Débat – Faut-il chasser les succès dans ses jeux ?

Si vous m’aviez demandé mon avis il y a encore quelques mois, je vous aurais dit qu’il n’y avait aucun intérêt à finir ses jeux à 100 %. J’entends par là, chercher à tout prix à en obtenir tous les succès. Sauf peut-être pour parader fièrement sur son profil Steam et auprès de ses amis en exhibant ses hauts-faits. De mon point de vue, golder ses jeux se résumait à acheter un magnifique ornement pour sa monture et à passer sa journée sur la place du village, comme le font les joueurs qui ont tout vu d’un MMORPG. Un intérêt somme toute cosmétique, un peu tape à l’œil, qui n’est pas à déplorer, mais me semblait jusqu’alors réservé à un autre public, à une autre catégorie de joueurs, à laquelle je n’appartenais pas.

Mais malgré moi, la curiosité se maintenait. Comme toujours lorsque je ne parviens pas à comprendre une pratique, un besoin ou une habitude étrangère aux miennes, l’idée restait dans un coin de ma tête et revenait sans cesse. Et si c’était moi qui avais tort, si je passais depuis toutes ces années à côté de quelque chose sans même m’en rendre compte ? Si ces autres joueurs détenaient des clés de compréhension qui ouvraient bien des trésors cachés ?

C’est alors que devait apparaître le jeu qui allait m’ouvrir de nouveaux horizons.

Chapristi ! Stray a débarqué dans ma vie, et a balayé d’un coup de patte toutes mes conceptions. Tout cela sonnait désormais comme une évidence : j’avais fait fausse route depuis tout ce temps. J’étais aveugle, il m’a rendu mes yeux. Ébahi, j’ai alors pu contempler mon errance.

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Il faut dire que le jeu est joliment arrangé et que ses succès sont un florilège de ce qui se fait de mieux en terme de découverte : ils ne sont pas frustrants, apportent du neuf et juste ce qu’il faut de challenge pour en ressortir enrichi d’une nouvelle façon de jouer.

Pour étayer mon propos, on pourrait globalement ranger les succès de Stray en cinq catégories :

Les succès liés à l’histoire : Qui jalonnent les réussites du joueur et récompensent sa progression dans l’histoire du jeu. Ils se débloquent automatiquement au passage du trigger qui leur est associé.

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Les succès liés au skill : Qui récompensent les actions héroïques, le beau jeu et le dépassement de soi. Je pense ici particulièrement à un succès qui demande d’effectuer toute une portion du jeu sans être touché par les ennemis. Cela apporte une fluidité à la scène, une épaisseur au personnage que l’on incarne et un sentiment grisant à la réussite.

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Les succès liés à l’exploration : Qui montrent aux joueurs des points d’intérêt, des mini-jeux cachés qu’il aurait pu manquer. Stray est plein de petites scènes et d’interactions optionnelles qui donnent un supplément d’univers aux plus gourmands.

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Les succès amusants : Qui font effectuer des actions improbables ou rafraîchissantes au joueur, renforçant parfois cette sensation d’incarner un simple chat. Des trucs tout bêtes, comme pousser un ballon de basket dans une poubelle pour marquer un point, ou zapper les chaînes de télé en marchant à répétition sur la télécommande.

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Les succès ouvrant sur des pratiques propres au jeu vidéo : Ou plutôt devrais-je dire « le » succès, qui offre au joueur de s’initier au Speedrun, le temps d’une ou deux runs. Un trésor de succès, qui m’a montré que réaliser un joli temps était possible même en casu !

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Comme vous l’aurez remarqué, quand on parle de succès, c’est finalement tout un écosystème qui coexiste au sein d’un même titre. Dans le cas de Stray, cette diversité apporte une richesse et une profondeur supplémentaire à un titre déjà auréolé de belles idées. Il en ressort la même joie que lorsque l’on ouvre une boîte de gâteaux que l’on croyait désespérément vide pour y trouver un magnifique cookie qui n’attendait que nous. Un supplément de bonheur à portée de main !

Un chat isolé ? J’ai goldé Stray. Et l’expérience m’a tellement ravi que j’ai tout de suite voulu la réitérer sur d’autres titres. Histoire de voir si la sauce prenait vraiment ou si j’étais tombé sur une petite pépite totalement par hasard.

J’ai alors relancé Skyrim (agrémenté bien entendu de 200 mods, mais c’est une autre histoire !), Horizon Zero Dawn, et tout plein de petits titres (des puzzle-games, des jeux narratifs, des jeux de stratégie, etc.). J’ai retrouvé des décors, des sensations de jeu et de belles histoires que je connaissais bien. Mais j’ai vu d’autres choses, qui m’avaient échappé, que j’ignorais encore. J’ai relu des titres dans la difficulté extrême qu’ils peuvent offrir, à des seuils où n’existent plus que la sueur et les larmes. Je m’y suis écorché parfois, mais la satisfaction a perduré dans le temps et continue encore.

