Le jRPG ne se résume pas uniquement à des héros musclés devant vaincre un mal ancestral grâce au pouvoir de l’amitié. Le genre permet d’explorer toutes sortes de situations, de décors et de personnages, et la saga Blue Reflection en est la preuve éclatante. Créée par Gust, le studio derrière la série Atelier, cette franchise nous plonge dans le quotidien d’un groupe de jeunes filles destinées à sauver le monde, mais sous un angle bien plus intime et humain.
Blue Reflection Quartet constitue la compilation définitive de cette saga. Elle réunit les deux titres sortis sur console, Blue Reflection et Blue Reflection : Second Light, ainsi qu’une adaptation jouable de l’anime Blue Reflection Ray et une « recréation » du jeu mobile Blue Reflection Sun. Une formule pensée pour rassembler toute l’histoire de la franchise en un seul lieu, même si, vous le constaterez, tous les volets ne boxent pas dans la même catégorie.

Blue Reflection – L’origine de tout
L’histoire débute aux côtés de Hinako Shirai, une danseuse de ballet talentueuse dont la carrière est brutalement fauchée par une grave blessure au genou (façon Skyrim). Déprimée et en manque de repères, sa vie bascule lorsqu’elle obtient le pouvoir de devenir une Reflector, une héroïne magique chargée de s’aventurer dans le Common, un monde parallèle où se matérialisent les émotions négatives humaines.
Elle ne sera heureusement pas seule et pourra compter sur le soutien des sœurs Yuzu et Lime. Hinako et ses amies devront ainsi épauler leurs camarades de classe pour surmonter leurs traumatismes personnels tout en affrontant une menace d’une tout autre envergure, les Sephira, des entités résolues à anéantir les émotions de l’humanité.

Côté prise en main, Blue Reflection propose du jRPG au tour par tour classique mais agrémenté de belles trouvailles. Les affrontements exploitent une ligne temporelle affichant l’ordre de passage ainsi qu’une jauge d’Ether ; plus vous en accumulez, plus vous pouvez enchaîner les offensives et même revêtir votre forme de Reflector pour libérer des pouvoirs dévastateurs.
L’exploration représente en revanche le point faible du tableau ; les décors du Common s’avèrent répétitifs et se résument à de petites zones sans grande découverte. Malgré tout, en progressant et en éliminant les monstres, vous mettrez la main sur des Fragments, des éléments permettant d’équiper les souvenirs de vos camarades afin de booster vos statistiques.



Blue Reflection Ray – Une étrange expérience
Blue Reflection Ray adapte l’anime éponyme, transformé pour l’occasion en expérience interactive au sein de cette compilation. L’intrigue suit Hiori et Ruka, deux nouvelles Reflector amnésiques contraintes de parcourir le Common pour recouvrer leurs souvenirs et comprendre leur mission.

Le souci réside dans le fait que cette « adaptation » est extrêmement rudimentaire. Le gameplay se limite à déambuler dans des décors vides afin de ramasser des « Fragments de Mémoire ». Pas de combats, aucun système d’évolution, ni le moindre élément propre à un jeu vidéo traditionnel.
Dès qu’un fragment est récupéré, une simple illustration fixe tirée de l’anime se déverrouille avec un court texte narratif. Sans avoir visionné la série originale, l’ensemble se révèle obscur et dénué de tout contexte. Il s’agit en réalité d’un walking simulator d’une heure faisant davantage office de bonus dispensable pour les inconditionnels de la série animée.



Blue Reflection Sun – Un fantôme du passé
Blue Reflection Sun était à l’origine un jeu gacha sur smartphones jamais paru en dehors du Japon. Pour ce Quartet, le développeur Gust a remanié l’ensemble sous la forme d’une aventure solo en supprimant les mécaniques de monétisation et en adaptant sa trame narrative.
Le récit place aux commandes un protagoniste masculin dirigeant une escouade « d’Érodés » (des survivants dotés de pouvoirs) au cœur d’un monde ravagé par une mystérieuse pluie de cendres.

