Quand Heroes of the Seven Islands a croisé mon regard, j’ai tout de suite été conquis par sa direction artistique. Il y a là un coup de crayon, une patte originale qui tranche visuellement avec l’ensemble de la production actuelle. Un je-ne-sais-quoi qui nous replonge dans l’enfance par sa naïveté et sa candeur inimitables. Alors, très vite, j’ai lancé sa démo. Et c’est alors que cette appétence pour le jeu s’est transformée en attente véritable. Une idylle en devenir que je ne peux que partager avec vous, car le mois de janvier commence déjà par un coup de cœur formidable !
Heroes of the Seven Islands, c’est le jeu d’un seul homme, ou plutôt de deux, car Rap2h (NDLR : nous l’avions interviewé lors de son précédent titre, The secret of Darkwoods), a été aidé par l’un de ses amis pour composer les musiques. Pour le reste, des dessins sur papier et coloriages sur ordinateur en passant par la programmation, tout a été développé en solo. Enfin, n’oublions pas les deux filles du développeur qu’il faut évidemment créditer, puisqu’elles ont aidé leur papa à colorier les portraits des personnages ! Vous la sentez la bonne ambiance cosy et familiale qui entoure ce projet ? Alors, lovez vous dedans, car vous allez bientôt découvrir que l’ensemble du titre est porteur de cette bonne humeur communicative qui donne envie de sourire et de passer un chouette moment en toute simplicité.
Alix Camtard et le village de Plouquenbert.
Si Heroes of the Seven Islands brille visuellement par son esthétique naïve et régressive, il nous emmène encore davantage vers l’enfance par le choix de ses noms de lieux et de personnages. Vous vous souvenez de vos années d’école, où les héros de vos aventures imaginaires pouvaient être des rhinocéros, des loups ou des castors, qui portaient des noms étranges ou très communs, ce qui créait un drôle de décalage ? Des noms comme Jean-Pierre, Coco ou Roderick, qui vous semblaient sonner héroïque, alors que c’était tout l’inverse ? Eh bien, c’est exactement ce que vous allez revivre ici. Alors, pour rester dans l’ambiance du titre, j’ai choisi de partir à l’aventure avec Nounouk, le Rhinocéros Barbare, Odette, La Mouette Moine, Jacinte, la Cigogne Mage de guerre et Honoré-Blaise, le Loup Assassin. Ça claque non ? Évidemment, la création de personnages est entièrement libre, et vous pourrez à votre tour vous amuser à associer un portrait à un nom et à une classe de votre choix.
« Une touche d’humour pratchettien qui m’a véritablement séduit
et qui se déploie de manière diffuse jusque dans la rencontre
et la possible négociation avec la Mort, suite à une échauffourée meurtrière.«
Votre petite équipe créée, vous voilà arrivé à bon port sur la première île du jeu, avec une mission ultra importante à la clé. Le grand méchant Furax l’indestructible est arrivé par une brèche inter-dimensionnelle pour répandre la tristesse et le désespoir sur le monde d’Emeyralia. Son influence s’étend chaque jour un peu plus, et rien ne semble pouvoir arrêter ses hordes de créatures de cauchemar. Toutefois, il existe une prophétie qui annonce que seul l’Oracle peut triompher de l’ennemi. Actuellement retraité depuis des siècles, il vous faudra, pour le retrouver, récupérer les sept clés détenues par les sept gouvernants des sept îles de l’archipel d’Émeraude. Cela, de toute évidence, en leur rendant quelques coups de main pour solutionner leurs problèmes. Un scénario très simple, mais qui s’accorde à merveille avec la direction artistique du jeu et poursuit le fil rouge de l’enfance.
Pour aller encore plus loin dans cette optique, et nous donner un peu plus l’impression d’être en train de croquer à pleines dents dans une parfaite petite madeleine que n’aurait pas reniée Proust, Heroes of the Seven Islands a le chic pour créer des lieux, des rencontres et des petites histoires qui donnent le sourire. L’île des bandits est ainsi peuplée de personnages hauts en couleurs, tels que le roi chat Robert Schklebz qui a pour colonel d’armée le ver de terre Brutus Lecourbe, ou encore la moule Clem Lacoquille, le fameux entraîneur en boucliers qui saura vous apprendre à vous protéger des coups. Tous ont des lignes de dialogues amusantes, et vivent dans des bleds aux noms sympathiques. A Gredinville, vous pourrez par exemple boire un coup à la Taverne du Barde Éméché et vous équiper chez Babioles d’Origines Douteuses. Une ambiance légère qui permet de relâcher la pression et qui fait du bien, tout simplement.

