Fate Hunters est un roguelike des temps modernes, qui associe la construction d’un deck de cartes avec l’exploration d’un donjon dans un univers fantastique. Le gameplay, tout comme la finition, sont bons, et pourtant ce jeu apéritif répond presque à toutes mes attentes. Pourquoi ? Des éléments de réponses dans ce nouveau test.
Tout d’abord, Fate Hunters en jette visuellement avec en arrière plan le moteur Unity. Les illustrations des environnements, comme des cartes, sont de hautes qualités, comme pourrait l’être un jeu moderne de type Games Workshop. On est bien loin des jeux indépendants en pixel art. Les bruitages et la musique sont tout aussi corrects, même si on ne va pas s’émerveiller de ce côté là, le jeu n’ayant pas d’introduction.
Un roguelike dans un monde fantastique !
Passé l’émerveillement visuel, on attaque une partie. Tout d’abord vous devez choisir une classe de personnage qui possède son deck de cartes comprenant des compétences et un équipement. Il est possible de varier quelques unes des cartes à condition de les avoir débloquées contre une certaine somme dans une partie précédente, comme il est possible de débloquer certaines classes.
Votre paquetage fait, vous voici parti dans le donjon. L’objectif est donc d’aller le plus loin possible, d’amasser le maximum d’or et de ressortir au bon moment ou de poursuivre après le boss, sachant qu’il y a des niveaux supplémentaires qui se débloquent, voire un nouveau niveau de difficulté dont vous n’aurez pas besoin je peux vous l’assurer. Mais j’y reviendrai plus tard.
Vous arrivez dans une salle en vue à la première personne et la partie se fait au tour par tour. Vous faites face à une ou plusieurs créatures, chacune sous forme de cartes, et vous tirez 5 cartes automatiquement de votre deck. C’est à vous de jouer en premier. Il n’y a pas de points de mana ou autre à activer, et vous pouvez en jouer autant que vous voulez tant que vous en avez en main.
Chaque créature est définie par deux valeurs, son attaque et ses points de vie, et ses compétences particulières, comme par exemple agir en premier, résister à vos attaques, lancer des effets négatifs sur votre deck à leur mort, limiter le nombre de cartes que vous pouvez jouer… Dès que vous avez éliminé les créatures, vous avez droit à un loot de une ou plusieurs cartes que vous pouvez ou pas rajouter à votre deck. Potion, arme, or, tout est possible.
Vous passez alors à la salle suivante. On appréciera le bestiaire franchement réussi, très varié et nombreux. Parfois, vous aurez l’occasion de choisir entre deux salles différentes, et vous croiserez alors peut être un marchand qui boostera vos armes ou vous proposera du matériel selon sa spécialité. Tout cela à condition que vous payez en or. Ce dernier est looté sous forme de cartes qui s’ajoute à votre deck, si vous le souhaitez lors des récompenses.
Au bout d’un certain nombre de salles, vous allez être confronté à un boss qui peut varier d’une partie à l’autre. Si vous le vainquez, la récompense de cartes sera au rendez-vous, mais n’oubliez pas que tout est rajouté à votre deck.
Après ce combat épique, vous ferez face à la cartomancienne qui vous proposera des actions (récupérer tous vos points de vie, bannir une carte de votre deck, retirer vos cartes « or » pour les additionner à la cagnotte de votre repère, tirer une compétence sort ou une arme…), mais vous serez limité dans vos choix.
Enfin, vient le moment fatidique : Soit vous remontez à la surface et gardez l’or trouvé avec un bonus multiplicateur dépendant du niveau atteint, soit vous poursuivez dans le niveau suivant qui sera forcément plus dur, mais qui rapportera davantage. Il ne faut pas oublier que si vous mourrez, vous perdez l’or de votre deck. Votre objectif de partie sera donc différent selon si vous souhaitez débloquer les cartes d’inventaire ou débloquer des classes, ou vous enfoncer le plus profondément possible dans le donjon.
Un autre point important, c’est que votre personnage gagne de l’expérience. A chaque passage de niveau, des compétences spécifiques vous sont proposées dans un pool de cartes spécifiques à votre classe ou de cartes génériques. Vous en choisissez une qui sera rajoutée à votre deck.
Si les graphismes sont sublimes, on peut aussi dire que la traduction est de très bonne qualité. On ne va pas s’autoféliciter mais sachez que c’est Targus qui s’en est chargé avec mon aide et le développeur a intégré officiellement les textes à la version française. Le jeu est donc tout à fait compréhensible et les mécaniques sont faciles à assimiler. La prise en main est aussi parfaite : vous pourrez jouer avec votre souris, tout simplement. Le clic gauche sera votre arme ultime comme bon nombre de deckbuilding.
