RPG France s’est penché sur le cas d’un jRPG prometteur : Ni No Kuni, sorti le 1er février dernier, développé par Level-5 et édité par Namco Bandaï. Cependant, bien plus que son éditeur ou son studio de développement, qui ont accouché d’un jeu très bien fini, mais au gameplay très classique, c’est le travail du studio d’animation Ghibli qui marque réellement l’originalité de ce RPG à la sauce nippone et lui donne toute sa saveur.
C’est dans la peau d’un jeune garçon, Oliver, qu’il nous est proposé d’évoluer dans un univers fait de mondes parallèles et de voyages dans le temps. Ni No Kuni, attendu comme le messie par certains et trop naïf pour susciter l’intérêt des aficionados du RPG à l’occidentale, fait tout de même office de perle rare dans l’univers du jeu vidéo.
Ni No Kuni, c’est avant tout un visuel unique et très réussi, qui vous plonge littéralement de A à Z dans l’ambiance d’un animé, sans jamais faillir à ce but. De ce point de vue, le jeu de Namco Bandaï est une totale réussite. Sur les autres plans, il est clair que les héritages piochés ça et là dans les grandes licences du genre ne servent pas vraiment Ni No Kuni.
Le système de combat en semi temps réel, le principe de déclenchement des affrontements ou d’évitement des ennemis, les changements de tactiques, le mode d’affichage des dialogues, sont autant d’éléments qui ont été purement et simplement importés d’autres jeux et plus ou moins bien adaptés. Les mécaniques de jeu sont donc ultra-classiques, éprouvées et même désuètes pour la plupart. Cependant, il faut bien avouer que le titre développé par Level-5 dispose d’un charme bien à lui et qui ne laisse pas indifférent. Les cinématiques, qui sont de véritables passages de dessin animé signées du studio Ghibli, participent beaucoup à l’immersion ainsi qu’au sentiment de vivre une aventure pleine de vie.


L’aspect visuel est splendide et quasiment le même entre cinématiques et phases de jeu.
Oh ! comme il est mignon !
C’est dans la petite bourgade de Motorville que commencera votre aventure, au cours de laquelle vous apprendrez très vite qu’il existe un monde parallèle, dans lequel évoluent les alter egos de chaque habitant de cette charmante banlieue.
Vous plongerez alors dans des univers enchanteurs aux panoramas plutôt jolis, et dont les us et coutumes ainsi que les personnages sont tous plus mignons les uns que les autres. Une fois que cela est dit, il est fort probable qu’une bonne moitié des lecteurs aient tourné les talons rien qu’à l’évocation du mot « mignons ». Et c’est évident, si vous exécrez l’univers gentillet de certains J-RPG, passez votre chemin, Ni No Kuni est profondément comme cela. La modélisation et l’animation des personnages, y compris des nombreux PNJ présents dans les villes, sont tout simplement exemplaires. C’est avant tout cette ambiance qui rend le joueur en quête de nouveaux paysages, tant ils réservent quelques bonnes surprises.
Sans pour autant être transcendant, le scénario, dont nous ne vous révélerons rien pour ne pas vous gâcher le plaisir, tient la route et vous incitera à continuer l’aventure, malgré quelques passages à vide. Il mettra notamment en scène bon nombre de compagnons de route, plutôt attachants, qui vous tiendront compagnie et viendront renforcer votre équipe, rendant également les combats un peu plus tactiques que dans les toutes premières heures de jeu.


Les environnements sont réussis et surtout extrêmement variés
Magie, magie, et vos idées ont du génie…
La magie est l’élément central de Ni No Kuni, puisque c’est elle qui vous transportera d’un monde à l’autre, vous emportera dans le temps, et vous permettra à de nombreuses reprises de vous frayer un chemin au travers des mondes. Pour comprendre la magie, Oliver possède dans ses bagages un almanach de magicien, véritable bible de trois cents pages entièrement traduites en français, comme l’intégralité du jeu d’ailleurs. Ce livre renferme à la fois les sorts que notre héros apprendra au cours de son aventure, mais également des données sur le bestiaire, le monde et ses personnages clés, des mythes et histoires, des éléments d’alchimie… Bref, c’est un exemple en la matière tant cet almanach est complet, riche et beau. Les sorts, une fois appris, n’évoluent malheureusement pas, dommage pour un jeu qui place l’art ancien au coeur de son histoire et de son gameplay.
En combat comme dans d’autres situations, les enchantements et autres manipulations magiques devront être bien choisis pour obtenir l’effet escompté. Il vous est ainsi possible de réparer un vieux pont en bois afin d’ouvrir un passage, de crocheter des serrures ou encore de déplacer par lévitation des stèles vous permettant de résoudre une énigme. Si cette variété d’usages est tout à fait appréciable, elle est un peu gâchée par le dirigisme des mécaniques de jeu, qui vous guideront tellement bien qu’il vous sera quasiment impossible de ne pas utiliser le bon sort au bon moment. Cela vous rappellera alors que nous sommes bien dans un jeu « tout public », et donc que la progression se doit de ne pas être trop ardue.
Cela étant dit, paradoxalement, les combats sont réellement difficiles et offrent un réel challenge, surtout contre les nombreux boss. Ces derniers vous obligeront à bien connaître les effets de la magie, et également à utiliser vos familiers à bon escient. Sachez-le, dans Ni No Kuni, ce sont effectivement vos familiers qui se battront pour vous la majeure partie du temps. Ils disposent d’ailleurs de possibilités d’évolution assez nombreuses, soit comme votre personnage principal par l’obtention de points d’expérience, soit en consommant de délicieuses friandises. Notez au passage que vous n’avez aucun choix possible sur l’attribution des points de caractéristiques. Pour vous-même comme pour vos acolytes, le leveling est cent pour cent automatique. Seuls les sorts débloqués sont attribuables à des emplacements vous permettant d’en disposer ou non lors des combats.


