Lorsque j’ai entendu parler du projet Warhammer : Chaosbane, j’ai été ravi, car je suis maître de jeu de la licence Warhammer JDR depuis une trentaine d’années. Il me paraissait évident qu’un hack’n slash ne pouvait être qu’une réussite vu le matériel gigantesque que contient cet univers qui est né en 1986 et qui a connu une 4ème édition papier en 2019. Seul bémol à cette assurance : Est-ce que le studio en charge du projet, Ecko Games, serait assez solide pour nous proposer un jeu capable de concurrencer les ténors du genre ? De plus, exploiter les licences de cet éditeur est toujours un pari risqué, quand on connaît le prix à payer pour les utiliser.
Allez, coupons court et entrons dans le vif du sujet, en vous rappelant que j’ai joué avec la version complète du jeu : c’est à dire le jeu de base et ses DLC.
On commence par une cinématique d’artworks animés, qui raconte que le chaos est en train d’essayer d’envahir le monde de Warhammer, un univers médiéval fantastique, un concurrent direct de Donjons & Dragons. Comme pitch, on a vu plus original. On a beau nous dire que c’est une histoire inédite écrite par Mike Lee, auteur officiel de la Black Library, est ce nécessaire de vouloir faire compliquer dans un hack’n slash ?
Vous allez donc choisir l’un des 6 personnages disponibles, (un soldat de l’Empire, un nain spécialisé dans les dégâts au corps-à-corps, un haut-elfe générant des dégâts à distance grâce à sa magie, une elfe des bois posant des pièges et maniant l’arc, un chasseur de sorcières, une ingénieure naine polyvalente qui fait parler la poudre) choisir l’un des trois scénarios que vous allez jouer (l’acte 1 à 4 correspondant au jeu de base, l’acte 5 et l’acte 6 sont séparés), et commencer la partie en solo ou à plusieurs avec trois autres joueurs maximum. On note la possibilité de jouer à 4 en local ce qui est assez rare dans le monde des hack’n slash pour être mentionné. On pourra jouer en différentes difficultés (10 possibles) ou encore en mode hardcore alias la « Mort permanente ». Notez que ce test a été fait dans le mode Normal avec l’elfe des bois.
Pourquoi elle ? Tout simplement, parce qu’on on sait très bien que les hack’n slash ont bien du mal avec ce type de gameplay, proposant une vision de l’environnement souvent trop limitée, centrée sur son avatar. Commence alors une autre vidéo dédiée à la classe choisie qui amène un scénario qui vous sert d’excuse pour prendre les armes. Ensuite, l’histoire sera commune à toutes les classes. En ce début de partie, on se retrouve dans des petits niveaux en forme de couloirs qui doivent être nettoyés de leurs monstres du chaos.


Un système de combat excellent
Bouton droit de la souris pour une attaque/compétence légère qui remplit votre « mana », bouton gauche pour une attaque/compétence bourrine qui consomme votre « mana », une touche pour une roulade, une autre pour la capacité spécifique de cette classe, les autres pour compléter avec d’autres compétences. Autant vous dire que l’on se retrouve en terrain conquis avec, on peut le dire, des combats nerveux. On n’affronte pas un ou deux méchants en ce début de partie mais des dizaines. Cela donne l’impression d’être dans un beat them all et c’est très agréable. De plus, et là c’est un très bon point, on est assez loin de son personnage pour avoir l’impression d’avoir une vue d’ensemble de notre environnement, et donc d’apprécier le gameplay à distance.
Par contre, la caméra est fixe et on ne peut, ni la faire tourner, ni zoomer. On note aussi que, très occasionnellement, que les décors restent visibles et notre personnage disparaît derrière.
Le tutoriel nous permet de débloquer au fur et à mesure de notre avancée différentes choses : A chaque passage de niveau, de nouvelles capacités plus puissantes sont disponibles et on peut les utiliser si on a assez de points de compétences. C’est bien pensé et efficace pour essayer différentes techniques. On nous proposera énormément de compétences passives et actives jusqu’au niveau 50. Cela renouvelle les capacités de votre héros très souvent, mais ce sont souvent des améliorations de compétences déjà existantes. Par contre, pas de points de caractéristiques à répartir.


