les pouvoirs se débloquent selon votre niveau et, en toute logique, sont plus ou moins efficaces selon la nature de votre héros. Il est évident qu’un scout ou un ranger sera plus apte à apprendre des sorts de soin là où on privilégiera la force de frappe pour le marine. Avec un total de vingt-huit capacités réparties dans sept branches, activables et ajustables sur sept personnages selon différentes méthodes, les possibilités de s’amuser sont quasi infinies. Et c’est loin d’être ce qu’on trouve de plus jouissif dans cette Gold Edition.

L’ajustement le plus palpable reste celui de l’aléatoire. Oh, pas de grand changement, non, le jeu est toujours aussi hasardeux et difficile, mais il n’est plus injuste. On trouvera ainsi beaucoup plus de machines à utiliser, le ratio dans la génération des niveau ayant même été refait de manière à ce qu’on trouve en priorité des appareils correspondant à ses caractéristiques.

Evidemment, ça change tout. Le build, notamment. Eclipsé comme un soleil trop timide dans la version d’origine, il a enfin une utilité. Une utilité très particulière, d’ailleurs, qui va de pair avec l’une des fonctions les plus chouettes du jeu : le sotsdex. En effet, puisque choisir une compétence augmente la possibilité de l’utiliser dans les sous-sols suivants, il devient évident que se spécialiser permettra d’être extrêmement efficace en accumulation de ressources. Et des descentes pour récupérer de la ressource et remplir votre encyclopédie portative, vous allez en faire. Ce codex intégré est toujours aussi complet – et drôle – et pourra, à haut niveau de difficulté, devenir carrément vital. Partir à l’aventure avec un rangerbooster ses compétences en déchiffrage et en médecine et emmagasiner un maximum de recettes de soin afin de faciliter vos explorations futures sera une mission régulière.

Bien sûr, on a toujours la possibilité de bourriner, et quelques classes sont réellement faites pour ça. Le marine, par exemple, a eu droit à un petit buff, et le psion, lui, est complètement démoniaque. Si faire exploser des cerveaux vous amuse, alors The Pit Gold Edition est la blague de l’année. Mieux encore, l’ingénieur, indiscutablement la classe la moins fun du jeu d’origine, se voit offrir une compétence exclusive (nommée en toute logique « ingénierie ») qui lui permet, à la manière d’un sorcier du futur, de reprogrammer certaines machines pour les convertir à son service (avec la Slim Tower, une tourelle électrique, on peut par exemple créer un piège gigantesque. Ne reste qu’à attirer tous les ennemis de l’étage dedans et boum. C’est tellement vicieux que c’en est délectable.) Notez que l’ingénieur n’est pas le seul à pouvoir jouer les sapajous retors et putrides puisqu’une compétence offrant la possibilité de créer des pièges « classiques » est accessible à chaque personnage. Juste, ceux de l’ingé’ sont mieux.

S’il s’agit de l’évolution la plus palpable, le build de classes n’est pas le seul élément du jeu à bénéficier de la refonte du number god. Les drops sont eux aussi fonction du personnage joué. Si l’on a un fusil d’assaut, on sera plus à même de trouver des munitions pour ce type d’arme. Ça parait évident, mais certaines parties de la version vanilla étaient vraiment frustrantes à cause d’un aléatoire complètement raté. Avec la Gold Edition, on a enfin de quoi rendre coup pour coup. Et honnêtement, je suis du coup bien infoutu de lui trouver un défaut.
L’ergonomie est au poil, les soucis de l’aléatoire ont disparus, je n’ai strictement plus rien à reprocher à The Pit.

Ah, si, j’ai trouvé.

Le revers de la médaille, c’est que les modes easy et normal, déjà pas franchement compliqués à l’origine, deviennent une ballade dans le parc, puisque de gérer ses ressources il n’est plus vraiment nécessaire. Bon, du coup, c’est pratique pour apprendre à jouer. Mais après ? Après, pour ajouter du challenge, il y a un nouveau mode de difficulté, drôlatiquement nommé « Seriously? » et qui est, effectivement, sérieusement dur. Paradoxalement, c’est aussi de loin le mode le plus fun, où l’on peut essayer le plus de trucs un peu fous avec les différentes classes. la raison à cela est simple : si vous n’optimisez pas vos personnages, vous mourrez. Vite. En laissant une petite tâche fumante sur le sol.

