Le studio lyonnais Arkane Studios a considérablement accru sa renommée grâce au succès du premier jeu Dishonored. Fort de ce succès, le studio a souhaité exploiter ses affinités avec son style de prédilection : le jeu immersif à la première personne, qui offre une grande liberté d’exploration dans un monde très détaillé et met fortement l’accent sur la furtivité.

Le premier volet avait vraiment laissé une forte impression grâce à son univers singulier, qui alliait l’ère victorienne à divers éléments steampunk, tout en incluant une dimension fantastique. Cette dimension était représentée par l’Outsider, une créature toute-puissante coincée entre deux mondes, mais qui occupait une place essentielle dans le déroulement de l’intrigue.
Encore une fois, le jeu se présente comme un titre résolument axé sur l’exploration furtive, avec l’utilisation de pouvoirs exotiques, qui mettent à mal les soldats de la ville. La ville de Dunwall, superbement détaillée dans le premier épisode, sera remplacée par Karnaca, une ville portuaire plus au sud et quelque peu plus colorée, mais dont les tavernes nauséabondes bordant la zone portuaire, où les carcasses de baleines se décomposent au soleil, confèrent une saveur très particulière (si l’on peut dire) à l’exploration. On y trouve peu de rats, mais plutôt des mouches de sang, de gros moustiques qui viennent pondre leurs larves dans les corps des cadavres, créant ainsi des nids de vermines évoquant parfois l’imaginaire de H.R. Giger avec Alien.

Dans ce jeu, le joueur se retrouve à nouveau dans la peau de Corvo, l’assassin, avec ses pouvoirs déjà connus du premier opus. Cependant, il a également la possibilité d’incarner Emilie, la fille de l’assassin royal et actuelle impératrice, qui doit se cacher après avoir été destituée de son trône dans les premières minutes de l’histoire. Elle devra déchiffrer le complot qui l’a renversée et retrouver progressivement l’usurpatrice à travers son réseau de conspirateurs. Au moment de l’annonce de ce deuxième titre, on pouvait légitimement craindre qu’il s’agisse d’une sorte de Dishonored 1.5, avec uniquement quelques pouvoirs supplémentaires et une histoire en grande partie similaire à la première. Mais c’était sans compter sur le génie d’Arkane Studios.

On s’y attendait : le jeu suit principalement les grandes lignes établies par le premier opus, mettant l’accent sur la furtivité, les nombreuses approches possibles et la liberté accordée au joueur. Cela permet à ce dernier d’atteindre ses objectifs en toute discrétion et avec un minimum de pertes, ou de se concentrer sur le développement de son personnage dans des compétences meurtrières, ainsi que sur l’utilisation des armes correspondantes. À la fin de chaque mission, un bilan de l’approche choisie par le joueur est présenté. Selon les résultats, le jeu s’adaptera et proposera un défi différent. L’approche chaotique, entraînant des cadavres, engendrera des mouches de sang qui provoqueront à leur tour des morts et du désordre. En revanche, l’approche furtive et non létale, qui est bien plus difficile à mettre en œuvre, parviendra à maintenir un semblant d’ordre et offrira une conclusion beaucoup moins sombre que la solution plus brutale.

L’opportunité d’incarner Émilie, la fille de Corvo, maintient le principe de l’approche discrète, mais l’enrichit avec des pouvoirs différents, parfois plus subtils. Ici, il n’est plus question de contrôler des rats ou des cadavres, ni de ralentir le temps ; les pouvoirs deviennent plus délicats à mettre en œuvre. D’un côté, on peut se transformer en Ombre furtive, de l’autre, on peut créer un double pour faire diversion. Associés à la création d’une ouverture vers le vide qui captivera les adversaires, ainsi qu’à une fonction « domino » qui infligera aux différents ennemis liés le sort de l’un d’entre eux, cela offrira des combinaisons exotiques et parfois surprenantes.
Si cette suite ne se limitait qu’à l’incarnation d’un autre personnage, cela n’aurait pas justifié un nouveau titre ; une simple extension aurait suffi. Cependant, Arkane, qui nous avait déjà émerveillés avec un level design exceptionnel mettant en avant la verticalité, a vraiment su se surpasser dans ce second opus.

Sans trop vouloir tout dévoiler, il est à noter qu’en plus de la ville de départ, déjà bien décrite, nous aurons également la possibilité d’explorer une maison en ruines à deux époques différentes. Chaque action effectuée dans une époque influencera l’autre, ajoutant une dimension supplémentaire à la réflexion et aux possibilités de surmonter l’esprit parfois tordu des développeurs. C’est du jamais-vu, c’est original, et bien que cela puisse sembler déroutant au début, les possibilités offertes ainsi que la complexité des approches sont vraiment appréciables.
Un autre exemple de level-design remarquable est la maison « cube Rubik » d’un inventeur quelque peu fou, où la configuration des lieux évolue selon l’imagination de son propriétaire. C’est extrêmement bien conçu, et le travail réalisé par les développeurs a certainement dû leur causer de nombreuses inquiétudes et des nuits agitées.

Je ne vais pas m’étendre davantage sur le titre, ayant déjà trop divulgué. Bien que le scénario offre finalement peu de surprises, l’univers reste incroyablement riche en détails et l’essence même du jeu, déjà excellente à la base, a été perfectionnée et approfondie avec un souci du détail rare. Dishonored 2 est une suite digne du précédent volet et poursuit l’histoire sans que le joueur puisse reprocher un gameplay trop répétitif. Le titre s’est enrichi, amélioré, et même si la révélation inattendue du premier opus n’est plus présente, le studio a su tirer parti de ses acquis pour proposer un jeu aux mécanismes et au level design encore plus sophistiqués que dans le premier volet.
En résumé, nous avons affaire à un jeu que l’on peut qualifier d’incontournable, bien que je recommande d’avoir joué au premier opus au regard de son scénario, qui est légèrement supérieur à celui de Dishonored 2.
Graphismes & Sons : 4/5
Interface de combat : 4/5
Scénario : 4/5
Mention spéciale à l’univers imaginé : 5/5
Jouabilité (fun) : 5/5

