Order of the Sinking Star

Avec Braid, Jonathan Blow nous a poussés à douter de la véritable nature du héros. Avec The Witness, il nous a enseigné que le silence racontait lui aussi une histoire. Et désormais, avec Order of the Sinking Star, il nous démontre que l’existence humaine est une énigme que nous résolvons jour après jour.

Avec Braid, Jonathan Blow nous a poussés à douter de la véritable identité du héros. Avec The Witness, il nous a enseigné que le silence racontait lui aussi une histoire. Et désormais, avec Order of the Sinking Star, il nous démontre que la vie est une énigme que nous résolvons jour après jour.

Je vous préviens d’emblée : ce jeu absorbera peu à peu votre temps, et avant même que vous ne vous en rendiez compte, la promesse d’une ultime énigme se transformera en trois heures de jeu ininterrompues. Order of the Sinking Star possède cette qualité rare et irrésistible propre aux meilleurs jeux de réflexion : celle de vous faire croire que le prochain sera le dernier, sans que ce soit jamais le cas.

Test Order of the Sinking Star 6 | RPG Jeuxvidéo

Un monde brisé qui a oublié pourquoi

L’histoire se déroule au sein d’un univers fracturé, et votre motivation première pour résoudre ces énigmes consistera à découvrir les raisons de cette rupture. Je ne peux en dire plus sans tomber dans les spoilers, mais connaître la vérité est précisément ce qui vous poussera à persévérer lorsque les casse-têtes se corseront. Tout comme dans The Witness, la narration se dévoile de manière fragmentée à travers de brefs dialogues introspectifs des personnages et des enregistreurs audio disséminés dans les décors, qu’il vous appartiendra d’activer à mesure de vos découvertes.

Il n’y a ni journal de bord, ni menu récapitulatif, pour conserver ces échanges : pour comprendre l’histoire, vous devrez donc prêter attention et mémoriser chaque bribe entendue. C’est un parti pris de conception cohérent avec la philosophie du jeu, mais qui risque de frustrer ceux qui atteindront un enregistreur des heures plus tard sans se souvenir du contexte de ce qu’ils ont écouté auparavant.

Les protagonistes sont multiples. Selon que vous partiez vers le nord, le sud, l’est ou l’ouest, vous ferez la rencontre de personnages différents, pourvus chacun de leurs propres compétences. La reine et le marchand ne peuvent déplacer qu’un seul objet à la fois, le voleur tire au lieu de pousser, le guerrier manie deux charges d’un coup grâce à sa force brute, le mage permute de position avec les objets, tandis que le cyborg recueille les cristaux et actionne des mécanismes. Il n’y a pas un héros principal : tous le sont, et cette répartition des talents constitue le socle sur lequel repose toute la diversité mécanique du titre.

Mille énigmes et pas le moindre indice

Le jeu adopte une vue isométrique où le personnage évolue case par case, à la manière des affrontements sur grille d’un RPG, mais en temps réel. La variété des casse-têtes s’avère immense : je n’avais jusqu’ici jamais vu une telle diversité de situations. Il vous faudra pousser ou tirer des éléments comme des ennemis, vous téléporter à l’aide de miroirs magiques, faire ricocher des pierres sur des surfaces aquatiques pour que le rebond actionne des interrupteurs, et éliminer la totalité des créatures d’une pièce pour ouvrir l’accès suivant. Mieux encore : le carrefour central, baptisé La Croisée, constitue une énigme en soi, car vous résolvez toujours quelque chose, même lorsque vous pensez simplement naviguer d’un niveau à l’autre.

Une chose que j’apprécie tout particulièrement réside dans le fait que le jeu ne pénalise jamais l’échec. Aucun compte à rebours, aucune limite de mouvements imposée, ni de punition pour avoir annulé une action. Vous pouvez remonter le temps pour reprendre le tableau depuis le début, ou simplement rembobiner de quelques secondes pour corriger la petite maladresse qui vous a conduit dans une impasse. Cette liberté d’expérimenter sans crainte fait de chaque défi un espace sécurisant où la seule pression demeure celle que vous vous imposez vous-même. C’est incontestablement l’une des plus grandes réussites de son architecture de jeu.

