Kingdom Come : Deliverance – Test 2

Test sorti durant l'année 2019 sur le site Dagon's Lair.Avec l'aimable autorisation de son auteur Dagon.

Note de l'auteur
08
Note RPG
09

Lorsqu’en plein hiver 2014, Warhorse Studios, un studio de développement tchèque que l’on ne connaissait ni d’Adam ni d’Eve, a lancé sa campagne de financement collaboratif sur Kickstarter en annonçant un jeu de rôle purement historique, j’étais quelque peu sceptique, même si le concept paraissait quelque peu prometteur.

A la base, le projet semblait casse-gueule. Personne, depuis feu Microprose avec le vénérable Darklands, ne s’était lancé dans l’élaboration d’un jeu sans dragons, sans magie, sans monstre, le tout dans le respect le plus total de la situation historique. Annoncé en plus comme un jeu « triple A » avec un budget pharaonique, on se demandait qui pouvait être le fameux « investisseur » qui demandait au studio de faire un Kickstarter histoire de voir si le concept intéressait le public.

Accessoirement, je me demandais s’il y avait assez de matière au niveau historique pour élaborer un scénario vraiment prenant et intéressant dans un jeu de rôle. J’étais loin de me douter de l’excellence du résultat.

Kingdom Come Deliverance vous met dans la peau d’Henry, un forgeron de Talmberg, un petit village de la Bohème en 1398. Alors que la guerre fait rage, entre les soutiens au roi Venceslas, monarque porté sur la bouteille et les filles et les armées de Sigismond, son demi-frère, le village est rasée et le personnage sera pris à parti au milieu du conflit entre ces armées.. 


Soyons clair, la période est intéressante et le chaos ambiant y est magnifiquement décrit. La chrétienté y compte trois Papes, le royaume de Bohème un roi défaillant et son prétendant, et le Pays est parcouru par des armées de Coumans décimant tout sur son passage. Le tout sans compter un monde médiéval dont on est loin de se douter de tous les détails de la société de l’époque, parfaitement reconstituée.

Au niveau reconstitution justement, c’est du grand art. A la vue subjective se rajoute des décors somptueux des villages de l’époque, grouillants de vie, avec leurs habitants vaquant chacun à leur occupation à toute heure du jour ou de la nuit. Le paysan du coin se lève le matin, déjeune, va travailler, prend une collation lors de sa pause, pour travailler encore et retourner se coucher, sans avoir oublié de se rendre à la taverne, lieu de rencontre et d’échanges sociaux. Avec des villages à l’architecture fidèle aux ruines ou habitations restant encore aujourd’hui, le studio a effectué un travail de recherches monumental, encore inédit à ce jour. Non seulement les éléments retranscrits dans le journal sont plus qu’intéressants sur les us et coutumes de l’époque, mais cette atmosphère très particulière et les implications sociétales de l’époque sont respectées et font partie intégrante du scénario et des réactions des personnages.

En tant que roturier, il faudra bien faire attention de ne pas se faire attraper si l’on chasse sur les terres du seigneur, on notera le statut très particulier du bourreau dans les villages, du bailli, de chacun des habitants, mais aussi celui des filles des bains publics. 

Techniquement, et surtout visuellement il n’y a rien à redire. le jeu est magnifique et l’immersion est totale. les décors sont d’un réalisme hors pair, et seuls quelques bugs de collision ou de textures de vêtements de notre personnage sont à déplorer. A ce niveau d’ailleurs, le studio a fait très fort. Ce ne sont pas moins de 16 emplacements de vêtements pouvant se superposer qui sont gérés. N’importe quel foulard, gambison, cotte de maille ou botte aura droit à son visuel, qui se superposera aux couches de vêtement. Quelque part à trop vouloir gérer les détails on s’emmêle un peu les pinceaux, et quelques bugs de textures de vêtement superposés casseront l’immersion découlant de ce souci du détail, mais rien de grave.


