Sorti en 1997, Lands of Lore II abandonne le système de déplacement case par case de son aîné sorti en 1993 pour de la 3D avec vue à la première personne, incluant des éléments d’action-RPG. Autant vous le dire tout de suite, on se trouve dans la crème de la crème des jeux de rôle, développé par notre défunt Westwood Studios. En outre, c’est le premier jeu de rôle auquel j’ai joué et c’est avec nostalgie que je l’ai réinstallé pour pouvoir écrire ce test. Comme vous allez le voir, le jeu n’a pas pris une ride et reste toujours plaisant à jouer de nos jours. 

Amis gobelins, prenez votre souffle, et suivez-moi dans le monde merveilleux de Lands of Lore !

Lands of Beginning

L’histoire de ce jeu se situe après le premier volet, donc si vous y avez joué vous ne serez pas dépaysé et retrouverez certains personnages. Par contre vous ne pourrez pas choisir votre héros. Vous incarnez un humain, Luther, et démarrez en bien mauvaise posture dans les geôles de Gladstone. Votre seul crime est d’être le fils de Scotia, puissante sorcière hostile au royaume, maintenant décédée. De plus, vous êtes victime d’une malédiction qui vous transforme de manière aléatoire soit en frêle lézard, soit en affreux monstre. Pas de quoi gagner la sympathie de votre geôlier, mais c’est bien cette malédiction qui va vous permettre de fuir de votre cachot. Vous commencerez véritablement le jeu après cette fuite, dans une grotte, avec les soldats à vos trousses. Ce premier niveau fera office de tutoriel des différents mécanismes du jeu.

Lands of Gameplay

Ce jeu se déroule donc à la première personne. En bas à droite de l’écran vous trouverez votre portrait qui changera selon votre état de santé et votre forme (humain, lézard et monstre), un bouton pour attaquer, un bouton pour la magie et d’autres pour ouvrir l’inventaire et les sorts. Le HUD est partiellement modifiable et vous pourrez choisir les éléments à afficher comme l’inventaire ou le portrait. Le tout est bien pensé et se maniera avec facilité avec son lot de raccourcis clavier bien sûr. De base la souris sert à parcourir l’écran pour sélectionner/activer les objets, pour pivoter sur un côté ce sont les flèches du clavier et pour faire des pas de côté c’est la combinaison des flèches et de la touche alt. Cependant, vous disposez de trois modes de souris pour vous faciliter la vie : le mode normal, le mode déplacement où votre souris se bloque au milieu de l’écran et vous pouvez tourner avec et le mode combat où votre souris se transforme en viseur puis clic gauche pour attaquer, clic droit pour utiliser votre magie. Vous pouvez bien entendu passer d’un mode à l’autre à votre guise.

Niveau déplacement vous pouvez courir, sauter, vous accroupir et même saisir certains objets comme des caisses pour les déplacer et atteindre les hauteurs. Oui, car vous ne pouvez pas nager, donc quand vous n’avez pas pied, votre portrait se remplit rapidement d’eau, une fois plein, c’est la noyade. Votre personnage bénéficie également d’une inertie, donc si vous courez vous ne vous stopperez pas d’un coup net. La maniabilité des jeux des années 90 est très différente de celle des jeux d’aujourd’hui, mais vous trouverez rapidement vos marques. Le monde est découpé en plusieurs segments indépendants, une fois passé dans l’un, c’est impossible de revenir en arrière. Chaque segment est lui-même divisé en plusieurs zones séparées par des temps de chargement. Dans ces zones plutôt ouvertes vous pourrez vous déplacer à votre guise.


Parlons maintenant de l’évolution du personnage – après tout, nous sommes dans un RPG. Sachez que vous aurez accès à deux compétences, physique et magie, représentées par une jauge d’expérience et un chiffre qui représente le niveau de votre compétence. Comme c’est en forgeant que l’on devient forgeron (et c’est en faisant que l’on devient dindon), plus vous utiliserez une compétence, plus la jauge augmentera, et une fois pleine vous passerez au niveau supérieur. Pour la magie, votre réserve de mana augmentera, pour le physique, vos attaques seront plus efficaces. Naturellement, votre physique s’améliorera plus vite que la magie, le mana étant assez lent à recharger, mais la magie est très puissante et la délaisser pourrait rendre le jeu difficile par la suite.

