Ravenlok

Note de l'auteur
06/10
Note RPG
02/10

C’est une fine pellicule de cendres qui se décroche de la cigarette de l’Archiviste.
La bouffée de fumée qui se dégage de ses lèvres embaume la pièce d’une délicate chaleur qui réchauffe l’atmosphère ambiante. Le patron de la boîte RPG Jeuxvidéo.com se délasse, et ce n’est pas démérité. Il souffre encore de quelques signes d’hypervigilance, notamment lorsque dans la rue, il entend tonner les klaxons des automobilistes les moins patients, mais bien vite, il retrouve son calme autrefois naturel, plus que mis à l’épreuve ces derniers mois.

L’Archiviste est tranquille, et alors qu’il continue de profiter de sa cigarette, il regarde par la fenêtre la vie qui suit son cours. Il pense alors à des répliques à la con du grand détournement, “Monde de merde” ou encore “Voyez où ça nous mène la folie des hommes” et se surprend à sourire.
Enfin de la détente, du temps à penser à rien, à de la merde.
Mon dieu que c’est bon.

Mais vous me connaissez, si j’ai pris le temps de poser une ambiance paisible, c’est pour mieux la rompre.

L’Archiviste prend alors conscience, au moment où ces lignes s’écrivent, qu’il est à nouveau la marionnette d’un destin cruel, d’un écrivain sadique. Il soupire, écrasant sa cigarette sur la table, il regarde la fenêtre, l’air las : 
« Tu vas me le faire débarquer du ciel cette fois ? » demande-t-il en se préparant à encaisser les éclats de verre. « Vas-y, te dérange pas, j’suis prêt, tu m’as pas pété les rouleaux pendant trois semaines, j’peux bien encaisser une de tes conneries ! » 

Soudain, la sonnette retentit.

Le boss d’RPG Jeuxvidéo.com se penche pour regarder dans le couloir menant à la porte d’entrée. Sur le chemin, le sol est jonché de vieilles boîtes de jeux PC, son regard bloque un instant sur celle de Wasteland 3, qu’il s’était surpris à prendre. Il secoue la tête, puis demande à haute voix : 
« C’est un teasing pour le test à venir de Wasteland 3, c’est ça ? »
Oui, en effet, c’est un effet d’annonce, peut-être même un fusil de Tchekhov, qui sait. Toujours est-il que la sonnette se fait à nouveau entendre, et, pion du destin, l’Archiviste va l’ouvrir en poussant un profond soupir.

« Elle est naze cette introduction, déjà que les autres étaient pas fameuses, va vraiment falloir que tu proposes une chute de fou ! » .

C’est prévu. Du jamais vu, de l’inédit.
En attendant, ouvre cette foutue porte !

L’Archiviste agrippe la clenche et ouvre rageusement, révélant l’homme qui se cache derrière.
« Mais… ce n’est pas un homme ? » 
C’est beaucoup plus petit, et blanc, et avec de longues oreilles. Un pelage blanc, un monocle, une montre à gousset, et un costume rouge.

« Mais qu’est-ce que c’est que ce merdier !? 
— Marcheur est en retard, en retard ! » 


Mais oui que je suis en retard sur mon planning ! J’avais prévu de faire un épisode de Grammaire Rolistique, puis la critique de Wasteland 3, mais la dépression printanière a eu raison de ma volonté ! Pour se remettre en jambe derrière, et conclure mon épisode, il me faudrait bien quelques semaines avant de retrouver ma formidable capacité à faire à la fois des textes longs et chiants sans qu’ils ne recèlent la moindre information pertinente et objective ! Bon, j’ai profité de la dépression pour améliorer ma syntaxe, puis aussi, il faut le dire, commencer quelques nouveaux projets personnels à droite et à gauche, histoire d’expérimenter et capitaliser à fond sur ce passage à vide littéraire !

Maintenant que j’ai raconté une partie de ma vie, dont vous vous contrefoutez, à raison d’ailleurs, je tiens à dire que le sujet du jour, Ravenlok, jeu d’action-RPG (mais alors très léger de ce point de vue !) est sorti le 4 mai 2023 sur Microsoft Store Xbox et Epic Games. Je tiens aussi à dire que c’est un jeu largement inspiré de l’univers de Lewis Carroll : Alice au Pays des Merveilles, ce qui me permet de justifier l’introduction de cette critique.

Quoi ? Vous remarquez que d’habitude je ne justifie jamais mes introductions ? C’est juste, c’est bien vrai, scrupuleusement exact, mais aujourd’hui j’avais envie que ça fasse sens, enfin, sens comme fait sens la fin de Masse Infecte 3, ou la structure de gameplay de Dragon Age Inquisition, ou le développement d’Anthem… Quoi ? Vous trouvez que ça fait un peu trop de Name dropping de jeux Bioware pour que ça soit innocent ? Ou alors, vous trouvez que je projette sur vous une perspicacité supposée  et que par ce procédé, je fais ENCORE du teasing de manière détournée pour vous annoncer la suite des événements et de nos aventures Marcheurienne sur RPG Jeuxvidéo.com ?

Décidément oui, je projette beaucoup trop.

Mais on va justifier la publication de cet écrit ci-présent. Ravenlok, développé par Cococumber (oui-oui, mais sans le beau taxi) est un petit jeu qui a le mérite d’être absolument tout public et résolument accessible, tout en se payant le luxe d’être suffisamment court pour que je le finisse en environ deux sessions. Quatre heures après avoir lancé la partie, vous en verrez déjà le générique, avec ce que ça sous entend de péripéties qui seront passées à la vitesse de la lumière.

