Dans un nouveau billet sur son blog, The Bottom Feeder, Jeff Vogel, le patron de Spiderweb Software, nous explique l’inutilité des tests des jeux vidéo d’aujourd’hui. Et, comme exemple, il nous parle entre autres de Caves of Qud. Comme c’est un vieux joueur, vous aurez le refrain du c’était mieux avant, mais j’ai trouvé intéressant de partager en français cet article qui vous fera peut-être réagir ,car il remet donc en questions l’intérêt des tests, qu’ils soient textuels ou visuels. Bonne lecture.

J’essayais donc d’écrire des critiques de plusieurs jeux indépendants à succès auxquels j’avais joué récemment. Puis, submergé par l’inutilité des critiques de jeux vidéo de nos jours, j’ai dû faire une longue sieste.
Et puis, franchement, les critiques professionnelles ne servent à rien, non ? Si un jeu a un budget ou une communauté suffisamment importants et qu’il ne fait pas l’objet d’une polémique, il obtient un 9. S’il s’agit d’un jeu indé bien fait mais à petit budget, comme le mien, il obtient un 7. Si vous lisez la critique (personne ne le fait), c’est juste un recueil d’informations sur le jeu qu’on pourrait facilement trouver dans la bande-annonce. Ajoutez-y quelques commentaires du journaliste sur le fait qu’il aime ou non ce genre, mélangez le tout avec 3 ou 4 remarques politiques maladroites, et voilà une critique ! Appuyez sur « envoyer » !
Mais l’absurdité de toute cette entreprise m’est apparue de façon flagrante lorsque j’ai essayé de jouer à Caves of Qud.
Qu’est-ce que c’est ?
Il y a fort longtemps (vers 1990), tous les jeux de rôle les plus en vogue se déroulaient sur l’ordinateur central de la fac. Des jeux vraiment complexes où l’on incarnait un héros solitaire parcourant le monde, le tout rendu en caractères AscII. (On était toujours un « @ ». Si vous voyiez un « c » , fuyez !). Rogue. Nethack. Omega. Moria. J’ai joué à tous ces jeux.
Bref, Caves of Qud (prononcé « kahhwooooood ») propose cette expérience à un public moderne, avec une histoire ultra-abstraite et une bande-annonce qui promet un enchaînement incessant d’événements aussi cool que loufoques. (On peut se transformer en porte ! Et se faire frapper et mourir ! Waouh !)
Mais c’est un RPG à succès, et j’en entendais parler partout. Il a remporté un Hugo (un prix annuel de science-fiction) pour son scénario. Les critiques étaient dithyrambiques. Prenez par exemple cette critique d’Eurogamer , où le critique se lance dans une écriture si lyrique qu’il en oublie presque de décrire l’expérience de jeu.
Je me suis donc senti obligé d’essayer.

Comment s’est déroulée mon expérience dans Caves of Qud
Ça va paraître un peu sarcastique, et je déteste critiquer le travail des autres développeurs indépendants. J’avais vraiment hâte d’essayer ce jeu. Un genre que j’adore, une narration décalée, parfait pour mon humeur du moment. Mais voilà comment ça s’est passé. Après avoir complété le tutoriel, d’une insuffisance cruelle, par des tonnes de recherches sur Google, j’ai erré dans le monde et suivi l’histoire. Je n’ai trouvé aucune trace de l’excentricité promise. Je me suis contenté de tuer des monstres, de vendre leurs butins, de trouver de temps en temps un objet magique pour terminer une quête, et ainsi de suite.
En fait, il s’est passé quelque chose d’assez farfelu. À un moment donné, j’ai attrapé une maladie qui s’est propagée dans tout mon corps et m’a empêché d’équiper des objets dans un emplacement après l’autre. Après pas mal d’efforts, j’ai trouvé le livre qui m’explique comment la soigner. Un processus long et compliqué qui nécessite une tonne d’objets apparemment courants que je n’ai jamais trouvés. C’était juste un peu énervant.
Parfois, les simulations du monde interagissaient clairement entre elles de manière inattendue, comme dans ce sinistre donjon appelé Golgotha qui comportait des canons muraux et des tapis roulants. Mais les graphismes étaient trop abstraits et défilaient trop vite pour que je puisse comprendre ce qui se passait. Dans un jeu qui vante la complexité et la surprise de son système, la lisibilité est très importante.
J’avais l’impression qu’on avait voulu créer un monde vaste, vivant et profond, mais ça ne fonctionnait pas. L’interface, la présentation rudimentaire, les éléments narratifs abstraits, presque pointillistes, le gameplay répétitif… impossible d’accrocher.
J’y ai déjà passé 10 heures, et je vais lui donner encore un peu de temps. Pas beaucoup plus. Je pense que pour saisir toute sa folie, il faut recommencer de nombreuses fois et y consacrer énormément de temps. Créer des jeux conçus pour être chronophages est, comme je l’ai souvent écrit ces derniers temps, une voie artistique et professionnelle tout à fait légitime. Je n’ai tout simplement pas le temps d’être absorbé par un tel jeu.
Note du jeu : « Attendez. Il y a un moyen d’entraîner mon personnage ? » / 10

