Peut-on tester un jeu objectivement ? Au-delà du sujet bac de philo très prononcé de la chose, une véritable question se pose. Comment faire pour vous amener, lecteurs et lectrices, à venir vivre l’aventure de Nox, alors que ce jeu s’est insidieusement ancré dans ma mémoire, me laissant une empreinte intemporelle. Et puis, quel serait l’intérêt, pour vous, de replonger dans les années 2000. Nox, c’est pourtant une recette de bonheur simple : un zeste d’archéologie vidéo-ludique, un trait d’univers enchanteur et une bonne rasade de hack’n slash. Alors, permettez-moi de prendre la cuillère de testeur le temps d’un article. À table !   *touille touille touille *

Noxtalgie quand tu nous tiens.

Tout commence avec une installation comme on n’en fait plus, invitation au jeu et à la magie. Une voix de compteur chaleureuse nous guide à travers l’histoire de Nox, illustrations au fusain à l’appui. Une petite colonne en cuivre sur la droite accompagne la copie de fichiers de sphères d’énergie bleutées. 600 Mo… Autant dire une broutille pour nos bécanes modernes, mais une course de longue haleine pour un Pentium III de l’époque. Notons que le jeu est disponible pour pas cher, l’éditeur Westwood ayant fait faillite et les droits ayant été rachetés par Electronic Arts. On trouve désormais tous les patches de circonstances, officiels et communautaires, ainsi qu’un module multijoueur NoxQuest, que nous aurons l’occasion d’aborder en fin d’article.

Au risque d’égratigner la découverte de cette installation magique, tout commence avec les Nécromants et leur ascension au pouvoir. S’ensuit la forge d’une arme redoutable capable de les contrer : le Fauchard de l’oubli. Maniée par le guerrier Jandor, l’arme moissonne les rangs de nécromants, emprisonnant leurs âmes. Leur chute est inévitable. L’arme, surchargée de puissance, doit être divisée et éparpillée à travers le monde de Nox.

Une partie est ainsi confiée à chaque faction en présence. Les magiciens, expérimentateurs géniaux mais arrogants, reçoivent le cœur de l’arme. Les guerriers, fiers mais isolés, reçoivent la hampe. Les druides, diplomates et neutres, se voient confier la créature magique, source de la puissance du Fauchard. La dernière partie de l’arme, contenant les âmes torturées des nécromants, est envoyée par Jandor dans notre dimension, loin des intrigues du monde de Nox. Seulement, voilà…

Dans sa grande mansuétude, Jandor épargne une enfant des Nécromants et confie son éducation aux Orcs du nord. Le temps passe, et la petite Hecubah, désormais sorcière émérite et matriarche de la tribu, n’a plus qu’un seul but en tête : restaurer la gloire et la puissance de son sang. Première étape : récupérer la partie du Fauchard envoyée dans notre dimension. *classe*. Objet insolite qui sert de cale-pied au téléviseur de Jack, le héros de cette aventure… *moins classe*

Une aventure inoxbliable

Nox cultive ce second degré. Ainsi, après avoir longuement joué avec la souris qui pétille sur l’écran de titre et choisi son affiliation à l’une des trois factions en présence, le joueur est amené à tunner la couleur des baskets de Jack. Le jeu débute sur un Deux Ex Machina : la téléportation brutale du héros en jean et sweat-shirt dans le monde féerique de Nox On aurait apprécié une réalisation moderne incrustée de cinématiques époustouflantes et boursouflée de QTE… Trêve d’ironie, Nox pointe le bout de sa jaquette colorée dans le rayon jeu des magasins au printemps 2000. Sa réalisation est tout logiquement ancrée dans ses années-là. En définitive, une entrée en matière abrupte, mais décalée et résolument old-school.

Pour en revenir au choix d’affiliation, sachez que mages et guerriers se livrent une lutte fratricide, avec la même mauvaise foi que des joueurs de JDR papier. Les druides, quant à eux, mâchouillent du pop-corn en regardant ces querelles d’un œil bienveillant. “Huhu, les no-brain, ils n’apprendront jamais la voie de l’équilibre…” Ce choix d’affiliation conditionne la classe de personnage du joueur et influencera le déroulement des six premiers chapitres sur les onze que propose le jeu.

Mais surtout, cette étape détermine la mécanique de jeu, propre à chaque classe et qui accompagnera le joueur tout au long de son aventure. En jean et baskets dans le monde de Nox. Votre ascension sociale sera courte mais épique ! À tout point de vue, c’est une force du jeu, celle de proposer un scénario rejouable trois fois, et dont les ficelles s’entrecroisent parfois. Le revers de médaille réside dans la longueur de chaque histoire : très courte. Comptez huit heures environ pour connaître la conclusion de chaque histoire, soit une vingtaine pour faire le tour de la partie solo.

