Je m’appelle Coen.
Et voici la chronique de la perte de mon âme
pour sauver ce que j’ai de plus cher.
On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Je ne l’ai compris qu’au moment de m’éveiller doté de crocs et d’une soif que rien ne pouvait étancher. Ma famille (mes parents et mes trois frères et sœurs) m’a été arrachée par le régime de Brencis, un vampire hissé sur les cendres de Veil Sangora au lendemain d’une peste dévastatrice. Il a fait de moi un Marcheur de l’Aube, un être scindé en deux moitiés : humain lorsque le soleil baigne la terre, et bête féroce dès lors que la lune tisse ses ombres.
Je n’ai pas choisi cette existence. Pourtant, je l’ai acceptée. Car tant qu’il restera une nuit de plus, tant que mes membres me porteront pour ferrailler, je trouverai le chemin qui me ramènera vers les miens.

La lumière et l’ombre
Sous le soleil, je suis vulnérable, mortel, contraint. Mais je ne suis point désarmé. J’ai appris à déchiffrer des grimoires oubliés, à invoquer la magie du sang et à murmurer aux esprits des défunts. Néanmoins, chaque incantation me coûte une part de ma propre vitalité. C’est pourquoi ma lame demeure ma plus précieuse complice. L’art de l’escrime directionnelle m’impose de décrypter la cadence adverse (haut, bas, gauche ou droite) à la manière d’un poème calligraphié dans la chair et le sang.
Mais dès que l’astre solaire s’efface derrière les cimes, la donne change radicalement. La nuit devient mon sanctuaire. Mes crocs s’aiguisent, mes serres se muent en lames acérées et le monde tout entier se transforme en mon terrain de chasse. Je peux courir à la verticale des murs, adopter la silhouette d’un loup pour traverser la vallée ou surgir dans le dos de mes adversaires sous la forme d’une ombre vivante.


Cependant, les ténèbres exigent un lourd tribut. Ma soif de sang est implacable, et plus je m’en abreuve, plus mon âme s’étiole. Libre à moi de me repaître de bêtes sauvages, de soldats ennemis ou d’innocents. Chaque sacrifice laisse une empreinte indélébile, car chaque morsure me rapproche un peu plus de la monstruosité pure.

En terrassant les lieutenants de Brencis, je peux boire leur fluide vital afin d’hériter de leurs facultés surnaturelles, quitte à corrompre davantage ce qu’il me reste d’humanité. Si je refuse ce breuvage, je renonce à ces pouvoirs mais préserve une parcelle de l’homme que j’étais. Lors de mes heures les plus sombres, je finis par me demander si cet être d’autrefois respire encore dans un recoin de mon esprit.
Fort heureusement, la puissance ne jaillit pas uniquement du sang versé. Trois disciplines s’offrent à moi : la Sorcellerie, la Maîtrise de l’Épée et le Vampirisme. Or, assimiler un nouveau sortilège ou perfectionner une botte martiale consume des portions entières de mon cycle diurne ou nocturne, m’obligeant à trancher sans cesse entre développer mes compétences et progresser dans ma quête. Chaque arbitrage est un renoncement, et chaque renoncement module la distance qui me sépare de ma famille.

Durant cette odyssée, la solitude ne m’a pas complètement submergé. Anca, une jeune femme de mon village natal, est devenue mon ombre silencieuse. Privé de sa présence, ce périple n’aurait été qu’un amer monologue bercé de tourments et d’une faim inextinguible. Elle incarne le rappel constant qu’il existe un idéal à défendre au-delà de ma seule soif de représailles. Elle n’est pas une simple comparse d’armes ; elle est le souffle de raison qui me rattache à la conscience quand la bête menace d’anéantir ma volonté.
Le poids des jours
Je dispose de trente aubes et de trente crépuscules pour délivrer ma famille avant le sacre officiel de Brencis. Chaque journée se fragmente en huit segments diurnes et huit segments nocturnes, offrant au total seize fenêtres pour agir. Cependant, tous les créneaux ne s’épuisent pas de la même manière. Certaines entreprises ne peuvent voir le jour que sous l’éclat du soleil, tandis que d’autres exigent l’obscurité la plus totale. De ce fait, orchestrer minutieusement chacun de mes pas n’est pas une précaution superflue, mais une contrainte absolue.
J’ai appris à définir mes priorités. Mon choix s’oriente volontiers vers les manigances de la Cour qui affaiblissent l’influence des lieutenants de l’oppresseur. Mais j’ai également dû me résoudre à une amère vérité : je ne pourrai pas secourir tout le monde. Chaque minute consacrée à un inconnu équivaut à une minute d’asservissement supplémentaire infligée aux miens.

