Wartales

Note de l'auteur
08/10
Note RPG
08/10
Studio : Shiro Games
Genre : RPG tactique en monde ouvert
Langues disponibles : Français, Anglais et autres (textes)
Plateforme : PC (Steam, GOG)
Démo : Oui

Attention : ce jeu dispose de plusieurs DLC, mais je n’en ai acheté qu’un (le premier, Pirates of Belerion)… et à peine entamé. J’ai passé près de 110 heures sur Wartales avant de le mettre un peu de côté – non pas par lassitude, mais parce que d’autres bons titres sont arrivés, et que le temps de jeu, parfois, se fait rare.

Mais pour ce test, je m’y suis replongé… et le plaisir est revenu immédiatement. Preuve d’un grand jeu. Cela dit, ce test est à lire avec une réserve : je n’ai pas « fini » Wartales (mais le jeu a-t-il vraiment une fin ?) et certaines critiques peuvent avoir été revues ou corrigées dans les autres DLC que je n’ai pas testés. Voilà, c’est dit.

“La compagnie des honnêtes gens est un trésor.”
Proverbe oriental

Pas sûr que dans Wartales, l’honnêteté soit le leitmotiv de notre troupe. Bien au contraire, sinon le jeu se serait appelé Peacetales…

Wartales, c’est un RPG tactique au tour par tour, mais avec une emphase principale : la gestion d’une bande de mercenaires dans un monde médiéval assez crasseux, où chaque village, chaque région, chaque ville est un lieu de galère, de contrats, de dilemmes moraux… Les combats sont à l’égal de l’exploration, des fins en soi pour pallier le vrai nerf de ce jeu : survivre et faire en sorte que nos renégats puissent gagner de l’argent et, accessoirement, ripailler et s’équiper. Bienvenue dans le parfait mélange entre Le Nom de la Rose, Les Visiteurs et La Compagnie noire.

WARTALES 000
WARTALES 001

LE JEU …

Tout commence par des choix. Le choix d’avoir plutôt des troupes de départ orientées distance ou corps à corps. Il va falloir choisir des « dons » de départ, avec leurs bonus et malus, comme commencer avec plus de pain ou plus d’or…

Le jeu démarre dans un cadre graphique superbe—une vraie fresque médiévale, un peu dans la veine de Pentiment. Ensuite, vient le choix du mode de jeu, et là, il faut vraiment saluer le travail réalisé : on peut décider de parcourir le monde région par région avec une difficulté adaptative… ou pas. J’ai testé les deux, et j’ai préféré la difficulté fixe par région. Pourquoi ? Parce que cela oblige à fouiller entièrement une zone pour ne pas se faire rouler dessus dans la suivante. Cela dit, les deux approches ont leur charme.

Enfin, on choisit les critères de difficulté et la région de départ. Et le jeu commence. Et là… j’ai subi des pertes.

Vraiment. Wartales est touffu, dense. Jamais injuste, mais souvent opaque. C’est un immense jeu de logique où chaque micro-aspect compte : la faim, la soif, les blessures, les poisons, les fractures, l’équipement, les compétences… Tout cela dans une carte plutôt vaste, découpée en régions, chacune avec sa capitale, ses hameaux, sa faune locale, ses bandits, ses mini-boss, et des heures de galère à affronter la rudesse du monde.

Notre équipe ? Une compagnie de mercenaires, avec autant de membres que l’on le souhaite — un effectif volontairement adaptable. Si vous avez l’âme d’un manager et un certain flair pour gérer une troupe, Wartales est pour vous. Bien sûr, la gestion de tout ce petit monde passe par les villes, les comptoirs de vente, les tavernes (avec leurs quêtes), ou encore les laboratoires d’alchimie, plus propices aux soins.

Mais le nerf de la guerre ici, c’est l’aventure. L’exploration. Ces heures de marche entre deux campements de fortune que l’on peut faire évoluer au fil du temps.

WARTALES 0011
WARTALES 0010

Au départ, il faut y aller mollo. Je parlais d’un nombre de membres malléable, car partir chasser des loups à douze mercenaires au lieu de quatre est plus simple… sur le papier. Mais chaque bouche supplémentaire devra être nourrie, soignée… et payée.

