| Fiche technique utilisée pour ce test Studio : Emotion Spark Studio Genre : RPG narratif vraiment perché Langues disponibles: français, anglais et autres (textes) Plateforme : PC (Steam, GOG) Démo : Non |
LE JEU… LA BASE … ET LA CARTE… ET MOURIR CHAQUE FOIS UN PEU PLUS…
Il est 20h46. Dans une minute, je vais mourir. Comment je le sais ? Élémentaire, mon cher inconnu : cela fait 16 fois que je meurs. Encore. Et encore.
À 20h47, le feu me dévorera.C’est une drôle d’apocalypse qui frappera. Un éclair aveuglant vient de fendre le ciel. Il est l’heure. 20h47…
Il est 20h00 et le réveil sonne…
« Vous vous êtes absenté un peu, M. Harlow ? »
Ça, c’est M. Flint, mon psy. Enfin… mon psy. Celui qu’on me force à aller voir. Ici, à Rue Valley, autrement dit dans le trou du cul du monde, si vous me permettez l’expression. Je dois lui répondre ? Je n’en ..ai pas envie. Du tout. De toute façon, il ne m’aime pas. Je le sais, car qui pourrait m’aimer, hein ?


QUI POURRAIT T’AIMER ? TOI ? AH AH AH ! PAUVRE FOU…
Elle, c’est LA VOIX. Dans ma tête. Tout le temps. Elle parle, commente, hurle, me rend fou. À moins que ma folie la rende, elle, folle ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je sais seulement que mes parents, à ma conception, m’ont « créé » avec des qualités et des tares. Lesquelles ? Visiblement la peur. Ambiante, constante. La peur des autres qui m’obsède, me rend méfiant. Je suis paraît-il hypersensible, réservé…
FRANCHEMENT… ILS AURAIENT PU TE RENDRE FORT, ARROGANT, FIER ! ILS AVAIENT LE CHOIX ! QUI POURRAIT VOULOIR D’UN BARJO COMME TOI ? TU VIS SEUL. TELLEMENT SEUL…
Ils ne l’ont pas fait. Peut-être une prochaine fois. Avec quelqu’un d’autre. Comme si c’était une nouvelle partie…
Attends, l’autre psy me cause…« Pas du tout, je suis là, je réfléchis, c’est tout. »
Et puis merdre, psy ou pas, il est là pour me faire chier. Et si on changeait la donne ? Non, je ne devrais pas. Si je change la donne, il va le voir… Et faire son rapport. Oui, mais à qui ?
BOUM !!!!!
Tiens, encore la tordue d’en bas et son maudit café. Joli brin de femme, mais stupide. La machine ne marche pas, elle le sait forcément : c’est la 17e fois qu’elle tape et retape pour finalement foutre le camp… À moins qu’elle soit là pour dire au psy qu’il est l’heure.


20h01.
Dans 46 minutes, la boucle sera bouclée. Et le feu purifiera.
Il est temps de faire peut-être un point.
« Je vais aux chiottes, Doc. »
« Allez-y, mais dépêchez-vous d’aller vous enregistrer pour la nuit ! »
Cause toujours, le psy ! Je sais que tu caches de la gnole dans ton meuble de salle de bains. Hop, v’là que j’t’embrouille et que je descends une belle gorgée. Me voilà un poil torché. À marquer dans un carnet : TRAIT : POMPETTE !
On pourrait même rajouter : DONNE UN BONUS DE DIALOGUE.
Un peu comme dans les vieux jeux de rôle style Dungeon… et je sais plus quoi.
Ouais, j’ai de la gueule, coco. Je me mate dans le miroir et je sens que le breuvage me monte mieux qu’une trace de coke.
AVEC LA GUEULE QUE TU AS, VAUT MIEUX QUE TU BOIVES PLUS AVANT DE PARTIR…
Ouais, sauf que je suis quasi sûr que je vais gerber dans les chiottes. D’ailleurs, une pensée, comme un rappel, me titille. J’ai appris à afficher, grâce à l’autre con de psy, mon image mentale. Je me concentre et j’ouvre ma carte… Elle se déplie et j’accède à ma reconstruction cérébrale. Souvenirs, intuition, réflexion et pistes à creuser s’ouvrent.
17 fois que je fais ça : elle commence à être pleine, la carte. Je vois ici et là les enquêtes que j’ai menées. Celles où j’ai compris. Celles où je n’ai pas ce qu’il faut pour… La chambre du type obèse, par exemple. Je suis sûr qu’il fallait que je l’ouvre, mais je suis trop chétif. Je me marre en repensant à quand je croyais être dans une sorte de Truman Show, avec des caméras partout.


