SpellForce: The Order of Dawn, sorti en 2003 juste après WarCraft III, se différenciait de ce dernier grâce à son mélange unique de RPG et de stratégie temps réel (STR). Avec une forte influence du RPG, le jeu permettait de vivre des expériences similaires à un action-RPG, en gérant parfois plusieurs héros dans un univers fantastique.
SpellForce: The Order of Dawn a été suivi de plusieurs extensions et a finalement eu une suite, avec de nombreux addons et DLC. En 2017, THQ Nordic et Grimlore Games l’ont ressuscité avec SpellForce III. Cependant, en tant que préquel du premier SpellForce, il a été critiqué pour son orientation plus RPG et son manque d’évolution dans sa partie stratégique.
Le 3 février, est sorti Conquest of EO, un nouvel épisode avec une gestion au tour par tour, système de jeu qui a connu un regain de popularité ces dernières années. L’aventure se déroule après les événements de SpellForce III et avant le SpellForce original. Cette transformation marquera-t-elle un renouveau pour cette licence qui avait perdu de son originalité et s’était endormi sur ses lauriers, ou tout simplement l’arrivée un énième jeu sans prétention ?
Un sorcier à définir
Dans Conquest of EO, vous incarnez un jeune mage ambitieux dont le maître a attiré la colère du Cercle en manipulant des pouvoirs qui dépassent les capacités d’un simple sorcier ordinaire. Après avoir appris ce qui s’est passé, vous décidez de découvrir ce qui a causé la perte de votre maître et de reprendre là où il s’est arrêté. Car naturellement, là où un puissant mage avec une armée d’apprentis et une vieille tour a échoué, un néophyte avec les clés d’un tas de décombres est simplement destiné à réussir !
Avant tout, créons votre avatar. Le jeu propose trois options de classe : Alchimiste, Nécromancien et Artificier. Ces classes définissent votre approche de l’artisanat et les écoles de magie accessibles. Vous pouvez également les mélanger pour créer votre propre archétype personnalisé.
Pour résumé, l’alchimiste prépare des potions en mélangeant différentes plantes, pierres et autres ingrédients. Cela peut inclure des invocations élémentaires, des élixirs de contrôle mental et des bombes puissantes. Le nécromancien renforce ses troupes de morts-vivants en utilisant l’essence des ennemis tués. L’artificier crée des glyphes en utilisant des minéraux pour améliorer les attributs et les capacités. Et si cela ne vous inspire pas, pour créer votre propre archétype, vous devez choisir un type d’artisanat (Alchimie, Nécromancie et Artificier), ainsi qu’une école primaire et secondaire qui déterminent votre style de jeu.
Pour ceux qui sont inquiets quant à l’accent mis sur l’artisanat lors de la création du personnage, soyez rassurés que cela ne consiste pas en une tâche fastidieuse et inutile. Au contraire, c’est un aspect important de l’expérience de jeu qui détermine votre style de jeu. Ce dernier est conçu pour que les unités standards recrutées dans les villes, colonies et événements aléatoires ne suffisent pas pour remporter la victoire. Vous aurez besoin d’autre chose pour avancer, et c’est là que l’artisanat fait son entrée.
Après la création de votre personnage, vous pouvez sélectionner votre école de magie principale et votre école secondaire parmi les six disponibles : Magie de la mort, de la nature, de la terre, Enchantement, Gardien et Mentalisme. La première vous donne accès à deux pages de sorts tandis que la secondaire ne vous en donne qu’une. Si vous le souhaitez, vous pouvez choisir la même école pour avoir accès à ses trois pages de sorts. En plus de ces sorts spécifiques aux écoles, vous aurez également accès à un ensemble de sorts universelles utilisables par tous les joueurs. Il s’agit généralement de sorts utilitaires qui vous permettent d’échanger des ressources ou de déplacer vos unités sur la carte. Au cours de votre partie, vous pourrez débloquer de nouvelles pages de sorts même dans les écoles que vous n’aviez pas choisies en début de jeu.
