Qu’est-ce qui définit un RPG moderne ? Une vidéo de VGC récente propose une piste de réponses : il serait impossible de comprendre ce qui caractérise le genre aujourd’hui sans revenir sur l’héritage d’un RPG sorti au tournant du siècle, dont l’ADN se retrouve encore dans nombre de productions actuelles : Gothic.
Sorti en 2001, le Gothic original avait bouleversé les codes du RPG. Là où la plupart des mondes de l’époque restaient statiques, les PNJ de Khorinis avaient des emplois, des routines quotidiennes et même des besoins physiologiques qui dictaient leurs déplacements au fil de la journée. Impossible non plus de se contenter de fouiller dans un inventaire pour calmer sa faim : il fallait chasser sa propre nourriture, puis la découper et la cuire sur un feu de camp. Des détails aujourd’hui attendus, voire recherchés par les joueurs, mais qui étaient véritablement révolutionnaires à l’époque de sa sortie.
L’action se déroule dans une colonie pénitentiaire magiquement isolée du reste du monde, la Vallée des Mines. Le joueur y incarne un parfait inconnu, littéralement appelé le Héros Sans Nom, qui ne possède rien d’autre que les vêtements qu’il porte. Survivre en récupérant les moindres restes devient alors la seule option, tandis que le joueur démêle peu à peu les rivalités complexes des factions qui se partagent ce territoire, avec en toile de fond des sorciers retors et des entités démoniaques dont la vidéo se garde bien de révéler les détails.
Une autre caractéristique marquante de ce monde à la fois exigeant et savoureux était l’absence quasi totale d’interface : pas de mini-carte à consulter, pas de marqueurs de quête pour indiquer la marche à suivre. Il fallait se fier à son instinct et rester sur ses gardes pour éviter de croiser un animal féroce ou de s’attirer les foudres d’un habitant peu commode. Un monde soigneusement construit, dans lequel chaque action du joueur, aventurier courageux ou personnage plus équivoque, semblait avoir un véritable impact.
Cette approche a particulièrement séduit le public européen, où le jeu a acquis un statut culte. Elle a même inspiré des studios devenus incontournables, comme CD Projekt RED, à l’origine de la série The Witcher, ou Warhorse Studios, créateur de la série Kingdom Come : Deliverance. Malgré tout, l’édition originale a mal vieilli au regard des standards actuels.
C’est précisément le travail entrepris par Alkimia Interactive avec son remake, sorti en juin 2026 : adoucir les aspects les plus rugueux de l’original tout en préservant l’expérience si particulière qui a fait sa réputation. L’objectif affiché par le studio était de contenter à la fois les fans de longue date, en quête de nostalgie, et les nouveaux venus qui n’ont pas eu l’occasion de comprendre pourquoi ce titre était si apprécié à l’époque. En conservant l’écriture terre-à-terre et les traductions parfois maladroites de l’original, cette version ne remplace pas l’œuvre originale mais cherche à la sublimer, en faisant revivre ses qualités fondamentales sans en perdre l’humour ni la magie particulière.
La vidéo conclut sur l’idée que l’héritage discret de Gothic trouve enfin la reconnaissance qu’il mérite, porté par un gameplay brut, un monde ouvert réactif et des personnages hauts en couleur qui inspirent encore aujourd’hui une bonne partie des RPG modernes. Bâti sur le cœur du titre original de Piranha Bytes sorti en 2001, ainsi que sur le savoir-faire technique et l’affection d’Alkimia Interactive pour le matériau d’origine, ce remake est présenté comme une occasion idéale de redécouvrir, ou de découvrir pour la première fois, le jeu qui a donné le ton à une bonne partie des RPG que l’on apprécie aujourd’hui.
Note de l’Archiviste : En aparté, on pourra se poser la question de l’évolution de son créateur, Piranha Bytes, qui lança son dernier râle en 2024, alors qu’il avait créé des licences plutôt réussies dont la génétique se basait sur Gothic : je pense bien entendu à Risen et Elex. Aujourd’hui, les fondateurs du studio recommencent avec des moyens bien symboliques au vu du temps de leur réussite.

