Le thème de ces débats est “pour ou contre”, et pas “pensez-vous que”. La prise de parti radicale est volontaire pour opposer deux visions totalement différentes sur un thème large. Le débat est là pour ouvrir le questionnement, pas pour répondre à une question précise.

Il serait possible d’établir une parabole sur les jeux vidéo dans laquelle le studio de développement serait une jeune fille épanouie, la poitrine gonflée et le cœur empli d’espoir, l’éditeur un vampire assoiffé de sang, les canines a l’air, et le joueur une sorte de Van Helsing, mais sans pieu ni fusil. Dans cette parabole, Van Helsing ne sert à rien, le vampire bouffe la nénette qui crève lamentablement.

Même si tous les éditeurs ne sont pas corrompus et pourris jusqu’à la moelle, l’arrivée des sites de financement participatif a quelque peu changé la donne. En effet, les Kickstarter et autres Indiegogo se sont occupés de modifier la chaîne alimentaire du jeu vidéo qui part du studio jusqu’au joueur par la suppression d’un intermédiaire : l’éditeur. Venant répondre à une demande des développeurs et des joueurs et trouvant sa voie avec une évidence confondante, ce système permet à la communauté de financer un jeu qui n’aurait sans doute jamais pu voir le jour autrement. Le succès est bel et bien là, certains studios ayant pu amasser des sommes records qui soulignent nettement le poids des joueurs dans la balance.

Mais puisque nous ne disposons pas du recul nécessaire qui permettrait de dire avec assurance si le financement participatif est une valeur sûre et viable sur le long terme, nous ne pouvons qu’observer avec curiosité. Alors, ces plate-formes sont loin de faire de l’ombre aux mastodontes du secteur mais elles apportent ce vent de fraîcheur qui peut éventuellement éveiller un peu plus les joueurs. Après tout, les joueurs font autant partie du système que les studios de développement et les éditeurs.

La parabole a changé : le vampire est mort, la jouvencelle roule des fesses et joue avec les boucles de ses cheveux tandis que Van Helsing lui apporte le petit déjeuner au lit. Jusqu’au point de rupture ?

Etienne Navarre


Pour ou contre 001

POUR : Megamat

Des développeurs outragés, des développeurs brisés, des développeurs martyrisés, et maintenant des développeurs libérés, voici ce que l’on pense quand le joueur finance le studio. Il est vrai que la métaphore est assez facile, mais quoi de mieux qu’un studio libéré de toutes pressions de la part d’un éditeur souvent capricieux. Avec un autofinancement, le joueur peut avoir l’espoir qu’un studio puisse sauvegarder son orientation de base, ses rêves et ses idées.

L’avènement du Kickstarter et des plateformes d’autofinancement comme indigogo, ulule, GoFundMe et les autres, permettent maintenant aux studios de jeux vidéo, quels qu’ils soient, de se faire financer des projets qui leur tiennent à cœur par le public. Cela va à de gros studios qui ont eu la bonne idée de ressortir leur vieilles licences ou de créer des nouveautés (inXile, Obsidian, Larian,…) aux plus petits totalement inconnus qui proposent souvent de bonnes idées ou font des remake plus ou moins réussit de genre (old school, roguelike, hack&slash,…).

Mais ce principe n’est pas nouveau, la possibilité de financer un projet cinématographique ou musical date de plusieurs décennies, c’est juste le média qui change et ce n’est pas un mal. De plus, le joueur se sent investi d’une mission et aime penser qu’il est important dans le projet, en plus de recevoir régulièrement des mises à jour sur l’avancé du jeu et participer aux phases alpha et beta avant la sortie finale. Donc oui, je suis pour car j’aime participer et être au cœur du projet.


Pour ou contre 002

CONTRE : Skoeldpadda

Ah, le crowdfunding… Le fléau du jeu vidéo moderne, parfaite extension de la mode du retrogaming et de la toute puissance de l’indie.

Oui, cette entrée en matière sonne comme une accroche inutilement trollesque et vindicative mais, ne vous en déplaise, c’est, exprimé de la manière la plus synthétique qui soit, le fond de ma pensée sur la question. Quand on me donne des liens IndieStarter et que je lis les présentations top-la-cool des braves développeurs désireux de vous faire cracher un peu de thunes, je ne peux m’empêcher une forte réaction de dégoût.

Non que je prenne tous ces gens pour d’infâme entourloupeurs, mais ces démarches dignes de commerciaux aux dents blanches entreprises par des portes-parole gras et mornes avec des miettes de chips sur le polo, ça me rappelle cruellement la fin des années 90 et cette mode des startups “point com” aux porte-feuilles d’actions fantômes qui vendaient du rêve et n’avaient strictement rien de concret à proposer… A part des p’tits fours et un cocktail à la conférence de presse.

Et les exemples ne manquent pas. Old-school RPG, vous vous en rappelez ? Ou, plus récemment, “l’affaire” Double Fine ? Je sais que Kickstarter n’est pas un magasin et que soutenir un projet n’a rien à voir avec une précommande, mais quand même.

A titre personnel, j’ai backé un seul et unique jeu. Ortus. Il y quelques semaines, les développeurs annonçaient qu’ils avaient utilisé l’argent récolté pour faire un autre jeu sensé les aider à financer celui pour lequel on avait initialement donné nos deniers. Et ça m’a rendu fou devant mon écran…

En l’état, le financement participatif est un vaste foutoir sans règles dans lequel est demandé au citoyen lambda de donner de l’argent à un projet qui le tente sans aucune garantie sur l’aspect du produit fini, si tant est que produit fini il y ait.

Gratter des sous à un éditeur dont c’est le boulot, j’entends bien. Mais gratter des sous à ta possible fanbase qui investit son argent durement gagné dans de belles promesses rarement tenues, même pour un personnage aussi cynique que moi, c’est très sale.

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