Persona 3 & Persona 4 Golden

Longtemps outsider en Occident, la série Shin Megami Tensai a récemment connu un important gain de popularité grâce à l’excellentissime Persona 5, longtemps exclusif à la Playstation 4, avant de faire son chemin sur machine de nouvelle génération, Switch et PC à la fin d’année 2022. L’occasion pour Sega l’éditeur et Atlus le développeur de remettre sur le devant de la scène les troisième et quatrième épisodes de la série, des jeux tout aussi difficilement accessibles sans les machines qui les accueillaient à l’époque : à savoir la Playstation, la PSP pour le 3 et les Playstation 2 et Vita pour le 4.
Vous avez la possibilité à présent de découvrir ces titres sur toute une palette de machines, l’embarras du choix pour découvrir ce mélange de dungeon RPG / Visual Novel qui a réussi à fédérer autour de son univers une sacrée communauté au moins aussi bruyante que celle d’un Nier. Tout culte a cela dit des raisons d’êtres, et nous allons voir qu’il y a de nombreuses raisons à cela, et elles sont plutôt bonnes si tant est que vous soyez nostalgique de vos années lycée et que vous tolériez de belles grosses plâtrées de drama à la Japonaise.

Si Persona n’avait pas été un jeu vidéo, il aurait très aisément pu être un anime, et ça, dès les premières secondes de démarrage il le fait comprendre à l’aide de cinématiques savamment chorégraphiées et orchestrées. Si vous êtes sensibles au Jazz et aux ambiances nippones, votre premier contact sera purement et simplement magique, sinon, il vous faudra vous habituer à l’atmosphère des lieux, car elle n’est pas prête de changer.

Car cette esthétique régit tout le jeu : des illustrations de personnages dans les dialogues aux modèles en trois dimensions sommaires de l’époque en passant par les environnements, vous êtes dans un gigantesque animé qui n’aura de fin qu’au bout de la soixantaine à centaine d’heures qu’exigera l’année scolaire en cours. Car oui, première particularité : l’unité de temps, un Persona, c’est un an, et un an, c’est long, un an, c’est aussi très court quand on doit organiser une double vie.

Double vie ? Oui, en journée, vous êtes un étudiant comme un autre, avec sa vie sociale, ses relations, ses emmerdes du quotidien, le tout en format visual novel, donc plâtrée de textes, choix, et drama multiples viendront vous rappeler ce sur quoi l’essence principale de la narration des Persona repose : du texte, et des illustrations, avec quand nécessaire à l’histoire, des cinématiques soignées. Vous vous demandez probablement si la galerie des personnages fait le travail : en effet, même si Atlus lorgne du côté des archétypes classiques et qu’il faudra de toute façon s’y faire, rares sont ceux qui ont l’ambition de réinventer une roue qu’il n’est peut-être pas nécessaire de changer, mais le tout est très bien croqué, très compétent.

La compétence, on la retrouve aussi dans un système de combat au tour par tour lui aussi traditionnel, mais maîtrisé. Cette dimension combat / exploration / dungeon crawler, on la retrouve la nuit, où les Persona changent de nature pour reposer sur leur deuxième jambe. Cette composante ne bénéficiera pas par contre d’un level design très soigné. Disons le : les donjons de Persona 3 et 4 sont désormais antiques dans leurs conceptions (procédurales d’ailleurs) et ont franchement très mal vieilli et nuisent au plaisir mécanique encore présent que les combats offrent. Traditionnel dans son approche, Persona souffre de son manque de génie ludique et repose désormais plus sur sa dynamique diurne / nocturne qu’un aspect en particulier de son gameplay. Si vous souffrez par contre à chaque conversation et que le genre du visual novel vous agace, pas la peine de pousser plus loin : Persona fait le travail côté gameplay mais est loin, très loin d’être un cador, ce qui n’est pas le cas du déjà plus solide cinquième épisode.

Ceci étant dit : avant que vous ne refermiez la page, sachez qu’il y a un aspect sur lequel les Persona vieillissent très bien et peuvent même séduire malgré les défauts qu’imposent les affres du temps. Cet aspect, c’est l’ambiance, l’atmosphère, convoyée par l’écriture, la musique et la direction artistique. La somme de ces parties, c’est une saveur glauque et inquiétante pour Persona 3, très poisseuse, pour Persona 4, c’est davantage un aspect cosy et fantastique, on préfèrera selon les affinités l’un ou l’autre, mais il est indéniable que ces qualités esthétiques et immersives demeurent, au point de rendre Persona 3 et 4 praticable aujourd’hui.

C’est d’ailleurs une grande victoire du fond des jeux eux même, car ce qui voulait être accompli à l’époque par les développeurs fonctionne toujours bien aujourd’hui. Le malaise et l’horreur Shin Megami Tensai conjugué à l’ambiance plus adolescente et accessible qui fait la particularité de Persona, sont toujours une combinaison gagnante qui permet aux jeux d’encore aujourd’hui se montrer assez adultes pour explorer des thématiques pas fréquentes dans le jeu occidental : addictions, emprises, manipulations, viols, j’en passe, les Persona ratissent larges, sont parfois un peu maladroit, mais essaient et n’ont que rarement froids aux yeux.

C’est d’ailleurs d’autant plus remarquable que notre époque tend vers une aseptisation des récits. Les thématiques ont tendance à se concentrer sur des sujets faciles à traiter, et éviter ce qui pourrait vite être mal interprété. La réédition de Persona 3 et 4, ainsi que du cinquième épisode, est un petit bol d’air frais à l’attention de ceux qui sauront passer outre les défauts d’époque et adhérer à une proposition assez singulière, mais la série à un petit quelque chose à proposer qui mérite qu’on lui donne une chance, aussi petite soit-elle.

Petite note finale sur l’effort de portage. Je dois admettre que de ce côté, c’est un peu le service minimum : on porte les jeux dans leurs jus à 60 ou 120 images secondes en augmentant et adaptant la résolution selon les plateformes, puis on balance ça dans la nature sans trop se soucier si un jeu PSP adapté d’un titre PS1 passe sur des résolutions modernes. La vérité est que ça ressemble quand même un peu beaucoup à une émulation pas très soignée. Constat qu’un prix doux vient tout de même un peu relativiser, mais je pense que Persona 3 comme 4 méritaient tous deux un peu mieux.

Vous l’aurez compris, à la fois recommandation timide de Persona 3 et 4 et plus affirmée pour le cinquième opus, je voulais orienter ce qui pourrait être tenté par l’exotisme des jeux d’Atlus à sauter sur ces rééditions. Si vous êtes encore un peu effrayé, sachez que l’ami Soul Hackers 2 demeure une porte d’entrée plus contemporaine, accessible, et moins dodu en contenu qui vous permettra de savoir si oui ou non, Persona vaut l’investissement.
De mon côté, pour le prix affiché par Persona 3 et 4, je pense que le risque n’est pas trop important, et qu’au pire, vous êtes vacciné de la saga d’Atlus pour pas trop cher, et au mieux, vous avez mis le pied dans un engrenage passionnant qui pourrait absorber votre attention de longs mois à venir.

Note RPG 4 sur 5
Note testeur 07 sur 10
Marcheur
Marcheur
Ancien rédacteur des sites disparus "Loutrage" et "RPG France", refuse le chômage technique, écrivain impulsif, il écrit ce qui lui passe par la tête -et plus encore- ce qui lui permet d'avoir la productivité d'un hyperactif sous coke. Avertissement de l'OMS : sa prose logorrhéique provoque AVC et convulsions.

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Killpower

Merci du retour Marcheur, même si ce n’est pas ma came.

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