Au niveau du gameplay non plus, le studio n’a pas voulu faire comme les autres. Avec une vue subjective, le titre aurait pu se limiter à l’utilisation du bouton de souris pour donner des coups dans 3 directions, mais souhaitant aller dans le réalisme le plus poussé, Daniel Vavra, le directeur créatif a imaginé un système de localisation des dégâts selon les zones du corps touché, avec les blessures correspondantes à celles-ci, tout en tenant en compte de la protection de la partie du corps en question. 

Au final, la solution est viable. On va viser les parties du corps les moins protégées, essayer de faire des feintes, se défendre au bon moment pour porter le coup adapté. C’est un système plutôt complexe, mettant en scène une sorte de rose des vents à 5 directions, où chaque coup peut être porté en fonction de l’énergie dont dispose le joueur et pour arriver à place la bonne combinaison. Avec du recul pourtant on se retrouve plus avec une sorte de QTE aux ramifications difficile à maîtriser, dont le résultat tiendra plus de l’équipement et du niveau de compétence du personnage que de la dextérité du joueur. Quoiqu’il en soit, les débuts sont difficiles, très difficiles. 

Aux premières altercations auxquelles le joueur fait face, se substituent d’ailleurs rapidement des bras en lambeaux, des commotions cérébrales et autres côtes cassées, et cela sans que le jeu vous prévienne, pour notre plus grand plaisir !


Notre héros, Henry n’est qu’un forgeron, et ce n’est pas parce qu’il va trouver une épée, qu’il saura s’en servir, et de manière très habile, le titre vous fait comprendre qu’en incarnant un fils de forgeron, ce dernier n’a aucune compétence de combat. Ce ne sera qu’après plusieurs heures de jeu, avec un entraînement assidu auprès d’un maître d’armes, que le personnage apprendra à parer correctement un coup, mais aussi à porter des attaques efficaces en fonction de la situation. Mis à part les limitations inhérentes à ce système de combat loin d’être parfait, j’ai pourtant apprécié pour ma part cette phase de semi-tutorial, où le joueur découvrait et apprenait en même temps que son personnage certains réflexes de survie en situation de combat. 

J’ai aussi d’ailleurs laissé échapper un sourire, lorsque tout content d’avoir économisé quelques Groschens (la monnaie de l’époque), j’ai fait l’acquisition d’un livre expliquant comment démarrer l’alchimie. Pétri des (mauvaises) habitudes de nombre de jeux de rôles, j’avais juste oublié qu’un forgeron du 14ème siècle sans éducation était loin d’être en mesure de savoir lire. Dans le même genre, on relèvera aussi le côté un peu vicieux des programmeurs, éliminant le réticule de visée présent pendant toutes les phases d’exploration, lorsque le joueur dégaine son arc…. 


Au niveau de la fiche de personnage, on découvre en effet ici un titre entièrement orienté sur l’apprentissage des compétences par le personnage par l’utilisation de ces talents. Si certains talents ne peuvent découler au départ que d’un apprentissage chez un personnage non joueur (qui a parlé de lecture ?), ce sera pour la plus grande partie l’utilisation qu’en fera le joueur qui résultera sur une progression. Les caractéristiques telles que la force, ou la dextérité augmenteront également en fonction des compétences utilisées.


S’agissant d’un jeu en temps réel, on peut se poser la question de l’importance des réflexes du joueur dans le jeu, et je dirais que oui, ils ont une certaine importance, mais que cette importance se doit vraiment d’être relativisée, l’équipement et les compétences du personnage étant déterminantes.

Je ne m’étendrai pas particulièrement sur les décors somptueux du jeu ou les musiques dignes d’un orchestre philharmonique. Visiblement le studio a eu les moyens et ça se voit. Ce sera plus au niveau du gameplay qu’on va développer un peu.

Kingdom Come Deliverance est avant tout un jeu ouvert, à l’exploration libre du monde et c’est notamment sur ce point qu’il brille. Si le monde explorable parait un peu exigu au départ, il est en fait impressionnant de densité. Ici on ne va pas parcourir des centaines de kilomètres pour explorer un continent, mais simplement explorer une région de bohème où se situent quelques petits villages médiévaux et deux châteaux. A la différence d’un Skyrim, ici pratiquement tout le monde aura un vécu, une histoire à raconter, et souvent une implication dans l’histoire. Les quêtes, très bien intégrées aux préoccupations de l’époque, seront intéressantes et fouillées. Seules quelques « activités » seront très peu scénarisées, genre « apporter de la viande à l’aubergiste », et ne présenteront que peu d’intérêt outre le fait d’aller faire une partie de chasse dans les forêts seigneuriales.


