Quest for Infamy

Ce test a été écrit par Iosword et publié à l’origine le 23 septembre 2014 sur le site RPGFrance.

Note de l'auteur
04/10

Peut-être que certains se souviennent de Sierra, paix à son âme. Mais est-ce que certains d’entre vous ont joué aux Quest for Glory ? Série débutée en 1989, mélange de point & click et de jeu de rôle, qui comporte quatre opus – le cinquième étant oubliable. Une formule hybride assez étonnante que nous n’avons pas vraiment revue depuis. Pourtant, en cette année 2014 deux projets ont marqué une renaissance du genre : Heroine’s Quest: The Herald of Ragnarok et Quest for Infamy. Le premier est un freeware, le second un projet kickstarter abouti et vendu pour 19,99€. Le premier nous fait incarner une jeune fille qui va devenir une héroïne et l’autre, un homme d’âge moyen qui est censé devenir infâme. Deux jeux bien différents et pourtant bien comparables. Aujourd’hui, je m’intéresse donc à Quest for Infamy !

Vous en avez marre des héros respectueux et chastes ? Venez par ici, vous incarnerez un pervers !

Dans Quest for Infamy, nous incarnons Roehm : brunâtre aux cheveux longs qui est apparemment suffisamment charismatique pour sauter tout ce qui bouge. Il aime se soulager la vessie sur les cadavres dépecés de ses ennemis et est accompagné par un narrateur aussi pervers et juvénile que lui. Pour enfoncer le clou, le narrateur ne cesse de rappeler à quel point Roehm est infâme et il n’arrête pas de faire des commentaires dont on se passerait bien.

S’il est essentiel au jeu – c’est lui qui nous décrit ce qui nous entoure et qui nous aide à avancer – il n’est pas aussi agaçant qu’Imoen ou Navi, mais essaye apparemment d’obtenir une place au podium. Bref, revenons à Roehm, le brunâtre est donc grossier et pervers. Ce qui en soit ne me gêne pas. J’aime le politiquement incorrect et la grossièreté, les propos trash ne me dérangent pas. Encore faut-il que ces propos aient une raison d’être car durant tout le jeu et malgré un bon niveau d’écriture, tout ou presque repose sur un humour lourd et gras qui sombrerait même parfois dans le pipi-caca. Or c’est le genre d’humour infantilisant qui m’insupporte très vite, après m’avoir vaguement fait sourire quelques secondes.

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Les dialogues ne volent pas toujours très haut mais certains valent le détour.

Voici donc le premier et principal problème de Quest for Infamy : l’infamie, où est-elle ? De temps en temps vous aurez en effet des choix à faire, qui auront plus ou moins de conséquences, la plupart du temps cela modifiera juste le score d’infamie présent sur la feuille de personnage. Certains de ces choix seront effectivement des actes infâmes et pourront causer la mort d’un PNJ, mais au final, les diverses intrigues manquent de profondeur. Je n’ai pas vraiment eu l’impression d’être l’ordure que l’on me vendait et d’ailleurs j’ai manqué de motivation durant quasiment tout le jeu car je ne voyais pas l’intérêt de mes actes ou de leurs accomplissements.

Et, car je ne compte pas lui offrir de louanges, s’il n’y avait que cela Quest for Infamy ne serait pas forcément un mauvais jeu, mais il a bien d’autres défauts. Tout d’abord, les doublages : pour rester dans la tradition et dans l’hommage, il fallait que l‘intégralité des dialogues (et des commentaires du narrateur) soient doublés. Ce qui ne serait pas une mauvaise chose si les doublages avaient été bons… Tout n’est pas à jeter et certains personnages, dont heureusement le PJ et le narrateur, sont bien doublés, mais pas la masse restante. On trouve des accents forcés qui agacent après avoir fait rire quelques secondes, des enregistrements de mauvaise qualité avec de l’écho et des bruits de fond, des gens qui prennent des voix de tête pour doubler un autre personnage sans que l’astuce ne marche. Bref, les doublages ne sont pas à garder en mémoire et certains auront comme moi tôt fait de couper le son et de se contenter de lire les textes.