Pour se procurer tout ce beau matériel — nourriture, potions, bandages, armes ou simplement pièces d’or — notre joyeuse troupe passera l’essentiel de son temps sur les routes. À noter que le terrain a un vrai impact sur la progression : la boue ralentit, les chemins non balisés sont plus difficiles à traverser, et les zones en hauteur freinent la marche.

Tout cela influence le temps qui passe, ce qui impose de camper régulièrement. De préférence dans un endroit sécurisé, car les attaques sont fréquentes pendant le sommeil réparateur de nos braves.

« Celui qui souffre seul, souffre surtout par imagination ; mais l’âme dompte aisément la souffrance,
quand sa douleur a des camarades d’épreuve. »
William Shakespeare

WARTALES 003
WARTALES 004

LA BASE … ET LA CARTE

Chaque carte est plus ou moins calquée sur la précédente, à ceci près que la difficulté grimpe (si l’on a choisi la difficulté non adaptative…) doucement mais sûrement. On y retrouve le même schéma : visiter les villes, remplir des quêtes majeures ou répétables (ramener X peaux de loup, X fagots de bois…), et accomplir l’objectif principal de la zone, généralement ponctué par un affrontement final bien mis en scène. À noter que la qualité d’écriture est vraiment au rendez-vous. Mais… une fois la région terminée, cap sur la suivante, pour faire quasiment la même chose, avec la remise à zéro des compteurs. Et c’est précisément cela qui m’a fait décrocher.

J’ai terminé quatre zones à 100 % : histoire, quêtes, mini-boss. Quand je parle de mini-boss, je pense notamment aux fameuses « grottes », sortes de petits défis où il faut, en un nombre de tours limité, exterminer tous les rats (et le rat boss) présents. C’est original… la première fois. Un peu moins à la troisième.

Et c’est là mon seul vrai reproche à ce bijou qu’est Wartales : l’absence de finalité claire. Ce qui compte, c’est la montée en puissance de notre compagnie, région après région. Un peu comme dans la vraie vie, en fait. Mais moi, la vraie vie, je la vis déjà. J’ai envie de m’attacher à mes héros, de les voir évoluer, souffrir et triompher. Je les aime, je les bichonne, comme mes propres enfants. Sauf qu’une fois que ma grande s’est mariée… je l’aime toujours, mais différemment. De loin. Et Wartales, c’est pareil.

WARTALES 007
WARTALES 009

L’EMBALLAGE ET … LES COMBATS

Première bonne nouvelle : la version française est d’excellente qualité. Traduction soignée, dialogues crédibles, rien à redire.

Visuellement, c’est sobre mais efficace. Les environnements sont bien détaillés, les effets météorologiques immersifs, et la direction artistique assume son côté terre-à-terre. Le niveau de détail est souvent bluffant, et la distance d’affichage est très agréable. Petit regret : les régions se ressemblent un peu trop. Les DLC introduisent d’autres biomes — pirates et compagnie — mais je n’y ai pas encore touché.

La bande-son ? Discrète. Parfois même trop. Mais elle laisse respirer l’ambiance : les cris sur le champ de bataille, le bois qui craque sous la neige, le feu qui crépite au campement… C’est brut, immersif et parfaitement cohérent. J’aurais aimé quelques envolées lyriques, avec du luth, pourquoi pas ? Ou de vieilles chansons au coin du feu… Dommage.

Côté interface, c’est globalement lisible, mais parfois un brin confus. Elle pourrait être un peu plus claire par moments, surtout pour les nouveaux venus. Et la gestion de l’inventaire, bon sang… disons qu’elle renforce le réalisme jusqu’à la douleur. Je ne sais pas si des corrections ont été apportées, mais si tout est « utile », on manque souvent de clarté, d’explications, voire de logique dans tous ces menus.

WARTALES 005
WARTALES 006

Je termine par les combats. Classiques à souhait — du tour par tour avec gestion d’initiative, placement, ordre aléatoire, points d’action et de mouvement dans le même sac. L’ensemble est complet, bien conçu et varié (sangliers, loups, soldats, voleurs, morts-vivants, moustiques psychopathes…), mais à titre personnel, j’ai trouvé cet aspect en-dessous du reste. Et puis il y en a beaucoup. Trop. Partout, tout le temps.