TU T’ES BIEN LOUPE SUR CE COUP-LÀ AH AH AH
Pas faux. Mais fallait que je sache. Tu t’en rappelles, quand j’ai pris la bagnole et foncé comme un débile vers le sud… C’était la 11e ou la 12e boucle par là… C’était fun.
FUN… TU VOULAIS SURTOUT CREVER COMME UNE GROSSE MERDE. AVOUÉ.
Même ça, je n’y suis pas arrivé. En même temps, en 47 minutes, tu veux faire quoi ?
RIEN. COMME CE QUE TU ES. RIEN.
Ferme-la ! Il est temps d’aller voir la gonzesse en bas, va falloir que je lui cause. Je suis chaud, je vais lui retourner sa machine… et peut-être elle aussi.
FAUDRAIT QUE TU AIES LE TRAIT : ARROGANT POUR ÇA… PAS DE BOL.
C’est pour ça que je me jette une autre gorgée. Pas comme la boucle d’avant : je n’ai pas pu, j’avais trop peur. Tendance à la paranoïa et à l’enfermement sur soi…
Tissu de conneries : une lampée de whisky et tu verras où je me la colle, ta parano…
Je dis tchao au psy et me voilà dehors. Il fait sacrément chaud à Rue Valley. Typique du sud du Texas. Sec, chaud, balayé par des rafales de vent. Ma voiture est là, sur le parking désert. Je me rappelle même plus depuis quand. Sale gueule, mon vieux quatre-roues. Rouge et cabossée.
COMME TOI.
Un peu facile, celle-là…
« Va falloir que je la mate pour vous, cette machine, ma p’tite dame ? »
Ça, c’est ce que j’aurais aimé lui dire.
GUIGNOL VA !
Pas faux. Mais je l’approche.


BOUM !!!!!
« Bonsoir, gente dame ! »
« TU VAS LE CRACHER TON CAFÉ ! »
Et re-BOUM !!!!! Pas certain qu’elle soit bien finie, celle-là.
« Attendez, laissez-moi faire. »
J’ouvre rapidement ma carte mentale et zigzague entre différents souvenirs et échecs/victoires. En échecs, y’en a encore pas mal. Entre la visite du cimetière où j’étais sûr de trouver quelque chose… et rien. Entre le fou furieux et sa voiture de remorquage qui a embouti le générateur électrique et qui avait tout l’air d’être un agent du gouvernement…
PAUVRE ANDOUILLE, C’EN EST UN !!!!!
Non, impossible. Il va mourir sur la route dans…
20h16.
Ah ben, trop tard. Je l’ai découvert à la 9e boucle, en allant au nord. Max, il s’appelle. Max était énervé. Je ne sais pas pourquoi, mais Max est mort. Ou alors il ne l’est plus dans cette boucle… Je ne sais plus. Mais je sais que je sais comment arranger la machine. C’est la geek à la réception qui me l’a dit. Après que je lui ai proposé autre chose. Je sais plus quoi, mais la machine, faut la débrancher et la rebrancher trois fois rapidement. Ça, je le sais.
« Et voilà ! »
« Wow ! Pas mal, l’étranger, pas mal. »
Elle a une voix magnifique. Un peu crooner, un peu belle flic de série noire. Blonde, lunettes noires, blouson de motard. Sûre d’elle.
T’EXCITES PAS, VIEUX. DES COMME ELLE, C’EST PAS POUR TOI. TU PÈSES 50 KILOS TOUT MOUILLÉ… ET POURQUOI ELLE TE PARLE, D’ABORD ?