Ensuite, le jeu maîtrise totalement son côté graphique « pixel art » à l’ancienne avec de nombreuses références aux Quest for Glory. C’est beau, coloré, parfois étonnant, car tous les styles vestimentaires se mêlent dans cet univers plus ou moins fantaisiste. Mais assurément, il y a une pâte très agréable qui rend les environnements enchanteurs et le character design est réussi. Malheureusement, là encore un problème se pose dans la résolution d’écran proposé : 960 * 720. Je comprends la volonté de faire comme son aîné, mais je ne pense pas qu’il ait été nécessaire de garder une résolution aussi basse qui finit par fatiguer les yeux.

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Rien à redire sur la DA, j’aime bien les gros pixels.

Est-ce un jeu de rôle ou point & click ?

Quest for Glory était un hybride entre ces deux genres qui ont pourtant peu en commun, il en va de même pour Quest for Infamy. Le principe du jeu est simple, comme dans n’importe quel point & click vous enchaînez les tableaux à la recherche d’indices et d’objets pour résoudre diverses énigmes. Celles que vous propose Quest for Infamy sont assez simples et à vrai dire c’est surtout la recherche d’items qui vous prendra du temps. Détail un peu frustrant, Roehm ne doit pas aimer lire et écrire, aussi il ne tient pas de journal de quêtes et vous aurez parfois tôt fait de vous embrouiller entre plusieurs quêtes ou tout simplement d’oublier ce que l’on attendait de vous. Or la plupart des dialogues de quêtes ne sont pas répétables. Alors si votre mémoire vous fait défaut, la seule solution sera de recharger une partie antérieure ou d’aller voir un let’s play, au choix. De même, un autre détail technique frustrant, les changements d’écran. Ceux-ci semblent parfois se faire au pixel près et sur certains tableaux deux ou trois essais peuvent être nécessaires pour en sortir, ce qui peut vite être lassant.

En parlant d’énigmes, la plupart ne sont pas compliquées et vous ne serez que assez peu frustré. Si cela arrive, c’est souvent que vous ne trouverez pas un item situé dans un lieu absolument illogique, ou que vous aurez manqué un indice. Bien que ce soit assez rare, il peut aussi arriver que les énigmes se résolvent de plusieurs façons. Généralement, le jeu impose sa façon de faire de manière arbitraire. Ainsi, si vous être un brigand, vous devrez faire comme un brigand, qu’importe que vous ayez des bracelets magiques pour vous aider, cela ne fonctionne pas.

Je parle de brigand, mais j’ai oublié de préciser que dans Quest for Infamy trois voies sont disponibles. Peu après être arrivé dans la première ville – après avoir fui à cause d’une sombre histoire de fesse un château lointain en pleine nuit -, vous devrez faire un choix entre trois classes :  le brigand (guerrier), le mage et le voleur. Chacune possède un arc scénaristique légèrement différent et des quêtes propres, de quoi booster un peu la rejouabilité du soft qui propose déjà une durée de vie conséquente : environ 25 heures en prenant un peu son temps.

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Voici la maigre feuille de personnage et l’inventaire : tous deux assez gadget.

Pourtant, tu aurais pu me plaire Lonaria…

Côté jeu de rôle,  nous avons finalement peu de choses. Le jeu ne s’adresse pas vraiment aux rôlistes que nous sommes. Ainsi la feuille de personnage est plus là pour décorer qu’autre chose. Il n’y a pas de création de personnage et pas vraiment de système de points d’expérience, car tout est scripté. D’ailleurs, cela devient vite frustrant aussi. Dans Quest for Infamy, un jour est divisé en trois parties : la journée, le crépuscule et la nuit. Parfois, vos quêtes vous demanderont d’agir à un moment précis de la journée ou des événements n’ont lieux qu’à certains moments.  Certains PNJ partent se coucher quand d’autres traînent dans les rues. Idem pour les monstres qui envahissent les cimetières quand le soleil se couche. 

