Le thème de ces débats est “pour ou contre”, et pas “pensez-vous que”. La prise de parti radicale est volontaire pour opposer deux visions totalement différentes sur un thème large. Le débat est là pour ouvrir le questionnement, pas pour répondre à une question précise.

“Le sexe. Le sexe ne change jamais. Depuis l’aube de l’humanité, nos ancêtres ont découvert le pouvoir d’aimer des blancs et des noirs, du sang a été versé au nom des sentiments ….”

S’il y a bien un sujet qui n’est abordé que très rarement dans les jeux video, c’est bien le sexe et les romances. Souvent, notre personnage se résume à satisfaire son besoin de vengeance, de justice ou de survie. Besoin de dormir, de manger, de boire, de combler une quête principale permettant d’atteindre ses objectifs. Pourtant la libido est un besoin humain des plus basiques, chez l’être humain, qui est rarement mis en avant dans les jeux vidéo, tout comme les sentiments d’attirance. Le joueur n’a donc pas la possibilité de s’attacher entièrement à un personnage qui reste asexué pour atteindre un plus grand public. Si les développeurs n’osent pas trop de ce côté-là, c’est que le risque d’être censuré est grand et le PEGI risquerait de gratifier d’un 18 + leur création. On pense aussi au cas Lara Croft, dont le viol a été plus ou moins bien accueilli par la presse, dans le dernier volume à paraître.

Sans rentrer dans un discours de psychologie de comptoir, je vous renvoie à ce lien qui nous expliquent les relations du joueur avec son avatar, ou encore cet article des développeurs sur ME3 (Mass Effect 3) sur l’immersion narrative du joueur. En clair, plus le joueur a une implication importante avec son avatar, plus l’immersion sera profonde. Du coup, permettre des sentiments purement humains dans un RPG ne peut être que profitable à l’expérience du joueur à condition que ceux-ci ne soient pas réduits à des choses primaires.

En effet, on connaît forcément des RPG (Risen) où le héros va faire appel à des prostitués pour calmer sa libido ou encore va utiliser sa femme comme gagne-pain (Fallout 2, Skyrim). Mais on se rend compte que la VRAIE romance est inexistante. Skyrim vous propose d’avoir un mari ou une femme, mais cela se résume à résoudre des quêtes plutôt rudimentaires. Alors oui, l’option existe et demande quand même un certain investissement de votre part, mais cela pourrait très bien être visualiser par un chien ou un compagnon, cela reviendrait au même. Ce personnage, votre moitié, n’a pas un statut réellement de conjoint. Juste un rôle de PNJ qui attend au coin du feu.

Dans la licence Mass EffectBioware a intégré une sexualité à leur personnage principal, permettant même l’homosexualité. L’intérêt des romances de la série est aussi de rester dans la suggestion plus que dans la pornographie, ce qui empêche le joueur de se retrouver dans le rôle de voyeur, mais d’imaginer la scène. Malheureusement cela reste plus une option qu’une vraie sentimentalisation des PNJ, qui, même si vous avez mordu dans le fruit défendu avec eux et que vous les trompez avec un autre, ne réagiront pas.

Et que dire des relations lorsque vous jouez à des RPG qui vous demandent de gérer un groupe de personnages des deux sexes. Ainsi les Baldur’s Gate ont mis en avant cette notion de liens étroits entre les individus selon leur alignement, sans pour autant pousser les émotions. Même si les relations entre les individus sont bien rendues, il manque tout de même des notions plus poussées et plus ambiguës de séduction, de rapprochement qui rendent les PJ du groupe plus humains.

Mass Effect et The Witcher montrent bien la dimension importante du sexe et de la romance dans les jeux video et de leur intérêt. Peut-être un peu maladroitement parce qu’il est difficile de mettre en avant des sentiments tel que l’amour qui passe par des phases d’attirances, de séduction et enfin d’approches physiques en passant par le baiser et finir par l’acte sexuel. Difficile donc de mettre en avant un cheminement qui demanderait un développement assez poussé pour ne pas être considéré comme ridicule, car il demande des réactions que l’on ne contrôle pas forcément et que le jeu vidéo a bien du mal à développer et surtout à faire partager.
Et vous, êtes-vous pour ou contre les romances et le sexe dans les RPG ? Et si on commençait par demander l’avis de deux membres de RPGFrance ?