Trois histoires courtes, mais trois manières différentes de jouer : au corps à corps bourrin avec nos amis guerriers, en subtilité et en utilisant ses neurones dans la robe d’un mage, à l’arc et accompagné d’invocations dans la peau d’un adepte des mystères naturels. Dans Nox, point d’arbre de talents. Les sorts s’apprennent grâce à des grimoires que l’on achète ou que l’on trouve à divers endroits. À la manière d’un jeu de plate-forme, les compétences se débloquent de manière providentielle au milieu d’un couloir. Bien que convenues, ces ficelles de jeu sont facilement oubliées car enrobées d’éléments de hack’n slash. Fichtre, comment me débarrasser de ces zombies qui régénèrent leurs viscères putrides ? Oh, une épée de flammes ardentes de cautérisation…

À ce petit jeu, le guerrier est un peu défavorisé puisqu’avec seulement cinq compétences, ce dernier devra obligatoirement compenser par son équipement. Pas le choix, pour survivre face aux diablotins, il faudra sortir les pièces d’armure en cuir ignifugé. Possédant plus de souplesse sur le choix de leur garde-robe et sur le nombre de sorts à leur disposition, les utilisateurs de magie verront par ailleurs leur gameplay considérablement enrichi au cours de l’aventure. Les mages apprendront ainsi à créer des pièges à base de sorts. Les druides auront accès aux messagers, sorte de petites créatures difformes faisant office de pièges mobiles.

Ainsi, bien que jouer un guerrier soit une expérience rafraîchissante, Nox est un jeu résolument axé sur la maîtrise des arts magiques. À ce titre, il est important de souligner le rendu visuel pétillant et l’ambiance sonore soignée de la plupart des sortilèges. Une mention spéciale doit être décernée aux sorts ultimes d’exorcisme et d’oblitération, dont le lancement est même carrément jubilatoire, je vous laisse le soin de l’expérimenter.

Une interface inoxydable et des sortilèges qui pétillent

Côté interface, cette dernière est très classique, fonctionnelle, et ne dépaysera pas les rôlistes chevronnés que nous sommes : une barre de vie en rouge, une barre de mana en bleu, et enfin une barre de raccourcis de cinq slots. Si pour notre ami le guerrier décérébré, cinq compétences c’est bien assez, pour nos amis les mages et leur trentaine de sorts, c’est tout juste convenable. Pas de panique, il est possible de switcher rapidement sur plusieurs niveaux de barres, augmentant ainsi le nombre d’accès rapides.

Comme dans tout bon hack’n slash qui se respecte, une touche supplémentaire permet d’équiper instantanément une deuxième configuration d’arme et ainsi de passer d’une grosse épée qui tranche à une gros marteau qui aplatit. La souris, quant-à-elle, se cantonne à deux niveaux de compréhension : clic droit, je cours, clic gauche, je tape avec l’arme équipée. Evidemment, nos amis guerriers plussoient la simplicité de cette configuration.

L’environnement du jeu est en 2D isométrique à l’ancienne. La caméra est située au dessus de votre personnage, et suit ce dernier, lui-même situé au centre de l’écran. Notons une utilisation originale et assez réaliste de la ligne de vue, puisque seuls les éléments que votre personnage peut voir sont affichés à l’écran. Surprises garanties au passage des portes, sachant qu’il est possible de zieuter furtivement. Rajoutez à cela une bonne gestion du bruit et de la physique d’interaction des objets, et vous obtenez tous les codes du hack’n slash et du jeu de plateforme. Mélangez-les et vous obtenez un jeu tonique et mortel pour peu que l’on traverse les salles en admirant le décor.

Notons que la mécanique de régénération de la magie est très originale dans Nox, puisque le mana peut-être rechargé au voisinage de très classieux cristaux bleus iridescents disposés de manière stratégique, voire sournoise dans chaque niveau. En effet, le design retors des niveaux et la difficulté du jeu progressive et savamment dosée sur la fin, vous donnera de nombreuses et diverses opportunités de mourir. Un seul niveau de difficulté au programme, mais suffisamment vicieux pour contenter tout le monde. On peut cependant déplorer une construction des niveaux assez linéaire, qui une fois maîtrisée, abaisse la difficulté du soft. Heureusement, les six chapitres différents et la grande diversité des trois gameplay permet de diluer ce constat, en forçant le joueur à changer son approche à chaque fois.

En résumé : s’adapter, essayer, et varier sa stratégie seront les clés du succès. Une très bonne occasion pour trouver rapidement la touche d’accès aux potions et d’abuser de la sauvegarde rapide.