Au rayon des petits plaisirs, question modes de jeu, on trouve aussi ce que j’appellerais des « réducteurs de parties ». Si vous trouviez les trente sous-sols de The Pit bien trop nombreux, préparez-vous à pleurer : dans la Gold Edition, c’est quarante étages de folie furieuse qui vous attendent. Moi, j’en redemande, mais bon, je n’ai rien contre une petite partie en dilettante de temps en temps. Chanceux nous sommes (vous qui suffoquez sur la durée et moi qui veut me détendre entre deux descentes sérieuses), nous pouvons opter pour une partie rapide et nous farcir un boss au dixième étage. Hop, c’est plié.

Cette méthode de rush a évidemment ses inconvénients (on ne peut pas faire progresser ses personnages aussi loin que sur le format long), mais ça oblige à être hyper efficace dans ses choix, rendant la chose encore plus excitante. Pour les cinglés, une fois une partie normale (une de quarante étages, donc) terminée, on débloque un mode infini. Inutile de vous dire que c’est pleinement le genre d’ajout qui vaut le price tag à lui seul. Le jeu en dévient homérique. Mon record, c’est 57ème sous-sol en hard. J’y étais sous la neige, y avait des yétis partout et nom de Dieu c’était n’importe-quoi…

Si toutefois vous ne goûtez pas mon masochisme et qu’une partie est trop difficile pour votre petite sensibilité, à certains étages, vous trouverez des « chambres bleues » (je ne vois strictement aucune autre manière de les décrire). Le manuel parle de « banques ». L’idée est simple : on peut y déposer, à la manière des coffres communs de certains hack’n slash, du matériel qu’on pourra récupérer lors d’une partie ultérieure. Mieux encore, on peut même y stocker de l’XP (selon un ratio assez costaud, n’espérez pas craquer un personnage comme ça, c’est pas un hex editor). C’est très utile quand on plante un build mais qu’on a un loot intéressant ou qu’on trouve un objet qui serait fort utile pour un autre personnage. Les possibilités d’utilisation de la chose sont assez intéressantes, mais attention, c’est une banque : déposer est aisé, mais tout retrait se paie.

Enfin, pour les amoureux du travail d’équipe, l’un des ajouts les plus intéressants concerne les « helpers« . On pourra parfois, au détour d’un couloir, tomber sur une cellule de stase. Si l’on parvient (les stats sont vos amies) à réveiller son occupant, on contrôlera alors les deux personnages pour deux fois plus de défouraillage. C’est pas XCOM, il n’y a pas vraiment de stratégie là dedans (quoiqu’on puisse parfaitement s’amuser à prendre son ennemi à revers), mais c’est indéniablement fun à jouer.

Mais encore ?

Un meilleur jeu, plus équilibré, plus accessible, moins frustrant. Sans défaut, quoi. La Gold Edition, dans une coquille de noix, c’est ça. Mais pour ceux qui trouvaient le jeu d’origine déjà excellent, ça peut peut-être être un peu juste. Aussi, afin de satisfaire les envies des fous qui pratiquent The Pit assidument depuis le début (dont votre serviteur), Kerberos a pensé à blinder sa nouvelle édition de contenu et d’easter eggs imbéciles. Et c’est la que le jeu devient réellement dantesque. Si, vraiment.

Par exemple, après avoir fait le tour des nouveaux monstres, nouvelles armes (y a des épées en adamantium !), nouveaux consommables (et un sérum berserker pour la 2 !) et nouveaux environnements super cools dont un désert vachement chouette et une serre junglesque au possible, on pourra, tout à fait par hasard, croiser un lapin blanc (et le flinguer sans ménagement ou le laisser vous courir après comme un idiot, la bestiole étant particulièrement vindicative). Et ce n’est pas la bizarrerie la plus excentrique sur laquelle vous êtes susceptibles de tomber, oh non. Y aura aussi des Créatures du Lac Noir télépathes, des poubelles vivantes à tentacules, des scorpions-Transformers avec des lasers à la place du dard…

Il y avait déjà des tonnes de trucs à faire dans The Pit. Avec son édition dorée qui brille, si d’aventure il était possible que ça puisse arriver, quand vous en aurez marre de simplement descendre quarante étages pour vous farcir une grosse bestiole baveuse, vous aurez encore des milliards de petites choses à découvrir, d’objets à chercher et de monstres à dégommer. N’oubliez pas non plus de tenter votre chance en incarnant un des trois gros aliens (à l’origine des monstres du jeu) qui ont rejoint le casting. Le guerrier, par exemple, est un tank complètement pété absolument dément à jouer. Et on peut jouer un dragon. Un dragon !

