The Dwarves

Ce test a été écrit et publié à l’origine durant l'année 2016 sur le site RPGFrance par son auteur Caparzo.  

Note de l'auteur
07/10
Note RPG
04/10

Le rôle des nains dans la fantasy et les RPG est souvent très limité et réducteur, quand il n’est pas totalement cliché. Ces êtres de petite taille sont en effet l’élément idéal pour apporter à une histoire de l’humour, des vannes sur ces pauvres elfes, ainsi que pour servir quelques hectolitres de bonne cervoise bien fraîche venant humidifier leurs longues barbes naines. Toutefois, il arrive parfois que les nains prennent le premier rôle de ces récits, nous donnant une toute autre vision des choses.

Au mois de septembre 2015, les développeurs allemands de chez King Art Games nous avaient dévoilé la campagne de financement Kickstarter pour The Dwarves. Celle-ci avait réussi son pari haut la main, et c’est un tout petit peu plus d’un an plus tard que nous pouvons jouer au jeu se basant sur cette licence littéraire très connue outre-Rhin écrite par Markus Heitz et portant le nom de Die Zwerge – ou Les Nains dans cette chère langue de Molière. Le projet avait réussi à attirer notre attention, bien évidemment en nous proposant de jouer un nain dans un univers où ces êtres ne font pas que de la figuration, mais aussi grâce à son moteur physique qui devait changer notre perception des combats dans les RPG. Les ambitions étaient donc bien grandes et nous allons voir que les développeurs n’ont pas passé leur temps à siroter cette boisson si appréciée des nains. Pour le bien de ce test et du jeu en lui-même, vous ne retrouverez ici plus aucune référence aux livres, même si ces derniers sont, bien entendu, la source d’inspiration principale de The Dwarves.

Les voyages forgent le caractère

C’est dans les sous-terrains de Lot-Ionan que nous faisons connaissance avec Tungdil, le héros du jeu imposé que nous contrôlerons tout au long de l’aventure. Élevé parmi les humains et plus particulièrement par le mage éponyme, Lot-Ionan, Tungdil n’est pas comme ses semblables. Particulièrement bien éduqué et aimant lire de très nombreux livre, son intelligence ainsi que son accent anglais typique nous feraient en effet presque oublier qu’il s’agit d’un nain. Malgré une vie tout à fait agréable menée aux côtés des humains en tant que forgeron, la condition naine de Tungdil ne lui a pas été toujours pas favorable face aux étudiants mages de Lot-Ionan. Attendant avec impatience le moment où il pourra enfin quitter les souterrains pour explorer le monde, mais surtout pour en apprendre plus sur ses origines et découvrir les gigantesques cités naines, le hasard semble dernièrement avoir bien fait bien les choses.

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Tungdil, ses compagnons
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et la narration se déroulant sur la carte du monde.

Ce cher Lot-Ionan finit par confier à Tungdil une quête tout à fait banale devant le faire voyager jusqu’à Noirjoug pour y apporter un havresac contenant quelques ustensiles n’ayant que peu d’importance. C’est à ce moment-là que l’aventure débute réellement et que nous pouvons perdre notre regard sur l’immense carte du monde nous promettant de nombreuses heures de jeu. Nous y passerons le plus clair de notre temps, puisque celle-ci nous permettra de voyager de village en village, de traquer des orcs, mais aussi d’apprécier des événements textuels, plus ou moins aléatoires, nous plongeant pour le mieux dans l’histoire du jeu. Utilisant des points de passage reliés par des lignes, les déplacements se font ici tout à fait naturellement, mais non sans conséquences. Chacun des déplacements fera écouler un jour de plus dans le monde et nous fera utiliser une provision supplémentaire. Bien entendu, plus notre groupe sera important, plus nous consommerons de la nourriture et il ne faudra pas négliger nos réserves de vivres en se ravitaillant régulièrement contre monnaie sonnante et trébuchante chez les marchands ou bien dans les tavernes.

Bien que particulièrement simple, cette gestion des vivres nous donnera parfois quelques sueurs froides puisque notre groupe pourra contenir ici jusqu’à onze personnages. Si on ajoute à cela que les provisions serviront également à guérir les blessures que nos compagnons pourront subir pendant les combats, alors les déplacements ne se feront pas à la légère, et parfois prendre le plus court chemin sera plus que nécessaire. Lors de notre voyage, nous pourrons réaliser des rencontres incongrues pouvant parfois aboutir à un recrutement supplémentaire, voulu ou non, mais aussi apercevoir des événements plus tragiques provenant de la vie courante comme cette pauvre femme accusée par un village, à tord ou à raison, de vol pour nourrir sa famille. Ce sera à nous de tirer tout ça au clair. Pour tenter de relativiser et puisque nous sommes tout de même en présence de nains, les compagnons profiteront d’un simple déplacement sur le carte pour détendre l’atmosphère via quelques lignes de dialogues.