Lors de certains événements du jeu, surtout quand vous accomplissez une tâche particulière, l’une ou l’autre gagnera de l’expérience toute seule. À cela s’ajoutent quatre caractéristiques qui seront modifiées par l’équipement que vous portez : protection, force physique, dégâts au corps à corps et dégâts à distance. Pour l’équipement, vous avez six emplacements libres : armes de mêlée, armes de jet, armure, protection et deux emplacements pour les bijoux magiques. Et de l’équipement, vous en trouverez partout : le jeu n’est pas avare en objets à ramasser, et, votre inventaire étant assez limité, vous devrez souvent faire le tri.

D’ailleurs, notons un des problèmes du jeu : les objets ont un nom mais pas de description, donc vous ramasserez beaucoup de choses dont vous n’aurez absolument aucune idée des effets ou utilités. Ce sera à vous de les tester pour savoir si tel aliment est comestible ou si cette épée a une propriété magique particulière. Mais il y a des objets dont l’effet n’est pas évident, et il serait aisé de les juger inutiles. Néanmoins certains objets vous seront décrits dans le jeu si vous êtes attentif à ce qu’on vous dit ou à vos lectures. Par lecture, je veux dire que vous trouverez des parchemins au cours des niveaux, vous indiquant des formules de craft. Car oui, vous aurez la possibilité de mélanger des objets pour obtenir soit quelque chose d’inutilisable, soit un objet plus puissant. Cela se passe directement dans votre inventaire et vous avez juste à prendre un item et le déposer sur un autre, une boîte va alors s’ouvrir vous demandant la confirmation du craft. Vous pourrez ainsi créer du poison pour vos armes ou encore des aliments magiques. 

Lands of Fight

Parlons des combats maintenant, car vous en aurez forcément. Pour attaquer, soit vous cliquez sur l’icône de votre arme à gauche de votre portrait, soit vous passez en mode combat et un simple clic gauche lancera une attaque. Vous pouvez vous équiper en même temps d’une arme de mêlée et d’une arme de jet. Et comme le jeu est bien fait, c’est la distance qui vous sépare de votre ennemi qui déterminera laquelle des deux armes vous utiliserez : votre ennemi se trouve au fond du couloir : attaquer vous fera envoyer une flèche ou un carreau. Il est en face de vous ? C’est votre fidèle épée qui prendra le relais. Pas d’esquive ou de parade possible, donc votre principale technique sera de reculer en même temps que votre ennemi avance et de profiter de votre allonge, le principal danger sera alors les murs qui bloqueront votre passage. Les armes et armures sont suffisamment variées pour que votre manière de vous battre évolue au cours de votre aventure.

Quant à la magie, ce seront six écoles différentes qui vous attendront, disposant chacune de 5 niveaux. De base, vous aurez accès à deux écoles seulement : soin et étincelles. Vous apprendrez les autres écoles en trouvant des parchemins plus ou moins bien cachés. Chaque niveau représente un sort différent, et dès que vous connaissez une école, les quatre premiers niveaux de l’école sont disponibles. Par exemple, pour l’école du soin, le niveau 2 vous soignera tandis que le niveau 3 vous guérira du poison. Plus le niveau est élevé, plus vous consommerez de mana. Côté gameplay, pour lancer un sort de niveau X, maintenez appuyé le bouton correspondant et attendez que le sort se charge jusqu’au niveau X, à condition d’avoir assez de mana en réserve. Plus le niveau est élevé, plus vous mettrez du temps pour le lancer, mais rien d’handicapant. Les sorts de niveau 5, les plus puissants, ne sont accessibles qu’après avoir consommé une « pierre des anciens ». Sans être rares, ces pierres sont plutôt bien cachées dans le jeu, et il vous faudra explorer pour les trouver.