L’étape suivante est de choisir votre emplacement de départ sur la carte immense de Conquest of Eo qui comprend de nombreuses régions différentes avec leurs propres paysages, factions, défis et ennemis communs. Ce choix aura une grande influence sur ce que vous ferez au début et au milieu de la partie. Enfin, vous pouvez sélectionner un niveau de difficulté parmi les cinq préréglages proposés. Gardez à l’esprit que le niveau par défaut est déjà difficile et suffisant pour le commun des mortels. La bonne idée aurait été d’avoir la possibilité de personnaliser ces niveaux en séparant les défis économiques des défis de combat.
Une tour à reconstruire, un domaine à conquérir ?
Une fois que vous avez terminé la configuration de votre personnage, vous pouvez commencer votre voyage. Votre objectif principal est simple : conquérir les terres d’Eo. Cependant, le processus de conquête n’est pas aussi simple que sur le papier. En plus de comprendre le fonctionnement de vos unités et structures, vous devrez gérer vos ressources telles que l’or, le mana et les points de recherche. Et si le contrôle de l’Allfire est important, les joueurs devront également protéger leur Tour.
Une fois votre personnage configuré, vous pouvez démarrer votre aventure avec pour but principal de conquérir les terres d’Eo. La conquête ne sera cependant pas aussi simple qu’il n’y paraît, et il vous faudra gérer vos ressources, protéger votre tour et comprendre le fonctionnement de vos unités et structures. Conquest of Eo est similaire à Heroes of Might and Magic, mais avec une campagne en monde ouvert contrairement aux cartes limitées de ce second, et comprend un système de combat inspiré d’Age of Wonders et Eador, ainsi qu’une gestion de ressources plus complexe.
Le jeu a souvent été présenté comme un 4X, pourtant ce n’est pas vrai. Vous effectuerez de l’exploration, du développement, de l’extermination et de l’exploitation, mais vous ne construirez pas de villes, ne progresserez pas dans des arbres technologiques riches en option, ni ne ferez grandir votre empire. Tout comme, les adversaires, que ce soit les mages du Cercle ou les factions neutres, n’ont pas pour objectif de s’expanser comme vous le feriez en général dans un jeu 4X.
Les mages disposent de vastes territoires et ressources, et peuvent faire apparaître des armées à tout moment si vous les agacez. Et comme ils sont en général assez irritables, les occasions de se rapprocher d’eux sont rares et entraîne souvent des conflits avec le Cercle. Chose étrange : Lorsque vos relations avec un mage se dégradent, vous entrez dans une phase de guerre froide durant laquelle il lance des raids sur votre territoire pour vous priver de ressources sans pour autant tenter de vous anéantir.
Pendant ce temps, vous réhabilitez une tour en mauvais état, et décoder peu à peu le livre de sorts de votre maître. Cette tour sera votre quartier général principal, vous donnant une zone d’influence pour exploiter les ressources des terres à proximité et contrôler des structures spécifiques qui vous permettent de recruter de nouvelles unités ou d’augmenter votre production.
Dans le jeu, les ressources sont sous forme d’or, de mana et de points de recherche. Il y a également l’Allfire, une ressource spéciale que vous pouvez utiliser pour augmenter votre mana et vos points de recherche, tout en renforçant votre maîtrise de la magie, vous permettant d’invoquer des sorts plus puissants. Atteindre certains niveaux de maîtrise augmente également la taille de votre tour, débloquant de nouvelles zones de construction et accordant d’autres avantages utiles. La tour dispose de 15 emplacements de construction et 3 sont déverrouillés à chaque passage de niveau, chacun ayant une fonction unique.
Il est important de noter que les structures productrices de ressources dans votre Domaine peuvent s’épuiser au fil du temps. Cela signifie que vous devrez chercher un sort pour déplacer votre tour à un autre endroit.
Cela forme la base du jeu, où vous devrez décoder les secrets du grimoire en trouvant de nouveaux sorts, explorer le monde à la recherche d’ingrédients rares et précieux, et maintenir une progression constante. Pour éviter de subir des retards et de devenir une cible facile pour vos ennemis, vous devez être en mouvement, toujours à la recherche de territoires riches en ressources et faciles à défendre.
