Cela ne vous aura sans doute pas échappé, Baldur’s Gate III est bon, très bon. Si génialement bon que la presse unanime à son sujet a rapidement entériné d’une seule et même voix son statut de nouveau standard du RPG. Et à juste titre, quoi qu’en dise Larian avec force modestie. Baldur’s Gate III est incontournable, immanquable et sera sans aucun doute sacré jeu de l’année 2023. Un jeu rare qu’aucun flagelleur mental n’aura besoin de vous forcer à aimer.
Tout commence par une larve. Une larve terrifiante et affamée qui s’introduit sauvagement dans votre cerveau en suivant votre nerf optique. Vous n’en avez que de vagues souvenirs, mais vous avez été abducté par un groupe d’ilithids (flagelleurs mentaux) dans un passé proche. L’infection de votre esprit vient de débuter à l’heure de votre réveil, vous laissant une dizaine de jours tout au plus avant que votre cérémorphose ne prenne fin. Ne vous attendent que la douleur et l’angoisse dans l’espoir d’un remède à votre condition. Faute de solution, votre mort se profile à l’horizon, bientôt suivie de votre renaissance en un nouvel ilithid suivant aveuglément les ordres de la ruche.

Le rêve d’un mage
Les évènements s’entrechoquent dans votre mémoire. D’abord, l’ouverture de votre caisson de sommeil, l’exploration d’un vaisseau ilithid en proies aux flammes, la rencontre d’une githyanki farouche à la langue aussi tranchante que sa lame, l’aide de compagnons d’infortune, l’attaque des démons des neuf enfers, et puis le crash. Inévitable. La mort toute proche, palpable, quand tout à coup, votre sauvetage mystérieux. Attrapé dans les airs par une main magique invisible juste avant de vous écraser au sol. Une sacrée entrée en scène, c’est le moins qu’on puisse dire.
» Les petits gars de chez Larian sont […] des maîtres enchanteurs qui font vibrer le lore d’un univers.
Pour beaucoup de jeux, la scène d’introduction installe un climax qu’il est bien difficile de dépasser par la suite. Une gestion de l’énergie scénaristique maladroite qui cherche à capter rapidement l’attention du joueur par peur qu’il ne passe à autre chose. Mais Baldur’s Gate III n’est pas de ceux là. Car tous les studios n’ont pas le savoir-faire de Larian. Tous n’ont pas dans leurs bagages l’expérience de développement de deux brillants volets de Divinity Original Sin. Les petits gars de chez Larian sont avant tout des conteurs d’histoires fabuleuses aux embranchements multiples. Des maîtres enchanteurs qui font vibrer le lore d’un univers, l’exaltent par le background à dévoiler de nos compagnons de route, l’approfondissent dans des livres très courts qui parsèment nos loots.

Si Baldur’s Gate III est phénoménal, c’est parce qu’à l’expertise de ce studio se couple toute la complexité faramineuse de l’Histoire, des coutumes et des traditions héritées de Donjons & Dragons. Un puits sans fond de richesses et de création mis au service d’artisans de grand talent ! C’est offrir à un mage de modeler la trame magique du monde ! Naissent alors à l’écran des décors monumentaux, soulignés dans leur grandeur par des compositions orchestrales qui insufflent à l’ensemble un souffle épique continu à l’aventure. L’ennui ne point jamais et le niveau d’implication ne fait que croître jusqu’au clap de fin du jeu. Baldur’s Gate III, c’est apprendre à jouer en oubliant de respirer.
Un livre dont vous êtes le héros
Le jeu est sublime, mais il est loin de n’être qu’une poupée de porcelaine creuse. La difficulté de retranscrire le jeu de rôle papier tient au fait qu’il est très complexe d’offrir au joueur un degré de liberté identique dans un jeu vidéo. Il faut arriver à tenir les rênes de la campagne tout en permettant la réalisation des idées les plus extravagantes qui soient. Et là où le maître du jeu peut accepter que vous décidiez de tenter d’étouffer un nain avec son propre chapelet de saucisses, la structure complexe du code informatique ne vous le permettra pas. Parce qu’il n’est pas prévu qu’une telle action soit envisageable, et qu’un ordinateur aussi puissant soit-il ne comprend pas votre sens de l’humour. Pour le moment du moins.