Comme dit au début, vous êtes maudit et vous vous transformerez de manière aléatoire soit en lézard soit en monstre, chacun ayant ses avantages et ses inconvénients. Le lézard est petit et vous permettra d’explorer les petites galeries qui peuvent être des raccourcis ou des chemins menant à des trésors, mais vous sauterez moins haut qu’un humain. Il est très rapide et dispose d’une plus grande réserve de mana. Par contre n’espérez pas aller au corps à corps avec lui. Attention cependant, être dans une fine galerie ne vous empêchera pas de vous retransformer en humain et de mourir écrasé. Le monstre est à l’inverse très grand, très lent, inapte à la magie, mais ses coups de griffes sont mortels. Vous ne pourrez pas sauter ou passer dans les couloirs bas de plafond. Heureusement, vous pourrez trouver des sorts qui empêchent ou forcent la transformation, pratique. 

Lands of Possibilities

Une chose frappe en jouant à Lands of Lore II : les développeurs donnent l’impression d’avoir pensé à tout ce que le joueur pourrait essayer de faire et d’avoir ajouté un événement ou une animation en conséquence. Du coup, vous êtes très libre et l’exploration est au cœur du jeu. C’est un véritable plaisir tant il y a de zones cachées ou facultatives. Même en faisant plusieurs parties, vous réussirez toujours à trouver un nouveau secret qu’enferme ce jeu. Entre les boutons cachés, les galeries pour lézards et les mystères, vous aurez de quoi faire. Vous vous en rendrez rapidement compte dès le niveau 2 : soit vous faites dix mètres et c’est fini, soit vous trouvez le passage secret qui n’est pas très bien caché et vous aurez tout un musée à explorer avec plein d’items, dont une des meilleures armes du jeu. Si dans ce niveau le passage secret est très flagrant, dans d’autres cela l’est moins. Il y a aussi des événements se déclenchant de manière particulière. Par exemple, dans le niveau des Ruines Dracoïdes, la première fois qu’un ennemi vous tuera, ce ne sera pas le game over mais vous vous réveillerez dans une arène !

À propos des ennemis justement : la plupart vous seront hostiles, mais certains sont pacifiques et ne vous feront rien tant que vous ne les attaquerez pas ou ne les approcherez pas. Leur IA est plutôt bien faite avec des comportements à distance ou de fuite lors d’une santé trop basse. Ils sont également très diversifiés et dépaysants.


Bien sûr vous rencontrerez des PNJ, la plupart du temps en plan fixe avec soit des acteurs incrustés soit des personnages en 3D. Ces plans seront souvent l’occasion de discuter avec eux, mais aussi de fouiller pour trouver un sort sur une étagère ou une pierre cachée derrière un pilier. Mais si le mal sommeille en vous, sachez que vous pourrez attaquer et tuer n’importe quel PNJ, votre arme étant toujours à disposition. Le jeu est suffisamment bien fait pour ne pas vous bloquer dans l’avancement de votre quête si vous tuez un personnage clé. Généralement, l’objet important se trouvera sur son corps. Sachez toutefois que le jeu est nettement plus difficile si vous jouez de manière machiavélique, car les PNJ vous attaqueront à vue et ne vous offriront plus leur aide. Mais selon votre comportement tout au long du jeu, vous aurez accès à plusieurs fins différentes.

Quand je disais que vous étiez très libre, je rectifierai en disant peut-être trop. Cela vous arrivera sans doute de vous retrouver à errer sans but, ne sachant que faire pour débloquer la suite de l’aventure. Généralement parce que vous n’avez pas jugé bon de prendre un objet ou de faire telle ou telle action. Il y a quand même un juste milieu entre ne pas être guidé du tout et être tenu par la main. D’ailleurs ce sera à vous de prendre des notes, que ce soit IRL ou sur la carte du jeu qui vous propose de mettre des points annotés. Vous avez déjà lu l’avertissement « pensez à sauvegarder souvent » ? C’est on ne peut plus vrai pour ce jeu, car vous pouvez vous bloquer très facilement et sans vous en rendre compte tout de suite. Si vous ne faites pas attention, il pourra vous arriver de devoir recommencer le jeu depuis le début car vous ne pensiez pas être bloqué et tous vos slots de sauvegarde contenaient l’erreur qui vous bloque. Je ne peux que vous conseiller de ne jamais écraser vos sauvegardes.