Vous ne pouvez pas vous en tenir à fortifier votre position dans une seule zone. Vous devez également revendiquer et protéger les nœuds Allfire précieux dispersés sur la carte, qui attirent inévitablement les monstres et les mages environnants. De plus, vous devez continuer à collecter différentes ressources pour votre artisanat. Comme vous pouvez l’imaginer, les unités que vous utilisez pour ces tâches seront souvent peu compétentes au combat, nécessitant souvent des unités armées pour assurer leur propre sécurité.
Vous devrez continuer à explorer le monde pour recruter des unités supplémentaires en trouvant des villes qui vendent des biens utiles et des troupes puissantes, mais uniquement avec lesquels vous avez noué des relations durables. Cela implique de mener des quêtes secondaires dans ces villes et les villages environnants et de découvrir les nombreux points d’intérêt sur la carte.
Ainsi, le jeu vous encourage à ne pas rester enfermé dans votre tour d’érudit et vous guide dans de nombreuses aventures. Et ce qui rend votre quête possible, se sont les héros et les apprentis qui peuvent vous accompagner. Ils peuvent commander vos armées, équiper des artefacts puissants et disposer de capacités uniques. Les héros ont des quêtes personnelles détaillées, tandis qu’un apprenti peut ériger un refuge qui sert de petit domaine à distance, mais nécessite une protection.
Conquest of Eo est donc très complet et peut facilement vous captiver avec sa richesse et son monde vaste et ouvert. Vous pouvez perdre complètement la notion du temps en gérant tout ce qu’il y a à gérer à la fois. Cependant, le jeu ne vous guide pas trop et vous permet une progression graduelle, gardant ainsi un aspect de nouveauté tout au long de votre partie. Vous découvrirez de nouveaux systèmes, comme la possibilité de construire des extensions pour les pièces de votre tour, après environ 12 heures de jeu dans votre première campagne.
On apprécie les petits détails qui renforcent encore plus l’expérience de jeu : avec le bon sort, vous pouvez geler les rivières et permettre à vos unités de les traverser, ou encore, les mages du Cercle peuvent être en désaccord avec les factions neutres et se battre entre eux et vous laisser tranquille même s’ils sont en colère après vous, ce qui laisse du répit à vos productions.
Les aspects narratifs du jeu auraient pu être mieux développés. La quête principale est intéressante, mais la plupart des missions secondaires sont assez simplistes. Même la quête principale peut sembler maladroite en raison de la conception du jeu. Vous êtes encouragé à rejouer en raison de différents styles de jeu et de points de départ proposés, mais sur la carte, les sites clés et les zones sont fixes, tandis que seuls les événements aléatoires et les points d’intérêt varient d’une partie à l’autre.
Le jeu aurait pu bénéficier d’un mode bac à sable, ou encore de proposer des réglages au niveau de la taille et la caractéristique de la carte, du nombre de mages ennemis et de leur type, ou encore des scénarios spécifiques. Ce que l’on trouve dans Warlock Master of the Arcane lors d ela personnalisation de la carte.
Temps réel ? Que nenni. Tour par tour avec hexagone !
Comme dit plus haut, la licence a voulu se relancer avec une système de gameplay au tour par tout. Les combats de Conquest of Eo s’inspirent de la série Age of Wonders. Il se déroule dans des arènes aléatoires déterminées par la zone dans laquelle vous vous trouvez et entreprenez le combat. Elles sont constituées d’hexagones avec le défenseur commençant toujours le premier. Chaque unité a 3 points d’action, 2 pour le mouvement et 1 pour l’attaque/capacité. Si on renonce au mouvement, une unité peut attaquer jusqu’à 3 fois par tour. Il y a un système de représailles où les unités ripostent lorsqu’elles sont attaquées, mais avec les points d’action de leur prochain tour, ce qui amène parfois à leur faire sauter leur tour suivant.
Les batailles peuvent paraître simples, mais sont en réalité complexes avec des critères importants comme l’élévation, la distance, les obstacles dans la ligne de vue, le moral, les différents types de dégâts et de résistances, ou encore la direction de l’unité. Les unités des factions différentes ont des bonus, pénalités et compétences associés, et peuvent monter de niveau, donnant accès à des capacités choisies au hasard parmi un pool large et différent selon les unités et les factions. Cela donne des unités évolutives et un joueur qui s’y attache et en prend soin.