Alors non, je ne vais pas vous annoncer que Baldur’s Gate III a réussi à dépasser cet obstacle, ni vous faire espérer que votre niveau de liberté sera le même qu’au cours d’une campagne papier. Néanmoins, il faut reconnaître que si un jeu s’en approche à l’heure actuelle, c’est bien celui-ci. La palette de choix, d’interactions et de routes empruntables est tellement diverse qu’il me paraît bien difficile que tout le monde ne puisse y trouver son bonheur. Tout ou presque semble avoir été anticipé par l’équipe de développement, et libre à vous avec un peu d’astuce et d’huile de coude de tenter d’organiser votre run selon votre envie et votre roleplay.
Mon petit délire personnel a été, à titre d’exemple, de tenter de jouer une partie à la manière d’Ulysse. Oui, oui Ulysse, le grand héros mythologique ! L’idée était d’incarner un personnage à l’intelligence farouche, maniant la ruse avec habileté, l’intimidation au besoin et capable d’éviter les combats par la force des mots. Quoi de mieux qu’une haute elfe de grande lignée pour endosser ce rôle ? Pour être honnête, de prime abord j’avais mes réserves et je pensais que cette ambition ne pourrait pas véritablement être nourrie par le gameplay du jeu. Mais force est de constater que mes doutes étaient infondés. Après plus de 30 heures à parcourir les recoins sombres de Faerûn, les choix que j’ai faits et les boîtes de dialogues proposées m’ont parfaitement permis d’affiner la légende de mon personnage selon la voie que j’avais esquissée !


Machine à songes
Le secret de cette réussite tient à la richesse de ses mécaniques. Être libre implique d’encadrer la liberté par des règles. C’est le respect de ces règles, mais aussi la possibilité de les transgresser qui donne sens à notre liberté. Je pense qu’à ce sujet, Marcheur, notre philosophe maison, ne me démentirait pas ! La profondeur du gameplay de Baldur’s Gate III tient donc avant tout à la maîtrise de ces règles intrinsèques et à notre volonté d’aller au-delà. C’est au moment où l’on se rend compte que le jeu nous offre de voler dans les airs par magie que l’on en vient à échafauder des plans pour contourner la porte bloquée par des débris sur notre route.
Ainsi, on se met frénétiquement à tenter des choses qui semblent de prime abord quasiment impossibles mais qui nous font diablement envie. Arf ! Cette améthyste parfaite est à l’autre bout d’une carte totalement infestée par des araignées géantes ! Et si j’invoquais des mains du mage pour la déplacer petit à petit jusqu’à moi ? Fichtre ! Si j’attaque frontalement cet ennemi, il va rallier ses vingt compagnons autour de lui et c’en sera fini de notre compagnie ! Et si je lui retournais le cerveau par de jolies phrases bien tournées en rentrant dans son jeu afin de le pousser à l’autodestruction ?
Toute la beauté du jeu tient à ces « Et si ? ». Parce qu’elle est la survivance de notre âme d’enfant, de notre plaisir à imaginer des autrement, de notre jouissance dans la transgression. Bien entendu, toutes nos projections ne se soldent pas toujours par une réussite, et heureusement. Parce le temps que l’on passe sur ces systèmes, à échafauder des théories, à être à deux doigts de réussir quelque chose d’impensable dans un autre titre est un trésor. D’autant plus lorsque cela marche ! Finalement, jouer à Baldur’s Gate III c’est sauter à pieds joints dans l’enfance avec le luxe d’une vie d’adulte.
Baldur’s Gate III est une fabrique à rêves. Une immense caisse de jouets où tout devient soudainement possible et où ce qui ne l’est pas nous laisse songeur pendant des heures. Une cure de jouvence qui nous rappelle à la liberté absolue d’échafauder des plans sur la base de notre imaginaire. Le tout planté dans un cadre majestueux et tenu par une profondeur d’écriture inégalée.
+ Liberté de dessiner sa progression à sa guise.
+ Décors monumentaux et compositions orchestrales qui insufflent un souffle épique à l’aventure.
+ Toute la profondeur du lore de D&D
+ Écriture des dialogues et des quêtes principale et secondaires.
+ Des combats en grand groupe très intéressants
+ Les fils scénaristiques complexes ne permettent pas de savoir à l’avance ce qu’un choix peut entraîner comme conséquence, ce qui rend les décisions plus naturelles et les rebondissements mieux orchestrés.


– En attente d’une MAJ de qualité de vie : comparaison difficile entre l’objet looté et l’objet équipé par un personnage du groupe, possibilités de tri avancé et de réorganisation automatique des objets dans l’inventaire.