On a aussi une jauge de rage -la Bloodlust- qui évolue aussi, et se remplit au fur et à mesure que l’on ramasse des orbes lootées par les ennemis. Quand la jauge est pleine, on peut alors déclencher la rage, ce qui permet un boost de notre attaque et de dégâts durant un temps limité.
Enfin, au niveau 15, on débloque le « don des dieux », deux arbres de compétences à la sauce paragon de Diablo III, qui débloquent des bonus passifs. On a un point à répartir par niveau. Tout au long de l’aventure, la montée de niveau de son personnage est rapide jusqu’au niveau 50, puis avec les DLC, cela se poursuivra avec l’accès à de nouvelles compétences passives.
On défouraille des ennemis par dizaine qui foncent sur vous sans aucune réflexion. Qu’attendre d’autres d’un hack’n slash ? Parfois des élites se mettent en travers de votre chemin, parfois des boss avec des designs de créatures chaotiques très réussis et des patterns plutôt bien pensées. Le bestiaire et l’environnement sont tout à fait adaptés pour représenter le monde chaotique de Warhammer.


Une boucle de jeu scénarisée
Contrairement à un Diablo où vous avancez en avançant de niveau en niveau et pouvez vous téléporter dans le campement de l’acte, la boucle de jeu de Warhammer Chaosbane est un peu différente. Elle est extrêmement scénarisée et on procède par mission avec un niveau à explorer. On rend visite au personnage principal dans un lieu précis du campement, pour qu’il nous donne la mission puis on sort de cette zone sécurisée pour le niveau à faire, parfois linéaire, parfois plus ouvert.
L’histoire en elle-même est assez rudimentaire et fait penser à un scénario de film Z avec, à chaque acte, l’élimination d’un démon de la licence Warhammer : Tzeench, slaanesh, Khorne… Et même si les objectifs amènent quelques variations – temps chronométré, ramassage d’objets, tuer un ennemi précis, récupérer un objet – il vous suffit de courir le plus vite possible sur le lieu de votre objectif et de l’accomplir. Pour vous faciliter la tâche et ne pas vagabonder dans les niveaux, pas forcément très grands au demeurant, mais bien fournis en vermines de tout genre, un petit icone vous montre le lieu de votre objectif sur la carte.
Après la mission, on ressort par un passage toujours proche de votre objectif pour la zone de base pour retrouver votre donneur de quête, qui nous fournit alors un gain d’expérience, d’or et d’autres petites choses si besoin. On doit alors se rendre dans un nouveau lieu pour retrouver parfois le même pnj pour faire avancer le scénario et prendre une nouvelle mission et recommencer. Les personnages principaux sont situés dans des pièces et vous vous déplacez jusqu’à eux. Ces aller-retours sont pénibles, car il casse le rythme, et sont du temps perdus pour rien.
Mais les missions scénarisées sont une bonne idée, car elles permettent de faire avancer l’histoire qui est entièrement doublée en anglais. Mais on note des lourdeurs comme, dans l’acte 1, l’obligation d’aller dans une pièce pour trouver son coffre. Dans les actes 4 à 6, on n’aura pas ce souci, car les zones sécurisées sont plus restreintes et proposent tous les services en un même lieu…. un coffre, un PNJ et un UNIQUE marchand ! D’ailleurs parlons-en …


