Basements n’ Basilisks: Storms of Sorcery est un petit jeu sorti le 27 février 2023 sur Steam et développé par le studio eNVy softworks, originaire de Grèce, ce qui n’est pas si commun. Le jeu a même apparemment reçu un soutien financier du gouvernement suissepour l’aider à développer le jeu, ce qui est une initiative plus que louable.
Se présentant comme un visual novel mâtiné de RPG papier, Basements n’ Basilisks propose de faire revivre au joueur une expérience jeu de rôle « à l’ancienne », avec un groupe de copains prenant place autour de la table pour vivre une campagne de leur jeu favori.
Disons-le tout de suite, le jeu est court, très court : divisé en une poignée de chapitres (un peu moins d’une dizaine il me semble), il m’aura fallu 82 minutes (en temps de jeu Steam) pour en voir le bout. Si vous souhaitez obtenir l’intégralité des 19 succès Steam, il ne vous faudra certainement pas bien plus de temps que cela, pour peu que vous n’ayez pas trop la poisse (trois succès reposent intégralement sur la chance). Personnellement, je ne vois pas cette durée de vie comme un problème, particulièrement lorsque le jeu a l’honnêteté de se vendre au tout petit prix de 2.99€.
En termes de mécaniques de jeu, le tour sera fait très vite : il n’y en a pas pour ainsi dire. Quelques jets de dés (moins d’une dizaine si j’ai bon, comme les chapitres d’ailleurs), à peine quelques choix et c’est pour ainsi dire tout. Ce n’est pas vraiment un problème non plus, étant donné que le jeu penche clairement plus du côté du visual novel qu’autre chose, mais j’ai de mon côté quelques réserves : le jeu est en effet assez bâtard dans ce qu’il présente, et assurément frustrant à quelques reprises : chacun des personnages du jeu dispose de ses statistiques de jeu de rôle classique (constitution, force, etc.) ainsi que d’une quantité de points de vie, mais jamais elles n’auront d’incidence, ni ne seront mises en avant.
Avant de passer au gros du sujet, c’est-à-dire l’histoire et le déroulement du jeu en lui-même, j’aimerais faire un petit détour sur l’aspect sonore et graphique de Basements n’ Basilisks. Même s’il est assez court, force est d’admettre que les musiques sont assez nombreuses et de très bonne qualité. Elles sont parfois peut-être un peu trop « épiques » pour l’action, mine de rien assez molle qui se passe à l’écran, mais elles sont de très bonne facture, et j’irais même jusqu’à dire surprenantes de qualité pour un si petit projet. Clairement un très bon point positif à ajouter au crédit du titre.

L’aspect graphique, quant à lui, se concentre sur du minimalisme : l’interface est la même du début à la fin. Cadre de texte pour le maître de jeu (MJ) en haut, carte de notre personnage en bas, cartes du reste du groupe à gauche, cartes contextuelles pour les personnages supplémentaires à droite, et un petit diorama en 3D au milieu de l’écran, pour poser le décor et ajouter un peu de contexte. J’ai beaucoup apprécié leur direction artistique, et l’ambiance qu’ils apportent est vraiment bon. C’est peut-être bête, mais j’ai vraiment beaucoup aimé ces tous petits mondes qui appellent à l’imagination, et ce malgré leur simplicité relative. Pour le reste de l’interface, les dessins des personnages sont également de très bonne facture (excepté peut-être celui de l’écran-titre que je trouve raté), et les différences de coups de crayon sont expliqués et justifiés directement en jeu, j’en reparlerai plus bas.
Bien, venons-en donc au cœur du jeu. Déjà, et malheureusement, le bât commence à blesser dès le lancement de la partie : à part nommer son personnage, on ne choisit absolument rien d’autre. Pas de sexe, pas de portrait, pas de classe, rien. Nous sommes cantonnés à un guerrier sans visage et neutre, aux statistiques définies par le jeu. Comme je l’ai dit plus haut, cela peut s’expliquer par le fait que Basements n’ Basilisks se vend avant tout comme un visual novel, et également que son petit budget limite les possibilités, mais je trouve que la proposition de « simulateur de jeu de rôle papier » se marie assez mal avec le fait de tout imposer au joueur sans qu’il ait son mot à dire sur quoi que ce soit. Retenez bien cet argument, car il sera plus ou moins le fil rouge de ce qui va suivre.
Rapidement, le MJ pose le contexte de notre personnage, finalement assez inexistant. On rencontre tout de suite les trois personnages qui composeront notre groupe (assez mal équilibré d’ailleurs : deux mages offensifs et un ranger, comptaient-ils vraiment aller loin dans leur campagne à trois ?). S’ils se présentent in-game et qu’ils sortent régulièrement de leur rôle pour se parler « dans le réel » à plusieurs reprises, le flou concernant notre propre personnage n’est jamais véritablement levé : si les quatre personnes, trois joueurs et le MJ se connaissent, on ne comprend pas vraiment ce qu’il en est de nous, et cela peut assez facilement prêter à confusion. Lorsque le quatrième mur est brisé (et il l’est très souvent, pas toujours de façon pertinente d’ailleurs), on se retrouve souvent à prendre du recul, à se demander quoi penser, et cela brise assez facilement le délire que le jeu essaie de mettre en place. Une maladresse d’écriture pardonnable, mais assez facilement évitable en deux ou trois répliques placées à des endroits soigneusement choisies.
En bas à droite de notre écran se trouve un carnet dans lequel se retrouvent écrites des notes concernant notre campagne, ainsi que nos relations avec les trois autres membres du groupe. De fait, les notes de campagne sont absolument inutiles, si ce n’est les quelques blagues qui peuvent au mieux faire sourire, au pire être assez lourdes. Quant aux relations, sachez qu’il est mathématiquement impossible d’être meilleur ami avec les trois, ni même avec deux membres du groupe en une seule partie. Il est en revanche visiblement possible de tous se les aliéner, même si j’avoue ne pas connaître les conséquences d’une telle relation. Quand au « meilleur ami », son importance n’est manifestement que celle d’avoir la chance d’en apprendre plus sur un personnage et son joueur lors de l’unique nuit de campement offerte au joueur pendant sa campagne.