Etienne Navarre


|  RPG Jeuxvidéo

POUR : Etienne Navarre

Tout à fait Killpower, on pourrait demander l’avis de mon membre mais celui-ci n’est pas toujours très loquace et s’exprime dans une langue étrange. Le sexe dans les RPG est assez rarement abordé et c’est plutôt dommage à bien des égards. D’abord parce que le genre RPG, de par sa narration et sa caractéristique favorisant un certain libre arbitre, se prête parfaitement au jeu des sentiments : émotions que l’on subit, partenaires que l’on choisit, conséquences d’une romance (descendance, maladie)…

En témoigne The Witcher 2 dernièrement qui mettait le sexe au premier plan dès l’ouverture du jeu. On pourra rétorquer assez facilement que le sexe présenté tel quel n’est là que pour attirer le chaland et exciter les instincts profonds de geeks en mal d’émotions fortes. Et ça n’est pas complètement faux parce que le sexe, c’est ça aussi : une excitation «désintellectualisée», un besoin primaire et plaisant. Eluder le cas du sexe et de l’amour dans les RPG, c’est oublier que l’histoire nous a montré que la puissance de l’amour et des sentiments à travers toutes les époques (César et Cléopâtre, Napoléon et Joséphine de Beauharnais…) peut transcender des sociétés entières durablement.

Il y a un certain puritanisme hypocrite à vouloir cacher le sexe et l’amour des RPG quand on se gave de démembrements, décapitations et de langage ordurier. Au milieu d’une société envahie par les sites pornos, les clips «hot», les sous-vêtements apparents, n’y aurait-il pas un coup à jouer en réhabilitant une certaine idée de l’amour (et fatalement du sexe sans artifice) au sein des RPG ? Selon moi, un RPG bien écrit pourrait parfaitement marier sexe et sentiments avec panache et douceur. Il le devrait même.


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CONTRE : Caldanath

Halte-là Sieur Navarre ! Je ne peux vous laisser prêcher de la sorte !

De mon côté, je pense que le sexe dans les RPG est une chose parfaitement dispensable. En effet, la plupart du temps la tentative des développeurs de simuler la réalité du sentiment amoureux de ce genre d’instant tombe tout simplement à plat dans la flaque d’eau trouble du ridicule.

D’un côté, on se retrouve avec des romances qui feraient pâlir d’envie l’auteure de Twilight tellement le puritanisme omniprésent nous donne l’envie de fou rire (ou de meurtre au choix). Je pense par exemple à Mass effect et Dragon Age qui ont réussi à lancer le mouvement du “wearing-porn”, car oui, chez BioWare le sexe se fait presque habillé. Et je ne parle même pas des cinématiques censées représenter ce “moment magique” où l’on a l’impression d’assister à une parodie de lap-dance.

Et de l’autre côté nous avons ceux qui font dans la surenchère. Celui qui dit The Witcher 2 comme exemple gagne un bon point. Certes ils osent enfin montrer l’amour, le sexe, mais ils en font beaucoup trop. Je veux bien que les joueurs réclament du sexe, mais de là à leur donner ceci, autant leur envoyer “Fifty shades of grey” par colis postal. Les scènes de sexe sont tellement nombreuses que cela en devient gratuit. La moindre occasion est bonne pour envoyer de la protubérance mammaire. Cela n’apporte plus rien à l’action au final. Je sais qu’il faut appâter le chaland mais tout de même.

Je joue aux RPG pour jouer à des jeux vidéo, pas des pornos chics interactifs.

Et je peux même revenir encore à Mass Effect, qui propose presque toute l’équipe comme romance avec scène de “sexe” à la clé. C’est sûr que quand je pars sauver le monde, j’ai envie de sauter tout mon équipage.

En bref, je ne pense pas que le RPG soit prêt à accueillir le sexe comme élément clé de l’action. Ou alors il faut trouver un juste milieu entre les RPG avec des romances à la mormon et celles à la Leisure Suit Larry.

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