Mais ceci n’est pas un avis négatif
Tout ce que je viens d’écrire peut sembler être une critique, mais ce n’en est pas une. Il s’agit d’une liste de fonctionnalités ! Tout ce que j’ai dit, même si cela pouvait paraître comme une remarque acerbe, a convaincu au moins une personne d’acheter le jeu.
Je ne critiquais pas ! Je décrivais simplement le jeu idéal pour beaucoup de gens. Et il a été acheté par un nombre incroyable de personnes ! Ai-je été frustré par le jeu ? Bien sûr que oui ! Mais les gens font la queue pendant des heures pour débourser 30 $ (10 $ de plus que mon prix) afin de vivre ce genre de frustration.
(Cependant, vu le faible pourcentage inquiétant de personnes ayant obtenu les premiers succès, je crains que beaucoup de joueurs n’en aient pas pour leur argent et pensent que c’est de leur faute.)
Les jeux vidéo sont d’une diversité immense, bien plus grande que les films, et les goûts des joueurs sont extrêmement variés. Les critiques ne peuvent pas affirmer objectivement qu’un jeu est « bon » ou « mauvais », car les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Je pense avoir décrit assez fidèlement les dix premières heures de cette expérience ; vous savez maintenant si elle vous intéresse ou non.
Si vous rédigez une critique de ce jeu, inutile de lui attribuer une note chiffrée. Inutile de donner l’avis d’un critique. Une simple liste des fonctionnalités suffit. « Rien ne fonctionnait pour moi » ravira sans aucun doute le public cible de Caves of Qud.

Pourquoi les avis fonctionnaient autrefois
Bien avant qu’Internet ne bouleverse complètement le paysage médiatique, il existait de nombreux critiques de cinéma professionnels et célèbres. Ebert, Siskel, Kael, Maltin, Reed… En lisant quelques critiques, on trouvait rapidement celui dont les goûts correspondaient aux nôtres. On pouvait alors lui demander conseil.
Il y avait aussi des critiques de jeux vidéo professionnels. (Comme Scorpia, l’ancienne reine des critiques de RPG. Yahtzee de Second Wind, qu’on l’aime ou qu’on le déteste, est une voix fiable et constante, même s’il déteste presque tous les jeux.)
Pour que les critiques soient utiles, il faut simplement que le critique que vous appréciez soit cohérent. Pour tirer profit d’une critique de Caves of Qud, vous devez avoir confiance que le critique que vous avez choisi réagit à ce genre de jeu de la même manière que vous. Les jeux vidéo sont tout simplement trop variés, et certains sont tellement extravagants, qu’aucune autre approche ne peut fonctionner.
Si un critique passe 250 heures à atteindre des sommets d’extase avec Caves of Qud, je suis certainement content pour lui, mais ses recommandations de jeux ne seront peut-être pas adaptées à mon mode de vie.
Bref, aujourd’hui, toutes les critiques professionnelles sont rédigées par une bande de bras cassés surmenés, qui n’ont même pas le temps de jouer correctement ou de se forger une identité. Ajoutez à cela l’aide de l’IA et la pression des éditeurs, et… les critiques de jeux vidéo ne servent plus qu’à nous fournir un chiffre à critiquer.