– Pathfinding du groupe à améliorer.
– Les dialogues des personnages ne prennent pas en compte ce qu’on a appris au cours de l’aventure, ce qui donne lieu à des interactions risibles.
– PNJ alliés parfois suicidaires pendant les combats
La vision de Le roa :
Baldur’s gate III n’a plus grand-chose avoir avec ses pairs. Certes, comme pour les deux premiers titres originaux, il adapte les règles de Donjons et Dragons (ici la 5.2), mais le passage du temps réel au tour par tour se fait clairement ressentir, surtout qu’au final ? il se rapproche vraiment trop d’Original Sin 2. En fait, le jeu n’est ni plus ni moins qu’un Original Sin 3 boosté et mis à jour au maximum par les Belges de chez Larian. Et, au final, vous aurez les mêmes réflexes, les mêmes stratégies, les mêmes idées et surtout la même progression qu’un Original Sin 2, avec les mêmes défauts – comme devoir absolument fouiller toute la map en cliquant sur le moindre item de décor pour espérer découvrir un chemin secret qui vous fournira une quête ou un ennemi pour passer au niveau supérieur -. Pour votre première partie, il est fort possible que vous passiez plus de temps à fouiller la carte jusqu’à plus soif, et peut-être la frustration de ne rien trouver.
Malgré le système adapté de Donjons et Dragons, si vous n’avez pas aimé Original Sin 2, vous n’aimerez pas Baldur’s Gate 3 qui, au final, à part le thème du jeu et les personnages en raccord avec les deux premiers jeux (sans spoiler), n’a plus grand-chose à voir avec ses origines. Si vous voulez véritablement une suite spirituelle à Baldur’s Gate, je vous recommande plus les Pathfinder ou autres Pillars of eternity.
Quant à moi, même si je félicite Larian d’avoir perfectionné au maximum sa recette, je lui reproche de n’avoir pas pris de risque et de s’être contenté de ce qui marche le mieux chez lui, tout en conservant cette obligation à devoir interagir avec toute la map et à parler à tout le monde pour voir la suite du jeu, sous peine de ne pas avoir le niveau suffisant pour en profiter pleinement, le rendant donc artificiellement long.
08/10


Merci pour ce test. Mais tu as mis 10/10 et tu notes beaucoup de points négatifs, peux tu nous expliquer ?
Avec plaisir !
Disons que comme toute œuvre, Baldur’s Gate III a évidemment ses défauts. Des défauts parfois un peu irritants, c’est vrai, mais qui sont tellement mineurs et négligeables par rapport à la qualité globale du jeu !
Comme nous l’évoquions ensemble en coulisses, si je ne donnais pas la note maximale à ce titre, je me demande bien à quel jeu je l’attribuerais. BG III est un vrai condensé de belles idées incroyablement bien réalisées. Il m’a porté du début à la fin, sans jamais ralentir la cadence, et c’est aussi à cette expérience inoubliable que je veux rendre hommage par ma note.
D’autant plus qu’il ne fait absolument aucun doute que ces petits défauts seront revus et patchés d’ici quelques semaines. Larian a toujours pris soin de ses jeux précédents, et au vu des patch notes de ces derniers temps, je n’ai aucune crainte quant à l’avenir de celui-ci.
Merci de m’avoir lu et n’hésitez pas à poser vos questions les amis rôlistes !
Je reste à l’affut !
J’aurais mis exactement la même note. Nous sommes sur la même longueur d’ondes. GG
Ravi de le lire l’ami !
Profite bien de ton aventure en Faerun ! 🙂
Merci Furvent. Test très agréable à lire. 10/10 à toi aussi. 😉
Ooooh ! Merci pour ce commentaire très agréable ! (10/10 à toi aussi pour ton taff de relecture, tu assures !)
Merci Le Roa pour ton complément. Tu apportes une vision de l’héritage de la licence que je ne pouvais pas donner, n’ayant pas joué aux deux premiers épisodes.
Cependant, ayant joué aux deux volets de DoS, je suis en désaccord avec toi concernant les reproches que tu adresses au titre. Pendant ma progression, je ne me suis pas senti contraint à tout explorer, ni à dialoguer avec tous les personnages. Ce serait d’ailleurs peine perdue, car certains dialogues n’ont lieu que si tu as la bonne race de départ, la bonne classe ou encore la capacité à dialoguer avec les animaux.
