A l’occasion de la sortie de la compilation Etrian Odyssey Origins Collection, je vous propose de (re)découvrir la saga par le prisme de mon regard neuf sur chaque opus. N’ayant jamais joué à la trilogie originelle lors de sa sortie sur DS, je prends plaisir à l’arpenter pour vous dans le confort de sa version PC. Sachez toutefois qu’une version Nintendo Switch est aussi disponible pour un prix similaire, si vous préférez tenter l’aventure en mode nomade, au plus près des sensations des jeux d’origine. Alors sans plus attendre, plongeons ensemble dans ce premier épisode !
Parfois, il y a comme une aura de légende autour d’un jeu. On ne le connaît que de nom et de réputation, sans trop savoir de quoi il retourne, et pourtant sa simple évocation en impose. Comme si dans nos gènes de joueurs, nous savions instinctivement l’aventure qui nous attend, le périple qui sera le nôtre dès que nous aurons fait nos premiers pas dans l’univers qu’il nous propose. Comme si dans le même temps, nous appréhendions de ne pas être à la hauteur, incapables d’apprécier ce qui en bouleverse d’autres. Une forme de vertige exaltant qui nous pousse dans deux sens contraires à la fois. J’ai cette sensation avec une poignée d’expériences que je n’ai pas encore eu l’occasion, le temps ou la chance, de vivre.

Fleurs de Bashō. Etrian Odyssey fait justement partie de ces expériences. Mentalement, cela résonne comme la quintessence d’une expérience, la promesse d’un renversement sensoriel, et c’est dans cet état d’esprit un rien fébrile et intrigué que je commence l’aventure de la saga. L’histoire s’imprime à l’écran et pourrait tenir sur un post-it. Malgré tout, ces quelques lignes d’ouverture suffisent à nimber de mystère ma progression future.
» Etrian Odyssey, c’est comme un vin très fort. Il faut le déguster par petites gorgées au risque de s’en dégoûter. Triompher de ce jeu, c’est maîtriser son temps.
On me raconte qu’un matin, un labyrinthe végétal s’est ouvert sous la ville d’Etria et a tout englouti. Les lignes sont sibyllines. Elles évoquent une ancienne puissance perdue, l’affront de l’Homme à mère Nature, et un roi maudit ancestral régnant dans les abysses. Elles disent aussi la curiosité et l’avidité de toutes les guildes d’aventuriers du coin. Toutes sont descendues dans le dédale, mais se sont heurtées à la difficulté et aux dangers qui rodent dans ses allées. Quant à moi, j’ai été choisi pour mener la dernière guilde et affronter les secrets des profondeurs. Concision, nébulosité, efficacité.
A l’image d’un haïku, l’écran titre ne dévoile sa poésie qu’en prenant le temps de savourer la rareté des mots qui le composent. Il faut patiemment les peser pour pouvoir dévoiler ce qu’ils disent, et surtout ce qu’ils taisent. Dès cet instant, les questions fleurissent par dizaines dans mon esprit rêveur. J’ai soif d’arpenter les sentiers tortueux qui s’annoncent !
Pleurs de rageux. La légèreté retombe d’un cran à l’instant où j’entre dans le coeur du jeu. L’heure est aux préparatifs, et la tâche ne doit surtout pas être prise à la légère si je veux pouvoir découvrir tous les recoins du donjon. Je peux recruter trente compagnons pour composer au moins une équipe de cinq personnages. Ils doivent être choisis parmi les neuf classes disponibles au début du jeu : lansquenet, survivaliste, protecteur, traqueur, guérisseur, alchimiste et troubadour. Le rônin et l’envoûteur se débloquent plus tard dans l’aventure mais me font vraiment très envie !
Chaque classe se positionne plutôt à l’avant ou à l’arrière du terrain pendant les affrontements, et se spécialise dans un type de combat. L’accent est mis sur la diversité, et trouver les bonnes synergies sera une condition sine qua non à la victoire. Je pense cependant que si êtes un néophyte comme je le suis, il est fort possible que vous fassiez les mêmes choix de composition. Formaté à la sacro-sainte trinité Tank/DPS/Healer, et n’étant pas un joueur habitué aux grands groupes proposés dans les JRPG, j’ai orienté mon groupe sur deux simili tanks et un DPS à l’avant (Lansquenet à l’épée, Protecteur au bouclier et Survivaliste à l’arc) soutenus par un gros damage burst et un healer à l’arrière (Alchimiste multi-éléments et Guérisseur).
Pour être honnête, cette composition très agréable à jouer, est issue de ma seconde partie. Après trois heures à tenter une autre composition, j’ai compris mes erreurs et j’ai préféré repartir sur de bonnes bases. Un petit conseil si vous débutez : intégrez un alchimiste à votre équipe, ce sera LA classe top tier de votre aventure. Capable de cibler les faiblesses élémentaires des ennemis et de comboter avec le Lansquenet, il vous ouvrira les portes de la gloire !