Mes reliquats d’humanité me poussent à tendre la main, pourtant le sablier s’écoule inexorablement et le monde refuse de suspendre sa course. Tandis que je foule les sentiers, les heures filent impitoyablement. Si je décide de secourir un villageois, une autre opportunité s’évanouit à tout jamais. Même investi des attributs d’une divinité, je ne demeure qu’un mortel fragile soumis au contrecoup de ses propres décisions.
Un autre danger guette au détour de chaque chemin : l’infamie. À mesure que je bouscule le joug de Brencis, mon nom acquiert l’aura d’une légende terrifiante. Les patrouilles se multiplient sur les routes et la garde tire l’acier sitôt ma silhouette aperçue. Ce stigmate est la rançon de la gloire ; s’il me rapproche de mon but ultime, il m’isole inexorablement de précieux alliés potentiels.

L’écho de la vengeance
J’ai arpenté les méandres de cette contrée durant trente levers et trente couchers de soleil sans relâche. J’ai senti la brûlure du jour sur ma peau et l’ébullition nocturne bouillonner dans mes veines. J’ai constaté à mes dépens que tout arbitrage implique un prix, que le temps est un luxe introuvable et que le goût de la vengeance tient davantage de la cendre que du triomphe.
Cette traversée ne saurait donc convenir à tout le monde. Elle s’adresse avant tout à ceux capables d’assumer la rigueur d’un choix sans retour. À ceux qui mesurent qu’un instant gaspillé ne se rattrape jamais, et que l’amour sincère peut conduire à endosser les traits de ce que l’on avait juré d’abattre.

L’alternance entre le jour et la nuit dépasse le simple statut d’artifice ludique : elle constitue ma propre malédiction et offre une expérience d’une singularité totale. Néanmoins, l’aventure n’est pas exempte d’accrocs. J’ai croisé les mêmes figures monstrueuses jusqu’à la lassitude, comme si les abysses manquaient cruellement d’inspiration.
Plusieurs des besognes confiées sonnaient creux, conçues uniquement pour dévorer des heures dont je manquais cruellement. De surcroît, l’appel du sang m’a fait défaut aux moments les plus critiques. J’ai cédé à la démence. Je me suis réveillé les paumes maculées de sang innocent, le regard figé dans l’effroi. C’est une dette morale que je continue de purger encore aujourd’hui.
Mes pas ont foulé d’autres terres avant de rejoindre cette contrée. Au pays des samouraïs, où les démons s’éveillent également, chaque parade résonnait avec la limpidité d’un torrent (au-delà de 100 images par seconde avec une RTX 5080 réglée au maximum). Mais ici, lors de nos sessions de jeu pour ce test de The Blood of Dawnwalker, au cœur de Veil Sangora, l’air s’alourdit. Le monde trébuche sous le poids de carences techniques (plafonnant à peine à 70 images par seconde avec des paramètres identiques, trahissant un réel besoin d’optimisation).




Le constat détonne, car ce décor ne semble pas solliciter plus de puissance brute que les plaines nippones. Peut-être faut-il y voir l’effet de la malédiction qui gangrène ces terres. Quoi qu’il en soit, j’avance. Chaque souffle est compté et rien ne brisera mon élan avant d’avoir repris ce qui m’appartient.
J’ai cessé de compter les heures passées dans ce dédale. Soixante, quatre-vingts, peut-être davantage. Les repères temporels se brouillent quand chaque dilemme rouvre une cicatrice et que chaque blessure dessine un horizon inédit. Ce récit ne se résume pas à un unique aboutissement : mes arbitrages, mes silences et mes fureurs ont tissé une multiplicité de destins envisageables. Et si l’épreuve fut éprouvante, je sais que j’y replongerai, car tant d’intrigues restent à dévoiler et de monstres à abattre.
En dépit des épreuves, je ne renierais rien. Au plus profond des ténèbres, des étincelles de sincère humanité m’ont réchauffé le cœur. J’ai vu des inconnus offrir leur existence pour leurs semblables et j’ai partagé la chaleur du foyer avec des êtres dont l’unique ambition était de tenir jusqu’au lendemain. Je me suis rappelé la raison première de mon combat : les miens. Je livre bataille pour les visages qui espèrent mon retour au bout de la route, avec la certitude intime que si je les arrache à leur calvaire, pas une larme n’aura coulé en vain.
Pour mémoire, l’aventure The Blood of Dawnwalker est disponible dès à présent sur PlayStation 5, Xbox Series X|S ainsi que sur PC via Steam et GOG.
The Blood of Dawnwalker s’impose comme un jeu de rôle captivant par son alternance jour/nuit, qui renouvelle profondément l’exploration et les affrontements. La gestion drastique du temps et les dilemmes moraux confèrent un impact tangible à la moindre résolution. On déplore toutefois un bestiaire redondant, des quêtes annexes au goût de remplissage et une optimisation perfectible sur PC. Une œuvre audacieuse, imparfaite mais assurément mémorable.




Très joli test et avis très intéressant ! Moi qui suis pas du tout d’accord avec toi je dois admettre que j’ai été plus pris par ton avis que par le jeu :p
J’aime énormément cette façon introspective d’écrire. Merci ! Aprés je n’aime pas ce jeu, ni de prés ni de loin donc …