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures.
Niveau prise en main, Heroes of the Seven Islands joue la carte du minimalisme et du classicisme, mais le fait bien. Toutes les interactions possibles avec le titre se font à la souris, bien que vous puissiez sélectionner vos actions au clavier. C’est d’ailleurs ce que je vous recommande durant les phases de combat, puisqu’il sera bien plus agréable de mâcher la touche d’attaque puis de cliquer sur l’ennemi ciblé pour passer en revue l’action de chacun de vos personnages que de le faire uniquement à la souris. Grosso modo, la carte du jeu est une sorte de hub central où vous décidez de la destination que vous souhaitez emprunter. Une fois cliqué, vous téléportez automatiquement vos quatre compagnons à l’endroit choisi.
Bien entendu, à l’image de nombreux RPG à l’ancienne, Heroes of the Seven Islands propose un système de rencontres aléatoires où vous serez confrontés à une bande d’affreux jojos qu’il vous faudra raccourcir. Bien qu’assez simples dans l’ensemble, certains combats se montrent plutôt costauds en fonction des choix que vous avez décidé de faire durant la montée en niveaux de vos personnages, ainsi que de votre veine avec l’aléatoire. Car bien que mon assassin se soit montré plus d’une fois extrêmement utile, en raison de sa compétence à tuer en un coup des loubards survitaminés, ce n’est pas la même histoire lorsque cela foire dans les grandes largeurs. Dans ce genre de situation, le coup ne pouvant être relancé durant le combat, l’ennemi reste debout un nombre de tours assez important pour lui donner l’opportunité de décimer une bonne partie de ma sympathique petite équipe.


Heureusement, il ne se dégage aucune frustration de ce genre de cas de figure, puisque le jeu est très bien pensé et place sa sauvegarde juste en amont de l’affrontement. Cela vous permet donc de revoir votre stratégie, aussi bancale puisse-t-elle être, ou de croiser les doigts pour que le dieu des dés à vingt faces soit de votre côté. Au passage, la montée en niveau s’accompagne d’une augmentation en statistiques, que vous pourrez choisir de placer où bon vous semble, mais ne s’accompagne par contre d’aucun gain de compétence. Toujours à la manière des RPG d’antan, Heroes of the Seven Islands vous propose en effet de rencontrer des maîtres de différentes écoles, auprès desquels vous pourrez apprendre de nouvelles capacités contre argent sonnant et trébuchant. Des techniques aux noms et aux descriptions qui prêtent toujours autant à sourire, ce qui m’aura vraiment mis en joie durant ces trois heures de test.
Un florilège que je ne résiste pas à vous partager en quelques mots. Sans tout vous dévoiler au risque de perdre la saveur de la découverte, vous aurez compris que j’adhère à l’humour développé dans ce jeu, qui me semble évocateur d’un imaginaire original à l’heure à toutes les productions tendent à se ressembler et à se copier les unes les autres. Ainsi, j’aime beaucoup le sort « Hibernation Mentale », décrit comme le fait que « le lanceur suggère la procrastination à un ennemi, ce qui lui fait passer son tour », ou encore le « Vieillissement accéléré », qui fait perdre 8 points de statistiques à l’ennemi car il « vieillit de plusieurs années ». Une touche d’humour pratchettien qui m’a véritablement séduit et qui se déploie de manière diffuse jusque dans la rencontre et la possible négociation avec la Mort suite à une échauffourée meurtrière.
Secrets of Emerald Islands.
Autre point à ne pas négliger, les techniques ne vous seront pas seulement utiles au combat. Bien que la démo ne m’ait pas permis de savoir à quel point le jeu final regorgera de secrets à révéler, j’en ai trouvé quelques uns en fouillant les environs des deux premières îles de fond en combles. Cela demande pas mal de persévérance pour le moment au vu du coût élevé de certaines compétences, mais je n’ai nul doute que l’accès à certaines résolutions d’énigmes sera facilité par la simple progression naturelle dans l’aventure. En tout cas, sachez que certaines quêtes et certains lieux du monde ne seront réservés qu’aux plus malicieux et aux plus patients d’entre vous. Je ne suis d’ailleurs pas certain que nous puissions en faire le tour en une seule partie au vu des possibilités offertes par certaines classes non sélectionnées.