La plupart du temps, ce sont vos familiers qui combattront sous les ordres d’Oliver
Des combats tu attends ? des combats tu aura !
Le rythme des combats est assez rapide, et vous impose une certaine dose de tactique, qui devient même prépondérante dans le mode de difficulté le plus élevé. Pour vaincre vos ennemis, dont la variété est tout à fait honorable, vous choisissez en semi-temps réel, c’est à dire avec des temps de pause automatique lorsque vous naviguez dans les options de combat, les personnages et familiers que vous introduisez ou retirez à loisir du champ de bataille. Pour chacun d’entre eux, une liste d’actions et de sorts peuvent être déclenchés, retirant ou non des points de magie à votre personnage principal.
Un point fort de Ni No Kuni est son exigence, somme toute relative, dans la concentration que vous demandent les combats. En effet, croiser au détour d’un chemin de petits êtres à priori sans défense peut s’avérer fatal si vous n’y prenez pas garde. Heureusement, même si vous n’avez pas sauvegardé dans la minute, un système de « continue » est là pour vous sauver la mise, mais consommera en contrepartie un montant non négligeable de votre bourse. A contrario, un bon nombre d’escarmouches, sans liens avec les quêtes, viennent parsemer votre aventure, avec pour seul but de rallonger artificiellement la durée de vie et vous permettre de monter de niveau. Cette donnée, propre à bon nombre de J-RPG, n’est pas à mettre au crédit de Ni No Kuni, et peut même par moment gâcher un peu la progression dans l’histoire.
Globalement, ce système de combat n’est pas le mieux équilibré de l’univers, mais offre de quoi varier les plaisirs et demande au joueur d’adapter ses techniques, ce qui est somme toute déjà pas si mal en regard de beaucoup de RPG qui maltraitent sans vergogne ce segment de jeu.
Il a le coeur brisé !
Vous entendrez cette phrase plus que de raison, puisque le grand méchant du jeu, dénommé Shadar, passe son temps à briser le coeur des gens. Vous seul, l’élu de la prophétie, l’enfant prodige, êtes en mesure de leur rendre les parties de coeur qui manquent à leurs propriétaires, afin qu’ils puissent exister dans ce monde, ou dans l’autre, selon où vous vous trouvez. Redonner du courage, de l’espoir, la foi, ou encore de la tempérance sont autant de missions qui attendent Oliver dans son périple.


Shadar et ses acolytes n’auront de cesse de dresser des pièges entre Oliver et son noble objectif
C’est sur un fond musical bien adapté et magistralement orchestré par Monsieur Joe Hisaishi, compositeur du studio d’animation Ghibli, que l’aventure se déroule nonchalamment. Cela prouve une fois de plus la valeur ajoutée apportée par ce studio, à qui l’on doit entre autre Princesse Mononoké ou encore le mythique Voyage de Chihiro. Seule ombre au tableau, le thème musical réservé aux combats, trop clichesque du style et bien plus pauvre que le reste de la production musicale du jeu.
Côté exploration, les environnements sont vastes sans être gigantesques. Ce sont les différents modes de transport disponibles au fur et à mesure de votre progression qui vous permettront de prendre réellement la mesure des possibilités. Sans pour autant paraître vide, le monde n’est pas aussi riche que d’autres grosses productions qui se veulent être des RPG « open world ». Toutefois, il se dégage une certaine cohérence dans l’univers fantastique de Ni No Kuni, un « je ne sais quoi » qui fait que l’on y retourne sans hésitation, et c’est bien là le principal.
Sans être le chef-d’oeuvre attendu par certains, Ni No Kuni se démarque clairement de la concurrence par son aspect visuel et ses animations. L’immersion qui en découle, point non négligeable en matière de RPG, est assez exceptionnelle sur bien des plans. Doté d’une finition à toute épreuve et d’une richesse incroyable dans son background, le jeu de Namco Bandaï peut faire école sur bien des points. Malheureusement, cette originalité et cette profondeur s’écroulent en terme de gameplay. Toujours porté par sa réalisation irréprochable, Ni No Kuni déroule en effet une ribambelle de clichés du gameplay typique des J-RPG, genre au combien essentiel mais dont le renouvellement et les innovations peinent à venir.
Ni No Kuni est une aventure épique et chatoyante, possible créature hybride entre RPG et dessin-animé de notre enfance, dans tous les cas il est important que cette pièce existe sur l’échiquier du jRPG.
LES PLUS
- Evoluer dans un animé de Ghibli
- Durée de vie (35 à 45 heures)
- Direction artistique hors pair
- Animations d’exception
- Entièrement traduit en français
LES MOINS
- Trop de combats
- Pas de fiche de personnage
- Twists du scénario prévisibles
- Un peu dirigiste
La vision de Saltar :
Ni No Kuni est pour moi un vrai chef d’oeuvre visuel, tant j’ai pris plaisir à arpenter ses sentiers, ses forêts, son monde… en compagnie d’Oliver. Un monde charmeur, un scénario simple mais gardant l’âme de Ghibli, voila qui fait plaisir à tout bon fan de Japanim’ et de JRPG ! Bon après, on peux pester comme moi sur certains éléments qui auraient pu être plus poussés/améliorés, comme le gameplay pour les phases de combats et la difficulté en dent de scie, certains boss se reconnaitront, et le fait que l’on soit assisté dans nos moindres mouvements. Mais si vous voulez prendre une bonne dose de magie en parcourant un monde enchanteur, vous serez ravi comme j’ai pu l’être. 08/10