Il est décevant que lorsque vous rechargez une arène pour tester une nouvelle tactique, vous en obteniez une différente nécessitant une toute autre approche. Cela peut être encore plus frustrant car il n’est pas possible de réarranger les troupes avant le début de la bataille.
Chaque fois que vous attaquez des ennemis, vous recevez une évaluation générale de vos chances de victoire. Il existe également un bouton de résolution automatique pratique, mais il n’offre pas l’option de visualiser le résultat du combat pour déterminer s’il faut jouer manuellement ou utiliser le mode automatique.
La variété des unités du jeu est-elle que vous avez peu de chance de vous ennuyer avec des situations redondantes. Si votre aventure débute avec des combats contre des bandits et des insectes envahissants, vous pouvez vous sentir à l’aise, mais,suite à une série d’erreurs et d’événements malheureux, vous êtes contraint de vous réinstaller dans un marais peuplé de morts-vivants où vous luttez pour survivre, perdant lentement vos unités vétérans et cherchant désespérément une stratégie pour vous échapper de cette situation catastrophique. Finalement, vous vous réinstaller ailleurs, confronté maintenant à une faction de nains qui semblent spécialement conçues pour contrer vos stratégies. Cette nouvelle situation fait la richesse du jeu, et cela rend l’expérience gratifiante.
Vos yeux et vos oreilles sont en place ?
Visuellement, il y a du bon et du moins bon : Visuellement, le visuel est propre, et tout est très lisible avec un grand hourra pour les écrans de chargement qui sont tout simplement fantastiques. Par contre les portraits des unités laissent beaucoup à désirer, tandis que tous les images d’objets et d’artisanat ont l’air franchement moyen. C’est pareil pour l’audio, j’ai envie de dire : La bande-son est un vrai bonheur à écouter, mais les cris des unités quand vous cliquez dessus, sont à la limite du ridicule.
Le menu des options est complet et très bien conçu, avec des options claires et utiles comme l’ajustement de la taille de police, et un curseur dédié pour les infobulles. On peut sauvegarder quand on veut, sauf durant les batailles. Vous pouvez accélérer les animations, et les différencier entre les unités de vos adversaires et les vôtres. Cependant, certaines animations d’attaque sont plus longues que d’autres, rendant le réglage de la vitesse d’animation moins pratique qu’il ne devrait l’être.
Si on n’a semble t-il pas de bugs majeurs, on ne dispose pas non plus d’un journal de quêtes et on regrettera surtout de ne pas pouvoir reconfigurer les commandes, sachant qu’en plus, il n’y a pas de menus les listant. Enfin, on regrettera surtout qu’il n’y ait pas de version française. Un oubli volontaire de la part de THQ Nordic qui nous a habitués à la localisation de ces grosses productions d’habitude. Ce qui fait penser que ce nouveau Spellforce n’était pas forcément le titre majeur du mois chez son éditeur et que cette suite n’a pas forcément eu les moyens espérés par l’équipe de développement. Mais là, j’affabule surement.
Spellforce : Conquest of EO a perdu son identité première, laissant le mélange jeu de stratégie en temps réel et RPG au placard, et proposant un gameplay au tour par tour, qui fait bigrement penser à Warlord et Age of Wonders. Même si on pourrait le lui reprocher, comme on pourrait lui reprocher des manques comme la traduction française, la reconfiguration des touches ou encore le journal des quêtes, Conquest of Eo est quand même un très bon jeu qui aura le mérite de vous tenir en éveil pendant de nombreuses heures, parce qu’il a un goût de reviens-y. Sa migration est donc réussie, même s’il manque un peu de maturité.
+ Le gameplay est facile à comprendre.
+ Les mécanismes d’apprentissage sont excellents.
+ Une belle révolution pour la licence Spellforce ….
– Journal de quêtes absent.
– Mécanique complexe.
– Une seule carte.
– Pas de version française !
– Reconfiguration des touches ?
– … Mais le jeu perd de son identité FPS/RPG.