Évidemment, tout ceci reste entièrement optionnel, et ne bloquera en rien votre avancement dans le scénario principal du jeu. Ce genre d’à côtés s’adresse avant tout à un public de passionnés qui apprécie de chercher par tous les moyens à connaître toutes les zones d’ombre et tous les mystères que cache un univers donné. S’y atteler ne vous rapportera pas grand chose de plus qu’une poignée de points d’expérience et la satisfaction d’avoir mis les pieds là où peu de monde aura marché avant vous. Il n’empêche que je ne m’attendais pas à découvrir ce genre de détails dans une production aussi modeste que Heroes of the Seven Islands, et que j’en suis ravi ! C’est à ce niveau de finitions que l’on reconnaît les projets qui ont été portés par l’intérêt du cœur, et non par celui de la rentabilité.

D’autres points pourront être dévoilés à la sortie du jeu, qui pour le moment ne peuvent pas tout à fait être sondés en profondeur. Je peux néanmoins vous les citer à titre d’information en attendant de réaliser le test complet d’ici quelques temps. Vous l’aurez peut-être aperçu sur certains de mes screens, le jeu embarquera un système de réputation, qui semble évoluer en fonction de vos choix de gameplay. Je suppose donc qu’agir comme un malfrat fera baisser cette jauge, quand se montrer héroïque la fera augmenter. Quant à savoir quelle incidence concrète cela aura en jeu, nous le verrons. D’autre part, Heroes of the Seven Islands présente toute une galerie de PNJ que vous pouvez rencontrer à des endroits précis, ou aléatoirement dans le monde, qui semble ouvrir des possibilités non exploitables en l’état actuel des choses. Certains évoquent des îles pour le moment non explorables et vous donnent même des quêtes à mener en ces lieux.
Enfin, sachez qu’un compteur de 15 jours est indiqué lorsqu’un groupe d’ennemis est battu avant leur réapparition. Cette mécanique laisse présager un certain frein au farm des monstres et de l’argent, puisqu’il semble nécessaire d’allumer un feu de camp, et donc d’acheter de la nourriture pour faire passer le temps. Aucune idée de l’incidence générale sur l’équilibrage de l’aventure pour le moment, mais nous en saurons plus lorsque la version finale sera parue. En attendant, n’oubliez pas que la démo de Heroes of the Seven Islands est d’ores et déjà disponible, et que je vous la recommande avec ferveur !
Heroes of the Seven Islands c’est l’histoire d’un coup de cœur que je n’aurais sans doute pas pu présager sans avoir testé sa démo. Grâce à un trait enfantin, une ambiance toute douce et un furieux sens de l’humour pratchettien, ce modeste jeu indé a su s’imposer comme ma toute première attente véritable en ce mois de janvier 2025. Les deux premières îles du jeu vous proposent d’ailleurs de résoudre des petits mystères qui pourraient vous tenir en haleine pendant quelques temps avant sa sortie officielle à venir. Tentez l’aventure, vous ne le regretterez assurément pas !


Merci Furvent pour ce retour autour de ce jeu qui m’a l’air bien sympathique. Je reste indécis entre apprécier le style graphique ou me dire que l’auteur aurait pu travailler avec l’IA pour créer un univers graphique.
C’est un questionnement personnel.
Meilleurs voeux !!!
Merci pour cette découverte.
Mais…. Il y a un mais pour ma part…
Ce sera sans moi, j’ai les yeux qui piquent
Ce style de dessins (et même si le jeu est bon) me feront passer mon chemin
Je trouve même dommage d’en être resté à ce niveau
(Tout cela est personnel bien entendu)
Ce style graphique très (trop) enfantin fermera surement
beaucoup de portes pour se faire connaitre ou aimer
Le style graphique divisera certainement, mais c’est fait avec le cœur entièrement à la main, et je suis vraiment sensible à la proposition personnellement. Raph me disait sur Discord que la réalisation d’un décor lui prend environ une heure de bout en bout jusqu’à l’intégration en jeu. Il prévoit encore d’ajouter une cinquantaine de décors, et cent à deux cent sprites. Je trouve que son travail est vraiment respectable et apporte quelque chose à l’ensemble des productions policées et toutes identiques à cause de l’IA justement.
Testez la démo, le jeu est vraiment sympa, plein de bonnes ondes et mérite un éclairage particulier en ces temps troublés pour l’industrie 😉