Tellement qu’un mode « auto » en option ne serait pas un luxe. De plus, chaque combat s’accompagne de la faim qui revient, du moral à gérer, des soins à administrer et de la solde à verser… Et bien sûr, le campement à installer. Encore.

Des bugs ? Sur la version Steam testée : pas de crash, pas de bug bloquant. Une ou deux fois, j’ai eu des ralentissements, mais c’est bien tout.

Wartales, c’est un jeu rude, mais jamais inutilement complexe. Un RPG tactique plus profond qu’il n’y paraît, qui exige autant qu’il récompense. Est-ce un jeu pour ceux qui se prennent pour des durs à cuire ? Peut-être. Mais surtout, c’est un jeu pour celles et ceux qui aiment bâtir leur troupe à la sueur du front, la guider au fil des batailles et des hivers… et l’aimer jusqu’à la dernière solde. C’est exigeant, rugueux, sans concessions… mais incroyablement gratifiant.

J’ai adoré ce RPG où mes décisions ont un poids, où un mauvais placement peut coûter la vie à un compagnon que je suivais depuis vingt heures, et où le monde tourne, que je le veuille ou non (pas toujours rond, d’ailleurs). J’y reviendrai, c’est certain — mais pas tout de suite. J’ai rejoué pour écrire ce test, et j’ai pris ma dose pour un moment. Bravo au studio, qui nous livre ici une œuvre complète, certes imparfaite, mais diablement cohérente.

Et pour la suite ? S’il vous plaît, ne faites pas un Wartales 2. Pas un copier-coller avec plus de régions. Offrez-nous un autre monde, aussi dur, aussi crédible, mais nouveau. Et s’il doit y avoir une suite… écrivez-nous un havre de paix final. Un but. Une destination. On dit que ce n’est pas la destination qui compte, mais le voyage. C’est vrai. Mais parfois — comme dans toute grande saga de fantasy — quand je referme le dernier tome, c’est que le voyage est terminé.

+ Liberté totale, parfois au risque de se perdre au départ…
+ Système de combat stratégique et tendu… un peu trop parfois
+ Ambiance crasseuse parfaitement rendue
+ Progression gratifiante et personnalisable
+ Gestion du camp, de l’économie, des choix moraux

« Wartales, ce n’est pas un jeu pour les héros. C’est un jeu pour ceux qui veulent survivent…
Et ça, au final, c’est peut-être ce qu’il y a de plus héroïque ».
JD ROBLES aka DAFALGAN

Dafalgan
Dafalgan
Un seul mot d'ordre : se faire plaisir, même si cela fait en réalité 5 mots. Qu'importe, entre deux bières et un jet de dé foireux, je me console en castant tout un tas de sorts pourris sur fond de Naheulband en attendant de me plonger dans un bon Gemmel :)

1 COMMENTAIRE

S’abonner
Notifier de
guest
1 Commentaire
Inline Feedbacks
View all comments
L'archiviste

Merci pour ce retour Dafalgan. Il faut que je m’y mette, mais il y a tellement de jeu.

Articles récents

TESTS ALEATOIRES

Ruzar – The Life Stone

Sorti le 3 décembre 2015 après une période d’early access, Ruzar – The Life Stone est un dungeon crawler librement inspiré de la série...

Arcania : Gothic 4 – PS3

Avec le rachat des licences par Nordic Games, voici le douloureux et malheureux Arcania de retour, en mai 2013, avec une version Console qui...

Colony Ship : A Post-Earth Role Playing Game

Ces dernières années, les RPG ont présenté une qualité inégale, où de nombreux titres nécessitent un investissement de temps considérable sans offrir une satisfaction...
Studio : Shiro GamesGenre : RPG tactique en monde ouvertLangues disponibles : Français, Anglais et autres (textes)Plateforme : PC (Steam, GOG)Démo : Oui Attention : ce jeu dispose de plusieurs DLC, mais je n’en ai acheté qu’un (le premier, Pirates of Belerion)… et à peine...Wartales
1
0
Envie de laisser un commentaire ? x