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Parce qu’au-delà du cocktail chimique lié à la libération de dopamine dans mes synapses, ou du plaisir masochiste de la complexité parfois affreuse qu’infligent ces succès, rendre un jeu plus ardu sert parfois l’immersion. Incarner Aloy en difficulté Novice ou en Ultra Hardcore, ce n’est pas raconter la même histoire. Jouer à des strates si élevées, c’est ressentir sa propre faiblesse, sa chétivité, son impuissance face au monde. C’est se rappeler que nous faisons face à des ennemis autrement plus dangereux et destructeurs.

Sans chercher à golder mes jeux, je n’aurais sans doute jamais tenté l’expérience, ou j’y aurais renoncé. Cela maintient mon intérêt pour un titre car cela m’immerge d’autant plus dans ce qu’il me propose. Mieux que cela, c’est devenu un nouveau prisme par lequel je lorgne et qui pèse dans la balance au moment de l’achat ou de la rejouabilité d’un jeu.

On dit le chat sauvage, Marlon ! Et que dire à ce cas-là de The Witcher 3 ? Après être passé par une quinzaine de titres, avoir louvoyé sur la voie de la réussite parfaite, c’est à mon monument préféré que je m’attaque à nouveau. Quatre fois que je refais ce jeu majestueux, et pourtant, j’ai encore tout à apprendre de lui.

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Je pensais l’avoir rongé dans tous les sens, avoir vécu en parfait maître sorceleur dans les moindres détails, connaître Novigrad, Oxenfurt, Skellige, Toussaint et comparses comme ma poche. Mais que nenni mes braves ! Je peux vous l’affirmer aujourd’hui alors que je n’ai réalisé que 50% de ses succès : il faut absolument faire ce jeu à 100% pour l’apprécier à sa juste valeur. Geralt ne peut être incarné au summum de son art qu’au plus haut niveau de difficulté. Plus qu’Aloy, la préparation mentale à l’affrontement par la lecture du bestiaire et le truchement de ses bombes et huiles alchimiques, la perfection de ses gestes, la danse chorégraphiée de ses pas au cours du combat sont indispensables pour remporter la victoire et pour comprendre le sorceleur.

Il sera aussi important de jouer scrupuleusement au Gwynt pour récolter toutes les cartes du jeu, de réaliser toutes les courses de chevaux et tous les combats de rue, pour accompagner Geralt sur la voie même au coeur de ses loisirs.

Golder un jeu prend alors une toute autre dimension : celle d’une quasi simulation de vie, l’aboutissement ultime du RPG à mes yeux, puisque totalement liée à notre avatar virtuel.

Un chasseur sachant chasser sans soluce… Dernier point, et pas des moindres : l’achèvement de ces jeux ne serait parfois pas possible sans un énorme apport de la communauté qui les entoure. Steam est une vraie mine d’or pour trouver et partager des guides qui favorisent l’entraide entre joueurs.

Depuis peu, il est même possible de récompenser les créateurs en leur attribuant un peu d’une monnaie virtuelle que nous récupérons en achetant des jeux sur la plateforme. Cela permet ensuite aux receveurs d’embellir leur profil Steam en achetant des cosmétiques.

Après avoir allègrement profité des richesses de la communauté, j’ai tenté l’expérience en proposant des guides de ma main et en remerciant des créateurs généreux qui m’ont bien aidé.

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Merci à toutes les personnes qui m’auront lu jusqu’ici !

Si ce genre de format vous plaît, n’hésitez pas à commenter, j’ai encore beaucoup d’idées d’articles à vous écrire.

Bons jeux à vous, et n’oubliez pas… Goldez ! ;⁠)

Furvent
Furventhttps://memorycard.fr/
Rédacteur et traducteur à mes heures perdues. Amoureux de RPG depuis toujours. Amateur de belles histoires. Chasseur de succès en quête du sacro-saint gold.

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Zemymy

Merci pour cet article Furvent. Format validé pour ma part.

L'archiviste

Cet article, très bien d’ailleurs, personnellement, je l’aurais bien mis dans la catégories des débats « Pour ou Contre ». Mais Furvent, tu as très bien fait. Tu t’accapares les outils, tu t’installes chez toi et tu fais comme tu as envie et c’est très bien ainsi. C’est exactement ce que l’on attend des gens qui sont ici. Chacun fait comme il lui plaît et vivement tes prochains articles !

Quant à mon avis personnel sur les succès, c’est le même que sur les cartes Steam. Aucun intérêt. Mais comme je fais partie de la vieille génération, qui n’apprécie pas particulièrement tous ses sites de vente (Steam, Epic Games Store, …) qui ont tué le marché « boîte » des jeux vidéos. On en arrive aujourd’hui à vendre des boîtes collector sans jeu. Oui, oui je pense à Diablo IV. Mais là n’est pas le sujet.

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