MÉFIE-TOI. BARRE-TOI. BARRE-TOI !!!!
BARRE-TOI !!!!!
Il est 20h46. Dans une minute, je vais mourir.
Aucune importance. Ils ne m’auront pas. Cette fois, je sais comment faire.
CONCLUSION VUE A LA PREMIERE PERSONNE
J’ai beaucoup aimé Disco Elysium. Pas comme Izual de Canard PC, qui en a fait un véritable objet de culte. Moi, j’ai trouvé que le jeu n’était pas parfait. Certes révolutionnaire, oui, mais loin d’être irréprochable. Surtout la fin : malgré mes deux parties, pourtant diamétralement opposées, je l’ai trouvée mal écrite. Pas du tout au niveau du reste. Et puis, le jeu est trop bavard, parfois même au point de se mordre la queue.
À l’inverse, ce Rue Valley, qui souffre pourtant de pas mal de soucis, m’a embarqué niveau écriture. On ne peut pas critiquer ce jeu sans le comparer à Disco Elysium : d’une part, c’est clairement un hommage ; d’autre part, c’est une vraie copie sur la forme, mais pas du tout sur le fond. Rue Valley, c’est une version light de Disco Elysium, et ce n’est pas une insulte.
Visuellement, c’est magnifique, comme son modèle. Il est en français — et de très bonne qualité, ce qui n’était pas le cas de Disco Elysium à sa sortie. Il est plus court, dans son propos comme dans sa construction. Il y a moins de lieux, très peu, en fait. Peu de personnages aussi. Le concept de boucle est prenant, mais sert parfois de prétexte pour masquer quelques ficelles un peu trop faciles à deviner. Par moments, il camoufle aussi un peu la longueur.


Ce jeu est-il un objet de culte ? Le deviendra-t-il ? Pas vraiment. Mais suffisamment pour que j’en sorte enrichi… et un peu frustré. Disco Elysium je l’ai fini deux fois, et je n’y reviendrai jamais. C’est acté. Rue Valley, je suis sûr d’y revenir un jour. Pas tout de suite, mais j’y reviendrai. Trois ou quatre fois même, probablement. Son propos me parle plus. Son système de boucle aussi. Ses fins (oui, les fins). Son contexte, pareil.
Personnellement, je me suis régalé. Vraiment. Et oui : plus que dans Disco Elysium. Peut-être que j’ai vieilli. Peut-être que les jeux à boucle, comme 12 Minutes, sont passés par là. En vrai, je m’en moque. Cherche-t-on vraiment une raison quand on mange une bonne tartiflette, si ce n’est le lendemain, sur la balance ? Je ne suis pas sûr…
Comme je le disais, j’y reviendrai un jour. Dans un an, deux, peut-être… Mais pour l’instant, je laisse ma voix intérieure me foutre la paix, ici ou ailleurs, dans 47 minutes ou pas. Là où, peut-être, je comprendrai enfin ma raison d’être. Avant de me resservir un rhum. Ou deux. Histoire d’attraper ce trait POMPETTE. Encore une fois.
+ Le (les ?) scénario.s.
+ La DA dans son entièreté : superbe du début à la fin.
+ Ni trop long, ni trop court….
+ Ce jeu rend fou, et tant mieux.


– …Malgré des longueurs parfois mal emmenées
– Interface à revoir sur certains points ;
– Ne plaira pas à tout le monde (encore moins que Disco Elysium) ;
– Quelques mécaniques (trop ?) perfectibles
– Pour les joueurs sains d’esprit, comprenne qui peut…
« Dans Rue Valley, on crève en boucle. Moi, j’y ai trouvé une raison d’y revenir. Va comprendre. »
JD ROBLES aka DAFALGAN


Bel article, et donne bien envie !
Ce genre de jeu ne plaît pas à tous, mais le principe est bien sympa ! Merci pour ce retour 😁
Avec plaisir 🙂
Merci Dafalgan pour cet article le bien rythmé et très agréable à lire.
Avec plaisir