Lands of Story

L’univers est riche et très bien écrit. Vous pourrez bien sûr en savoir plus en lisant le manuel ou en ayant joué au premier opus que je vous conseille aussi d’ailleurs. Mais même sans ça, l’histoire et l’univers sont très bien amenés par les nombreuses cinématiques du jeu. De belles cinématiques 3D avec des acteurs incrustés qui justifient les 4 CD d’installation du jeu. À l’intérieur du jeu, vous ne trouverez pas de livres mais des pierres parlantes qui montrent une cinématique sur un pan de l’histoire. Mention spéciale au musée du Draracle qui est un vrai musée, avec guide audio, qui vous fera rattraper votre manque de connaissances sur le lore du jeu.


L’histoire du jeu est bien écrite sans être révolutionnaire. Après votre fuite du donjon de Gladstone, vous rencontrerez rapidement le Draracle, un oracle qui va vous conseiller d’aller dans les jungles du sud, chez les Hullines, pour trouver la solution à votre malédiction. Parallèlement à ça, un ancien Dieu nommé Belial essaie de préparer son retour en ayant créé une mère capable de l’enfanter de nouveau. Inutile de vous dire qu’il s’agit d’un Dieu maléfique et que vous allez vous retrouver malgré vous au milieu de son chemin. Au cours de votre aventure, vous allez rencontrer différents personnages qui vous aideront peut-être, ou bien vous demanderont de l’aide. Il n’y a pas de réel système de quêtes : vous n’avez pas de journal et vous serez concentré sur votre objectif principal. Toutefois certains objectifs annexes sont présents, la plupart du temps ce sera de ramener un objet à un personnage pour débloquer une arme ou autre. Ce sera à vous de faire attention à ce que les personnages vous disent. Ces objectifs s’intègrent parfaitement et le tout offre une histoire très fluide.

Peut-être deux mots sur la technique, bien que ce soit un peu obsolète d’en parler en 2015. Oui il y a du pixel, mais le jeu est très joli et on arrive bien à distinguer les décors et les personnages. Seul petit bémol, lorsque vous devez regarder par terre ou en l’air, les lignes de fuite choisies par le moteur graphique sont peu naturelles. Mais à part ça tout est bien animé, la physique marche très bien et les décors sont très interactifs.


Niveau sonore rien à dire, la musique se prête bien au jeu et les dialogues en français sont, à défaut d’être toujours bien joués, corrects. Mention spéciale pour notre personnage, très bien doublé par la voix de Simba adulte (Emmanuel Curtil pour info), qui fera toujours un petit commentaire sur ce que vous faites et voyez. Les bruitages sont bien réalisés et vous plongeront dans les différentes ambiances de votre voyage.

Pour y (re)jouer aujourd’hui rien de plus simple, vous trouverez sur Gog une compilation regroupant Lands of Lore I et II pour 5€49, le tout compatible Windows et Mac.

Lands of Lore II est assurément un des piliers du jeu de rôle des années 90. Bon gameplay, bonne histoire, bonne technique : il est une réussite sur quasiment tous les points. Son aspect roleplay est certes un peu limité et le jeu lorgne plus vers l’action-RPG à la première personne, mais ne vous laissez pas rebuter pour autant, car vous passeriez à côté d’une grande aventure ! Et même à notre époque, il reste encore très jouable et agréable à parcourir. Donc, si vous êtes tenté par l’aventure, ce jeu vous offrira une très bonne expérience.

+ L’univers riche
+ L’exploration et les secrets
+ Luther, personnage maudit très intéressant à jouer
+ La tonne d’objets et équipements à trouver
+ Maniabilité toujours d’actualité

Note RPG 2 sur 5
Note testeur 08 sur 10

– La facilité avec laquelle on se retrouve bloqué
– Objectifs peu clairs

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