Et nom de Dieu ça envoie… Rien que ça, ça rajoute un point à la note. Comme si c’était pas suffisant, il y a aussi une classe cachée à trouver parmi les helpers. Et des mutagènes de l’Enfer qui vous rendent fous mais surpuissants pendant un instant, et un pistolet laser à tête chercheuse, et… Comme disent les mangeurs de corndogsThe Pit Gold Edition est chargé.

Notez enfin que, bien que cette Gold Edition fut annoncée « définitive », elle continue d’être ajustée et mise à jour par ses concepteurs, et donc de s’améliorer. Vu la gueule du jeu à l’heure actuelle, quand on sait que des patches ont déjà par le passé ajouté du contenu gratuitement, ça ne présage que du bon.

Voir un jeu grandir et devenir meilleur au fil des apports de développeurs attentionnés est toujours particulièrement agréable, surtout quand, malgré ses défauts, vous aimez ce jeu, et d’autant plus quand l’évolution est aussi flagrante et réussie. Agrandi, équilibré, farci jusqu’à la moelle d’armes en tout genre, d’objets farfelus, de secrets absurdes et de monstres rigolos à flinguer au détour d’un couloir, The Pit est une fête à l’exploration de donjon. De roguelike sympathique, il est devenu un très très bon jeu, plaisant, accrocheur, accessible et fun, sans se départir de ses bases, rythmées par la fée permadeath. Mieux encore, il a vu son prix baisser alors qu’il ne faisait que s’étoffer. Si l’aventure vous tente, vous n’avez plus aucune raison de vous priver.

+ Support manette
+ Totalement rebalancé
+ Deux personnages en même temps
+ Moins cher, plus de contenu
+ Un DRAGON, je vous dis
!

– Pardon ?
– Pfff…
– Vous rêvez
– Non mais et puis quoi

La vision de Killpower :
A l’instar de Dungeon of Dredmor (DoD), je peux dire que Sword of the Stars : The Pit s’est peaufiné avec le temps et propose un truc sympathique aujourd’hui. Pour une fois qu’un jeu de science-fiction peut rivaliser avec un jeu d’heroic fantasy au niveau richesse, c’est à souligner.
Par contre, non anglais s’abstenir, parce que ce n’est pas facile de comprendre comment il fonctionne si vous ne comprenez pas les mécaniques du genre. Outre son côté combat assez bourrin pour un tour par tour, son artisanat est vraiment chouette (on fabrique à peu près tout ce que l’on veut). Si vous avez aimé DoD et que aimez la science fiction, vous apprécierez à coup sûr celui-ci.
08/10

RPGfrance
RPGfrance
Site ayant vécu de 2009 à 2022 et traitant de l'actualité des jeux vidéo RPG. Le site ayant disparu, l'équipe de RPGjeuxvidéo, sous l'action de Killpower, ancien président de RPGFrance, a essayé de rendre hommage aux nombreux rédacteurs qui ont participé au site, en reproposant leurs articles qui, sinon, auraient été perdus à jamais. Si vous êtes l'auteur de cet article, contactez-nous et inscrivez-vous, nous mettrons le texte à jour.
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires

Articles récents

TESTS ALEATOIRES

Faces of War

Après un Soldiers : Heroes of world war 2 (SHOWW2) bien réussi, mais souvent négligé par les joueurs à cause de bugs multiples et...

Fable – Entre héros et vilain, le RPG qui fait rire Albion

Sorti en 2004 sur Xbox, Fable est un RPG développé par Lionhead Studios, sous la direction de Peter Molyneux. À l’époque, le jeu avait...

Colony Ship : A Post-Earth Role Playing Game

Ces dernières années, les RPG ont présenté une qualité inégale, où de nombreux titres nécessitent un investissement de temps considérable sans offrir une satisfaction...
Depuis la sortie de sa démo à l'hiver 2012, la popularité de Sword of the Stars : The Pit n'a fait qu'augmenter. C'est pas moi qui le dit, c'est le communiqué de presse de Kerberos qui accompagne la sortie de cette Gold Edition. The...Sword of the Stars : The Pit - Gold Edition
0
Envie de laisser un commentaire ? x