Si vous avez suivi un minimum l’actualité de RPGFrance, alors vous n’êtes sans doute pas sans savoir que les Belges de Larian Studios viennent tout récemment de sortir le pack Divinity Anthology à l’occasion d’un je-ne-sais-quel anniversaire… Pourtant, même si la réputation de Divine Divinity et Divinity 2 parle désormais d’elle-même, un louche inconnu réside dans cette divine équation.

Oui, vous avez certainement du plisser les yeux quand vous avez aperçu un mystérieux Beyond Divinity dans la liste de ce joli pack. C’est sûrement là que vous vous êtes empressés de consulter la fiche du jeu sur votre site goblinoïde fétiche, pour constater à votre grand désarroi qu’aucun test n’y figurait. Mais n’ayez crainte très chers, “Super Andy oldie” vient encore une fois à votre rescousse ! Tatatiiiin !    

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, une petite leçon d’histoire s’impose comme il est de coutume. Donc, après avoir gratifié le monde vidéoludique d’un acclamé Divine Divinity en 2002, la bande à Swen Vincke se met aussitôt à concevoir ce qui était supposé être une extension portant le nom de Riftrunner. Cependant, au vu du conséquent retard dans son développement, nos fougueux Belges décident finalement d’en faire un stand-alone. Il faut dire aussi qu’ils ont un peu vu les choses en grand, en ayant eu recours aux talents de la fille du célèbre auteur Terry Pratchett dans l’écriture de son scénario. Beyond Divinity sort alors en 2004 et reçoit un accueil plutôt mitigé. Pourquoi ? Ben, ça tombe à pic, je suis là pour l’expliquer…  

La divine comédie        

Pour ceux de la rangée du fond qui auraient raté un épisode – et c’est le cas de le dire – , Divine Divinity vous proposait d’incarner un élu divin qui avait pour quête de mettre à bas une vilaine secte. Dans Beyond Divinity vous incarnez un des disciples de ce fameux élu, qui vingt ans plus tard, mène lui aussi sa guerre sainte contre un des rémanents de la secte. Seulement, lors d’un ultime face à face, notre paladin se retrouve happé dans Nemesis, une dimension parallèle régie par des entités démoniaques.

Comme si le fait d’être emprisonné dans le royaume de puissants démons ne suffisait pas, Monsieur palouf se retrouve enchaîné à un chevalier noir via un lien d’âme. Avec ce lien magique qui fait que la mort de l’un entraînerait la mort de l’autre, il se voit contraint de s’allier avec son homologue maléfique. Ensemble, ils devront s’arranger pour quitter leur dimension-prison, briser la malédiction qui les unit et se défaire de leurs geôliers. Bref, il va y avoir du sport !             


Bien qu’elle soit un peu diluée et prenant son temps pour s’installer, l’histoire ne manque décidément pas d’un attrait bienvenu. Loin d’être spécialement grisant ou complexe, le périple auquel on va prendre part n’est pas avare en accroches et en surprises, finalement bien senties. On s’attache rapidement aux personnages et on n’a de cesse d’emboîter le pas à la progression, lente mais sûre, du scénario. Ceci dit, ce qui fait tout le charme de la chose, c’est aussi et surtout ses à-côtés qui font honneur à la réputation de Larian en terme d’écriture.

En effet, l’humour décalé typique des Belges marque sa présence avec maestria. Il passe rarement inaperçu, des fois revisitant à sa façon les grandes lignes du kitsch à la Monty Python et d’autres fois s’élançant dans des tentatives téméraires, flirtant ainsi avec un humour noir inédit. Le chevalier noir, tout particulièrement, est une effigie au sarcasme le plus acerbe, et rejoint haut la main le panthéon des personnages les plus emblématiques de la licence au même titre qu’un Zandalor ou un Bellegar.  


L’univers, en revanche, a le mérite troublant d’être tout aussi dépaysant qu’il n’est familier. On est loin des plaines verdoyantes de Rivellon, vu que le jeu se déroule exclusivement dans une dimension parallèle tordue et biscornue. Un univers qui a le goût d’un Planescape : Torment par son approche excentrique et opaque. D’ailleurs, pour preuve, les elfes, nains, et autres orques sont carrément occultés en faveur de races plus exotiques comme les Raanaar.

Une initiative à saluer, en fin de compte, tellement elle confère au titre une saveur particulière et le dote d’un souffle nouveau. Malgré tout, les références à l’univers Divinity abondent et on se retrouve très vite en terrain connu au niveau du background. C’est d’ailleurs ce qui fait le plus gros intérêt du jeu pour les amateurs de la licence qui se respectent. Beyond Divinity leur offre matière à mieux assimiler le passage entre Divine Divinity et Divinity 2 et à enrichir davantage leur culture concernant les événements et les personnages majeurs de la série. Ah oui, n’est pas Divinity-fan qui veut, hein !          