Est-ce donc là déjà un reproche ? Bien sûr que non.

Ravenlok, déjà, c’est un voyage esthétique, mélangeant la technologie du voxel dans un moteur 3D aux éclairages somptueux. Il arrive à marier le charme rétro avec des techniques modernes qui viennent sublimer son pixel art léché. Pour tout dire, je trouve que Ravenlok est le plus beau jeu que j’ai fait cette année, et j’ai déjà touché à, pêle-mêle, Resident Evil 4, Hi-Fi Rush, Redfall, Wild Hearts, The Last Case of Benedict Fox, Metroid Prime Remastered, et oui, je trouve le petit jeu de Cococumber (non vraiment c’est super rigolo !) plus séduisant.

Mais à part l’esthétique, qu’y a t-il à en dire ? Oh, eh bien les combats sont nerveux, très simples, limite débiles, quasi autistiques, du matraquage du bouton comme on en fait rarement, une esquive de temps à autre, et pas de grandes évolutions en cours de jeu. On a aussi un système de progression simplissime et des bombes à jeter, un peu comme si Ravenlok essayait aussi d’être un micro-Zelda-like (on peut casser des pots aussi, scandaleux ! Quel plagiat !). C’est très simple, ça se prend rapidement en main, et on enchaîne les quêtes fedex plus vite que je n’enchaîne les mots dans mes phases maniaques (environ trois à la seconde, infernal !)

Donc un jeu court, simple, beau, et creux. Ok Marcheur, où est l’arnaque ? Quand est-ce que tu dis que Ravenlok était juste un prétexte au teasing ? Eh bien déjà, c’est chose faite depuis quelques centaines de mots. Ensuite, je voulais juste dire que Ravenlok profite d’une formidable atmosphère de fantaisie occidentale avec ses teintes chatoyantes, ses musiques bucoliques et son ambiance naïve qui m’ont transportées… un peu comme Fable avait pu le faire.

Mais le cœur de Marcheur ne battrait-il donc que pour un jour effleurer du bout des doigts l’ombre de l’aura du prochain Fable ? Sans doute y a t-il un peu de vrai là-dedans, mais j’y suis extrêmement sensible, voyez-vous, à ce parfum, à ce fumet so-british qui n’en finit plus de se jouer de mes sens pour me faire miroiter un plaisir exquis, mais largement dépendant de mes souvenirs désormais bien fantasmés d’enfance. BlackTail, Ravenlok, deux jeux qui ont fait vibrer une corde sensible qui n’en finit plus de vouloir à nouveau tonner son amour pour la licence déchue de Microsoft, en attente d’une résurrection qui sera fatalement décevante…

… Tout cela pour dire que Ravenlok est une pause agréable dans le flot de jeux vidéos que je traverse, et qu’il y a en lui de quoi rafraîchir vos âmes sèches, et peut-être en faire jaillir à nouveau l’éclair d’innocence qui vous fera sourire béatement une fois la partie finie, le regard dans le vague, plongé dans de merveilleuses contrées qui n’attendent que vous.

Mais trêves de rêveries, je n’ai pas le temps de dire au-revoir, je suis en retard, en retard !

Note RPG 1 sur 5
Note testeur 06 sur 10
Marcheur
Marcheur
Ancien rédacteur des sites disparus "Loutrage" et "RPG France", refuse le chômage technique, écrivain impulsif, il écrit ce qui lui passe par la tête -et plus encore- ce qui lui permet d'avoir la productivité d'un hyperactif sous coke. Avertissement de l'OMS : sa prose logorrhéique provoque AVC et convulsions.

3 Commentaires

S’abonner
Notifier de
guest
3 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments
Zemymy

Et encore du grand Marcheur ! Merci pour le test de ce jeu qui sous ta plume, donnerait presque envie. Mais dis moi, depuis quand l’archiviste fume t-il ? Ça fait plus de 30 ans que je le connais et j’avais bien remarqué quelques odeurs mais je penchais plutôt vers une hygiène douteuse au regard du temps qu’il passe dans le classement de ses archives « rpgesques » ….

L'archiviste

Oui, je fume ! Mais pas des cigarettes. 😉
Merci pour ce test. J’ai bien rigolé avec cette introduction.

Articles récents

TESTS ALEATOIRES

The Dwarves – Test 2

Disons le tout de suite, jouer un nain dans un RPG de fantasy n’est pas toujours la panacée. Au delà du plaisir de jouer...

Neverwinter nights 2

Créé en 2002 par Bioware Inc, Neverwinter nights –NWN1- a connu un grand succès grâce à un multi joueurs génial permettant de faire de...

Stolen Realm

Dans l’océan des RPG tactiques, Stolen Realm se distingue comme une pépite indé qui mise sur la coopération, la personnalisation et des combats tour par...
C’est une fine pellicule de cendres qui se décroche de la cigarette de l'Archiviste.La bouffée de fumée qui se dégage de ses lèvres embaume la pièce d’une délicate chaleur qui réchauffe l’atmosphère ambiante. Le patron de la boîte RPG Jeuxvidéo.com se délasse, et ce...Ravenlok
3
0
Envie de laisser un commentaire ? x