Le hack’n slash du pauvre ?
Cette zone sécurisée si grande dans l’acte 1 comprend des espaces qui pourraient être garnis de PNJ interactifs comme on pourrait en trouver dans les autres hack’n slash très connus, mais dans Warhammer Chaosbane, il n’y a qu’un unique marchand ! Et encore, ce troqueur récupère vos loots pour vous permettre de débloquer des apparences d’équipement ! Cela sert à se différencier surement durant une partie multijoueur, mais en solo, c’est … ridicule. Pas de marchands pour vendre et acheter des équipements ou parier, crafter ou modder… personne. Parce que le jeu de rôle Warhammer est tellement riche qu’il est impossible d’imaginer que son monde se résume à cela !
En tuant le boss final d’un acte, vous débloquerez différentes activités comme des boss rush ou une tour à gravir avec des loots de plus en plus importants selon le niveau atteint. Mais c’est ce même marchand qui vous propose les activités ! Mais alors, pourquoi ne pas avoir supprimé cette partie de zone sécurisé par, par exemple, des menus textuels ? A quoi sert de nous proposer dans les 6 actes des campements vides d’intérêts ? Surtout que le premier campement est très grand et devra être traversé pour rejoindre l’unique PNJ qui vous attend dans différents appartements. Et cet or qui loot un peu partout ? Il n’y a pas d’économie !
Et l’équipement me direz-vous ? Le héros peut être équipé de tout ce que l’on peut trouver dans un hack’n slash : armure, jambières, tête, bras, épaules, armes, anneaux, amulettes. Le compte y est. On aura aussi différentes configurations possibles pour notre héros : quatre au total. On trouvera durant nos aventures des équipements normaux, magiques, rares ou épiques. Ces derniers ne sont pas faciles à obtenir (aucun épique en mode normal durant ma partie) et cela fait plaisir… enfin, pas vraiment.
L’idée est bonne, sauf qu’elle est mal exploitée ! Tout du long de l’aventure, on va pouvoir trouver le bon loot correspondant à sa classe, et en plus il sera en constante amélioration par rapport au précédent. Durant ma partie de 12 heures pour finir les 6 actes, je n’ai trouvé aucun épique. Sauf qu’il existe une donnée, « Qualité du butin » et qu’à force d’évoluer, votre valeur va dépasser un certain seuil et à partir de là, vous allez les trouver en abondance. Autrement dit, les activités proposées après l’histoire vous permettront de les récupérer à foison. Mais pas durant l’histoire. Il semble qu’aucun épique ne pourra apparaître, avant que votre valeur en qualité de butin soit élevée. Et en end-game, ils apparaissent comme des petits pains…


On aurait aimé pouvoir recycler ou tout simplement vendre les équipements inutiles car très rapidement les objets normaux et magiques n’ont plus d’intérêt, mais là encore, on ne peut pas. On loote pas mal d’or et des fragments de différentes couleurs. Ils servent uniquement à débloquer des conditions de jeu différentes selon l’acte dans lequel on est. Par exemple, en mode « Défi de boss », en payant un certain nombre de pièces d’or et de fragments on pourra doubler les points de vie des ennemis ou encore les faire exploser quand il meurt causant des dégâts. Du coup, le jeu devient plus dur, et les récompenses gagnées seront d’autant plus puissantes et « épiques ».
Il y a 6 actes – 4 actes dans le jeu de base et 2 actes fournis par les DLC. L’histoire se déroule avec des missions linéaires au possible, sans aucune mission secondaire et des niveaux redondants. La mort du boss final vous ramène au campement, sans pour autant vous indiquez que l’histoire principale est finie. Il ne vous reste alors plus que les défis. Le comble c’est que les niveaux sont redondants et des pans entiers se ressemblent, même si on a plusieurs biomes selon l’acte. On note que les deux DLC ne sont pas reliés naturellement au jeu de base et peuvent être commencés indifféremment. Dommage qu’ils ne soient pas intégrés à la suite du jeu de base pour une plus grande immersion.
Il est donc triste de ne pouvoir rien faire d’autres dans le campement et j’ai l’impression que ces fonctionnalités ont été abandonnées, car il semble qu’il y ait les emplacements dans le campement de l’acte 1. Par exemple, vous ne pourrez communiquer avec aucun autre personnage, alors qu’ils sont nombreux à peupler cette zone en lançant des tirades sans intérêt. Et il n’y a pas de quêtes secondaires, seulement des défis par la suite.
Du coup, on se sent frustré. Comment expliquer que le gameplay et l’évolution, voire même cette boucle de jeu, soient si réussis et qu’à côté de cela, on se retrouve avec des carences évidentes. On loote de l’or, mais il n’y a pas de vente ou d’achat d’objets avec des marchands ! Il paraît évident que le studio Ecko n’a pas eu les moyens ou le temps pour intégrer ce que l’on attend d’un hack’n slash et qu’il a fallu faire des simplifications pour le sortir dans les temps. En tout cas, c’est l’impression qu’il donne. Malheureusement.