Ou vous pouvez simplement lire les avis Steam
Tous les développeurs indépendants finissent par s’énerver à un moment ou un autre à cause des avis sur Steam. Pourtant, dans 99 % des cas, un simple coup d’œil aux avis sur la page d’accueil du jeu suffit amplement.
Est-il possible de voir revenir davantage de critiques de jeux vidéo professionnels ?
C’est difficile à imaginer. Ça coûte de l’argent, et on nous a tous appris à ne pas payer pour des tests. Avant, je m’abonnais à des magazines de jeux vidéo, avec de vrais billets ! Ça fait longtemps que je ne l’ai pas fait. Alors, à qui la faute si les critiques de jeux vidéo ne servent plus à rien ? À moi. Et probablement à vous aussi.
Vous voulez vraiment acheter un jeu ? Regardez la bande-annonce. Ça a l’air bien ? Achetez-le sur Steam et demandez un remboursement si la première heure ne vous accroche pas. Comme je suis très vieux, j’aimerais qu’il y ait une autre solution, mais le mal est fait.



Je suis désolé mais si le fond est hyper accrocheur , je trouve vraiment les propos de Jeff Vogel à chaque fois d’un hautain qui me dérange. Non déplaise à plusieurs de ses excellents jeu comme Escape form the pitt que j’ai beaucoup aimé (du moins les 2 premiers) mais lui …
Bref…
Pardon si ca choque hein 🙂
Non, non, Dafalgan, on a le droit de dire ce que l’on veut. Et Jeff Vogel propose justement sa vision des choses.
Il est évident que le monsieur développeur n’est pas très objectif. Et le coup du c’était mieux avant, c’est une réaction de vieux (comme je peux avoir d’ailleurs). Mais aujourd’hui, il est vrai que tout le monde veut juger et avec les outils techniques accessibles pour tous et je ne parle pas des IA qui font tout. Du coup, on se retrouve avec des pseudo testeurs qui n’ont pas de bagages rolistiques (mais qui parlent bien, ou qui sont jolies, alors ils attirent la foule). Et d’autres qui ne jugent que les jeux AAA, pour faire du fric (je pense à certains youtubeurs).
Je le rejoins sur l’idée que lorsque l’on suit un testeur et que si on a les mêmes goûts, on pourra lui faire confiance.
Après on voit les conneries de certains quand ils parlent de Gothic 1 remake et qu’ils n’ont pas le passé historique du jeu. Pas mal parle d’un jeu difficile qui ne prend pas par la main. Ce qui est un point négatif pour les joueurs d’aujourd’hui (enfin la majorité). Alors que c’est un point positif pour les anciens (enfin la majorité). D’ailleurs vous noterez que la presse française à très peu parlé du titre.
Quand je vois ce que l’on attend aujourd’hui d’un hack’n slash et ce que l’on en attendait il y a 15 ans, il y a un véritable grand écart. Quand on jugeait Diablo 2 sur son scénario et son gameplay, aujourd’hui les « grands connaisseurs du hack’n slash » nous parlent de end game. AUjourd’hui, nn ne créé plus un hack’n slash sans prévoir un end game de qualité. Et comme je le dis toujours, ce ne sont pas les mêmes joueurs. Et cela appuie l’article ci-dessus : certains veulent juste faire le scénario et y passer 20 heures, d’autres vont le poncer + de 200 heures en t’expliquant que tant que tu n’as pas fait tout le end game, tu n’y connais rien. Vaste sujet. Mais c’est personne n’ont jamais joué à Torchlight 1 ou encore Diablo 1.
Je dirai juste qu’il y a eu une évolution dans la définition des titres comme le terme Roguelike ou Dungeon Crawler. Donc cela devient compliqué de juger un titre avec des termes dont on a une définition, qui n’est pas la même des testeurs d’aujourd’hui.
Pour finir, pour les avis Steam, c’est un bordel sans nom quand on voit qu’il y a peu d’avis constructifs : « y a pas la gestion de la manette, y a pas la croix pour savoir ou aller…, ya pas ma mère dedans…, ya pas de DLC …. ». En fait, c’est plus un cahier des doléances ou chacun se plaint comme dans un SAV ».
Donc tant qu’un site ne proposera pas des avis de joueurs filtrés et construits, il sera difficile de faire confiance aux tests. Pourquoi pas RPG jeux vidéo ? Vous avez les outils ici alors il suffit de faire comme sur BDtheque. 🙌
Comment transformer un commentaire, en article promotionnel …😉
Tu as mal lu mon cher ami. Bien entendu que l’on peut dire ce que l’on veut et justement je trouve les propos trés pertinent. Je critique la maniére de le dire. On peut dire « je n’aime pas les fraises » et dire « je pense que les gens qui n’aiment pas les fraises sont des gens qui n’ont a mon sens aucun sens moral ni aucune éducation culinaire ».
COmme dirait l’autre , nuance et franchise …