Bah alors, Square Enix ? Ça fait dans le Remake ? Je comprends, depuis 2006, et même 2003 à vrai dire, Final Fantasy, ça piétine. Vous ne me croyez pas ? Question simple : quel est le dernier GRAND Final Fantasy qui a fait l’unanimité ? Certainement pas le XVI en 2023, encore moins le XV en 2016, et grand dieu, pas le XIII en 2009. La réalité, c’est que depuis Final Fantasy X-2, la série phare de Square arrive à se faire aimer par des niches assez grandes, mais ne parvient pas à rallier un public plus large à sa cause, la faute, probablement, à l’âge et l’air du temps, et aussi, des directions de plus en plus radicales dans ses choix, si bien que désormais, il n’y a plus vraiment « un public » pour Final Fantasy, mais plusieurs.
Rassembler tous ces petits mondes, ça devient de plus en plus difficile, c’est pourquoi proposer un Remake de l’épisode qui a fait exploser la popularité de la saga en Occident comme au Japon, peut permettre un ralliement autour du drapeau, Final Fantasy VII était le candidat parfait pour une telle opération, et à la manière d’un Capcom et de ses Remake de Resident Evil 2, 3 et 4, ça permettait à Square de s’adresser aux anciens, et se créer de nouveaux fans. Seulement, faire un Remake, ce n’est pas si facile, et c’est pourquoi, c’est Tetsuya Nomura, l’homme derrière Kingdom Hearts, fanatique de grosses godasses et de fermetures éclairs, qui va récupérer cette lourde tâche et rendre une copie… Nomuresque. Allez, que vaut la cuvée 2020 de Square Enix ?
Mettons les choses au point : vous aimez Final Fantasy VII ? Vous y avez déjà joué ? Si oui, sachez que ce Remake ne couvre que la première partie du jeu original se déroulant dans la ville de Midgar. Si votre sourcil se hausse, c’est normal. En effet, dans le jeu d’origine, cette partie durait environ cinq heures, et dans ce Remake, comptez vingt heures pour la ligne droite, et plutôt quarante pour le cent pour cent. On apprend déjà que Square Enix a développé des nouveaux pouvoirs : la capacité d’étirer le temps et de permettre à cinq heures d’en faire quarante. Il faudrait peut-être leur donner la tâche de gérer le budget de l’état Français, vu qu’ils savent faire huit fois plus avec la même valeur ! Pas mal non ? C’est Japonais.
On reviendra sur cette question du « temps » qui file tout au long de ce Final Fantasy VII Remake, mais je vous demande de garder ça dans un coin de votre esprit, parce que cette information est cruciale pour comprendre à quel point ce jeu est étrange, et à quel point c’est normal vu les prémices du projet.
Avant d’aborder la pénible, très pénible question du temps, commençons par dire que visuellement, le jeu en jette pas mal. Aidé par le très flexible et clinquant Unreal Engine 4, Final Fantasy VII Remake est l’un des plus beaux jeux auquel j’ai joué jusqu’à présent, surtout quand on se rappelle qu’il est sorti sur PS4, une machine de 2013. Seulement, c’est aussi très inégal. Si les personnages sont magnifiques, ainsi que les effets visuels, les textures sont souvent pauvres, et les arrières plans (parfois en J-Peg, oui, sans déconner !) tranchent avec le soin irréprochable accordé au reste. Aussi, il faudra accepter que pour permettre ce rendu, Final Fantasy VII Remake a fait une concession de poids : son level design s’apparente plus à un corridor qu’on emmêle pour en cacher la linéarité, qu’un véritable « monde » à explorer. Ainsi, tout en se concentrant sur un seul lieu, lorsque l’on a enfin l’opportunité de parcourir librement les espaces du titre, vers son chapitre XIV sur XVIII, on se rend compte que tout ça est plutôt minuscule.
Et ce paradoxe se retrouve partout, à la fois grandiloquent et classieux dans sa mise en scène, où on veut faire en sorte que le joueur se sente ridicule dans la gigantesque Midgar. Le contenu en lui-même est plutôt restreint, mais il mise sur mille artifices pour gagner du temps.
Mais pourquoi diable vouloir gagner de ce si précieux temps ? Il doit bien y avoir une raison ? Eh bien pour répondre rapidement : Final Fantasy VII Remake étoffe bel et bien le récit de base de la première partie du jeu original, mais seulement de quoi en tripler la durée sur les événements importants. Cela va des ajouts concrets narratifs, au développement de personnage pertinent, mais aussi à de nombreux artifices pour multiplier les péripéties pas forcément utiles au développement de la trame, mais nécessaires à sa poursuite. Ainsi, le récit multiplie les « enlèvements », les « prérequis pour ouvrir la porte » et les détours narratifs pour explorer un peu plus l’environnement, réaliser de nombreux allers-retours, et surtout, multiplier les boss et les combats. De cette manière, une heure du jeu original se transforme vite en deux, ou trois, et on va vous mettre des chapitres intermédiaires où on va développer une idée, qui dans le récit de base était un sous entendu, et qui ici, devient un niveau complet d’une heure.