Or c’est très bien les cycle jour nuit, le seul problème qui se pose est que tout est scripté. Et si nous avons vite la possibilité de dormir pour aller à la période qui nous sied le plus, cela ne servira qu’au mieux à se lever le matin pour aller travailler sur les docks. Parfois, tant que l’objectif n’aura pas été accompli, il peut se passer 12 heures que la lune brillera toujours du même éclat. Et comme je le disais plus tôt, vous ne pouvez faire que ce que le jeu vous permet, donc inutile d’espérer tuer des PNJ, si le jeu ne l’a pas prévu. De même, Roehm a besoin de se nourrir et de dormir mais seulement quand le jeu l’exige ! Aussi vous pouvez vous promener pendant dix jours sans que ce dernier ne daigne avoir faim. L’interface, elle aussi, est très minimaliste mais fait bien son office, même si les raccourcis claviers se montrent bien plus indispensables que cette dernière.

Autre problème qui pointe son nez, c’est le système de combat qui est juste nul. Il n’y a pas d’autre mot. Le principe est simple : c’est une sorte de tour par tour assez lent, vous avez trois types de coups (de taille, d’estoc,…), une esquive et une potion. Logiquement, selon la position de votre adversaire et de son coup précédent, vous ne pourrez le toucher qu’avec l’une des trois attaques proposés. Seulement, c’est purement et simplement de l’aléatoire, aucune logique ne se dégage et finalement, c’est au bonheur la chance que les combats s’écouleront. A l’instar de la résolution d’écran, faire des hommages c’est bien, mais nous ne sommes plus en 1989. Aussi, avoir un système de combat aussi aléatoire et frustrant que ce que nous propose Quest for Infamy, c’est se tirer une balle dans le pied. Heureusement que les combats ne sont pas prédominants.

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N’essayez pas de trouver une logique au système de combat, cela serai une perte de temps.

Voilà, je n’ai rien de plus à dire sur Quest for Infamy, sinon que, le stretch goal ayant été atteint sur Kickstarter, une traduction française devrait voir le jour prochainement pour les anglophobes qui sont parmi nous et qui seraient intéressés par ce jeu.

Cela m’attriste de ne dire que du mal de Quest for Infamy, car ce dernier avait tout pour plaire. Des graphismes enchanteurs, une qualité d’écriture correcte, un univers bien construit et vivant, des mini-jeux qui font varier le gameplay et plein de personnages hauts en couleurs. Seulement, il m’a agacé par son humour enfantin et le manque d’implication du PJ dans l’univers… De là, j’ai décroché et à chaque fois que j’ai rééssayé, il n’a fait que m’agacer surtout à cause de ses erreurs techniques et par son côté très arbitraire.

Quest for Infamy n’est pas un mauvais jeu : il ne m’a pas plu et je ne pourrai pas le conseiller, surtout pour vingt euros. Mais ce n’est pas un bon jeu non plus au regard de tous les défauts qu’il accumule. Si ce type d’humour vous plait et que ses maladresses ne vous effraient pas, peut-être que vous passerez du bon temps dans les plaines de Lonaria. Si cela ne vous dit rien mais que vous voulez quand même vous essayer à ce mélange étrange entre point & click et RPG, je vous conseille de dépoussiérer une vieille boite de Quest for Glory ou de vous tourner vers Heroine’s Quest qui vous offrira une expérience RPG plus poussée et qui au mieux, vous fera perdre quelques heures et non quelques précieux deniers. Et si l’optique de jouer un rustre vous plait, alors préférez lui The Bard’s Tale d’InXile.

+ Bel hommage aux Quest for Glory…
+ Graphismes maitrisés et sympathiques
+ Durée de vie conséquente
+ Qualité d’écriture correcte

– Qu’il n’égale malheureusement pas
– Humour gras et juvénile
– Système de combat aléatoire
– Doublage parfois très mauvais
– Absence de journal de quête ou d’indication

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Site ayant vécu de 2009 à 2022 et traitant de l'actualité des jeux vidéo RPG. Le site ayant disparu, l'équipe de RPGjeuxvidéo, sous l'action de Killpower, ancien président de RPGFrance, a essayé de rendre hommage aux nombreux rédacteurs qui ont participé au site, en reproposant leurs articles qui, sinon, auraient été perdus à jamais. Si vous êtes l'auteur de cet article, contactez-nous et inscrivez-vous, nous mettrons le texte à jour.
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