« De même que la fleur de cerisier est la fleur par excellence,
de même parmi les hommes, le samouraï est l’homme par excellence. »
Jean Mabire
« L’ombre de la route… » Ce pourrait typiquement être le sujet d’une épreuve de philosophie tellement ce titre en français me laisse … dubitatif. Alors, si une route à une ombre, ou vous situez-vous en la parcourant ? Vous avez quatre heures.


Tortueux n’est–il pas ? Oui c’est aussi ce que j’ai ressenti quand j’ai fini cette version aperçu / Alpha de ce Shadow of The road, nouveau RPG occidental au tour par tour dans lequel on incarne des samouraïs. Entre autres. Ce jeu est développé par Another AngleGames et est édité par OwlCat Games.
A noter : par souci d’exactitude et de justesse historique, je citerais ici une partie de la présentation officielle Steam.
« Japon, 1868. Le royaume est déchiré par une guerre civile brutale. Ce conflit meurtrier oppose les forces traditionalistes du shōgun Tokugawa à l’armée à la technologie supérieure de l’empereur Mutsuhito, qui dispose du soutien de la Compagnie britannique du Japon
oriental. En cette époque troublée, guerriers, espions et êtres mystiques s’affrontent. La magie et la technologie s’entremêlent à l’heure où fleurissent de saisissants contrastes entre les traditions ancestrales et le progrès qui marque ces terres de son sceau. Au pied des murs érodés des temples antiques défilent de gigantesques machines à vapeur. Découvrez un pays à la croisée des chemins, déchiré entre son précieux héritage antique et la marche inéluctable de la modernisation. Quel camp triomphera ? Le destin du Japon est en jeu. Lancez-vous dans une mission audacieuse menée par le maître-espion de Tokugawa, qui a recruté les rōnin Satoru et Akira pour protéger un mystérieux garçon aux pouvoirs immenses et incontrôlés. »
Cette présentation laisse rêveur mais soulève quand même une sacrée prise de tête niveau écriture. D’où mon interrogation sur le titre et ma blague sur « vous avez quatre heures ». En effet, le jeu promet de s’ancrer dans une réalité historique, mais avec quand même une grosse part de fiction. Les troupes de l’empereur, notamment, ont par exemple accès à des technologies très avancées.
Dans les cinématiques, magnifiques au passage, on peut voir des troupes classiques qui utilisent des armes à feu de l’époque, mais aussi des grandes machines destructrices. Le folklore japonais fait également partie de ce jeu. Il y aura aussi, surtout dans la dernière partie de cette « démo » toutes sortes de créatures surnaturelles dont la dernière, particulièrement horrifique.


Au final si l’on résume l’écriture : c’est un mix entre Japon féodal, folklore japonais, magie et technologie « steampunk ». Vaste programme…
« La grande clarté n’est pas nécessaire, une faible lumière permet de vivre dans l’étrange,
une petite lumière fidèle. »
Samuel Beckett
Je vous avoue que durant mes deux heures sur cette version, ce n’est pas l’écriture ni l’histoire que j’ai appréciée. D’une part parce que je ne suis pas coutumier de la culture asiatique en règle générale, que ce soit manga ou jap animation. Et d’autre part parce que le jeu est bavard, en anglais uniquement pour l’instant, et que je trouve le scénario pour le moins convenu, sans saveur. Ce n’est que mon avis mais je suis resté de glace.
La vidéo d’introduction nous présente deux samouraïs, Satoru et Akira, duo que nous allons rapidement prendre en main. Leurs maître, partisan du shogunat en place, tombe et meurt pendant la bataille. Les troupes de l’empereur avec des armures type « mécha » massacrent tout le monde et pour survivre, nos deux personnages sont contraints de prendre la fuite. J’aime beaucoup les RPG qui nous imposent un contexte et surtout un personnage. Je suis fan des saga The Witcher pour cela par exemple ou encore The Last of Us. Pour moi, une notion clef dans un jeu de rôle c’est de jouer un rôle justement. Incarner un Nathan Drake, une Ciri, un Kratos peu importe, c’est chez moi une vraie qualité, n’en déplaise à certains.
Donc j’ai beaucoup aimé que Shadow of the Road ne nous permette pas de créer de personnage, mais au contraire, nous oblige à incarner des personnages prédéfinis qui ont donc une histoire et des motivations bien établies. D’autant plus que malgré une écriture bancale à mes yeux, nous aurons beaucoup de choix à faire, dans les dialogues et dans le déroulement des quêtes.