Avec tout ça, Final Fantasy VII remplit son expérience de contenu inédit, et son récit de nouvelles péripéties. Mais est-ce que tout ça est heureux ? Eh bien ça dépend. Certains ajouts de développement de personnages, pour Jessie et Tifa notamment, sont bienvenus, d’autres comme Aerith et un autre personnage que je ne révèlerai pas, vont du passable au grand guignolesque, qui brise la mythologie du personnage. Remake a une manière assez méta, d’approcher le concept du Remake, et part souvent du principe que vous… connaissez, le jeu original.
Et cela a de lourdes, très lourdes conséquences dans la manière dont il gère son récit. Si vous n’avez pas fait le jeu d’origine, peut-être que cela ne vous frappera pas trop, mais moi, qui l’ai fait, lui et son préquel Crisis Core, je peux vous dire que des ajouts narratifs, fleurent bon le jeu de prestidigitation, ou Nomura essaye de dire que l’on ne va pas avoir droit à un Remake franc et fidèle du jeu original, mais plutôt une histoire alternative qui se nourrit de la mythologie Final Fantasy VII, que ça soit du jeu d’origine, son préquel, son film, et je ne sais quoi d’autres.
J’ai personnellement un avis sur la question : à l’échelle du parcours des personnages, Final Fantasy VII Remake réussit plutôt bien son récit. Par contre, dans ce qu’il essaye d’accomplir en termes de trame principale, c’est complètement foireux. Et je peine à voir où ça mène, et surtout, l’intérêt de la chose.
Ayant de l’expérience avec Nomura et ses délires, je peux vous dire ceci : le bonhomme va se dégonfler, il va perdre ses couilles. Le gars est un écrivain de fan-fiction, il ne sait pas raconter une histoire sans foutre des personnages mystérieux qui ont des longues capuches et qui ricanent en disant « Ténèbres » et autres conneries de « Destin » avec tout le verbiage du milieu que je vais vous citer : Lumière, Voile, Destinée, Choix, et Liberté.
Le mec VA nous entourlouper ! On lui a même arraché le projet Final Fantasy Versus XIII (déjà le nom veut tout dire !) pour en faire Final Fantasy XV (pour vous dire à quel point ses délires foutent la merde !) que Tabata a dû finir dans la souffrance tellement le truc était mal branlé. Le gars ne sait pas ce qu’il raconte, n’a aucune idée d’où il va, et ne sait que set up des mystères auxquels il n’a pas réponse, et est défendu par un fan club bizarre et probablement schizoïde qui voit dans ses récits plus qu’il n’y a. Il n’y a qu’à voir les théories montées par la fanbase de Kingdom Hearts entre le second épisode et le troisième (treize ans d’attente, de quoi traverser quelques décompensations psychotiques et dépressions chroniques !). Les fans ont tellement imaginé de possibilités folles qu’au bout du compte, Nomura leur a ressorti un scénario rushé qui n’a que partiellement répondu à leurs questions avant de leur en poser des nouvelles ! Mais quel génie ! Tu lui demandes de s’expliquer, et le mec te sort de nouvelles interrogations pour t’embrumer encore un peu plus l’esprit !
Tout ça pour dire : l’histoire de Final Fantasy VII Remake, tant qu’elle reste fidèle au jeu original : ça fonctionne, mais dès que ça touche aux conneries du genre « le voile du destin » pour stimuler l’imaginaire du joueur et lui suggérer que peut-être la trame du jeu original sera modifiée, je vous conseille de vous en méfier. Parce que clairement, c’est là pour faire du cliff-hanger, et donner envie de découvrir une nouvelle version de l’histoire que les développeurs étaient censés vous raconter à nouveau avec des moyens modernes.
Vous avez compris mon avis sur la réalisation et le scénario, passons vite fait sur l’écriture. Eh bien c’est foutrement niais. À part quelques passages un peu plus poussés et émouvants où les personnages révèlent un peu plus de profondeur que leur archétype ne le suggère, on est face à un récit très superficiel, où je peine à retrouver d’ailleurs ce qui pouvait faire le sel de l’original. Il faut dire qu’à force de multiplier les péripéties et le remplissage, on dilue trop la substantifique moelle pour qu’elle ne s’en retrouve pas elle aussi affectée.