Vers le Divinity et au-delà  

Niveau gameplay, on ne s’éloigne que très peu de Divine Divinity, à savoir un mix entre RPG et hack’n slash, même s’il faut dire que la balance penche plus du côté du hack’n slash cette fois-ci. On garde d’ailleurs le même moteur graphique 2D isométrique, à la différence que les sprites des personnages sont désormais en 3D et qu’on a la possibilité (inutile) de zoomer. On ne peut décemment pas dire que le jeu soit un prix de beauté, surtout avec l’effet du temps qui n’a pas arrangé les choses.

Mais de toute façon, on n’y jouera pas pour cela, n’est-ce pas ? Dans le rayon des originalités, le jeu a la bonne idée de nous proposer d’incarner, non pas un, mais deux personnages principaux simultanément. Personnages qui sont entièrement personnalisables (à part au niveau de l’armure du chevalier noir) et dont on peut choisir les classes entre guerrier, mage et voleur. Il nous offre aussi un système de compétences particulier, mais encore et toujours flexible, qui se présente sous forme de ramifications de diagrammes dont on peut  paramétrer pas à pas les effets désirés.    


Une des nouveautés majeures qu’a apporté Beyond Divinity réside dans les “champs de bataille”. Ce sont en fait des niveaux générés aléatoirement où vous pouvez vous téléporter à tout moment et qui disposent de leurs propres PNJ commerçants/donneurs de quêtes et de leurs propres donjons. Si l’idée est appréciable au premier abord, l’exécution se révélera rebutante tant leurs quêtes sont aussi expéditives que répétitives, et tant leurs donjons sont aussi similaires que peu intéressants.

Et tout compte fait, heureusement que la feature est optionnelle parce qu’on n’y aura recours que de façon anecdotique et passagère. Du reste, le jeu alterne entre les mécanismes RPG comme les dialogues à répliques et la pause active procurant aux combats une portée stratégique plaisante, et d’autres aspects hack’n slash avec du loot, de l’XP, des stats, de l’enchantement d’objets, de la baston… Bref, plus ou moins du classique, mais du classique qui a fait – et refait encore – ses preuves.


Pour autant, on ne peut que regretter de voir le jeu faire entorse à ce qui faisait un peu la force de son grand frère. D’abord, il y a le système de réputation vis-à-vis des PNJ qui devient un figurant laissant place à des dialogues bien moins interactifs. Mais c’est surtout l’atténuation de la composante exploration qui se fait la plus pesante. Oui, fini les grandes étendues à explorer de long en large, ici les niveaux se la jouent plus linéaires et cloisonnés.

On évolue alors souvent à travers les pièces de longs donjons (à titre d’exemple le premier acte du jeu se déroule entièrement dans un donjon), et à l’air libre, on ne trouve pas grande impression de liberté non plus. Le level design ne se veut pas déplaisant pour autant, puisque la progression est agrémentée d’énigmes de toutes sortes, de divers rencontres fortuites et même parfois de phases d’infiltration. La durée de vie est ainsi très respectable avoisinant facilement les quatre-vingt, quatre-vingt-dix heures de jeu. D’autant plus que, selon l’un des quatre niveaux de difficulté disponibles, le jeu offre un challenge assez conséquent.


Il est dommage aussi de constater que certains bugs persistent même avec les derniers patchs disponibles. Notamment celui qui intervient au niveau des slots de l’inventaire et d’autres concernant certaines quêtes, qui peuvent gâcher un peu le plaisir. Aussi, il faut savoir que, dépassé les 1280 x 1024 de résolution, l’interface vous semblera trop petite. Par ailleurs, il est à relever que les doublages exclusivement anglais de la version française sont, euh… comment dire, particuliers, tellement certaines voix sonneront bizarres, quand elles ne seront pas limite désagréables.

Par contre, rien à redire sur les musiques de Kirill Pokrovsky, éternel compositeur de la saga, qui sont encore une fois de très bonne facture (surtout celle du village des Imps, une de mes préférées), même si je les trouve personnellement moins marquantes que celles de Divine Divinity… Bref, pour finir, si vous ne faites pas partie des heureux élus de Divinity Anthology, sachez que Beyond Divinity est disponible en téléchargement ou en boite à petit prix, et qu’une démo existe.

Tout comme ses protagonistes, Beyond Divinity souffre du lien d’âme qui l’unit avec son alter ego (Draconis ?) Divine Divinity. Le jeu s’impose clairement pour les amateurs de la saga, tellement ils y retrouveront facilement les ingrédients qu’ils aiment chez Larian, et tellement il offre de quoi parfaire leurs connaissances de l’univers Divinity. Paradoxalement, ce sont les amateurs de la saga qui risquent le plus d’en sortir déçus tant le rapprochement avec Divine Divinity est marqué, tout en ayant moins de profondeur et moins d’ampleur…

Qu’à cela ne tienne ! Il a beau trimbaler des lacunes, on ne boudera pas notre plaisir et on ne sera pas insensible à son charme pour autant.  Et puis, sérieux, on y incarne un fielleux qui envoie des vannes trollesques à tire-larigot ! Nan mais franchement les gars !

+ L’univers et le lien avec la saga
+ L’humour et l’écriture Larian
+ Scénario très correct

Note testeur 07 sur 10

– Linéaire et clos pour du Larian
– Les champs de bataille lassants
– Quelques bugs récalcitrants
– Du Divine Divinity en moins bien

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