L’histoire nous place justement au départ dans un choix que les deux amis vont devoir faire, devenir des « ronins », des parias sans honneur, ou au contraire essayer de garder le code d’honneur des samouraïs, à savoir : SURTOUT ne pas être lâche. Au travers des actions, des options de dialogue, il sera possible de suivre une ou l’autre des voies possibles.
Par exemple, tout début du jeu dans une taverne, des coquins vont venir pour nous enlever la vie. Après un tutoriel de combat, on aura le choix ou non de tuer un personnage clef, ce qui aura des conséquences à moyen ou à long terme. De plus, il y a aussi la possibilité durant les discussions, d’influencer telle ou telle personne. Enfin, il est à noter un système d’alignement qui se profile, donc … à voir.
Le jeu promet plusieurs fins « différentes » en fonction des choix faits et l’histoire devrait également être pleine de « rebondissements ». A voir là aussi. Le jeu promet également des sous-titres en français. Quid du doublage ?? A noter que dans les textes, il y a tout un tas de mots en japonais propres au folklore de l’époque, de la mythologie, avec un pop-up explicatif en passant notre curseur de souris dessus. C’est bien fait pour les amateurs, pas trop pour moi hélas…


« Je suis désolée, je fais ça pour le sport. »
Tomb Raider
Niveau Exploration je l’avoue, c’est un peu sport tant la maniabilité est pénible. On se déplace clavier / souris comme dans Rogue Trader par exemple mais il y a un temps de latence entre le « click » et l’exécution. La rotation caméra associée aux touches Q et E chez moi n’est «ni fait ni à faire », elle n’est pas fluide et il faut sans cesse appuyer sur la touche pour faire bouger la caméra, angle par angle… Pas top du tout.
La carte proposée dans cette version est courte, très petite même, avec quelques petits objets à découvrir au travers d’une courte quête à accomplir notamment. A noter qu’il n’y a pas de système de sauvegarde implémenté.
Je ne parlerais pas de ce que je n’ai pas vu ou pas utilisé, ni de ce que l’on peut trouver dans les diverses vidéos présentes de ci de là, comme les autels de vie par exemple.

Au niveau visuel, c’est sublime, et le jeu tourne parfaitement. L’ambiance féodale un peu anticipatif japonisant est bien retranscrite. On n’échappe pas aux traditionnels cerisiers en fleurs et aux ponts en bambou mais c’est superbement réalisé.
Au niveau des combats, on incarne deux personnages principaux, mais on sera rejoint par d’autres compagnons au fil de l’aventure comme une maman un peu démon dans l’âme et son fils qui seront au centre de la fin de cette version d’essai. Pour les combats, c’est du classique système au tour par tour avec des points de mouvement et des points d’action. L’ordre importe peu.
Les compétences des persos coûtent plus ou moins de points d’action en fonction de leur puissance. Il y a un temps de recharge sur certaines d’entre elles et ce temps peut être réduit par compétence, du moins si l’on scrute l’arbre proposé mais non implémenté en entier pour l’instant. Il y a des tirs chargés qui peuvent être « cassés », et des lignes de visées représentées par une ligne rouge qu’on retrouve notamment sur certaines attaques à distance. Il y a aussi des compétences plus lentes, qui font plus de dégâts. Au niveau positionnement, c’est assez classique également avec en vrac des attaques d’opportunité, un système de couverture et un système d’attaques dans le dos.


Encore une fois, je n’ai pas tout compris avec la barre d’initiative, chaque personnage a une valeur d’intervalle de tour qui représente sa « rapidité d’action », rapidité qui peut être modifié par des capacités ou par arbre de compétences. Par exemple : si un personnage a un
intervalle de tour de 10 et qu’un autre a un intervalle de tour de 5, celui qui a un intervalle de 5 va attaquer deux fois pendant que l’autre n’attaque qu’une seule fois. Encore une fois, à voir sur le long terme.
« On fait l’bilan… »
Nèg’ Marrons
Beau et fade à la fois, voilà mon bilan de Shadow of the Road. J’ai trouvé l’écriture moyenne mais la réalisation impeccable, sauf la caméra. J’ai trouvé les personnages sans saveur mais quelques capacités sympathiques comme les charges ou les « coup de têtes ». Le côté folklore horrifique ne me touche pas mais c’est personnel. Ceci dit, c’est efficace. L’emballage sonore est digne d’un film de Takeshi Kitano version Wish. Le gameplay est classique et c’est tant mieux, avec quelques ajouts comme les intervalles de tour d’action dont je n’ai pas encore saisi les subtilités.
Les inventaires pour l’instant ne sont pas implémentés, les arbres de talents sont encore flous … Mais c’est le but de cette version proposée. Je dirais donc que c’est comme si je devais noter un examen de philo : « Pas assez pertinent, mais il y a de l’idée ».


Merci Dafalgan pour cet aperçu. Il a l’air prometteur, mais dommage que j’aime moyennement le background asiatique.
C’est souvent le problème dans la narration moderne : quelque chose de bien soigné en surface avec peu de profondeur. Des philosophes japonais ont sabré leurs élèves pour moins que ça ! :p