Test Order of the Sinking Star 13 | RPG Jeuxvidéo

Hélas, il n’existe aucun moyen de moduler la difficulté vers le haut ou vers le bas, chaque énigme étant unique et singulière. Les pics de difficulté surviennent régulièrement, mais un brin d’abstraction permet d’en venir à bout. En revanche, lorsque plusieurs mécaniques s’entremêlent et qu’il faut diriger plusieurs personnages simultanément, le défi s’envole d’un coup et vous abandonne à vos seules capacités de réflexion, faute du moindre indice. C’est le point le plus négatif du jeu, car certains casse-têtes — notamment dans le secteur ouest appelé La Promesse — s’avèrent si ardus et alambiqués qu’ils pousseront bien des joueurs à abandonner avant d’en voir le dénouement.

Et pour comparer une fois de plus avec The Witness, Order of the Sinking Star connaîtra le même écueil en matière de rétention. Je suis plus que certain que vous vous heurterez à un mur de difficulté et qu’au lieu de vous acharner pour dénicher la solution, vous finirez par désinstaller le jeu. Deux mois plus tard, une fois le temps retrouvé, vous reviendrez et devrez tout recommencer depuis le début, n’ayant plus le moindre souvenir des principes de base.

Test Order of the Sinking Star 35 | RPG Jeuxvidéo

Visuellement, le jeu propose une esthétique chatoyante et apaisante qui rappelle un diorama miniature contemplé en vue plongeante. Ses décors affichent des formes douces et organiques, portées par une direction artistique privilégiant les tons pastel, des textures minutieusement peintes à la main et un éclairage diffus qui donne l’illusion d’évoluer au cœur d’un rêve. La musique douce s’accorde parfaitement avec ce décorum, forgeant ensemble une atmosphère qui contraste agréablement avec l’exigence cérébrale des casse-têtes.

J’ai réalisé ce test sur PC et, grâce à cette identité graphique modeste, même les machines les plus modestes sauront le faire tourner sans la moindre anicroche. Le titre propose des options de configuration simples entre qualité et performances, en parfaite cohérence avec l’esprit du jeu.

Parvenir à la première conclusion — le titre en comptant quatre au total — vous prendra entre quinze et vingt heures selon vos aptitudes. Viser le cent pour cent pourra en revanche réclamer plus de cent heures, l’ensemble dénombrant plus d’un millier de puzzles distincts, ceux de La Promesse incarnant un casse-tête infernal que je ne souhaiterais à personne.

En définitive, Order of the Sinking Star est un bon jeu doté d’énigmes d’une imagination remarquable, mais l’absence de toute forme d’aide ou d’indices poussera inévitablement de nombreux joueurs à baisser les bras avant d’avoir découvert toute l’histoire. Il ne reste qu’à espérer qu’une future mise à jour introduise cette fonctionnalité pour qu’un plus grand nombre puisse le mener à terme.

Le titre est plus que recommandé à tous les passionnés de réflexion et à ceux qui ont jugé The Witness trop accessible, tant Order leur mettra les neurones à rude épreuve. Pour ceux qui préfèrent une progression plus guidée et ont besoin que le jeu leur tende la main face à un pic d’exigence, l’expérience risque de tourner court bien trop tôt.

Pour conclure, je vous rappelle qu’Order of the Sinking Star sera disponible dès demain, le 8 octobre, sur PlayStation 5, Nintendo Switch 2 et PC via Steam ; une démo jouable est d’ores et déjà accessible sur PC, avec l’assurance de transférer l’intégralité de votre progression vers le jeu complet.

Order of the Sinking Star est un jeu de réflexion monumental, fort de plus d’un millier de défis conçus à la main qui mettent votre ingéniosité à l’épreuve comme bien peu de titres osent le faire. Son univers brisé, sa direction artistique en diorama et sa narration fragmentée en font une expérience singulière. L’absence totale d’indices et la difficulté impitoyable de certains segments pousseront toutefois de nombreux joueurs à abandonner avant d’en percer tous les mystères. Pour les inconditionnels du genre, il s’agit d’un chef-d’œuvre ; pour les autres, d’une épreuve susceptible d’épuiser leur patience.

Order of the Sinking Star note 08 sur 10
Relict King
Relict King
Rédacteur colombien passionné de RPG. Atteint d’Alzheimer précoce, chaque partie est une première fois. J’analyse mondes, mécaniques et émotions… même si j’oublie parfois l’inventaire.
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