Fort heureusement, on n’est pas que face à un film. Et quand Final Fantasy VII ne déroule pas son scénario et sa philosophie de comptoir (et parfois, sa poésie naïve assez efficace, admettons-le) le long de cinématiques qui dépassent les deux minutes, on joue. Et force est de constater que les combats, qui composent la moitié de l’expérience, sont diablement solides et entraînants. Version évoluée et enrichie des affrontements de Crisis Core, Final Fantasy VII Remake est un jeu d’action-RPG avec pause active qui propose des combats dynamiques et techniques. Vous aurez à votre disposition des attaques de base, une attaque plus forte exclusive à chaque personnage, mais aussi des compétences et sorts assez variés. Les ennemis vous forceront à étudier leurs faiblesses et résistances et à en tirer profit via un système de choc hérité de Final Fantasy XIII, et vous jonglerez entre chacun de vos combattants pour exploiter tous les systèmes qui se présentent à vous.
Le jeu est assez riche en mécaniques, mais il les amène à un rythme assez aéré pour que vous puissiez les appréhender, si bien qu’à la fin, les combats ont un flot très naturel, et presque hypnotique. Cette réussite, couplée à un système de progression souple, où l’amélioration des personnages passe par celle des armes (elles ont chacune leurs propres arbres de compétences passives) et l’insertion de Materia (les magies de cet univers) dans ces mêmes armes, offre vraiment de belles possibilités.
Malheureusement, FF VII Remake (on va l’appeler comme ça maintenant, la flemme !) use et abuse de ses combats jusqu’à l’écœurement, sachant que c’est sa seule grande force ludiquement parlant. Il essaye de varier la recette avec beaucoup de mini-jeux addictifs, mais superficiels, et de l’exploration castrée par un level design dirigiste et labyrinthique (comprenez mal foutu). Et le soft a beaucoup de mal à se départir et maquiller sa structure de « porte-monstre-cinématique-trésor » et finit par beaucoup la subir, surtout dans les chapitres les moins bien inspirés.
Le chapitre XIV, est un peu l’épitomé de l’échec de FF VII Remake à être l’aventure qu’il veut être. Au cours de ce chapitre, où les quêtes secondaires, trésors et mystères pleuvent, avec bien sûr tous les combats qui vont bien, le jeu s’effondre en vous proposant de… revenir sur vos pas. Tout l’espace de jeu proposé, est en fait des espaces de jeux que vous aviez déjà explorés précédemment, mais désormais connectés ensemble, comme si on collait avec du scotch les niveaux déjà passés pour vous faire croire que depuis le début, tout ceci était ouvert et cohérent.
Mais frère, on me la fait pas ! Ton chapitre à la gloire du remplissage qui dure trois heures, il est là pour ENCORE repousser l’échéance. Et c’est là où on y arrive, Square Enix était obligé de proposer un contenu assez important pour justifier un prix fort, donc ils ont rempli, rempli, rempli, trouvé tous les moyens de gagner du temps, quite à le faire dire aux personnages dix fois dans le jeu « C’est long ! » ou « Encore une clé ! » histoire que le joueur sente que même les protagonistes sont gavés, non pas par la cruauté de leur monde, mais par la cruauté de ce projet.
On ne pouvait pas faire tenir un jeu complet sur à peine un sixième du jeu original ! C’était, c’est, et ça restera une belle idée de merde. À moins d’être amoureux de Midgar, faire un jeu complet sur ça, c’était courir à de multiples problèmes.
Et Square Enix, compte tenu du défi, ne s’en sort finalement pas si mal. À force de multiplier les intrigues secondaires, de proposer de bons systèmes de jeux, et une réalisation superbe (et des musiques, grand dieu, c’est somptueux!) le jeu parvient à rester agréable et digeste malgré sa mission impossible. Et au bout de mes trente heures de jeu, je me suis senti un peu libéré, certes, mais tout de même assez satisfait de l’expérience. S’il n’est pas dénué de grands défauts, Final Fantasy VII Remake a suffisamment de systèmes de qualité et de personnages attachants pour qu’on ait envie d’en voir la suite. Vous m’avez compris, je vous recommande le titre, mais pas à prix fort, plutôt à la moitié de ce dernier. Là les frictions et compromis de l’expérience ne pèseront pas trop sur votre appréciation.
C’est un bon jeu malgré tout, avec le potentiel de donner naissance à un excellent, mais on verra tout ça avec Final Fantasy VII Rebirth. Plus tard donc, parce que là, je frise l’overdose de ce Final Flufftasy VII.




Ca c’est un test qui prend au tripes ! Bravo 🙂 Et merci !
Oui c’est un joli test comme Marcheur en a le secret, et on sent qu’il s’est lâché cette fois-ci. Grand bien lui fasse de cracher un peu sur ces titres un peu trop commerciaux dans le but de rentabiliser un opus reconnu. 😉