mercredi, août 10, 2022

Débats #6 : pour ou contre la censure de la violence et du sexe dans les RPG

Cet article a été écrit et publié à l’origine le 22 février 2013  sur le site RPGFrance par Etienne Navarre & Killpower

Le thème de ces débats est “pour ou contre”, et pas “pensez-vous que”. La prise de parti radicale est volontaire pour opposer deux visions totalement différentes sur un thème large. Le débat est là pour ouvrir le questionnement, pas pour répondre à une question précise.


On connaît tous les petits encarts colorés PEGI en bas des boites de jeu nous conseillant sur l’âge minimum requis pour jouer à un jeu. S’il ne s’agit que de recommandation et non d’interdiction (comme c’est par exemple le cas pour la vente de tabac aux mineurs), peu d’entre nous fait attention à ces visuels, et pour cause : un joueur passionné et régulier connaît son hobby. Mais quid d’une maman qui n’a jamais entendu parler de The Witcher ou de Diablo ?
La question de savoir s’il faut légiférer sur ce point s’est accentuée au fil des ans à cause de nombreux faits divers mettant indirectement en cause les jeux vidéo. Est-il raisonnable de penser qu’une forme de censure aurait sa place ? Le jeu vidéo étant un loisir qui se démocratise un peu plus chaque jour, est-il si surprenant que cela de songer à un encadrement plus strict de la vente des ces produits ?

Etienne Navarre


|  RPG Jeuxvidéo

POUR : Killpower

A l’heure où les jeux vidéo deviennent aussi réalistes et matures que les autres supports visuels, il est important qu’une vraie censure se mette en place. Parce qu’encore aujourd’hui, le jeu vidéo est considéré comme un loisir pour les enfants.

Avec le progrès, comme le cinéma, le jeu vidéo aborde des notions souvent similaires, qui d’un côté (le cinéma) sont censurés alors que de l’autre (le jeu vidéo) sont déconseillés. Prenons par exemple un film et un jeu traitant de zombies : Dawn of the dead de Zack Snyder et Dead Island de Techland. Eh bien le film est interdit au moins de 16 ans, alors que le jeu a bien un 18+ sur sa boîte, mais rien n’empêche un enfant de l’acheter. Pourtant, le jeu présente des scènes toutes aussi fortes que le film et se montre bien plus immersif.

Bien des adultes à qui j’ai montré le jeu, ne serait-ce que deux minutes en plein action, ont montré du dégoût face à la violence visuelle et auditive, comme ils le feraient devant le film cité au dessus. Pourtant, nombre de joueurs de moins de 16 ans jouent à Dead Island alors qu’ils sont incapables de différencier le canular du 21 décembre 2012 et la fin du monde ? Je ne mettrai pas tous les ados dans le même sac, mais il faut reconnaître que, via leur construction, ils peuvent tenter des expériences à la limite du raisonnable. Et le jeu vidéo ne leur a justement pas montré d’interdits, contrairement à d’autres arts.

Hé oui, pour Noël, mémé, qui n’y connait rien, achète The Witcher 2 à son petit fils chéri pourtant « déconseillé » au moins de 18 ans? Lui achèterait-elle L’Exorciste ou Orange mécanique, voire le dernier film pornographique sorti ? Et nombreuses sont les personnes de ma génération qui ne savent même pas à quoi jouent leurs enfants. Ainsi la censure doit être présente et aider ces parents pas intéressés par cet art.

Sur le site du P.E.G.I, qui a pris la place du S.E.L.L., les responsables parlent bien d’un âge précis pour un jeu, avec code couleur sur les boîtes. Mais, je n’ai pas vu clairement le terme “INTERDICTION”, alors que pendant des années on a pu voir sur les boîtes estampillées : le mot “déconseillé”.

Pas compliqué pourtant d’interdire à un jeune de 12 ans d’acheter un jeu, comme il lui est interdit l’alcool, le tabac, ou certains films. Parce qu’ensuite, il est si facile d’attribuer les dérapages (trop présents ces temps-ci) aux jeux vidéo.

Définition du PEGI


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CONTRE : Etienne Navarre


J’ai regardé mon premier film d’horreur à 4 ans. Hurlements, de Joe Dante. Et vous savez quoi ? Ce sont mes parents qui m’ont autorisé à le voir. Alors je l’ai regardé avec eux. Et c’était extraordinaire (c’est le cas de le dire à 4 ans). Une excitation et un frisson dont je me rappelle encore aujourd’hui. J’ai, depuis, été nourri aux films gore, à la littérature fantastique et aux jeux vidéo, qu’il s’agisse d’un Sonic Pinball ou d’un Splatter House hier, d’un Lego Indiana Jones ou d’un Dead Island aujourd’hui. Cela m’a même permis de terminer mes études avec brio (avec le PEGI, j’aurais été recalé).

Bon, faisons le point. Je suis quelqu’un de raisonnablement intelligent, de plutôt cultivé et sain, et qui semble avoir réussi à s’intégrer dans la société (un métier, un appart’, une compagne, un chat et un cochon d’Inde. Lambda quoi). Alors merci qui ? Le PEGI ? Les censeurs ? La morale sociale et les conseils des braves gens ? Que dalle. Merci à mes parents de m’avoir accompagné et de surtout ne pas m’avoir laissé m’éduquer tout seul.

Qu’on ne se trompe pas : l’abandon éducationnel est un risque concret, palpable et visible, jeu vidéo extrême ou pas. La violence existait bien avant les jeux, elle perdurera bien après. S’il est ridicule (à bien des égards) d’offrir un GTA 4 à un bout de chou de 4 ans (soyons sérieux), il est tout autant dangereux de délaisser l’éducation de son enfant à la télé et la console de jeux et de le laisser seul devant ses écrans. Là est le vrai danger et le système PEGI peut aller se rhabiller. En noir.

D’ailleurs, tout comme les clopes et l’alcool, un gamin pourra toujours demander à un adulte de lui acheter son jeu en magasin, donc bon. On n’empêchera pas un ado de fumer sa première clope en douce ou de transgresser un interdit. Laissons-les jeunes jouer (on ne censure pas le JT de 20h que je sache). Laissons-les vivre. Mais ne les laissons pas seuls. La responsabilisation parentale ne commence pas en interdisant mais en accompagnant, en expliquant et en partageant.

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