Coté inventaire, les développeurs ont disséminé dans le monde une tripotée de potions, d’armes et d’armures dans le but de brûler, ralentir, immobiliser, accélérer ou se protéger dans toutes les situations possibles et imaginables. Un système étudié de poids, de durabilité et d’interaction magie-matériaux sur les armes et armures vient compléter l’ensemble. Tous ces éléments de jeu vous donneront, là-encore, de bonnes occasions pour aller fouiner le moindre recoin de chaque carte à la recherche d’un tombeau à briser, d’une salle sécrète ou bien encore d’un marchand itinérant égaré.

Une bouffée de n’oxygène ?

Supposons que les trois campagnes solo disponibles n’aient su altérer votre détermination, il vous reste encore la possibilité d’aborder le multijoueur coopératif à travers le module NoxQuest, développé par la communauté de joueurs. Ce module permet de jouer dans des niveaux générés aléatoirement. Le but étant de progresser, voire s’entraider, s’enrichir, ou encore se tirer la bourre, en détruisant des obélisques d’invocations. Ces derniers faisant apparaître en continu et jusqu’à destruction un type fixe de monstres. J’aurais aimé vous en dire plus sur le sujet, mais je n’ai découvert ce module que l’année dernière, après avoir retrouvé le jeu au détour d’une session oldies. Pensez-donc…

Après douze ans et des trajectoires professionnelles en zigzag dans l’hexagone, impossible de remettre la main sur la boite d’origine. Et il faut bien l’avouer, douze ans après sa sortie, il ne reste guère que quelques irréductibles sur les serveurs de Nox

Pour aller plus loin, ci dessous vous trouverez une petite vidéo llustrant les mécaniques du jeu. Sur la toile, en vente sur une plateforme de téléchargement, le jeu est aussi disponible en abandonware. 

Un bon bouillon de viand’nox ? En conclusion, Nox est un mélange plutôt réussi de deux genres : le hack’n slash et le jeu de plateforme sur lesquels viennent se greffer des éléments originaux comme la gestion de la magie et la gestion de la physique des objets. Mais la recette fonctionne surtout grâce à un design enchanteur et à des mécaniques de jeu efficaces. Il serait facile de pointer du doigt une trame d’aventure courte et dirigiste devant certaines productions actuelles. Mais, on ne joue pas à Nox pour étancher sa soif de RPG à tiroirs.
On joue à Nox par nostalgie, ou le temps d’une installation ou d’un téléchargement. Puis au final on y reste un peu car le jeu se révèle étonnement attachant. Si seulement je pouvais remettre la main sur cette satanée boîte, je la placerais à coup sûr dans mon cimetière des oldies qui déchirent ! Et en plus il est désormais vendu pas cher, que demande le peuple ?

+ Mélange détonnant entre le hack’n slash et le jeu de plate-forme
+ 3 gameplay pour 3 histoires
+ Difficulté sournoise
+ Jeu attachant
+ Tout petit prix

– Pas de tunning poussé des arbres de compétences
– Linéaire dans sa seconde partie
– Voie du guerrier manquant de subtilité
– Comme les Fingers, toujours trop court, toujours trop court
– Westwood ne sortira jamais le 2

Note testeur 08 sur 10

La vision de Killpower :
Jeu rafraîchissant à l’époque qui sortait de l’ordinaire. Un action-RPG nerveux bien sympathique. Dommage qu’il soit si court et que moi-même je n’ai jamais trouvé cette partie multijoueur qui semble si fun. Pourtant c’est une expérience qu’il faut tenter, juste pour voir. Parce que même si les graphismes ont vieilli, le jeu a sa propre identité délirante.
08/10

La vision de Dagon :
(Avis écrit et publié sur le site Dagon’s Lair. Avec l’aimable autorisation de son auteur).
Annoncé comme étant le « Diablo killer », Nox n’est similaire à Diablo que par la vue de haut que propose le jeu, et son style : action-rôle (plus action que rôle d’ailleurs). Les graphismes sont mignons, les sons et la musique sont adaptés. Un grand soin a été apporté à la magie (sorts de charme de monstres,…).

Le scénario, fixe, mais différent selon la classe de personnage choisie, est bien plus fouillé que Diablo et se déroule par chapitres, dans lesquels une multitude de petites missions seront nécessaires. Le jeu se démarque par la gestion intelligente des « lignes de vues », et par la possibilité d’agir sur le mobilier (déplacer un tonneau d’eau sur du feu va faire éclater le tonneau et éteindre le feu…). Le mode multijoueur reste cependant limité à du deathmatch, à de la capture de drapeau, etc… Un petit jeu sympathique, « léger », mais vendu un peu trop cher à sa sortie.

Graphismes & sons : 3/5 – Interface de Combat : 2/5 (arcade) – Scénario : 2/5 – Jouabilité (fun) : 3/5
05/10

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