Trop facile face au chaos ?
Un autre point important qui peut surprendre, c’est la difficulté. Vous commencez la partie en mode Normal et celui-ci est si facile, que votre aventure se montrera sans challenge et ennuyante. En effet, vous commencez avec environ 400 points de vie. Chaque ennemi vous fera en ce début de partie entre 10 et 50 points de dégâts, donc vous imaginez que vous ne pourrez pas mourir si ce n’est après un paquet de coup.
Pour la petite anecdote, le mode Normal est tellement facile que j’arrivais à sortir du jeu pour faire mes captures d’écran pendant qu’il tournait en fond. Alors oui, votre santé ne remonte pas en ce début de partie, et vous avez une fiole de sang pour remonter vos points de vie, mais comme très rapidement vous allez trouver de l’équipement qui draine de la vie sur les ennemis ou qui la régénère, autant vous dire que votre partie sera une « promenade de santé ». C’est bien simple, en mode Normal avec mon elfe, je n’ai utilisé la fonction « fiole » qu’une seule fois.
Heureusement, vous pouvez augmenter la difficulté à tout moment avec des paliers déblocables comme on pouvait le trouver dans Diablo III. Il est donc conseillé de jouer en mode Difficile voire, très difficile, selon la classe pour avoir un certain challenge. En fin de compte, cela dépendra aussi des loots trouvés durant votre aventure. Les 6 actes en mode Normal m’ont pris entre 10 à 12 heures.
Les bruitages, la musique – bande-son composée par Chance Thomas – et les doublages de tous les dialogues de quêtes sont réussis, mais uniquement en anglais. Alors voilà, j’ai l’impression que le jeu reste inachevé et est en deçà de ce que propose ses concurrents. Vraiment dommage, car il propose des idées de challenges assez réussies.
Warhammer Chaosbane a de nombreux attraits avec 6 classes de personnages avec une bonne évolution, un combat nerveux face à un bestiaire digne de la licence Warhammer, et la possibilité de jouer à 4 en coopératif local. Mais il présente des carences pour tout amateur de hack’n slash qui se respecte : Une base de départ dans chacun des 6 actes qui ne comprend qu’un personnage vous donnant vos quêtes, un unique marchand débloquant des apparences (!), un coffre et un téléporteur. L’or est anecdotique et les niveaux pourtant bien scénarisés, présentent des blocs redondants.
Rafraichissant une dizaine d’heures, le temps pour faire une partie, on peut se demander si Ecko Games n’a pas vu trop gros en voulant porter cette licence en jeu vidéo. Manque de temps ou de moyens, le résultat est en deçà de ce que l’on peut attendre de cet univers et d’un hack’n slash. La frustration est bien présente. Le studio a peut être voulu jouer l’originalité, en proposant des défis différents, mais cela ne fonctionne pas avec cette licence. Vivement un 2 plus conséquent, car là, on a juste l’apéro !
POUR
+ Gameplay réussi.
+ Combats jouissifs et bourrins.
+ Bonne durée de vie avec de nombreux défis et 6 classes complémentaires.
+ Champ de vision parfait pour une vue isométrique et pour une classe à distance.
+ Une évolution de héros bien pensée.
+ Des missions sous-titrées en français et une histoire scénarisée.
+ Le monde de Warhammer…


CONTRE
– Economie minimaliste.
– Missions secondaires inexistantes.
– Un jeu qui frustre de par ses manques.
– Biomes diverses mais niveaux redondants.
– Un manque de cohésion de l’ensemble.
– Un jeu à l’économie : Un gâchis par rapport à une licence si riche !

