Joueurs du dimanche et noctambules, sans doute ne vous apprends-je rien si je vous dis qu’il vaut mieux ne pas jauger un livre à sa couverture, et encore moins un jeu sur sa jaquette. Pourtant, c’est bel et bien ce qui m’est arrivé la première fois que j’ai aperçu Crowntakers parmi les parutions un beau jour de Novembre. « Encore l’un de ces médiocres jeux de tablettes adaptés sur Steam« , me suis-je dit en haussant un sourcil. « Le genre addictif mais sans autre intérêt que de vous gâcher une journée ou deux jusqu’à ce que vous en trouviez un autre du même acabit ».
J’avais alors fini de boire ma tasse de thé vert avec componction et étais reparti mater du démon en petite tenue sur ma PSVita. Il avait fallu la chronique de Toupilitou et la première phase des soldes d’hiver pour que j’accorde un peu plus d’attention à ce titre qui se révéla bien plus riche que je ne l’imaginais.


Du coup, qu’est-ce donc que ce Crowntakers estampillé Bulwark Studios ? Pour faire court, il s’agit d’un tactical-RPG traduit en français où nous incarnons un paysan qui se révèle être un bâtard royal. Manque de bol, vous l’apprenez alors qu’un nobliau vient de réussir son coups d’état, n’épargnant votre paternel que pour le plaisir de lui raccourcir le col plus tard sur une place publique. Usant d’un artifice héréditaire, le roi vous contacte alors dans votre sommeil pour vous révéler votre lignage, et vous intimer de venir lui sauver les miches à toute blinde, ce que vous vous empressez de faire en vous emparant d’une épée rouillée qui gisait dans un coin.
C’est ainsi que nous nous retrouvons dans la peau du héros, personnage lambda qui va explorer un nombre prédéfinis de niveaux hexagonaux générés procéduralement pour sauver son paternel… enfin, quand je dis « explorer », imaginez plutôt que votre groupe ne sortira jamais des sentiers battus puisque obligé de suivre les flèches mauves qui égrènent le trajet. Néanmoins, comme les bifurcations sont nombreuses et le champ de vision réduit, vous pouvez vous attendre à une surprise à chaque tournant : ennemis vous barrant le passage, lieu à fouiller ou pouvant déclencher un mini-événement, auberge pour se refaire une santé, j’en passe et des meilleures. N’imaginez pas cependant des mécanismes à rebondissements – sinon vous seriez en train de lire un test et non cette chronique – ; le secret de la variété des situations réside en fait dans le choix de vos compagnons d’infortune.


Ces mercenaires, que vous devrez d’abord débloquer en accomplissant leur quête au cours de l’un de vos runs, seront recrutables contre espèces sonnantes et trébuchantes à l’auberge – sauf la première fois que vous le faites durant une partie -. Outre leurs deux compétences, ils vous permettront de débloquer certaines options lors des événements que vous déciderez de déclencher, comme le fait que Meledar s’avère tout à fait apte à vous faire remporter les rares concours de poésie dans les auberges, ou que Theogal soit un chanteur hors-pair, ce qui vous permettra de gagner trois piécettes au passage. Argent que vous pourrez réinvestir dans l’achat d’items, l’amélioration jusqu’à trois fois de votre arme et de votre armure qui vous permettra d’y sertir des runes, ou même de corrompre certains ennemis pour qu’ils vous laissent passer alors que votre groupe commence à être en piteux état. Pratique lorsqu’on sait que les moyens de se soigner dans ce jeu sont aléatoires ou coûteux
Si vous devez retenir des mécaniques de ce jeu en particulier, autant que ce soit celles-ci. Primo, sachez que l’expérience gagnée lors d’un run par votre héros, ou les mercenaires qui l’accompagnent, est transféré à la prochaine, si bien que votre progression vers le point où vous vous êtes écrasé le museau sera d’autant plus rapide ; le même cas de figure s’applique aux boss de niveaux. Terrassez-en-un et on vous laissera le choix de ne pas l’affronter à votre prochain passage. Secundo, sachez qu’à chaque hexagone que vous traverserez une heure s’écoulera sur l’horloge du jeu, et outre le fait que votre groupe s’épuisera progressivement – ce qui occasionnera des malus de plus en plus sévères jusqu’à ce que vous vous reposiez dans une auberge -, cela augmentera le niveau de difficulté des affrontements à chaque lever de soleil. A vous donc de savoir si vous préférez courir vers l’endroit où vous avez été vaincu la dernière fois tant que l’ennemi qui s’y trouve est encore relativement faible, ou si vous préférez explorer dans l’espoir de trouver l’objet qui fera la différence.


Les combats en eux-même sont bien dosés et tactiques. Les ennemis ne sont pas forcément très variés, mais il faut avouer que cela nous facilite grandement la vie puisque les seules informations que vous obtiendrez jamais en passant votre curseur sur eux, est leur nom et leur total de PV. A vous de faire le reste avec les capacités de vos personnages et leurs lvl up donnant le choix entre deux bonus. De ce côté-là on reste dans le classique et l’efficace : deux points d’action par personnage, chaque camp joue l’un après l’autre, et vos protagonistes en fonction de leur vitesse ; un allié qui tombe est un allié dont il faudra porter la dépouille jusqu’à ce que vous trouviez un moyen de le remettre sur patte… mais le fait que les règles d’attaque d’opportunité à la Dungeon & Dragons soit en vigueur enrichit considérablement les affrontements.


Comme vous pouvez le voir, le jeu possède une patte graphique sympathique ainsi que des animations assez fluides. Les musiques sauce médiévale sont entraînantes et les clins d’oeil à des univers de fantasy bien connus, égrenés ça et là, participent grandement à ce que j’appellerai l’effet bol de cahouètes maudit qui me guettait déjà avec Dungeon of the Endless. Chaque tannée qu’on se prend nous donne envie de remettre le couvert, car on se dit que si on avait pris le temps de bifurquer après le troisième champignon, ou que si on n’avait pas participé à ce foutu concours d’injures qui nous a coûté deux pièces d’or… enfin, vous voyez ce que je veux dire.
Crowntakers est à mon sens un excellent jeu, même si il lui manque ce petit quelque chose qui pourrait faire de lui un RPG au sens noble du terme – comme des quêtes autre que fedex ou simplement des interactions entre les personnages -. Bref, il vaut à mon sens les quinze euros que j’ai déboursé sur Steam pour l’acquérir.
Puissiez-vous y trouver votre Carthage.