Concernant l’histoire en elle-même, je n’ai pas grand-chose à dire dessus : elle est assez bateau, plate même. Il est difficile de s’en enthousiasmer, et j’avoue avoir trouvé assez difficile d’enchaîner les chapitres, même s’ils ne duraient généralement qu’une dizaine de minutes. C’est assez pénible : entre l’histoire qui n’avance pas vraiment et les coupures et digressions souvent peu pertinentes des joueurs, le jeu est parfois assez lourd.
Et lourd, il l’est aussi bien souvent avec son humour. Et j’avoue que même s’il est « justifié » par le MJ, la blague de toujours rajouter des ™ à chaque nom propre est drôle les trois premières fois, mais quand ils s’enchaînent pour être répétés une cinquantaine de fois dans l’intégralité du jeu, c’est vraiment lourd.
J’avoue également avoir été circonspect quand aux critiques faites envers Donjons et Dragons (apparemment la raison d’ailleurs de tous ces ™) : pour quelqu’un qui ne s’intéresse pas vraiment à l’actualité et qui ne souhaite pas vraiment se retrouver face à se problématiques, un tel missile était-il vraiment nécessaire ? Surtout quand le jeu cherche à se vendre justement comme une parodie de D&D ? J’exagère peut-être un peu, et en vérité ce n’est absolument pas problématique : je suis juste perplexe.
Quant aux choix possibles dans le jeu, j’avoue ne pas avoir compris leur impact. Ni d’ailleurs pour les quelques jets de dés imposés. L’histoire avance sur ses rails, et exceptée la fin, visiblement, rien de ce que vous choisirez ou tirerez n’aura de conséquence à court ou long terme. Mais, encore une fois, j’imagine que cela est dû à l’orientation visual novel du jeu. De même, je ne suis pas certain que toutes les statistiques affichées par le jeu soient utilisées à un moment ou à un autre dans un jet de dés.
Les quelques combats sont eux aussi visiblement sur rails : les dégâts sont arbitraires, on ne sait pas pourquoi on en inflige autant, on ne sait pas combien de points de vie a l’adversaire. Toujours le même argument me direz-vous, mais alors la question est pourquoi ? Pourquoi avoir choisi d’afficher tout cela si c’est pour retirer tout sentiment d’utilité au joueur ? Je n’ai pas la réponse, et ma frustration ne fait que s’agrandir (proportionnellement au scope du jeu, évidemment).
Pour terminer sur l’histoire, le choix de chapitres se fait sur une carte du monde, ma foi assez intéressante et grande. Le souci, c’est qu’elle n’est explorée qu’à hauteur d’environ 30%, le reste ne servant, en substance, à rien. Mais vu la fin de l’histoire, il est indéniable que le jeu aura une ou plusieurs suites, et que cette carte a donc valeur de fil rouge entre ces titres. Mais j’avoue qu’il aurait été intéressant d’ajouter quelques points d’intérêt sur cette carte, pour pourquoi pas un peu développer l’univers du jeu, un peu comme le faisait The Banner Saga avec son immense carte incroyablement détaillée (pour rien, au final) qui donnait beaucoup d’informations pour approfondir le jeu et son univers.
Ah oui, et un point qui peut être rédhibitoire pour beaucoup : évidemment, le jeu n’est en pratique que du texte à lire, et il n’est pour le moment disponible qu’en anglais. Vu son prix, ses ambitions et le public qu’il vise, il est très peu probable que le projet se voit un jour traduit en français, à moins que la communauté ne s’y attelle elle-même.

En conclusion, Basements n’ Basilisks : Storms of Sorcery est un titre aux ambitions très mesurées, qui préfère se focaliser sur sa narration plus que sur ses possibilités. Le potentiel est là, mais la frustration également. Pour 3€, je ne peux que vous recommander d’essayer le titre. Vous passerez au mieux un bon moment, au pire vous aiderez une petite équipe à financer ses futurs projets.
+ L’aspect graphique, minimaliste mais soigné
+ Les musiques
+ Le petit prix
+ Les possibilités et l’humour (pas toujours)


– L’histoire en général qui reste plate et pas vraiment intéressante à suivre
– L’absence de création de personnage et de choix de statistiques
– L’absence de choix en général, et le manque d’impact des rares qui nous sont disponibles
– L’humour (parfois) et le comique de répétition qui devient vraiment, vraiment lourd sur les ™, même si ce n’est qu’un détail
– On va dire que certains se plaindront peut-être de la durée de vie


Merci pour ce retour Vincent. 👍