On a donc un jeu rapide avec une partie qui peut vous prendre 1 heure pour un run complet, voire 5 minutes si vous échouez comme tout bon roguelike qui se respecte. La mort signifie un retour à l’écran principal sans rien avoir gagné, mais tout or rapatrié dans votre cagnotte durant la partie vous permettra de débloquer de nouveaux objets de départ ou de nouvelles classes. Ces dernières sont très variées et toutes intéressantes et originales. De plus, si vous finissez le jeu une première fois, vous aurez accès à un niveau de difficulté supérieure. Et cela, à débloquer pour chaque classe. Donc avant de finir le jeu, vous en avez pour un sacré moment ! Notez par contre, qu’il n’y a qu’une seule sauvegarde.
Le hasard, c’est le bazar
Tout paraît rose depuis le début de ce test et pourtant, on arrive à la partie qui fâche. En fait, je retrouve les mêmes problèmes que dans Slay The Spire : le hasard. Si ce second a résolu en partie ce problème avec une fonction mod qui peut abaisser au maximum le hasard dans une partie, Fate Hunters ne le fait pas. Du coup, vous êtes dépendant de l’aléatoire…et il est omniprésent et tue souvent la stratégie que vous pourriez mettre en place.
D’abord parlons des compétences de classe que vous pouvez gagner grâce à votre expérience. On vous propose 3 cartes compétences aléatoirement dans un pool de cartes de classe et de cartes génériques (que toutes les classes peuvent avoir). Et autant vous dire que certaines n’ont aucun intérêt car elles amènent des limitations alors que d’autres essentielles n’en ont pas. Il arrive même que devant le choix possible, vous n’en choisissiez pas, ce qui est un comble quand même. De même, les loots ne sont pas des plus probants. Souvent les cartes se ressemblent dans leurs effets. Donc quel est l’intérêt de nous proposer des armes aux effets identiques sans une réelle progression de l’équipement trouvé ? Sachez aussi que même si vous avancez dans les niveaux, les loots ne sont pas vraiment plus intéressants. Et souvent, les meilleurs cartes sont aussi castrées par des conditions d’utilisation.
Quand on joue à Magic, on crée son deck et on essaye de l’optimiser en étant confronté à celui de l’adversaire. Dans Fate Hunters, votre deck est en perpétuel évolution (ou régression) à cause de conditions qui peuvent être causées par vos propres cartes, ou par les ennemis. Ainsi, la mort d’un ennemi peut vous ajouter une carte dont il faudra vous débarrasser en bannissant l’une de vos cartes au choix, mais parfois le bannissement est aléatoire. Donc une perpétuelle instabilité de votre deck qui fait que vous devrez vous adapter à chaque instant à un jeu que vous ne maîtriserez pas. Et c’est là le défaut principal du jeu.
En partant de ce principe, vous en arriverez à limiter grandement votre deck pour l’optimiser parce que plus vous aurez de cartes, plus vous serez sujet au hasard du tirage. Le développeur aurait pu nous proposer un mode normal qui aurait permis de débloquer un mode difficile avec des limitations plus importantes de certaines cartes, ce qui aurait été bien plus adapté et appréciable pour le commun des mortels. Mais il a fait le choix de ne s’adresser qu’aux hardcore gamers qui vont s’user l’index sur le jeu. Résultat, seul 30% des joueurs ont vaincu le boss final (succès Steam) en mode normal. Arrive ensuite le mode difficile qui vous demandera encore plus de doigté pour réussir.
Mon impression de départ sur ce jeu est donc mitigé. D’un côté, je l’aime bien du fait de son atmosphère héroïque fantasy bien rendu. De l’autre, la frustration est à son comble quand mes tirages de cartes sont mauvais et que je sais que la partie va s’arrêter rapidement. Mais j’y reviens souvent, signe d’un bon jeu, pour qui aime le hasard.
Fate Hunters est un deckbuilding roguelike fantastique au design réussi. Les mécaniques sont bonnes, les éléments sont soignés, mais le hasard est omniprésent et décide de votre « sort ». C’est donc un jeu apéritif facile à maîtriser, mais très difficile à vaincre, je peux vous l’assurer. Mais si vous aimez l’aléatoire, et supportez la frustration, ce qui est mon cas, vous allez être comblé. J’y ai passé plus de 20 heures et je n’ai battu le boss final qu’une seule fois.