Le scénario principal se superpose à ces décors somptueux et à ces quêtes agréablement réparties. Celui-ci a l’avantage d’être très intéressant, et parle de vengeance, de complot et part d’une véritable enquête qui mènera son principal protagoniste notamment à la recherche de meurtriers et d’un complot visant à déstabiliser les seigneurs locaux. Sans trop en dévoiler, celui-ci permettra de goûter à toutes les activités possibles dans le jeu, allant de l’exploration furtive, du combat entre armées, mais aussi jusqu’à participer à un siège de château sans oublier la découverte de la vie monastique. 


On relèvera toutefois un petit défaut spécifique à ces quêtes, touchant au côté technique. Le jeu usant et abuse de scripts se déclenchant à quelque moments clés de l’intrigue. Qui dit scripts, dit éléments déclencheurs, et un jeu offrant une grande liberté au joueur est tout à fait susceptible de déclencher ou de ne pas déclencher certains événements si le joueur ne fait pas les choses dans l’ordre prévu par les programmeurs. Pour ma part, il m’est arrivé à deux reprises de devoir refaire quelques minutes de jeu, un commutateur ne s’étant pas déclenché parce que je n’étais pas passé exactement là où j’étais sensé le faire. Lorsque l’on rajoute à cela quelques bugs de déplacements de personnages non joueurs que j’étais sensé accompagner, cela mène à des situations cocasses, où j’étais contrait de contenir et de repousser mon compagnon de route avec mon cheval, afin qu’il retourne sur la route plutôt que d’essayer de passer à travers le mur du château voisin.

Mis à part ces quelques petits défauts, il faut souligner que je n’ai pas rencontré de « plot stoppers », et je n’ai eu aucun crash à déplorer dans les 70 heures de jeu qu’il m’a fallu pour boucler le titre.

Un dernier mot sur le système de sauvegarde. Celui-ci est automatique lorsque le joueur dort, mais offre aussi la possibilité de reprendre le jeu où on s’est arrêté lorsqu’on sort du jeu.

La sauvegarde à tout moment, quant à elle, ne sera possible que par le biais de bouteilles de Schnaps à acheter chez le marchand du coin à un prix loin d’être anodin. C’est bien trouvé, ça responsabilise un peu et ça évite la sauvegarde rapide à tous moments.

Pour moi, Kingdom Come Deliverance a été une excellente surprise de ce début d’année 2018, et si ce dernier est loin de posséder les questionnements moraux d’un The Witcher 3, il joue toutefois dans la même cour, avec des qualités qui lui sont propres. On peut dire que Warhorse Studios n’a pas fait dans la facilité et qu’ils ont réussi leur entrée dans la cour des grands avec un brio rare pour un premier titre. Bref, un jeu de rôle incontournable, offrant une excellente jouabilité dans un monde passionnant. Probablement le jeu de l’année 2018. Tout est dit.
Graphismes & Sons : 5/5
Somptueux, réaliste, et des musiques totalement adaptées. Un sans fautes.
Interface de combat : 3/5
Très fouillé pour une vue subjective, poussant le réalisme très loin, mais rendant difficile l’application des options tactiques s’apparentant parfois trop à des QTE. Ce n’est pas mauvais, mais sous des dessous de complexité tactique trop difficile à maîtriser, on a tendance à agiter son épée comme une brochette de poulet plutôt que dans les règles de l’art de l’escrimeur. Fort heureusement, les combats ne sont pas au cœur du jeu.
Scénario : 4/5 
Un scénario global bien intéressant sur fond historique. On retrouvera avec stupeur nombre des protagonistes de l’histoire dans Wikipédia, et on est loin de s’y ennuyer. On relèvera toutefois un peu de mollesse dans le dernier tiers où l’histoire tire un peu en longueur lors de la préparation d’un siège de château.
Jouabilité (fun) : 5/5
C’est beau, c’est bien, c’est indiscutablement un titre phare de 2018, un incontournable qui ne m’a pas lâché de bout en bout.