Narratif, The Dwarves l’est assurément, et vous passerez de nombreuses minutes à lire et apprécier la conteuse qui interviendra d’innombrables fois. Celle-ci viendra en effet décrire les différentes attitudes des personnages dans les dialogues, mais aussi donner d’abondants détails sur les situations que nous pourrons vivre tout au long du jeu. Si vous appréciez les Livres Dont Vous Êtes le Héros, alors cette narration devrait vous être totalement familière, et c’est certainement l’un des gros points forts du jeu. Toujours via la carte, nous pourrons tomber sur des événements textuels nous donnant la possibilité de choisir parmi différentes réponses, nous faisant nous déplacer dans différents lieux d’une même ville pour mener des enquêtes, ou bien pour poser des questions à des personnages et prendre des décisions non sans conséquences directes sur les événements vécus, bien que ces derniers n’aient aucune influence sur la trame principale du jeu.

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Des choix s’offriront à nous,
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et parfois nous aurons de désagréables surprises.

En plus de ces phases totalement textuelles agrémentées de quelques dessins et se déroulant sur la carte du jeu, d’autres événements jouables nous permettront également d’enquêter directement dans les environnements en contrôlant Tungdil. Le titre se transformera alors en une sorte de point’n’click dans lequel le héros aura toujours quelque chose à dire en cliquant sur des zones spécifiques et où la narratrice viendra ajouter des détails appréciables. Je retiendrai en particulier cette quête sur un étrange festival de musique portant le nom de Wackenstein nous faisant découvrir la statue du Gardien Aveugle. Les mélomanes comprendront la référence. La narration de The Dwarves est donc profondément viscérale et arrive en quelques lignes à peine à nous transporter dans un autre monde et à l’apprécier à sa juste valeur. En contrepartie, la part belle faite aux événements textuels l’est au détriment des environnements que nous pouvons véritablement explorer. Si la vue permanente d’une carte n’est pas votre tasse de thé, alors vous passerez certainement un sale moment. Heureusement, des combats viendront apporter un brin de jouissance à tous ces longs voyages.

Dans le doute, foncez dans le tas

Vous vous en doutez très certainement, l’aventure de The Dwarves ne s’arrête pas à transporter un simple havresac d’un point A à un point B. De nombreux nouveaux événements vont transformer cette paisible quête en une immense aventure plongeant ce pauvre Tungdil dans une confrontation qu’il n’aurait jamais pu imaginer. Je ne vais cependant pas rentrer dans les détails puisque la force du jeu est, comme déjà dit, sa narration, mais son histoire est tout à fait conventionnelle, préférant mettre en avant les personnages plutôt que la grande histoire. Pour ce faire, le bougre sera accompagné par une belle brochette de compagnons qui s’élèveront au total au nombre de quinze, bien que nous ne pourrons être accompagnés que par trois d’entre eux lors des combats. Pouvant prendre la forme de nains, d’humains, d’elfes ou bien encore de créatures pas totalement identifiables, chacun de ces compagnons apportera ses propres compétences que nous pouvons choisir lors de la montée des niveaux.

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Des personnages expressifs (et des naines avec de la barbe)
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ainsi qu’un combat.

Malheureusement, toutes ces aptitudes ne seront pas forcément uniques, et parfois elles viendront même faire doublon. Notons que vous ne pourrez choisir que trois compétences utilisables lors des combats, plus une potion ou un pendentif apportant divers bonus. Trouvables sur les champs de bataille ou auprès des marchands, ces objets permettront par exemple d’ajouter des bonus de force à vos aventuriers ou de leur donner la faculté de doubler leurs points d’actions pendant un laps de temps. Lors des affrontements, les différentes actions utilisant des compétences spéciales viendront en effet utiliser un ou plusieurs points d’action. Ces derniers pourront être récupérés en tuant des ennemis ou bien encore en utilisant potions et objets magiques ; cependant, vous devrez toujours porter une attention toute particulière à vos personnages dans les combats si vous souhaitez récupérer de façon efficace le plus de points d’actions possibles. Le jeu fait usage de la pause active, laquelle s’avère effectivement plus que nécessaire lors des différents combats puisque le gameplay de The Dwarves semble être construit autour d’elle pour de bonnes – et de mauvaises – raisons.

Les très nombreux ennemis se trouvant à l’écran ne permettent pas, en effet, d’obtenir une très grande lisibilité de l’action, et vous devrez nécessairement mettre le jeu en pause à chaque fois que vous sélectionnerez un nouvel allié. Votre attention se portera alors sur les ennemis visés qui pourront changer à tout moment grâce à – ou à cause de – la fameuse gestion de la foule par le moteur physique. Il n’est donc pas rare de se retrouver face à une belle quantité d’orcs n’ayant quasiment plus de vie pendant que vos personnages attaqueront d’autres ennemis plus costaud, perdant pour le coup les possibilités de récolter des points d’actions facilement pour utiliser ces fameuses compétences. Cette gestion de la foule vous donnera également quelques crispations quand vous admirerez avec compassion vos personnages n’arrivant pas à avancer parce que deux alliés leur bloqueront le passage en se tenant tout simplement devant eux. Vous devrez alors trouver un nouveau chemin manuellement, ou bien persévérer en espérant qu’ils finissent par faire leur chemin.