Malgré cela, ma progression ne s’est pas vue impactée ni édulcorée, et n’ayant pas senti de longueur dans l’aventure, je m’inscris en faux sur ce point précis. Au contraire !
Mais c’est dans la confrontation de points de vue que l’on fabrique le sien propre, alors merci encore !
Je vais prendre un exemple typique de l’époque d’Original Sin 2 et cela dès le départ avec Fort joie. Je fus partie de la très grande partie des joueurs qui pour la première Run fut bloquer dans le début de fort joie car impossible d’aller plus loin a cause des niveaux des mobs trop élevé dans les marécages ou sous la forteresse. Je m’en souviens très bien, nous étions nombreux à ratiboiser la moindre portion de la plage pour trouver la moindre quête ou le moindre ennemi qui nous permettez d’avoir le saint level Up supplémentaire qui nous rendrait enfin égaux à nos futurs adversaires. Au final a force de rien trouver la solution fut extrêmement simple … génocidé tous les gardes de forte joie un par un et vidé intégralement la forteresse. Plus tard pour mon deuxième run, ce fut plus rapide et facile car je connaissais l’emplacement des quêtes nécessaire à l’obtention des niveaux et pour mon troisième run se fus encore plus rapide forcément.
Là pour Baldur’s Gate 3 pour la 3ième map (les terres maudites), j’ai passé plus que la moitié de mon temps de jeu a cherché le moindre pixel pour trouver le moindre gramme d’XP pour me permettre enfin de battre « la tour. » Finalement j’ai dû utiliser un guide (map qui indique l’emplacement de tous les ennemies et de toutes les quêtes) pour enfin obtenir mon level up manquant et franchement…certains emplacements sont à ce tiré les cheveux. d’où justement mon refus de recommencer le jeu et d’attendre les mods pour augmenter le gain en XP car je n’ai pas envie de refaire tout ça y compris si je connais déjà l’emplacement. Je veux plus de liberté de progression et na pas avoir a refaire la même chose quand je recommencerais. Qu’importe si pour la prochaine fois je finis ma quête différemment, ça restera la même avec les mêmes objectifs, les mêmes personnages ETC et donc le même train train…
Encore une fois ce fut pareil avec la première map, j’avais beau avoir fini toutes les quêtes de la map (selon ce que j’avais exploré) je n’arriverais pas à avoir le bon level up pour avancer. Donc j’ai du génocidé tous les gobelins pour avoir l’XP.
Plus tard j’ai finalement utilisé la map qui indique l’emplacement des quêtes et des ennemies et effectivement…j’ai saignez du nez tellement qu’il y a de truc planquer nécessaire a la progression. Baldur’s Gate 3 est le seul jeu Larian où j’ai de suite sorti la map guide sur le net pour trouver l’emplacement des quêtes et des ennemies.
Et vraiment j’insiste mais je ne suis pas du tout le seul, beaucoup se sont plaint d’etre bloquer très tot dans le jeu à cause de ça.
Cependant ce n’est pas un défaut du jeu, mais juste une exigence et une manière de faire que certains n’accepteront pas et qui est propre a certains RPG. Ce qui confirme que ce jeu reste un jeu de niche et ces biens malgré son énorme succès. Pour ma part , je n’aime pas marcher pendant des heures en me demandent où je dois aller avec comme seul indice un journal de quête qui ne donne pas vraiment de précision et des PNJs qui a part du lore ne me donne aucune aide. (Tout l’inverse de Morrowind).
Après je ne sais pas comment tu à jouer et surtout je ne peux pas juger quelqu’un sur comment il ressent son jeu. Ce n’est pas un désaccord mais simplement une préférence personnelle. Donc pour moi le plus important ce n’est pas que tu sois en désaccord avec moi mais que tu aies trouvé ton compte sur ce très bon jeu qui prouve encore que le RPG à l’ancienne est toujours vivant.
Pour moi par contre , ce fut laborieux et savoir que je vais devoir reparler à tous ses personnages et refaire tout ça et tout les trajets avec juste un build différente ça me ne donne pas envie et sans mod je n’y retournerais pas malgré toutes les qualités indéniables du jeu.
Merci pour ton article, je cherche justement un RPG en ce moment, et u m’as convaincu de me lancer dessus. Les notes sont effectivement extrêmement positives.
Au plaisir l’ami !
Franchement aucun risque, tu vas t’éclater !