La boucle de jeu s’avère particulièrement monotone ; vous parcourez l’établissement scolaire à la recherche de camarades désireuses de partager leur histoire, vous filez en salle de commande pour visionner une courte cinématique et vous terminez par un affrontement dans le Common, avant de répéter la boucle indéfiniment.
On ressent clairement une adaptation précipitée afin d’offrir l’histoire du jeu mobile aux curieux, sans apporter le soin nécessaire à la profondeur ou à la qualité globale de l’expérience.



Blue Reflection : Second Light – Le sommet de la saga
La véritable pièce maîtresse de cette compilation reste sans conteste Blue Reflection : Second Light. L’aventure met en scène Ao Hoshizaki, une lycéenne qui se réveille amnésique dans un monde parallèle en compagnie de trois autres jeunes filles.
Pour percer ce mystère et regagner leur foyer, elles devront explorer les Heartscape, des représentations distordues de leurs propres mondes intérieurs. Tout en conservant la sensibilité et l’émotion propres à la licence, l’intrigue profite d’un univers bien plus travaillé et d’un casting de personnages bien plus attachant et varié.

Le système de combat gagne en dynamisme et en richesse : la mécanique d’Equipment liée aux transformations a été affinée et le système de combo apporte une belle fluidité aux affrontements. L’exploration franchit également un palier notable avec des environnements plus variés, fourmillant de détails et assez vastes pour donner envie de quitter le sentier principal.
Mais la véritable réussite de Second Light réside dans ses quêtes annexes ; loin du simple remplissage habituel de nombreux jRPG, chaque requête débloque non seulement des compétences utiles, mais aussi des moments narratifs intimistes approfondissant la psychologie de chaque héroïne. Une formule démontrant que la force d’un groupe ne repose pas sur de simples statistiques chiffrées, mais bien sur les liens tissés entre ses membres.



Sur le plan graphique, Blue Reflection Quartet offre un joli coup de jeune aux deux épisodes principaux grâce à des textures et des modèles 3D affinés. La patte artistique de Mel Kishida demeure l’un des charmes majeurs de la franchise avec des designs soignés et débordant de fraîcheur. La technique souffre néanmoins de quelques choix curieux. En premier lieu, lors de la sélection d’un jeu dans le menu principal, l’application se ferme pour relancer une fenêtre dédiée au titre choisi au lieu de proposer une transition transparente.
En second lieu, alors que le titre tourne sur un stockage NVMe ultra-rapide capable de charger Death Stranding 2 en un éclair, le moindre engagement en combat demande un délai de chargement similaire, ce qui reste difficilement justifiable vu le rendu visuel global. Une meilleure optimisation n’aurait pas été de refus sur ce point.
Au final, Blue Reflection Quartet s’avère une compilation intéressante mais en demi-teinte. D’un côté, elle représente le moyen idéal de découvrir les deux opus principaux, tout particulièrement Second Light qui demeure un jRPG brillant et sous-estimé. Le tarif proposé reste plus avantageux que l’achat séparé des épisodes, et les améliorations visuelles comme de confort sont très appréciables.

En revanche, les adaptations de Ray et Sun déçoivent fortement. Ray ressemble à une expérience manquée, incapable de retranscrire la force de l’anime, tandis que Sun prend l’aspect d’une version édulcorée du titre mobile d’origine. Deux ajouts qui font davantage figure de remplissage que de valeur ajoutée.
Si vous consultez les avis sur Steam, ne vous laissez pas décourager par la note « moyenne » ; la plupart des commentaires négatifs proviennent de joueurs mécontents de la censure, car on ne voit plus les sous-vêtements des protagonistes. Cela ne gâche absolument pas l’expérience de jeu.

Si vous appréciez les productions de Gust ou êtes en quête d’un jRPG axé sur la sensibilité et des récits intimistes, Blue Reflection Quartet mérite votre attention, en gardant en tête que deux titres sur quatre justifient pleinement l’achat. Une très belle porte d’entrée pour les nouveaux venus et une compilation à réserver en promotion pour les habitués de la saga.


Blue Reflection Quartet est d’ores et déjà disponible sur PlayStation 5, Nintendo Switch, Nintendo Switch 2 et PC via Steam.