Heureusement, ce moteur physique permet également de belles choses puisque vous pourrez frapper de multiples ennemis en même temps et les voir s’éparpiller dans toute la zone de combat. Lors de passages plus spécifiques, le jeu nous donnera la possibilité d’utiliser le terrain pour éjecter quelques orcs malhabiles dans un ravin ou bien les envoyer brûler, dans la bonne humeur, sur un bûcher. Au final, ces combats nous donnerons de très bonnes sensations, et c’est avec un certain automatisme que nous finirons par les enchaîner avec plaisir. Vous l’avez certainement remarqué, mais je ne parle que d’orcs depuis le début de ce test. Il s’agit en effet du principal ennemi que vous affronterez, même si parfois vous tomberez sur des créatures plus singulières, des albes ou bien des morts-vivants. Des ennemis plus importants feront office de boss, mais ces affrontements ne sont malheureusement pas les plus intéressants, et je pointe du doigt le combat final qui est tout simplement raté et manque cruellement d’inventivité.

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L’écran de sélection des compétences
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et un joli environnement.

Lors de la fin d’une bataille, nous pourrons, si nécessaire, augmenter le niveau de nos personnages en choisissant de nouvelles compétences, ainsi que récupérer automatiquement du loot comme des provisions, des objets à vendre et des artefacts à porter. Il est toutefois dommageable de voir que nous ne pouvons choisir ni les armes, ni les armures de nos différents héros et qu’aucune caractéristique ne vient influencer les capacités des personnages. Les blessures, également visibles à la fin des combats, sont quant à elles représentées par les multiples sections se trouvant sur la barre de vie. Une section en moins équivaut à une blessure de plus et à un jour de voyage supplémentaire pour la guérir automatiquement via les provisions se trouvant dans votre stock.

Se reposer et tendre l’oreille

The Dwarves n’est pas particulièrement beau, mais vous non plus, et nous n’en faisons pas tout un fromage – le fromage étant l’aliment récurant des conversations de nos chers nains. Malgré tout, son moteur graphique arrive à nous proposer quelques environnements réussis et, les cinématiques utilisant le moteur du jeu sont très agréables à regarder. Mention spéciale pour les animations faciales étonnement très expressives. La direction artistique vient quant à elle finir le boulot, même si une fois de plus vous n’y trouverez rien de bien transcendant, sauf pour l’esthétique des personnages. Si le titre de King Art Games ne brille pas par son emballage, il le fait assurément par ses musiques. Cela faisait en effet un très long moment que je n’avais pas pris plaisir à écouter une telle bande originale, composée ici par Benjamin Oschmann.

Celle-ci fait appel à des sonorités que nous n’avons plus forcément l’habitude d’entendre dans les jeux vidéo ou bien au cinéma, et l’influence de feu Basil Poledouris semble transpirer dans chacune des notes. Comme quoi, des productions plus modestes peuvent facilement tenir, à ce niveau-là, la dragée haute face à des triples A ne sachant plus comment mettre efficacement en musique leurs aventures. L’interface globale fait quant à elle bien son travail, mais l’inventaire ainsi que le journal de quêtes sont particulièrement grossiers. Heureusement, nous n’y passons pas un temps fou, et le peu de quêtes secondaires présentes dans le jeu ne nous obligent pas à lire le journal. Pour finir sur un bon point, sachez que la version boite, en plus de n’être pas très chère et d’offrir un beau steelbook, ne comporte aucun DRM. Vous pourrez donc y jouer sans Steam, sans GOG et sans DVD dans le lecteur.

Si l’aventure avait un nom, celle-ci s’appellerait The Dwarves. Le titre de King Art Games nous propose un grand voyage, un conte initiatique nous faisant vagabonder dans un monde où les différents peuples cultivent une animosité qui les mènera irrémédiablement à leur perte. La narration est ici le maître mot qui vous suivra à chacune de vos actions, aussi insignifiante soit-elle, nous permettant de porter un regard toujours neuf sur nos compagnons et l’environnement qui nous entoure. Bien que jouant Tungdil, un personnage au passé et au futur déjà écrit dans des livres, la sensation de ne faire qu’un avec lui nous permet ressentir ses joies, ses peines, et de vivre pleinement cette aventure qui s’offre à nous. Celle-ci est pimentée de combats qui, s’ils peuvent dans un premier temps sembler beaucoup trop brouillons – et ils le restent d’une certaine manière –, finissent par devenir jouissifs, le rythme imposé dans le changement permanent des compagnons lors de ces affrontements donnant le la pour le reste de cette aventure.

LES PLUS
+ La gestion de la foule dans les combats…
+ Une narration aux petits oignons
+ La musique proche de la perfection
+ Des personnages attachants
+ Un voyage prenant grâce à sa carte du monde

Note RPG 2 sur 5
Note testeur 07 sur 10

LES MOINS
– … les rendant parfois beaucoup trop brouillons
– La faible durée de vie
– Une interface inégale
– Quelques bugs

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