La vision de Killpower :
Kickstarté avec plus d’un million de livres pour une demande de 300 000, il était évident que les développeurs devaient se montrer à la hauteur des attentes! Créer un RPG historique simulationniste était un gros risque

Seulement voilà, Warhorse Studios a su se montrer à la hauteur et propose un jeu immersif de très bonne qualité. Bien scénarisé avec des embranchements variés et ultra scriptés, Kingdom come Deliverance nous emmène en 1403 dans la région de la Bohème et nous propose une aventure épique. Alors ici, point d’héroïc fantasy avec dragons et boules de feu, mais juste la vie d’un adolescent qui par esprit de vengeance, va monter les rangs des castes chevaleresques et devenir un homme.

Graphiquement, dans la ligne des ténors actuels, Kingdom come Deliverance n’a rien à leur envier. Tout au plus, pourra-t-on lui reprocher quelques textures médiocres ou baveuses, quelques bugs deci delà, mais dans l’ensemble c’est stable et tout à fait convenable graphiquement. Ce jeu est, de part son lore présenté et ses détails visuels, une mine d’informations sur le monde de l’époque et l’aventure s’en montre d’autant plus réaliste; d’autant qu’il est entièrement en français et que les voix sont parfaites tout comme la musique et les bruitages. On s’y croirait !

Les combats, difficiles, demandent un temps d’adaptation au corps à corps tout comme l’apprentissage avec une arme à distance . Il serait souhaitable d’avoir un manuel d’utilisation pour comprendre l’évolution de son personnage et l’expérience, mais tout cela fonctionne bien et on reste stupéfait de joie devant la feuille d’inventaire qui propose autant d’informations comme moult pièces d’équipement tout autant pour soi-même que pour son cheval, sans pour autant que l’on se perde. Un vrai bijou d’orfèvrerie !

On pourra toujours reprocher au jeu la non personnalisation de son avatar en début de partie, surtout que notre héros imposé a un air très benêt, pas de mire pour l’arme à distance ou encore les sauvegardes à coup de schnapps donc limitées en dehors des automatiques. Néanmoins, la possibilité de moder le jeu dès sa sortie à palier à tous ses défauts. Ainsi, pourra t-on toujours le modifier pour obtenir le jeu parfait selon ses goûts.

En fait, le plus gros défaut à mes yeux reste d’avoir mis en avant le côté réaliste historique, sans pour autant aller au bout du projet : pas de prédateurs comme des loups et des ours, des voyageurs à pieds, sauf dans les cutscènes, donc pas d’hommes à cheval sur les routes ou de carrioles à croiser et surtout, SURTOUT pas d’enfants!…. Heureusement, l’ambiance et l’immersion atténuent ce défaut qui se fait oublier en fin de compte, mais il est quand même dommage de ne pas avoir été jusqu’au bout du réalisme. Surement pour un problème d’éthique !

Kingdom come Deliverance est un jeu qui demande un certain apprentissage, mais il vous emmènera dans un univers moyenâgeux inspiré du monde réel de l’époque. Une cinquantaine d’heures de plaisir qui vous sembleront bien courtes tellement on s’y complaît. Un jeu qui en impose, même si le héros manque de charisme. Un hit à posséder et à modder pour effacer ses défauts. Bien joué Warhorse Studios ! Le chemin était glissant, mais pour une première expérience ludique, c’est une réussite ! 08/10

+ VF intégrale.
+ Immersif.
+ Bonne durée de vie.
+ Univers riche et bien rendu.
+ Modder comme vous aimer.

– Héros manquant de Charisme.
– Absence d’enfants, de prédateurs, de PNJ à cheval.

– Pas de mires pour les arcs. 
– Sauvegardes.

Dagon
Dagon
Joueur de RPG occidentaux, fondateur et responsable du site Dagon's Lair depuis 1998.
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