In vino veritas. Etrian Odyssey, c’est comme un vin très fort. Il faut le déguster par petites gorgées au risque de s’en dégoûter. Triompher de ce jeu, c’est maîtriser son temps. C’est accepter de lire attentivement les vingt compétences de chaque personnage, d’imaginer sa progression sur la durée et ses liens avec les autres avant d’investir des points. Mais aussi, de manière contre-intuitive, accepter de ne pas équiper intégralement toute son équipe de pied en cap. L’argent est précieux, rare et tout coûte affreusement cher. Il faudra être économe au risque de ne plus pouvoir ranimer ses personnages tombés au combat, ni de soigner son groupe à l’auberge.
Mais le point le plus représentatif de cela réside dans une fonctionnalité dont nous n’avons pas encore parlé, et qui est pourtant l’un des éléments phares du titre : la carte. Pour faire simple, aucun marchand ne volera à votre secours pour vous vendre la carte de la zone. Vous ne la trouverez pas non plus dans un coffre, et ne la dévoilerez pas en activant des tours de contrôle. En tant que meneur de guilde, vous jouerez le rôle du cartographe ! Et si le jeu vous propose de placer les tuiles du sol lorsque vous marchez sur une case, c’est à vous qu’est dévolue la responsabilité de tracer les murs et de renseigner les éléments rencontrés via des icônes ou du texte.
Ce qui pourrait sembler archaïque à certains fait pourtant tout le sel et la cohérence du titre. En obligeant le joueur à créer la carte de la zone, le jeu ralentit automatiquement la cadence et nous force à prendre des décisions posément. Ajoutons à cela un système de rencontres aléatoires avec les monstres, qui tend à se réduire de plus en plus à mesure que l’on progresse dans le labyrinthe, et la tension est à son comble. Dois-je continuer plus loin dans ce couloir au risque de m’aventurer trop loin, ou devrais-je quitter le dédale pour mieux revenir ensuite ? Délicieux.
La valeur au nombre de ses ennemis. Surtout que ces couloirs, vous risquez de les sillonner encore et encore, jusqu’à plus soif. La tenancière du pub du village fait office de donneuse de quête, comme dans tout RPG qui se respecte. Et en cette qualité, elle va vous faire voir du pays ! Untel a besoin de ressources, un autre de nettoyer une zone du labyrinthe de ses monstres… Vous connaissez la chanson. Heureusement, ces longues séances de farm seront aussi l’occasion de pexer et de passer quelques niveaux, qui rendront les différentes strates du donjon de plus en plus accessibles et familières. Notons que ces missions permettent au passage de débloquer un fil d’Ariane bien pratique pour se sortir des situations les plus délicates.
» Un petit conseil si vous débutez : intégrez un alchimiste à votre équipe, ce sera LA classe top tier de votre aventure.
Et croyez moi, vous en aurez bien besoin ! Car les lieux se peupleront rapidement de mobs plus coriaces – les FOE pour Formido Oppugnatura Exsequens – que vous rencontrerez toujours aux mêmes endroits et qui auront au moins le bon goût de s’afficher sur la carte du niveau. Outre leur brutalité exceptionnelle, ces monstres patrouillent sur une partie de la map lorsque vous vous déplacez. Ils offrent bien entendu un loot intéressant, à la hauteur du challenge qu’ils imposent à votre équipe.
Une bonne occasion de découvrir les joies de l’échoppe du village, qui vous propose quelques objets basiques au début de votre progression, et ne cesse de s’étoffer à mesure que vous vendez vos trouvailles à la marchande. Chaque objet, même le plus insignifiant vous permet de débloquer l’accès à une arme, une armure, un accessoire ou un remède. Un élément qui amène beaucoup de cohérence à l’ensemble et apporte un supplément d’âme au village d’Etria, puisque l’impression de faire progresser la recherche et la ville est véritablement palpable à travers cette petite touche RP.
Etrian Odyssey est une expérience captivante dans l’exigence de planification et de mesure qu’elle demande au joueur. L’exploration prudente de son labyrinthe végétal, la micro-gestion de chacun des personnages de son groupe et la dépense parcimonieuse des ressources sont la promesse d’un gameplay ciselé et méthodique. Il saura ravir le joueur de RPG le plus allergique aux JRPG habituels.
+ Durée de vie conséquente estimée entre 50 et 90 h selon votre style de jeu
+ Rythme propice à la réflexion et à la planification
+ Micro-gestion de l’équipe et des synergies entre les personnages
+ Carte dessinée et légendée par le joueur
+ Courbe de progression jubilatoire
+ Ambiance mystérieuse captivante
+ Mécanique RP de l’enrichissement des produits de la boutique

– Répétitivité des combats et longues phases de farm
– Manque une aide pour comprendre certains aspects du jeu
– Le recrutement nécessite de pexer de zéro le nouveau personnage (pas de bonus xp ou d’équivalence possible)


Merci pour ce retour. J’ai toujours attendu ce jeu qui n’était que sur console et je voulais savoir ce qu’il valait sur PC. Je suis rassuré.
Et bien pour un premier test, tu t’en es parfaitement bien tiré Furvent ! Bravo et merci. Hâte de te lire de nouveau.
Tout le plaisir est pour moi ! Merci pour vos commentaires !
On se retrouve vite pour le second opus 😉
un petit message pour signaler que le jeu est sur le dernier humble choice .
J’avais le souvenir de ce test et c’est l’occasion maintenant pour moi de le tester 🙂
Merci pour l’info Crest. On en veut plus lecteurs !